‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 2 sur 38 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

2 août 1925. — En costume de grand apparat, ses traits enfin détendus, un irréel sourire sur ses lèvres closes, sa tâche accomplie, Georges Sylvain repose dans son cercueil.

Durant deux jours et deux nuits, une foule venue de tous les points du pays défile devant ce corps étendu. Et il semble que le miracle va s’accomplir, que tous les Haïtiens, quelle que soit leur appartenance politique, vont s’unir autour de ce mort. Toute la presse, celle d’opposition comme celle d'intervention, n’a qu’une voix :

Dans les conjonctures actuelles la perte d’un tel homme est une catastrophe nationale. Georges Sylvain ne fut pas seulement un des membres proéminents de notre élite intellectulle, il occupa avec une rare compétence, les postes qui lui étaient confiés : il fut en effet successivement Professeur à l’école de Droit, Chef de division au Département de l’Instruction Publique, Juge au Tribunal de Cassation ; ses succès en France où il représenta son pays comme Ministre plénipotentiaire sont encore assez récents pour que nous n’y insistions pas, disons seulement qu’il ouvrit la voie qui permet désormais à ses successeurs de faire connaître Haïti à l'étranger ; dernièrement ses confrères le choisirent pour représenter l'Ordre des avocats. Partout et toujours, Georges Sylvain était un modèle. Maïs c’est à partir de 1915, à partir de l’envahissement de notre pays par les forces américaines qu’il donna la mesure de ses vertüs, de ses qualités et de son amour pour la patrie. Profondément affecté des malheurs de notre pays, le Grand Disparu, dès le début de l'Occupation américaine, se rangea du seul côté où devaient se trouver les citoyens honnêtes et patriotes, du seul côté où devaient se trouver les haïtiens ; il se dressa contre l’ennemi ei depuis, il n’a jamais cessé de lutter pour la libération du territoire et le recouvrement de nos libertés perdues. Dès 1915, il fonda le journal « LA PATRIE >» qui lui donna des ennuis avec l’envahisseur. Il les accepta courageusement et ne céda jamais. Le journal « La Patrie » ne vécut pas longtemps. Mais Sylvain reprit la lutte. Avec quelques braves et courageux patriotes de sa trempe, parmi lesquels notre directeur Ls. Ed, POUGET, il collabora au journal « LA REPUBLIQUE ». Puis, à la fin de 1920, il réunit quelques citoyens avec lesquels il décida de reprendre une lutte de plus grande envergure. « L'UNION PATRIO- TIQUE » fut fondée et Sylvain en était l’administrateur-délégué. Cette association, qui est devenue actuellement une incontestable force organisée, doit beaucoup à l’indomptable énergie et au dévouement de Me. Georges SYLVAIN. Quel vide il laisse parmi nous et quel malheur public ! Mais il ne sera pas mort tout entier ; son œuvre vivra et son exemple portera ses fruits. Georges SYL-

VAIN restera un symbole et lorsque, quelque jour, la paix morale nous sera revenue, lorsque sera rétablie l’union complète; la grande union qu'il a toujours prêchée pour son pays, lorsque Haïti sera redevenue vraiment libre et indépendante comme il l’a toujours voulu, le cri spontané de la reconnaissance populaire se fera entendre pour rendre, sous toutes ses formes, hommage à la mémoire de Georges SYLVAIN, mort au champ d’honneur.

(de La Poste — lundi 3 août 1925)

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