‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 24 sur 38 · VIVE HATTI · texte numérisé non relu

VIVE HATTI

Fait et signé à Port-au-Prince, le vingt-deux Novembre 1920.

(Signé) Baussan, F. L. Cauvin, Lespinasse, M. Morpeau, D. Jeannot, Pauléus Sannon, D. Bourand, Georges Sylvain, Ls. Ed. Pouget, Léon Nau, Sténio Vincent, C. Rosemond, P. Thoby, Price Mars, Léon Liautaud, Abel N. Léger, Victor Cauvin, ( Vieux, V. Delbeau, Rigal, Clément Lespinasse, Boco, Is. Vieux, Dr. Sonor F. Viard, Dr F. CU

Desiderata L'Union Patriotique, d’accord avec l’opinion publique haïtienne, demande : ns P pupnq

°) Suppression immédiate de la loi martiale et des Cours prévôtales.

2°) Réorganisation immédiate de la force publique haïtienne : forces militaires, forces de police, et retrait dans un court délai de l'Occupation militaire des Etats-Unis.

0 Dénonciation de la Convention de 1915.

4°) Convocation à bref délai d’une Assemblée Constituante avec toutes les garanties de liberté électorale.

Monsieur D. Lamour, sénateur

Au Trou.

Port-au-Prince, 28 Décembre 1920

Mon Grand Ami,

Par les pièces que je vous envoie ci-joint vous saurez quelle est notre ambition présente : répondre à l’appel des amis qui aux Etats-Unis défendent la cause de notre patrie, coopérer avec eux à notre affranchissement, grouper le plus d’Haïtiens possible autour de l’idée nationale. L'Union Patriotique que nous avons fondée à cette fin est la représentation fidèle de notre triple préoccupation. Elle réunit dans une action commune tous les citoyens qui veulent que Haïti reste intégralement nôtre et qui entendent conformer leur conduite à ce ferme dessein. Elle n’exclut personne : on s’en exclut, si on a du devoir patriotique une conception différente.

Nous comptons sur vous pour fonder au Borgne, au Port-Margot, au Limbé des comités de l’Union Patriotique et propager notre souscription nationale destinée aux frais de séjour et d’entretien de nos délégués aux Etats-Unis.

Nous n’avions pas besoin de vous consulter pour savoir que nous sommes avec vous, — avec toute votre vie, — en parfaite communion d'idées et de sentiments. Mais notre comité central de Port-au-Prince vous devait, en entreprenant sa tâche, l'hommage d’une notification particulière. Faites connaître, je vous prie, autour de vous nos vues, notre programme d'action, ralliez-nous

des adhérents et qu’ils donnent à leur adhésion la forme la plus efficace en nous aidant par leurs souscriptions à faire les frais d’une délégation que nous voulons envoyer aux Etats-Unis pour y collaborer avec nos défenseurs, dans le plus bref délai possible, à la réalisation de nos fins nationales.

Toujours à vous de cœur et de pensée, veuillez agréer, Monsieur et Cher Concitoyen, l’assurance de nos salutations les meilleures.

(signé) Georges Sylvain Administrateur-Délégué du Comité Central de l’Union Patriotique |

Port-au-Prince, Janvier 1921 Monsieur James W. Johnson.

Cher Monsieur Johnson,

Nous vivons des jours pleins de trouble et d’angoisse, parce que nos gouvernants n’osent, ce semble, se confier à la nation, lui font mystère des com: munications qui l’intéressent et de leurs projets à son égard. Va-t-on lever les forces militaires des Etats-Unis ? Qu’y a-t-il de fondé dans le bruit qui en court avec persistance depuis plus d’un mois ? Nous ne parvenons pas à le savoir. Dans le même moment où nous faisons partout: acclamer le vœu populaire qui tend à la dénonciation du traité de 1915, le Gouvernement fête par un dîner diplomatique le retour de Mr. Baiïlly-Blanchard, le même ministre plénipotentiaire des Etats-Unis, qui eut à lui infliger l’affront de suspendre le paiement des indemnités de ses membres. Et ce n’est pas un secret que Mr Baïlly-Blanchard vient insister pour la conclusion d’un Emprunt onéreux au pays, dont la condition essentielle serait une prolongation de la durée de ce néfaste traité de 1915. Nous irons quand même jusqu’au bout de la tâche que nous nous sommes imposée : le réveil du sentiment national s’accentue partout à notre voix. Nous sonnons le ralliement des patriotes haïtiens autour du drapeau, leur prêchant sans cesse la modération, la patience, l’union.

Nous poursuivons, bien lentement à notre gré, contrariés par l’épidémie désastreuse, l’impression de nos brochures de propagande. Au commencement du mois prochain, nous nous occuperons du départ de notre délégation pour les Etats-Unis, subordonné jusqu’à présent au résultat de la souscription publique, ouverte par nous à cet effet.

À vous, cher Mr. Johnson, à votre famille, à vos dévoués coopérateurs, nos plus éordiales amitiés.

LA

, DIX ANNEES DE LUTTE POUR LA LIBERTE ï OI

Conclusion d’un discours

Nous avons fait partir trois des nôtres pour concourir au ‘salut. du pays, c’est bien ! Mais ce n’est pas assez : il faut continuer à pourvoir aux frais de leur séjour. Quand il s’agit de recouvrer la souveraineté et l'indéperidance de sa patrie, même le dévouement ne suffit pas : on doit se haussér: j jusqu au ‘sacrifice. L’avons-nous jusqu'ici compris ? j’ai grand peur que non 1

Les plus clairvoyants, — les moins fortunés — donnent peut- être en proportion de leurs moyens. Mais combien d’entre nous se sont restreints sur leur nécessaire, ont été jusqu’au sacrifice ?..

Si dans notre société, la masse des gens cultivés avait accordé aux événements qui là-bas se déroulent la place qui convient dans leurs préoccupations, en serions-nous à gourmander leur insouciance ?

Il n’est pas trop tard, — heureusement, pour mieux faire. Faisons vite et faisons bien. La question qui se pose est grave. Elle est de savoir qui décidément est Haïtien et qui ne l’est pas. C’est bien simple. Est Haïtien qui s’acquitte des obligations que ce titre implique. N’est pas Haïtien qui s’y dérobe. Un des plus grands malheurs qui puisse arriver aux citoyens d’un pays libre est d’assister impuissants à la chute de leur patrie. Maïs on n’est excusable de subir la mainmise de l'étranger que si l’on a tout fait pour l’éviter. J’entends des notables pères de famille qui s’estiment de bons citoyens, répéter sans frémir de honte que les forces militaires des Etats-Unis ne doivent pas être retirées, parce que sans elles c’est la catastrophe !

La présence des troupes étrangères serait indispensable à notre sécurité !.. De là à professer qu'il n'y a pas à faire des frais pour en demander le rappel, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Maïs comment les malheureux ! en tenant sans réflexion ces propos d’esclaves ne s’aperçoivent-ils pas que dans leur for intérieur, dans l’intimité de leur pensée, ils ont déjà jugé et condamné leur pays. Ayant pris leur parti de vivre indéfiniment sous la botte américaine, ils se croient encore Haïtiens ! ;

Allons donc. Judas, je ne dis pas, mais à coup sûr Ponces Pilates |

Il n’est que temps, Messieurs, de réagir contre ces lamentables aberrations, contre la tendance au pessimisme, qui, si l’on n à prenait garde, finirait ras glacer en nous tout pouvoir d’agir. Le pessimisme spéculatif n’est qu’une attitude de l'esprit, une paralysie de la faculté de croire. Mais le pessimisme dans l’action, c'est pis : le gage certain de Îa défaite ! Des hommes amers et tristes ont pris à cœur de nous instruire sur le sort qui nous attend, Ce leur est comme un point d’orgueil de détruire nos illusions. Qui leur a dit qu’elles nous gênent ? Si nous ne la tissions quelquefois de l’étoffe de nos rêves, la vie haïtienne vaudrait-elle la peine d’être vécue ?.…

Enfants de la fur Haïti, unis pour nous refaire une patrie, mettons des ailes à notre action ! Les larges horizons, l’espace illimité, n’appartiennent qu'aux âmes ailées ! Nous aussi, nous avons des ailes ! chante le chœur des

oiseaux de nuit, fresaies, chouettes, chauves-souris. De quellé utilité donc sontalles, si c’est pour raser toujours de près la terre !

Ne nous chargeons pas tant l’esprit du mal de demain. Demain n’est à personne. Qu'il vous suffise d’accomplir, intégralement, la tâche d’aujourd’hui ! Elle est assez belle pour nous retirer le droit de nous plaindre. Nous avons commencé de laver la honte d’une génération.

Dans la terre féconde, arrosée du sang de nos pères, nous avons replanté l’Arbre de la Liberté ! Il fleurira quand Dieu voudra ! fa Georges Sylvain

(« Le Courrier Haïtien », édition samedi 12 mars 1921)

Mesdemoiselles : Marie-Dugué Anna Toussaint

Edmonde Questel

Marie Déjoie.

Mesdemoiselles,

Sur la recommandation de notre collègue, Villehardouin Leconte, Président du Comité de l’Union Patriotique en votre ville, nous nous permettons de recourir à votre activité et à votre dévouement pour organiser au Cap le plus tôt possible une ou deux journées de collecte générale en faveur de l’entretien de nos délégués aux Etats-Unis. Vous savez s’ils y font bonne besogne !

Par leurs seuls moyens, sans aide officielle, ils ont mis fin à la campagne de dénigrement qui était menée contre notre pays, sous les auspices des hauts fonctionnaires du Département de la Marine et s’activent pour obtenir que Haïti rentre dans la plénitude de ses droits souverains.

À Port-au-Prince, nos femmes, nos filles et nos sœurs ont tenu à contribuer de leurs efforts personnels à cette œuvre de libération nationale. Elles sont sorties dans les rues au jour que nous avions annoncé, ont frappé à toutes les portes, se sont adressées à tous les passants, n’ont refusé aucune obole et au bout de cette première journée, 100 dollars ont pu, grâce à elles, être expédiés aux missionnaires du peuple haïtien. Vous trouverez ci-joint la formule des lettres et des cartes dont nous nous sommes servis pour nous assurer leur concours. N'est-ce pas qu’à leur exemple, vous tiendrez toutes à démontrer que les Capoises n’ont rien à envier au patriotisme de leurs sœurs dominicaines ?

Veuillez agréer, Mesdemoiselles, l'hommage de nos sentiments de respectueuse sympathie. -

Au Comité de l’Union Patriotique de Tiburon.

Messieurs et Chers Collègues,

Nous avons reçu avec une vive satisfaction le procès-verbal de la séance de constitution du Comité de Tiburon et vous félicitons ainsi que vos collègues du comité d'initiative du résultat obtenu. Nous ne doutons pas du succès final, connaissant l’énergie de votre foi patriotique. Malgré les efforts de la propagande adverse pour donner le change aux populations, notre œuvre ne cesse de prospérer dans le pays. Nos délégués ont déposé leur mémoire devant le Congrès et le Gouvernement fédéral, et en attendent l'effet avec confiance.

Ci-joint un exemplaire du ler numéro de notre Bulletin qui contient nos 13 actes et nos statuts. Il vous reste à vous joindre aux autres comités en signant une adresse de félicitations à nos délégués à peu près en ces termes et à ouvrir dans votre région une souscription pour aider à leurs frais d’entretien aux Etats-Unis. |

Veuillez agréer, Messieurs et chers Collègues, l'assurance de nos sentiments très dévoués.

Au Comité de l’Union Patriotique des Cayes.

Messieurs et chers collègues,

Nous avons été heureux de recevoir la bonne visite de votre collègue, Georges M. Douyon, chargé de nous porter la nouvelle de la constitution du Comité des Cayes. Il a pu participer à notre séance publique d’hier où pour faire honneur à votre groupement fraternel, notre Bureau l’a convié à prendre place à la droite de l’Administrateur-Délégué, Président de l’Assemblée. Nous vous félicitons d’avoir réussi à vous grouper. et d’avoir mis à la direction de notre œuvre aux Cayes les citoyens recommandables qui nous ont été désignés. Il s’agit maintenant d’intensifier notre propagande patriotique, de pourvoir à l'entretien de nos Délégués par des souscriptions et des fêtes. Le succès de la délégation a été brillant. Ce succès nous est attesté par les journaux qui nous viennent de là-bas et les lettres de nos amis. Non seulement ils ont donné à la campagne de presse une allure nettement favorable à notre cause, mais ils sont en train de nous rallier la majorité des membres du Congrès. Je vous ferai prochainement des communications à ce sujet.

En attendant...

Monsieur Pressoir Jérôme, Jérémie, Monsieur et Cher Concitoyen, Au début de notre campagne patriotique, je n’ai pas hésité à faire appel à vos sentiments de bon citoyen et à nos rapports déjà anciens de franche sympathie pour vous prier de nous donner votre bienveillant appui à Jérémie.

Vous m’aviez demandé, si j’ai bonne mémoire, de vous édifier complètement sur nos vues.

Depuis lors, tout le pays a pu connaître par nos manifestations et nos publications diverses à quoi tend notre action. Bien plus elle a déjà commencé à produire ses. fruits. Nos délégués aux Etats-Unis ont contribué à rendre l’opinion.en général favorable à notre cause nationale : ils sont en train de. nous rallier également une majorité parmi les dirigeants. Le moment arrive où le problème de la restauration de notre souveraineté et de notre indépendance se posera et sera résolu. Pour que ce soit en notre faveur, nous devons maintenir, fermes nos revendications et continuer la campagne engagée. Vous n’ignorez pas que c’est à la suite d’une souscription publique que nous avons : pu faire partir la Délégation. Pourvoir à ses frais de séjour est maintenant notre préoccupation. Voulez-vous être assez bon pour vous charger personnellement de nous recueillir quelques valeurs parmi les notables de Jérémie.

Veuillez agréer, Monsieur et cher Concitoyen, pour vous et pour votre famille, l’assurance de nos sentiments sympathiques et dévoués.

23 Mai

Monsieur Pétion Mercure.

Grand-Goâve.

Monsieur et Cher Concitoyen,

Sur la recommandation de quelques-uns des nôtres, j'ai l’honneur de vous confier le soin de former un comité de l’Union Patriotique à Grand-Goâve. Nous avions pensé au début, que notre concitoyen, Albert Duval, à qui nous nous étions adressés aux mêmes fins, y serait arrivé sans difficulté, mais le temps passe et rien n’est fait.

Grand-Goâve est trop près de Port-au-Prince et nous y comptons beaucoup trop d’amis, patriotes sincères, pour que nous restions sur ce résultat négatif. Nous avons pleine confiance que votre dévouement à la cause nationale fera merveille.

Ci- -joint un exemplaire du ler numéro du Bulletin de Union Patriotique qui contenant nos premiers actes, facilitera votre tâche.

Veuillez agréer, Monsieur et cher Concitoyen, l’assurance de nos sentiments les meilleurs. G. Sylvain

Mr. le Pasteur Aug. Albert, Port-au-Prince, 26 Février 1921 Président de la Ligue du Bien Public,

Cap-Haïtien.

Monsieur. le Président et Cher Concitoyen, .

J’attends depuis une dizaine de jours un sympathique ami à qui confier ma correspondance du Cap. De guerre lasse, je vous envoie à tout risque ma

réponse à votre aimable lettre du 4 février, ne voulant pas que vous m’y croyez indifférent. J’ai lu avec intérêt les statuts de la Ligue du Bien Public, Vous féliciter comme d’une chose normale de l'inspiration élevée dont ils procèdent serait paraître ignorer le fondement solide de l’apostolat que vous poursuivez depuis si longtemps parmi nous. Maïs dans la pratique, ne craignez-vous pas que le «Contrôle et la direction >» des « Pouvoirs Publics >» ne soient bien difficiles à une Association privée, sans provoquer des suspicions, des protestations, des résistances ? Je ne crois pas qu'aucune Administration haïtienne soit d'humeur à les tolérer. Nous qui ne faisons que répéter sur tous les tons que nous nous cantonnons sur le terrain exclusivement patriotique, on s’obstine à nous prêter toute sorte d’arrière-pensées. Jugez si nous entrions en lutte contre les autorités existantes ! Nous ne pourrons guère agir que par une propagande de persuasion. Et c’est à quoi notre concours vous est assuré. J’estime, soit dit entre nous, que vous exagérez le pouvoir du préjugé de localité sur l’esprit des Haïtiens qui habitent Port-au-Prince. Un peu égoistes et affairés, comme tous les résidents des capitales, peut-être bien, mais pénétrés de l’esprit de clocher au point de dédaigner une bonne œuvre, parce qu’elle n’aurait pas pris naissance à Port-au-Prince, sincèrement non ! Puis, comptez dans notre population ici le nombre de gens entre 30 et 50 ans, nés à Portau-Prince ! Une poignée.

Ma conclusion est que rien ne s’oppose à une collaboration intime entre la Ligue du Bien Public et l’Union Patriotique pour aider au succès de la campagne entreprise en faveur de nos revendications nationales. Rien ne s’oppose à ce que cette collaboration continue, même si l’Union Patriotique se disjoint à la suite de cette campagne, entre nos anciens militants et votre vaillante Association. Tous nos vœux sont pour une telle «conjugaison » d'activités et de dévouements. Que toutes nos forces s’associent aux heures graves où se jouent les destinées de notre patrie ; et adoptons la formule que nous recommandent les défenseurs de notre cause aux Etats-Unis : unité de vues, unité d’action !

Toujours à vous bien cordialement, Georges Sylvain

Monsieur le Président Aug. Albert, Président de la Ligue du Bien Public.

Monsieur le Président et Cher Concitoyen,

Je vous remercie de la circulaire que vous m’avez envoyée avec mandat de constituer une filiale de la Ligue du Bien Public à Port-au-Prince. Comme j'ai déjà eu le plaisir de vous le déclarer, j’adhère de franc cœur pour ce qui m'est personnel au programme de l’œuvre et vous prie de m'inscrire parmi vos adhérents, maïs je ne crois pas le moment venu pour vous de fonder ici la filiale que vous nous recommandez. Nous appartenons trop entièrement, moi surtout, à l’action de l’Union Patriotique pour en distraire nos instants de loisir. Aucune autre préoccupation ne nous semble plus pressante, puisque

si la domination des Etats-Unis sous la forme des cours prévôtales et de la loi martiale doit continuer de peser sur le pays, il n’y a pas de Ligue de Bien Public qui puisse tenir, ce qui ne saurait nous empêcher d’appuyer toutes vos initiatives en vue de mettre fin aux abus dont nous pâtissons ou d’y opposer d’énergiques protestations. [1 serait fort utile à la cause nationale que vous puissiez nous adresser une statistique contrôlée et certifiée des prisonniers morts dans les prisons du Département du Nord sous le régime de l’occupation militaire des Etats-Unis. Nous la transmettrions sans retard à nos Délégués comme pièces annexées au dossier qu’ils doivent déposer devant le Sénat et devant le Congrès fédéral.

Veuillez agréer, Monsieur le Président et cher Concitoyen, l’assurance de nos sentiments sympathiques et dévoués.

*# * LS À Mr. Marcelin Jocelyn,

Aux Cayes.

Port-au-Prince, 26 Janvier 1921 Mon Cher Marcelin,

C’est une vraie malchance pour notre œuvre que vous ayez été malade, juste au moment où vous pourriez lui être le plus utile en la faisant connaître sous son jour véritable et en opérant le ralliement autour de son drapeau, qui n’est autre que le drapeau national. Vous me demandez notre plan et no: moyens d'exécution. Notre plan est de répondre à l’appel des défenseurs de la cause haïtienne aux Etats-Unis. Ils nous ont écrit : « La question haïtienne est posée devant le peuple des Etats-Unis. Il s’agit maintenant d’achever l’ouvrage commencé (c’est-à-dire d’amener l’opinion au point où sa pression s’exercera avec efficacité sur les gouvernants et pour cela il nous faut le concours des Haïtiens.)

Formez une Association de patriotes. Elle collaborera avec nous au travail de reconstruction de vos institutions, qui s’impose. Envoyez-nous des délégués. Ils amorceront l’étude des questions à résoudre entre les deux gouvernements et nous donneront d’utiles renseignements, propres à alimenter notre propagande. « Faire ce qu’on nous demandait >» nous a semblé un devoir de conscience et un point d'honneur, Nous avons marché, comme un soldat à la voix du canon.

Nous ne prétendons pas du tout nous substituer à l’action et à la responsabilité du Gouvernement haïtien, quel qu’il soit. Notre unique ambition est de lui défrayer la voie, d’élargir son terrain de négociations. S’il peut s’autoriser de l’opinion générale des populations haïtiennes et de celles d’une portion importante du peuple des Etats-Unis pour demander que l’on revienne sur les conditions politiques, militaires et administratives qui nous ont été imposées, nous aurons réalisé notre programme, dont l'essentiel est de stimuler notre peuple à formuler ses revendications et d’éclairer le peuple des Etats-Unis sur ce qui s’est passé et ce qui se passe chez nous, afin d'augmenter par là les moyens diplomatiques de nos négociateurs officiels. L’attitude du gouverne-

ment Dartiguenave ne nous permet guère de compter que le pays recueillera de nos efforts tout le profit qu’on en pourrait légitimement attendre. Il affecte de voir en nous des ennemis coalisés pour le renverser, quoiqu'il sache l’absurdité de cette propagande. Nous ne lui demandons rien que de profiter, le moment venu, de notre travail, en s’inspirant des aspirations populaires. S’il a le bon esprit d'employer la dernière période de son septennat à réparer tout le mal que nous a valu « l’erreur » du protectorat et à se réhabiliter par là dans l’estime des patriotes haïtiens, nous suivrons la tentative avec intérêt et y aiderons dans la mesure compatible avec nos sentiments personnels. Mais jusqu’à présent rien n’autorise à croire ni qu’il ait changé d’avis au sujet du maintien de l’occupation et de la Convention, ni qu’il désire modifier l’orientation intérieure de la politique avec des collaborateurs différents de sa clientèle habituelle. Tout dans ses allures semble indiquer le contraire.

Nous n’en persistons pas moins à concourir avec nos amis des Etats-Unis à la défense de la nationalité haïtienne par une campagne d’opinion. N’aurionsnous qu’une chance de réussite, nous serions impardonnables de la négliger. Ce sera notre honneur d’avoir ainsi compris notre devoir.

Toujours vôtre, : (Signé) Georges Sylvain

Union Patriotique Port-au-Prince, 23 Mai 1921

A Messieurs J. Lanoue et Jolibois Fils, co-directeurs du Courrier Haïtien ; C. Vieux, Directeur de l’Etendard ;

Hénec Dorsainville, Directeur de l’Essor ;

Clément Magloire, Directeur du Matin ;

Ernest Chauvet, Léon Laleau, F. Duvigneaud, co-directeurs du Vouvelliste ; F. Diambois, Directeur de la Revue « La Renaissance ».

Messieurs et Chers Confrères,

Laissez-moi, au nom de l’Union Patriotique, vous féliciter de l’acte par lequel, à l’occasion de l’anniversaire du Drapeau national, vous avez affirmé de nouveau votre inébranlable résolution de soutenir le peuple d'Haïti dans la revendication de son indépendance et de sa souveraineté intégrales, et de former «un front uni» contre quiconque tenterait d’y faire obstacle. Que J'Union de la presse haïtienne autour du Drapeau réponde à notre plus cher et plus constant désir, vous n’en doutez certes pas, car c’est le thème habituel de nos communications. Nos délégués, dès leur arrivée à New-York, vous y ont adjuré avec insistance ; les amis et défenseurs de notre cause aux Etats- Unis, et en particulier Messieurs James Johnson et Seligman, ont étendu leur appel à la nation tout entière, lui rappelant en termes émouvants la nécessite de sacrifier à l’intérêt commun les dissentiments personnels. Nous avons donc tout lieu de compter que votre Résolution produira des fruits durables.

Nous joignons notre protestation à la vôtre au sujet de la tentative d’arrestation, dirigée, au mépris des garanties légales, contre notre jeune confrère, Vély Thébaud, et voulons bien espérer que, mieux informée, la Force armée s’abstiendra de donner à cet incident des suites qu’il ne comporte pas. Elles paraîtraient, en effet, d’autant moins justifiées qu’il n’est personne d’entre nous à n'être pas convaincu que le devoir présent pour notre peuple consiste à persévérer dans la voie délibérément pacifique où il chemine, et où jusqu’à présent il est assuré des meilleurs chances de succès.

Tant que nous n’aurons pas épuisé tout le rendement de l’action méthodique et réfléchie que nos missionnaires ont engagée, nous n’avons pas le droit d’en sous-estimer l'efficacité. C’est au fond et essentiellement une campagne d'opinion qui se poursuit ici et là-bas. Pour la mener à bonne fin, nous ne devons donner sur nous aucune prise aux ennemis de notre pays, qui, au moment où il s’agit de démontrer que la nation haïtienne est en mesure de se conduire sans guide étranger, seraient trop heureux de nous porter, par des provocations calculées, à perdre la maîtrise de nous-mêmes.

Bien cordialement à vous, Georges Sylvain.

Messieurs :

Herbert J. Seligman, Membre du Comité de lAssociation pour lavancement des gens de couleur,

James W. Johnson, Secrétaire Gal. de l’Ass. pour lav. des gens de couleur, Garrison Villard, Directeur de The Nation, Dr. Gruening, Rédacteur en Chef de The Nation :

Chers Messieurs,

Nous avons le plaisir et le grand honneur de vous informer que la population de Port-au-Prince représentée par trois mille de ses membres appartenant à toutes les classes sociales, sans acception de parti, rang, ou de fortune, a, sur la proposition du comité central de l’Union Patriotique, voté par acclamation et à l’unanimité des assistants la motion suivante :

« La population de Port-au-Prince, réunie sur la Place du Bel-Air, en cet après-midi du 3 avril 1921, pour témoigner de son intérêt et de sa complète adhésion à l’œuvre de concorde et de réparation nationale entreprise par l'Union Patriotique, adresse aux amis de la libération haïtienne militant aux Etats-Unis d'Amérique ses remerciements enthousiastes pour l’accueil cordial et le solide appui accordés aux Délégués du Peuple haïtien ». L’Assemblée a tenu à ce que ce sincère hommage vous fût tout spécialement adressé, avec prière d’en faire part à tous ceux qu’elle intéresse, en reconnaissance du zèle

infatigable avec lequel vous ne cessez de préconiser le respect du droit dans les relations internationales et à réclamer du Gouvernement et du peuple des Etats-Unis justice en faveur de la nation haïtienne.

Veuillez agréer, Chers Messieurs, Passurance de nos sentiments de haute estime et d’inaltérable sympathie.

Pour l’Union Patriotique, | L’Administrateur-Délégué du Comité Central,

Georges Sylvain + + +

Monsieur Jh. Dessources 4 Juin

Ancien Ministre, Port-Margot,

Monsieur et Cher Concitoyen,

J’ai appris avec plaisir par notre collègue, Alfred Henriquez, que vous avez bien voulu accepter la mission de fonder et de présider un comité de l’Union Patriotique au Port-Margot. Il n’en pouvait être autrement pour nous qui connaissons la ferveur de vos sentiments patriotiques et que des liens de si vive affection rattachent à vous depuis si longtemps. Il nous tarde de recevoir les actes qui constatent votre affiliation officielle à l’Union Patriotique. Pour en faciliter la rédaction, je vous envoie un exemplaire du ler numéro de notre Bulletin. Je regrette de n’en avoir pas un plus présentable, mais le numéro est presque épuisé. Je suis forcé d’utiliser ce qui me reste d’une expédition que la poste m’avait retournée. Vous aurez à faire signer par tous les adhérents qui marchent dans vos vues un procès-verbal de votre constitution, puis une adresse à vos délégués, dont la formule usuelle est celle-ci :

« La population de Port-Margot, dûment représentée par les notables soussignés, envoie aux délégués du peuple haïtien, chargés de soutenir aux Etats-Unis nos revendications nationales formulées par l’Union Patriotique, ses encouragements les plus vifs et l’assurance que le pays tout entier fait des vœux fervents pour le succès de leur mission, à laquelle il donne son appui enthousiaste ».

Port-Margot, le

A côté du nom de chaque signataire, sera inscrite sa profession ou les fonctions qu’il occupe ou a occupées.

Ces actes faits et transmis au comité de Port-au-Prince, il restera à mettre rapidement en circulation une souscription pour aider aux frais de retour de nos Délégués. Le terme de trois mois que nous avions assigné à leur mission est échu. Ils ont réussi à émouvoir là-bas l'opinion par la propagation du

mémoire qu’ils ont déposé devant le Gouvernement et le Congrès des Etats- Unis. Tout le monde, même les ennemis de notre cause, s’accordent à demander qu’une Commission d’Enquête formée par le Congrès vienne connaître la vérité à propos des faits par nous dénoncés. Il importe donc qu’en prévision de cette enquête tous les Haïtiens qui ont eu gravement à souffrir eux-mêmes des actes de l’occupation militaire des Etats-Unis ou qui sont parmi les victimes de cette occupation se préparent à témoigner le moment venu devant la Commission d’Enquête. Le devoir de nos comités est de réunir ceux de leur région, de recueillir de leurs bouches le récit précis et concis des faits, les noms des personnes qui en ont été témoins, et qui peuvent appuyer leurs dires, les pièces dressées à cet effet s’il en a été dressé. Chaque dossier sera méthodiquement classé au nom de la victime. Vous garderez les dossiers par-devers vous jusqu'à ce qu’ils puissent être utilisés et vous nous en expédierez un tableau résumé, au fur et à mesure que s’en opérera le classement.

Veuillez agréer, Monsieur et Cher Concitoyen, l’assurance de nos senti-

ments les meilleurs.

# Le LS

Monsieur Rousseau, Cavaillon.

Monsieur et Cher Concitoyen,

Sur la recommandation de notre aimable concitoyen et ami, M. Théart David, Président du Comité de l’Union Patriotique, nous prenons la liberté de vous demander de prendre l'initiative de vouloir bien former à Cavaillon, une filiale de notre Association. Si l’idée vous agrée, en vous adressant à MM. Elibert Dieuveuille, Rousseau, Lamartine Mombeleur, Victor Roche, vous aurez, pensons-nous, les premiers éléments de votre groupement. Ci-joint, par l’inter- médiaire de Mr Théart David, un exemplaire du ler numéro de notre Bulletin où vous trouverez notre Acte Constitutif que votre comité aura à voter, ainsi que nos desiderata. Après quoi, nous vous engageons à vous joindre à nous pour voter une adresse de félicitations à nos Délégués, dans les termes suivants :

« La population de Cavaillon, dûment représentée par les notables soussignés, envoie aux délégués du Peuple haïtien chargés de soutenir aux Etats-Unis nos revendications nationales formulées par l’Union Patriotique, ses encouragements les plus vifs et l’assurance que le pays tout entier fait des vœux fervents pour le succès de leur mission à laquelle il donne son appui enthousiaste ».

Cavaillon, le

À côté du nom de chaque signataire sera inscrite sa profession ou les fonctions qu’il occupe ou a occupées.

Tous ces actes faits et transmis au Comité de Port-au-Prince, restera à mettre en circulation une souscription ou à organiser avec l’aide des dames et des demoiselles de votre ville, à travers toutes les rues et dans toutes les

maisons une collecte générale, pour aider aux frais de nos délégués aux Etats-

Unis.

Veuillez agréer, Monsieur et Cher Concitoyen, l’assurance de nos sentiments sympathiques et dévoués.

Pour le Comité Central lAdministrateur-Délégué, Georges Sylvain

Messieurs Pauléus Sanon, Sténio Vincent et Perceval Thoby, Port-au-Prince, 29 Mars 1921 Bien Chers Collègues et Amis,

Le Comité a pris connaissance de vos deux premiers Rapports, le premier du 16 Février, sous la signature de Mr. Pauléus Sannon, le deuxième du 3 Mars sous la signature de M. P. Thoby. J’y ai répondu par des lettres particulières. Le troisième du 10 Mars signé Pauléus Sannon, vient de m'être remis.

Tout le pays n’a pas tardé à être tenu au courant des nouvelles encourageantes que vous nous avez envoyées : les résultats de l’intervention intelligente et méthodique de la Délégation ont répandu dans tous les cœurs un joyeux réconfort. On ne sait qu'admirer le plus de la promptitude ou de lefficacité de son action. Dès que vos suggestions nous arrivent, nous nous empressons de les mettre à exécution. C’est ainsi que le dimanche 6 Mars, dans une séance publique, une adresse de félicitations vous a été votée par la population de Port-au-Prince. Plus d’un millier de personnes appartenant à toutes les classes sociales, sans acception d’opinions, ont acclamé le texte dont vous trouverez ci-joint la formule. La motion transmise à nos Comités de Province y a été l’objet d’un accueil enthousiaste. Les adresses se couvrirent partout de signatures. La difficulté des communications nous a empêchés de les avoir à temps.

Messieurs Pauléus Sanon, Sténio Vincent

et Perceval Thoby, Délégués du Peuple haïtien aux Etats-Unis.

Mes Chers Collègues,

Le Comité Central de l’Union Patriotique vous remercie et vous félicite du tact et du dévouement que vous ne cessez de consacrer au succès de la mission qu’il vous a confiée. Les résultats obtenus en si peu de temps ont dépassé nos espérances.— Le pays tout entier suit votre œuvre avec un intérêt croissant, les adresses de félicitations que nous vous avons transmises, celles qui continuent de nous arriver chaque semaine contiennent l’attestation consolante du prix que vos concitoyens attachent à vos vaillants efforts. Si nous n’avons pu, aussi largement, aussi rapidement que nous l’aurions voulu, pour-

voir aux frais de votre mission, la bonne volonté des populations n’y est pour rien, c’est que vraiment leur détresse pécuniaire est grande. Pour vous permettre d’avoir à temps votre mémoire imprimé, j'ai ouvert une liste particulière. Ceux qui y ont participé m’ont demandé de ne citer aucun nom, voulant que leur coopération gardât un caractère impersonnel. Je considère cependant comme un devoir de les signaler à votre reconnaissance dans le memorandum ci-joint. +

Poursuivez jusqu’au bout la tâche commencée, c’est-à-dire jusqu’au moment où le Congrès aura désigné les membres de sa commission d'enquête. Nous nous activons pour vous en assurer définitivement les moyens.

Croyez, mes Chers Collègues, à l’assurance de mes sentiments tout dévoués.

(s) G. Sylvain.

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