‹ Dix années d'émigration. Souvenirs et correspondance du comte de NeuillyChapitre 3 sur 28 · AVANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. IX

ne fut-elle pas, dans la plupart des provinces, livrées A l'anarchie, une nécessité plus forte que tous les calculs et que toutes les résolutions? Le sentiment de l'honneur, de l'honneur tel qu'on le comprenait alors dans toutes les classes, fut invoqué, et acheva de vaincre les résistances. Nos pères furent alors placés dans une redoutable alternative, que je prie Dieu d'épargner désormais à des Français. Il leur fallait ou renier leur foi politique, souffrir dans leur foi religieuse, assister impuissants ou complices à la subversion radicale des institutions sous lesquelles ils avaient vécu, subir mille outrages et d'horribles violences, ou quitter ce que l'homme a de plus cher ici-bas : la patrie, les biens, les honneurs, le repos, pour aller vivre sur la terre étrangère de la vie de 1 exil et de la pauvreté.

Sachons respecter nos pères. Au lieu de les condamner, demandons-nous ce que nous eussions fait nous-mêmes dans des circonstances aussi périlleuses, et si comme eux nous aurions su tout abandonner, pour demeurer lidèles à nos convictions. Mais ce n'est pas ici le lieu, ce n'est pas encore le temps, de discuter et de résoudre ces délicates questions; je n'ai voulu, en publiant ce livre, qu'apporter un témoignage en faveur des vaincus, et montrer une fois de plus à la France nouvelle quels vigoureux caractères, quels cœurs désintéressés la vieille France avait su former.

Ai-je besoin d'ajouter, qu'éditeur scrupuleux d'un livre où se reflètent les opinions, les sentiments d'un autre temps et d'une autre société, je n'ai pas à me prononcer sur certaines appréciations, lointains échos des divisions qui depuis trois quarts de siècle ont troublé la France? Si je suis fidèle à la cause que ma famille a servie, si j'ai pour l'abnégation et le dévouement que les mien» ont montrés une admiration respectueuse et filiale, je n'ai pas

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