CHAPITRE VII
Suite de l'opposition du tribunat. — Empressement des Français à servir le gouvernement du Premier Consul. — Bonaparte et l'Institut. — Le roi et la reine d'Étrurie à Paris. — Progrès de la tyrannie de Bonaparte.
L'opposition du tribunat continuait toujours, c'est-à-dire qu'une vingtaine de membres sur quatre-vingts (2) essayaient de parler contre les mesures de tout genre avec lesquelles on préparait la tyrannie. Une belle question s'offrait : la loi qui donnait au gouvernement la funeste faculté de créer des tribunaux spéciaux pour juger ceux qui seraient accusés de crimes d'État (3) ;
(1) Éd. 1821 : passage supprimé, depuis « en effet, les princes... « Sur la « gaucherie » des manières de Bonaparte, sa façon de se balancer, de s'asseoir sur les bras des fauteuils, etc., voir les Mémoires de Mme bE BÉmusat.
(2) Éd. 182.1 : « Sur cent.» La constitution de l'an VIII fixait à cent le nombre des tribuns. L'article 38 fixait à l'an X le renouvellement du premier cinquième du Corps législatif et du tribunat ; après cette élimination qui eut lieu à la fin de janvier 1802, il ne restait plus que quatre-vingts tribuns sur les cent primitivement désignés. C'est pour celte raison sans doute que Mme de Staël adopte le chiffre de quatre-vingts, les vingt nouveaux tribuns choisis par le Sénat étant tous dévoués au Premier Consul.
(3) Les tribunaux spéciaux devaient être composés de trois
comme si livrer un homme à ces tribunaux extraordinaires, ce n'était pas juger d'avance ce qui est en question, c'est-à-dire, s'il est criminel, et criminel d'État; et comme si, de tous les délits, les délits politiques n'étaient pas ceux qui exigent le plus de précautions et d'indépendance dans la manière de les examiner, puisque le gouvernement est presque toujours la partie adverse dans de telles causes. Au temps de Robespierre, on disait sérieusement : « Les formes judiciaires ne sont bonnes à rien; l'innocent n'en a pas besoin, et le coupable ne les mérite pas. » Gomme si les formes judiciaires n'étaient pas établies précisément pour savoir si un homme est innocent ou coupable (l) .
On a vu depuis ce que c'était que ces commissions militaires pour juger les crimes d'État, et la mort du duc d'Enghien signale à tous l'horreur que doit inspirer cette puissance hypocrite qui revêt le meurtre du manteau de la loi.
La résistance du tribunat, toute faible qu'elle
juges ordinaires, de trois militaires et de deux adjoints choisis par le gouvernement. Ils avaient pour mission de juger les actes de brigandage et les assassinats tentés contre les chefs du gouvernement. Cette loi fut vivement attaquée et ne passa au tribunat qu'à la majorité de 49 voix contre 4t. Parmi les opposants se distinguèrent Daunou, Ginguené et Benjamin Constant, l'ami de Mme de Staël. (Février 1801.)
(1) Éd. 1821 : tout ce passage depuis : « Au temps de Robespierre, » supprimé.
était, déplaisait au Premier Consul; non qu'elle lui fût un obstacle, mais elle entretenait la nation dans l'habitude de penser, ce qu'il ne voulait à aucun prix. Il fit mettre dans les journaux, entre autres, un raisonnement bizarre contre l'opposition. Rien de si simple, disait-on, que l'opposition en Angleterre, puisque le roi y est l'ennemi du peuple; mais dans un pays où le pouvoir exécutif est lui-même nommé par le peuple, c'est s'opposer à la nation que de combattre son représentant. Combien de phrases de ce genre les écrivains de Napoléon n'ont-ils pas lancées depuis dix ans dans le public? En Angleterre, un simple paysan rirait d'un sophisme de cette nature; en France, tout ce qu'on désire, c'est d'avoir une phrase à dire, avec laquelle on puisse donner à son intérêt l'apparence de la conviction.
Bonaparte continuait à choisir dans tous les partis des hommes pour les divers emplois. La première condition d'éligibilité, c'était le dévouement à son pouvoir; la vie précédente ne comptait pour rien, en bien ni en mal; on aurait dit que la naissance politique de chacun datait du dix-huit Brumaire (1). Très peu d'hommes se
(1) Éd. 1821. Passage supprimé depuis : « Bonaparte continuait... " — Il est curieux de voir Mme de Staël reprocher au Premier Consul la grande liberté de ses choix, qui fit la force de son gouvernement. Comme le disait Bonaparte à Xavier Audouin : « La carrière est ouverte aux Français de toutes les opinions,
montrèrent étrangers au désir d'avoir des places ; un grand nombre étaient ruinés, et l'intérêt de leurs femmes et de leurs enfants, ou de leurs neveux, s'ils n'avaient pas d'enfants, ou de leurs cousins, s'ils n'avaient pas de neveux, les forçait, disaient-ils,' à désirer des emplois du gouvernement. La grande force des chefs de l'État en France, c'est le goût prodigieux qu'on y a pour occuper des places : la vanité les fait encore plus rechercher que le besoin d'argent. Tout ce qui distingue un homme d'un autre est particulièrement agréable aux Français; il n'est point de nation à qui l'égalité convienne moins; ils l'ont proclamée pour prendre la place des anciens supérieurs; ils voulaient changer d'inégalité, mais non se résigner au seul code politique digne d'être admiré, celui qui rend tous les hommes égaux devant la loi (1). Bonaparte recevait des milliers de pétitions pour chaque emploi, depuis le dernier jusqu'au premier. S'il n'avait pas eu naturellement un profond mépris pour l'espèce humaine, il l'aurait acquis en parcourant toutes les requêtes signées de tant de noms illustres par
pourvu qu'ils aient des lumières, de la capacité et de la vertu. » (Ami des Lois du 22 frimaire an VIII.) Mais Mme de Staël et ses amis avaient espéré avoir seuls part au gouvernement des affaires.
(1) Éd. 1821. Tout ce passade, où Mme de Staël analyse avec tant de finesse le caractère français, a été supprimé depuis « tout ce qui distingue... »
leurs aïeux, ou célèbres par des actes révolutionnaires en opposition avec les nouvelles fonctions qu'ils ambitionnaient.
L'hiver de 1801, à Paris, me fut assez doux par la facilité avec laquelle Fouché m'accorda les différentes demandes que je lui adressai pour le retour des émigrés; il me donna ainsi, au milieu de ma disgrâce, le plaisir d'être utile, et je lui en conserve de la reconnaissance (1). Il faut l'avouer,
(i) Elle entend par ees mots « hiver de 1801 » les premiers mois de l'année 1801. Nous savons, en effet, que Mme de Staël, avec cette générosité dont elle a souvent donné des preuves, s'entremettait activement auprès de Fouché, par le moyen de Fauriel, son secrétaire, pour adoucir le sort des émigrés rentrés en France. Voici trois billets, extraits des lettres de Mme de Staël à Fauriel, conservées à la bibliothèque de l'Institut (legs Mohl), qui confirment ce passage de Dix années d'exil. Premier billet, sans date : « Fouché a accordé une surveillance à Mme de Cerisy (?), mon cher Faurielle (sic); elle n'est pas encore expédiée dans ses bureaux. Ne pouvez-vons pas l'avoir et me la donner? Elle intéresse beaucoup une femme de mes amies. Benjamin m'a fait espérer que je vous verrais cet après-diner. » — Deuxième billet, daté « ce 3 pluviôse » : « Le ministre de la police m'a promis cette surveillance hier, parce que les prêtres qui ont prêté serment sont dans une classe particulière. Ayez la bonté, mon cher Faurielle, de lui remettre cette note de ma part et apportez-moi le plus tôt que vous pourrez un petit mot pour mon pauvre prêtre. Mille amitiés. Avez-vous employé ma recette contre la mélancolie?» — Troisième billet, sans date : « J'ai vu hier Fouché, qui m'a donné sa parole de mettre au bas du permis une prolongation de trois décades. Faites-moi donc le plaisir, mon cher Faurielle, de remettre ce permis à Eugène (intendant de Mme de Staël), et de lui faire parler au ministre. Je lui remets un billet pour lui. Il m'a dit des douceurs pour vous hier, mais je ne me console pas de vous avoir fait passer un moment qui
il y a toujours un peu de coquetterie dans tout ce que font les femmes, et la plupart de leurs vertus mêmes sont mêlées au désir de plaire, et d'être entourées d'amis qui tiennent plus intimement à elles par les services qu'ils en ont reçus. C'est sous ce seul point de vue qu'il faut leur pardonner d'aimer le crédit; mais il faut savoir renoncer aux plaisirs mêmes de l'obligeance pour la dignité ; car on peut tout faire pour les autres, excepté de dégrader son caractère. Notre propre conscience est le trésor de Dieu : il ne nous est permis de le dépenser pour personne.
Bonaparte faisait encore quelques frais pour l'Institut, dont il s'était fait honneur en Egypte ; mais il y avait parmi les hommes de lettres et les savants une petite opposition philosophique, malheureusement d'un très mauvais genre, car elle portait en entier contre le rétablissement de la religion. Par une funeste bizarrerie, les hommes éclairés en France voulaient se consoler de l'esclavage de ce monde, en cherchant à détruire l'espérance d'un autre monde : cette singulière inconséquence n'aurait point existé dans la religion réformée; mais le clergé catholique avait
vous a déplu. A demain, à diner, n'est-ce pas? » — Dans un quatrième billet, elle intercède pour un ami de Mathieu de Montmorency, M. de la Trémouille, « arrêté de ce matin » . On sait enfin que Chateaubriand obtint sa radiation, en 1801, en partie grâce a l'influence de Mme de Staël. (Cf. Chateaubriand et Mme de Staël, Revue des Deux Mondes, 1er octobre 1903.)
des ennemis que son courage et ses malheurs n'avaient point encore désarmés, et peut-être en effet est-il difficile de concilier l'autorité du pape et des prêtres soumis au pape avec le système de la liberté d'un État. Quoi qu'il en soit, l'Institut ne montrait pas pour la religion, indépendamment de ses ministres, ce profond respect inséparable d'une haute puissance d'àme et de génie, et Bonaparte pouvait s'appuyer contre des hommes qui valaient mieux que lui, de sentiments qui valaient mieux que ces hommes (1). Il ne se donnait cependant pas la peine d'être un peu sérieusement hypocrite. Fidèle au système de tromper ostensiblement, c'est-à-dire de donner les mensonges pour prétextes à ceux qui ne demandent pas mieux que de s'en servir, il assurait les prêtres que la religion catholique était la seule vraiment orthodoxe; et, le même jour, parlant avec Cabanis, un philosophe du dix-huitième
(1) Passage inédit d'un autre manuscrit de Dix années d'exil : « Cependant le parti philosophique criait sur le rétablissement des formes religieuses, comme si la seule chose qui pût consoler de n'avoir point de liberté sur la terre, c'est qu'il n'y eût point de Dieu dans le ciel. Cette misérable école n'attaquait pas Napoléon sur une foule d'actes arbitraires, qui foulaient aux pieds la justice et la sécurité; mais ces mots de ralliement, les prêtres, la superstition, se prononçaient encore, lors même qu'ils n'avaient plus de sens. » Sur les regrets de Mme de Staél, que Honaparte n'eût pas choisi la religion réformée comme religion officielle, cf. le manuscrit Des circonstances actuelles déjà cité, et la Revue des Deux Mondes du 1er novembre 1899.
siècle, il lui dit : « Je veux rétablir la religion comme vous la vaccine, l'inoculer pour la détruire. » Ce mot est remarquable. Il en a dit plusieurs autres, qui méritent d'être recueillis comme une sorte de révélation du principe du mal; d'ailleurs, on ne peut répéter une seule parole de lui qui ait de la grâce ou de la vraie grandeur (1).
Dans cette année (1801), le Premier Consul ordonna à l'Espagne de faire la guerre au Portugal, et le pauvre roi de cette illustre Espagne condamna son armée à cette expédition, aussi servile qu'injuste. Il marcha contre un voisin qui ne lui voulait aucun mal, contre une puissance alliée de l'Angleterre, qui s'est montrée depuis si véritablement amie de l'Espagne : tout cela pour obéir à celui qui se préparait à le dépouiller de toute son existence (2) . Quand on a vu ces mêmes Espagnols donner avec tant d'énergie le signal de la résurrection du monde,
(1) Ed. 1821. Passage supprimé, depuis : « Il ne se donnait cependant pas... » Cf. Considérations, IVe partie, chap. vi : « Il dit à Cabanis : Savez-vous ce que c'est </ue te Concordat <jue je viens de signer? C'est la vaccine de la religion : dans cinquante ans il ny en aura plus en France. »
(2) Éd. 1821 : « A le dépouiller... » — Le roi d'Espagne Charles IV, dominé par la reine et le prince de la Paix, reconnaissant envers le Premier Consul d'avoir assuré au jeune infant de Parme, par le traité de Lunéville, la Toscane avec le titre de roi, consentit à faire la guerre au Portugal, pour l'obliger à rornpre avec l'Angleterre. Unearmée française de 25,000 hommes, commandée par Leclerc et Gouvion-Saint-Gyr, devait l'aider dans cette entreprise.
on apprend à connaître ce que c'est que les nations, et si Ton doit leur refuser un moyen légal d'exprimer leur opinion et d'influer sur leur destinée.
C'est vers le printemps de 1801 que le Premier Consul imagina de faire un roi, et un roi de la maison de Bourbon; il lui donna la Toscane, en la désignant par le nom érudit d'Étrurie, afin de commencer ainsi la grande mascarade de l'Europe. Ce pauvre infant d'Espagne fut mandé à Paris pour montrer aux Français un prince de l'ancienne dynastie humilié devant le Premier Consul, humilié par ses dons, lorsqu'il n'aurait jamais pu l'être par ses persécutions. Bonaparte s'essaya sur cet agneau royal à faire attendre un roi dans son antichambre; il permit qu'on l'applaudit au théâtre, à l'occasion de ce vers :
J'ai fait des rois, madame, et n'ai pas voulu l'être;
se promettant d'être plus que roi, quand l'occasion s'en présenterait. On racontait tous les jours une bévue nouvelle de ce pauvre roi d'Étrurie; on le menait au Musée, au Cabinet d'histoire naturelle, et l'on citait comme traits d'esprit quelques-unes de ces questions sur les poissons ou les quadrupèdes, qu'un enfant de douze ans, bien élevé, ne ferait plus. Le soir, on le conduisait à des fêtes, où les danseuses de l'Opéra venaient se mêler aux dames nouvelles; et le
petit roi, malgré sa dévotion, les préférait pour danser avec elles, et leur envoyait le lendemain, en remercîment, de beaux et bons livres pour leur instruction (1). C'était un singulier moment en France que ce passage des habitudes révolutionnaires aux prétentions monarchiques; comme il n'y avait ni indépendance dans les unes, ni dignité dans les autres, elles pouvaient tour à tour à leur manière se grouper (2) autour de la puissance bigarrée qui se servait en même temps des moyens de force des deux régimes.
On célébra pour la dernière fois, cette année, le 14 juillet, anniversaire de la Révolution, et une proclamation pompeuse rappela tous les biens résultant de cette journée; il n'en existait cependant pas un que le Premier Consul ne se promit de détruire. Il devait augmenter de beaucoup les impôts, rétablir une foule de Bastilles, exiler, enfermer comme jamais Louis XIV avec les lettres
(1) Ce fut au mois de juin 1801 que le roi et la reine d'Etrurie, sous le nom de comte et comtesse de Livourne, arrivèrent à Paris pour y passer un mois entier. Pendant ce temps, en l'honneur des jeunes souverains, Paris fut en fête. La plus brillante de toutes leur fut offerte le 19 prairial par Talleyrand, en son château de Neuilly. Mais tout le monde fut frappé, comme le dit Mme de Stae'l, de la naïveté et de l'incapacité du roi. Il n'entrait pas seulement dans les desseins du Premier Consul de « faire un roi » de sa main, mais de ranimer par le spectacle de pompes royales, à son profit, les souvenirs de la monarchie.
(2) Ed. 1821 : « Leurs ridicules se mariaient parfaitement bien ensemble; elles se groupaient chacune à sa manière... »
de cachet n'aurait pu se le permettre; mais la phrase du jour a constamment été pour cet homme le mensonge du lendemain (1). De tous les recueils, le plus bizarre, c'est celui des proclamations de cet homme; c'est une encyclopédie de tout ce qui peut se dire de contradictoire dans le monde ; et si le chaos était chargé d'endoctriner la terre, il jetterait sans doute ainsi à la tête du genre humain l'éloge de la paix et de la guerre, des lumières et des préjugés, de la liberté et du despotisme, les louanges et les injures sur tous les gouvernements, sur toutes les religions.
Ce fut vers cette époque que Bonaparte envoya le général Leclerc à Saint-Domingue, et qu'il l'appela dans son arrêté noire beau-frère . Ce premier nous royal, qui associait les Français à la propriété (2) de cette famille, me fut vivement anti-
(1) Éd. 1821: passage supprimé depuis : « Il devait... » jusqu'à : « De tous les recueils... »
(2) Éd. 1821 : « à la prospérité... » — Le général Leclerc, premier mari de Pauline Bonaparte, partit de Brest pour Saint- Domingue au commencement de février 1802; il mourut de la fièvre jaune dans cette île, le 22 novembre. Pauline se souciait peu de l'accompagner. « Le Premier Consul lui déclara que, tandis que Leclerc était parti faire la guerre et gagner de l'argent à Saint-Domingue, il n'entendait pas qu'elle restât à Paris pour faire la coquette et s'amuser avec des amants. Mme Leclerc allégua des raisons de santé ; Bonaparte Ht certifier par son médecin qu'elle était en état de faire le voyage. Elle objecta sa grossesse et les mauvais chemins de la Basse-Bretagne, qui pouvaient occasionner quelque accident. Bonaparte répondit qu'on y pourvoi-
pathique. il exigea de sa jolie sœur d'aller avec son mari à Saint-Domingue, et c'est là que sa santé fut abîmée : singulier acte de despotisme pour un homme qui, d'ailleurs, n'est pas accoutumé à une grande sévérité de principes autour de lui! Mais il ne se sert de la morale que pour la jeter à la tête des gens, quand il croit ainsi contrarier les uns et éblouir les autres. Une paix fut conclue, dans la suite, avec le chef des Nègres, Toussaint-Louverture. C'était un homme très criminel; mais toutefois Bonaparte signa des conditions avec lui, et, au mépris de ces conditions, Toussaint fut amené dans une prison de France, où il a péri de la manière la plus misérable (1). Peut-être Bonaparte ne se souvient-il pas seulement de ce forfait, parce qu'il lui a été moins reproché que les autres. Sa conscience n'a pas de mémoire; car c'est peut-être le seul homme qu'on puisse croire complètement étranger au remords. Le bien et le mal sont à ses yeux des calculs heureux ou malheureux, et il ne se figure pas sérieusement qu'il existe un autre élément de la nature humaine (,2) .
Dans un hôtel des monnaies, je fus frappé de
rait. En effet, il la fit transporter en litière pendant plus de quarante lieues et la força ainsi d'accompagner son mari. » [Relations secrètes des agents de Louis X 17/7, p. 69.)
(1) Toussaint-Louverture fut emprisonné au fort de Joux, dans le Jura, où il mourut, le 27 avril 1803. (Cf. IIe partie, chap. i.)
(2) Ed. 1821, passage supprimé, depuis « 8a conscience... »
la violence des machines qu'une seule volonté fait mouvoir (1); ces marteaux, ces laminoirs, semblent des personnes, ou plutôt des animaux dévorants. Si vous vouliez lutter contre leur force, vous en seriez anéanti; cependant toute cette fureur apparente est calculée, et c'est un seul moteur qui fait agir ces ressorts. La tyrannie de Bonaparte se présente à mes yeux sous cette image ; il fait périr des milliers d'hommes, comme ces roues battent le fer, et ses agents, pour la plupart, sont aussi insensibles qu'elles; l'impulsion invisible de ces machines humaines vient d'une volonté tout à la fois violente et méthodique, qui transforme la vie morale en un instrument servile ; enfin, pour achever la comparaison, il suffirait d'atteindre le moteur pour que tout rentrât dans le repos.