‹ Dix années d'exil. Éd nouv. d'après les manuscrits, avec une introduction, des notes et un appendiceChapitre 28 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Exil de M. de Montmorency et de Mme Récamier. — Nouvelles persécutions. — Causes de Panimosité de Bonaparte; Goppet en interdit. — Exil de M. de Saint-Priest. — Pourquoi Mme de Staël hésite à fuir.

Ces chicanes continuelles sur les moindres actions de ma vie me la rendaient odieuse, et je ne pouvais me distraire par l'occupation ; car le souvenir du sort qu'on avait fait subir à mon livre, et la certitude de ne pouvoir plus rien publier à l'avenir, décourageaient mon esprit qui a besoin d'émulation pour être capable de travail. Néanmoins je ne pouvais encore me résoudre à quitter pour jamais et les rives de la France, et la demeure de mon père, et les amis qui m'étaient restés fidèles. Toujours je croyais partir, et toujours je me donnais à moi-même des prétextes pour rester, lorsque le dernier coup fut porté à mon âme : Dieu sait si j'en ai souffert!

M. de Montmorency vint passer quelques jours avec moi à Goppet, et la méchanceté de détail du maître d'un si grand empire est si bien calculée,

qu'au retour du courrier qui annonçait son arrivée chez moi il reçut sa lettre d'exil (1). L'Empereur n'eût pas été content, si cet ordre ne lui avait pas été signifié chez moi, et s'il n'y avait pas eu dans la lettre même du ministre un mot qui indiquât que j'étais la cause de cet exil. M. de Montmorency chercha, de toutes les manières, à m'adoucir cette nouvelle ; mais, je le dis à Bonaparte pour qu'il s'applaudisse d'avoir atteint son but, je poussai des cris de douleur en apprenant l'infortune que j'avais attirée sur la tète de mon généreux ami ; et jamais mon cœur, si éprouvé depuis tant d'années, ne fut plus près du désespoir. Je ne savais comment étourdir les pensées déchirantes qui se succédaient en moi, et je recourus à l'opium pour suspendre quelques heures l'angoisse que je ressentais (2). M. de Montmorency, calme et religieux, m'invitait à suivre son exemple ; mais la conscience du dévouement qu'il avait daigné me montrer le soutenait; et moi, je m'accusais des cruelles suites de ce dévouement, qui

(1) Cf. Cii. Nauroy, le Curieux, 15 décembre 1883, qui publie une longue et intéressante lettre de Gapelle au duc de Rovigo du 2 septembre 1811 sur l'exil de Mathieu de Montmorency et de Mme de Récamier. Elle se termine par ces mots : « Le deuil est, me dit-on, à Coppet. Tant mieux! C'est une leçon de plus. »

(1) Elle avait l'habitude de prendre de l'opium, quand elle souffrait trop, et l'opium lui « abîmait les nerfs » . (Lettres à Frédérique Brun, à Mme Récamier, de Vincelles et d'Auxerre, en 1806.)

le séparaient de sa famille et de ses amis. Je priais Dieu sans cesse ; mais ma douleur ne me laissait point de relâche, et ma vie me faisait mal à chaque instant.

Dans cet état, il m'arrive une lettre de Mme Récamier, de cette belle personne qui a reçu les hommages de l'Europe entière, et qui n'a jamais délaissé un ami malheureux. Elle m'annonçait qu'en se rendant aux eaux d'Aix en Savoie elle avait l'intention de s'arrêter chez moi, et qu'elle y serait dans deux jours. Je frémis que le sort de M. de Montmorency ne l'atteignît (1). Quelque invraisemblable que ce fût, il m'était ordonné de tout craindre d'une haine si barbare et si minutieuse tout ensemble, et j'envoyai un courrier audevant de Mme Récamier, pour la supplier de ne pas venir à Goppet. Il fallait la savoir à quelques lieues, elle qui m'avait constamment consolée par les soins les plus aimables; il fallait la savoir là, si près de ma demeure, et qu'il ne me fût pas permis de la voir encore, peut-être pour la der-

(1) En réalité, Mme de Staël, qui ne pouvait se résigner à vivre dans la solitude, avait tout fait pour attirer à Goppet Mme Récamier. «« Depuis deux ou trois mois, Mme de Staël appelait Mme Récamier. Celle-ci ne se souciait pas trop d'aller courir les aventures à Coppet. Les lettres deviennent plus pressantes; elles parlent malheur, abandon, désespoir. Mme Récamier s'émeut, elle voit dans ce voyage un dévouement héroïque ; elle le cache à ses amis et part. » (Lettre citée de Gapelle à Rovigo, 2 septembre 1811.)

nière fois ! Je la conjurai de ne pas s'arrêter à Coppct ; elle ne voulut pas céder à ma prière : elle ne put passer sous mes fenêtres sans rester quelques heures avec moi, et c'est avec des convulsions de larmes que je la vis entrer dans ce château où son arrivée était toujours une fête. Elle partit le lendemain, et se rendit à l'instant chez une de ses parentes, à cinquante lieues de la Suisse (1) . Ce fut en vain ; le cruel exil la frappa : elle avait eu l'intention de me voir, c'était assez; une généreuse pitié l'avait inspirée, il fallait qu'elle en fût punie. Les revers de fortune qu'elle avait éprouvés lui rendaient très pénible la destruction de son établissement naturel. Séparée de tous ses amis, elle a passé des mois entiers dans une petite ville de province, livrée à tout ce que la solitude peut avoir de plus monotone et de plus triste (2). Voilà le sort que j'ai valu à la personne la plus brillante de son temps; et le chef des Français, si fameux par leur galanterie, s'est montré sans égard pour la plus jolie femme de Paris. Le même jour il a frappé la naissance et la vertu dans M. de Montmorency, la beauté dans Mme Récamier, et, si j'ose le dire, en moi

(1) A Richepanse, dans la Haute-Saône, chez sa cousine la baronne de Dalmassy.

(2) Mme Récamier s'installa à Châlons-sur-Marne, rue du Cloître. L'ordre du ministre était ainsi conçu : « Mme Récamier, née Juliette Bernard, se retirera à quarante lieues de Paris n .

quelque réputation de talent. Peut-être s'est-il flatté d'attaquer le souvenir de mon père dans sa fille, afin qu'il fût bien dit que sur cette terre, ni les morts ni les vivants, ni la pitié ni les charmes, ni l'esprit ni la célébrité, n'étaient de rien sous son règne. On s'était rendu coupable quand on avait manqué aux nuances délicates de la flatterie, en n'abandonnant pas quiconque était frappé de sa disgrâce. Il ne reconnaît que deux classes d'hommes, ceux qui le servent, et ceux qui s'avisent, non de lui nuire, mais d'exister par euxmêmes. 11 ne veut pas que, dans l'univers, depuis les détails de ménage jusqu'à la direction des empires, une seule volonté s'exerce sans relever de la sienne.

« Mme de Staël, disait le préfet de Genève, s'est fait une existence agréable chez elle ; ses amis et les étrangers viennent la voir à Goppet ; l'Empereur ne veut pas souffrir cela. » Et pourquoi me tourmentait-il ainsi? Pour que j'imprimasse un éloge de lui (1); et que lui faisait cet éloge à travers des milliers de phrases que la crainte et l'espérance se sont empressées à lui offrir? Bonaparte a dit une fois : « Si l'on me don-

(1) Il semble bien qu'en effet on proposait à Mme de Staël de laisser paraître le livre De V Allemagne, à condition qu'elle y insérât un éloge de l'Empereur. Elle écrit à Meister, le 5 octobre 1811 : « On m'a fait encore offrir de raccommoder le brûlé, d'ôter quelque chose, d'ajouter surtout quelque chose, de changer le titre et de le faire paraître. «

îiOti DIX ANNEES D EXIL

naît à choisir entre faire moi-même une belle action ou induire mon adversaire à commettre une bassesse, je n'hésiterais pas à préférer l'avilissement de mon ennemi. » Voilà toute l'explication du soin particulier qu'il a mis à déchirer ma vie. Il me savait attachée à mes amis, à la France, à mes ouvrages, à mes goûts, à la société; il a voulu, en m'ôtant tout ce qui composait mon bonheur, me troubler assez pour que j'écrivisse une platitude, dans l'espoir qu'elle me vaudrait mon rappel. En m'y refusant, je dois le dire, je n'ai pas eu le mérite de faire un sacrifice : l'Empereur voulait de moi une bassesse, mais une bassesse inutile ; car, dans un temps où le succès est divinisé, le ridicule n'eût pas été complet, si j'avais réussi à venir à Paris, par quelque moyen que ce pût être. Il fallait, pour plaire à notre maître, vaiment habile dans l'art de dégrader ce qu'il reste encore d'âmes fières, il fallait que je me déshonorasse pour obtenir mon retour en France, qu'il se moquât de mon zèle à le louer, lui qui n'avait cessé de me persécuter, et que ce zèle ne me servît à rien. Je lui ai refusé ce plaisir vraiment raffiné; c'est le seul mérite que j'aie eu dans la longue lutte qu'il a établie entre sa toutepuissance et ma faiblesse.

La famille de M. de Montmorency, désespérée de son exil, souhaita, comme elle le devait, qu'il s'éloignât de la triste cause de son exil, et je vis

partir cet ami, sans savoir si jamais sa présence honorerait encore ma demeure sur cette terre (1). C'est le 31 août 1811 que je brisai le premier et le dernier de mes liens avec ma patrie ; je le brisai du moins, par les rapports humains qui ne peuvent plus exister entre nous; mais je ne lève jamais les yeux au ciel sans penser à mon respectable ami, et j'ose croire aussi que dans ses prières il me répond. La destinée ne m'accorde plus une autre correspondance avec lui.

Quand l'exil de mes deux amis fut connu, une foule de chagrins de tout genre m'assaillirent ; mais un grand malheur rend comme insensible à toutes les peines nouvelles. Le bruit se répandit que le ministre de la Police avait déclaré qu'il ferait mettre un corps de garde au bas de l'avenue de Goppet, pour arrêter quiconque viendrait me voir. Le préfet de Genève, qui était chargé, par ordre de l'Empereur, disait-il, de m annuler (c'est son expression) , ne manquait pas une occasion d'insinuer, ou même d'annoncer que toute personne qui avait quelque chose à craindre ou à désirer du gouvernement ne devait pas venir chez moi.

M. de Saint-Priest, ci-devant ministre du roi,

(1) Mathieu de Montmorency se retira au château de Montmirail, propriété de la famille de la Rochefoucauld-Doudeauville ; Sosthène de la Rochefoucauld avait épousé la fille de Mathieu de Montmorency.

î>OK DIX ANNEES D'EXIL

et collègue de mon père, daignait m'honorer de son affection; ses filles, qui redoutaient avec raison qu'on ne le renvoyât de Genève, se joignirent à moi pour le prier de ne pas me voir. Néanmoins, au milieu de l'hiver, à l'âge de soixantedix-huit ans, il fut exilé, non seulement de Genève, mais de la Suisse; car il est tout à fait reçu, comme on l'a vu par mon exemple, que l'Empereur exile de Suisse aussi bien que de France ; et, quand on objecte aux agents français qu'il s'agit pourtant d'un pays étranger, dont l'indépendance est reconnue, ils lèvent les épaules, comme si on les ennuyait par des subtilités métaphysiques. En effet, c'est une vraie subtilité que de vouloir distinguer en Europe autre chose que des préfets-rois, et des préfets recevant directement des ordres de l'empereur de France. Si les soi-disant pays alliés diffèrent des provinces françaises, c'est parce qu'on les ménage un peu moins qu'elles. Il reste en France un certain souvenir d'avoir été appelée la grande nation, qui oblige quelquefois l'Empereur à, des ménagements; il en était ainsi du moins, mais cela devient chaque jour moins nécessaire. Le motif qu'on donna pour l'exil de M. de Saint-Priest, c'est qu'il n'avait pas obtenu de ses fils de donner leur démission du service de Russie. Ses fils avaient trouvé pendant l'émigration un accueil généreux en Russie; ils y avaient été élevés, leur intrépide bravoure y

était justement récompensée; ils étaient couverts de blessures ; ils étaient désignés entre les premiers pour leurs talents militaires; l'aîné a déjà plus de trente ans. Gomment un père aurait-il pu exiger que l'existence de ses fils ainsi fondée fût sacrifiée à l'honneur de venir se faire mettre en surveillance sur le territoire français? Car c'est là le sort digne d'envie qui leur était réservé. Je fus tristement heureuse de n'avoir pas vu M. de Saint-Priest depuis quatre mois, quand il fut exilé ; sans cela personne n'aurait douté que ce fût moi qui avais fait porter sur lui la contagion de ma disgrâce (1) .

Non seulement les Français, mais les étrangers, étaient avertis qu'ils ne devaient pas venir chez moi. Le préfet se tenait en sentinelle pour empêcher même des anciens amis de me revoir. Un jour entre autres, il me priva, par ses soins officiels, de la société d'un Allemand dont la conver-

(1) François-Emmanuel de Saint-Priest avait été collègue de Necker et ministre sans portefeuille. Il avait deux fila, Emmanuel et Louis, au service de la Russie. A la fin de l'année 1811, la rupture avec la Russie était proche. Grâce à la protection de l'empereur Alexandre, M. de Saint-Priest avait pu jusqu'alors séjourner à Genève. Mais Napoléon, n'ayant plus de ménagements à garder avec l'empereur de Russie, ordonna que M. de Saint-Priest quittât le territoire de Genève, ville française. Saint-Priest, malade, partit au milieu de janvier 1812. Son fils Emmanuel, chef d'état-major de Ragration en 1812, entra en France avec les Alliés en 1814; il occupa Reims, mai» Napoléon reprit la ville et Emmanuel de Saint-Priest eut l'épaule fracassée par un éclat d'obus. Il mourut à Laon quelques jours après.

sation m'était extrêmement agréable, et je lui dis, cette fois, qu'il aurait bien dû s'épargner cette recherche de persécutions : « Gomment ! me répondit-il, c'est pour vous rendre service que je me suis conduit ainsi : j'ai fait sentir à votre ami qu'il vous compromettrait en venant chez vous. » Je ne pus m'empêcher de rire à cet ingénieux argument. «Oui, continua-t-il avec un sérieux imperturbable, l'Empereur, voyant qu'on vous préfère à lui, vous en saurait mauvais gré. — Ainsi, lui dis-je, l'Empereur exige que mes amis particuliers, et peut-être bientôt mes enfants, m'abandonnent pour lui complaire; cela me paraît un peu fort. D'ailleurs, ajoutai-je,je ne vois pas bien comment on compromettrait une personne dans ma situation, et ce que vous me dites me rappelle un révolutionnaire à qui, dans le temps de la Terreur, on s'adressait pour qu'il tâchât de sauver un de ses amis de l'échafaud. « Je craindrais de lui nuire, répondit-il, en parlant pour lui. » Le préfet sourit de ma citation, mais continua les raisonnements qui, appuyés de quatre cent mille baïonnettes, paraissent toujours pleins de justesse. Un homme, à Genève, me disait : « Ne trouvez-vous pas que le préfet déclare ses opinions avec beaucoup de franchise? — Oui, répondis-je, il dit avec sincérité qu'il est dévoué à l'homme puissant; il dit avec courage qu'il est du parti le plus fort; je ne sens pas bien le mérite d'un tel aveu. »

Plusieurs personnes indépendantes continuaient à me témoigner à Genève une bienveillance dont je garderai à jamais un profond souvenir (1) . Mais jusqu'à des employés des douanes se croyaient en état de diplomatie vis-à-vis de moi ; et, de préfets en sous-préfets, et en cousins des uns et des autres, une terreur profonde se serait emparée d'eux tous, si je ne leur avais pas épargné, autant qu'il en était en moi, l'anxiété de faire ou de ne pas faire une visite. A chaque courrier, le bruit se répandait que d'autres de mes amis avaient été exilés de Paris pour avoir conservé des relations avec moi ; il était de mon devoir strict de ne plus voir un seul Français marquant, et très souvent je craignais même de nuire aux personne du pays où je vivais, dont la courageuse amitié ne se démentait point envers moi. J'éprou-

(1) Il n'était pas jusqu'à Sismondi lui-même qui n'éveillât les soupçons du duc de Rovigo, comme le prouve le rapport suivant : « Genève, 5 mars 1812. — Monseigneur, Le sieur Simonde Sismondi, né à Genève, professeur de philosophie et membre de la Chambre de Commerce de cette ville, qui était l'objet de la lettre de V. E. du iO janvier dernier, a effectivement ouvert un cours de littérature ancienne, qui est très suivi; mais comme il a l'intention de le renouveler, il n'a pas même fait imprimer son discours d'introduction. Quoique le sieur Sismondi passe pour être peu partisant (sic) du gouvernement et que Mme de Staël soit sa société intime, je puis assurer à V. E. que sa conduite et ses discours ne donnent lieu à aucune observation qui lui soit défavorable. J'ai l'honneur, etc. Signé : L'Auditeur au Conseil d'État, commissaire spécial de police, le baron de Melun. » (Arch. nat., F7 6331.)

vais deux mouvements contraires, et, je le crois, tous les deux également naturels : j'étais triste quand on m'abandonnait, et cruellement inquiète pour ceux qui me montraient de l'attachement. Il est difficile qu'une situation plus douloureuse à tous les instants puisse se représenter dans la vie. Pendant près de deux ans qu'elle a duré, je n'ai pas vu revenir une fois le jour sans me désoler d'avoir à supporter l'existence que ce jour recommençait.

« Mais pourquoi ne partiez-vous pas? » dira-t-on, et ne cessait-on de me dire de tous les côtés. Un homme que je ne dois pas nommer (l), mais qui sait, je l'espère, à quel point je considère l'élévation de son caractère et de sa conduite, me dit : a Si vous restez, il vous traitera comme Marie Stuart : dix-neuf ans de malheur, et la catastrophe à la fin. » Un autre, spirituel, mais peu

(1) Le comte Elzéar de Sabran. (Note de ledit, de 1821.) — Le comte EIzéar-Louis-Marie de Sabran, né le 18 mai 1774, était rentré de l'émigration en 1800. Fort lié avec Mme de Staël, il l'accompagna en ses divers séjours à Goppet, à Auxerre, à Rouen, à Ghaumont-sur-Loire, à Fossé. Il avait beaucoup de {;oût pour le théâtre; à quinze ans, il avait composé une tragédie d'Annibal. Il était auteur et acteur dans la petite troupe de Goppet. Il avait aussi un vrai talent de fabuliste. Il a publié, en 1803, des Notes critiques, remarques et réflexions sur le Génie du Christianisme. Il fut enfermé à Vincennes en avril 1813, à cause d'une lettre qu'il avait reçue de Mme de Staël, alors à Stockholm, et que la police intercepta. Mis en liberté au bout de quelques mois, grâce aux démarches d'Oudinot, il fut exilé à cinquante lieues de Paris et se retira à Plombières.

mesuré dans ses paroles, m'écrivit qu'il y avait du déshonneur à rester après tant de mauvais traitements. Je n'avais pas besoin de ses conseils pour désirer avec passion de partir; du moment que je ne pouvais plus revoir mes amis, que je n'étais plus qu'une entrave à l'existence de mes enfants, ne devais-je pas me décider? Mais le préfet répétait, de toutes les manières, que je serais arrêtée si je partais; qu'à Vienne comme à Berlin on me ferait réclamer, et que je ne pourrais même faire aucun préparatif de voyage sans qu'il en fût informé; car il savait, disait-il, tout ce qui se passait chez moi. A cet égard il se vantait; et, l'événement l'a prouvé, c'était un fat en fait d'espionnage. Mais qui n'aurait pas été effrayé du ton d'assurance avec lequel il disait à tous mes amis que je ne pourrais faire un pas sans être saisie par •les gendarmes?

Page 1