‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 3 sur 38 · M. GEORGES SYLVAIN N’EST PLUS · texte numérisé non relu

M. GEORGES SYLVAIN N’EST PLUS

En pleine bataille politique, le Délégué de l’Union Patriotique a succombé à l'effort quotidien, à la fatigue de l’action. On sait que M. Sylvain a rencontré J'ESSOR sur sa route, car pour nous, dans la lutte de tout instant que livrait le leader nationaliste, il n’y avait pas que l'Occupation américaine à jeter à la mer, mais le gouvernement indigène dont nous avons juré de défendre le prestige. Mais voici que la mort nous enlève les possibilités de nous réconcilier avec lui dans une claire notion des intérêts immédiats du pays. Notre loyalisme, la gentilhommerie dont nous voulons que tous nos gestes soient empreïnts — nous commandent de déposer nos armes sur la tombe de ce prestigieux adversaire — et de dire — au-dessus de la mêlée — toute l’admiration que nous avons pour l’infatigable travailleur — l’homme de volonté — de ténacité et de courage — le lettré délicat dont les pages évocatrices de nos paysages nous empoignaïent — les discours troublants de la volonté d’une plus grande Haïti, nous soulevaient, et les tentatives de styler pour son pays une littérature propre nous associaient. L’'ESSOR prend part à ce deuil qui afflige — Maître— ta famille et tes amis. « Toi qui es en ce moment dans la vérité — tu sais mieux que personne qu'il n’y avait entre nous que la politique — et que plus que certains de tes partisans — nous sommes tes proches par l’esprit — par le cœur — en la patrie >»...

(de L’Essor, lundi 3 août 1925)

…La foudre est tombée parmi nous, et dans son aveuglement cruel elle a abattu celui qui, par l’éminence de son talent, l’immensité de sa foi patriotique, était notre principal pilier : Me. Georges SYLVAIN est mort.

Devant l'étendue de cette perte, les paroles sont impuissantes à traduire l’angoisse, le chagrin, la douleur qui nous étreint l’âme, l’âme de toute la Nation dont il était le père nourricier en ces heures tragiques : car l’activité de Sylvain était quelque chose de vraiment prodigieux, et tout son esprit, toute son énergie, sa vie enfin était consacrée à la cause nationale dont il incarnait la défense par ses plaidoyers, ses discours, ses conférences, ses mémoires, ses articles de journaux, écrits innombrables où la multiplicité des renseignements, la connaissance approfondie des faits et la beauté d’une forme abondante, harmonieuse et im-

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