PAS DE POLEMIQUES. UNITE DE FRONT
À Monsieur Constant Vieux, Directeur du « Courrier Haïtien ».
Monsieur le Directeur,
Ce n’est pas mon rôle d'intervenir dans des passes d’armes entre journalistes. Mais permettez-moi de faire appel à vos sentiments patriotiques dont je connais l’élévation et au dévouement que vous prodiguez à la sauvegarde de nos intérêts nationaux pour couper court désormais à toute polémique entre vous et vos confrères, qui ne se renfermerait pas dans les termes d’une discussion stricte de faits et d’idées.
J’ai pour cela deux raisons, le temps dont nous disposons est court, le cadre de nos quotidiens restreint. Nous n’avons pas le droit, visant à servir la cause haïtienne, d’en rien distraire de ce qui peut constituer un moyen d'action. Pendant que nous nous attardons à une escrime stérile, l’Amiral Knapp, les agents de la National City Bank, font jouer contre nous leur grosse artillerie et nous bombardent sans répit.
Ma deuxième raison est que notre intérêt commande d’éviter qu’on nous oppose des désaccords, moins réels qu’apparents, — car, au fond, quel Haïtien digne de ce nom, pourrait ne pas désirer la souveraineté et l’indépendance de son pays ? — pour en faire un motif de discrédit contre nos revendications et ruiner par là l’autorité de nos missionnaires.
Assurer les frais d’entretien de la délégation, surveiller attentivement ce qui se passe aux Etats-Unis ; réunir tous les documents, tous les arguments, qui peuvent contribuer à attester notre bon droit ; les produire, au moment opportun, éclairer la cause, fortifier la défense ; opposer à l’ennemi, qu’avantageraient nos divisions, une infrangible discipline, c’est à quoi doivent tendre nos préoccupations !
N'oublions pas, par ailleurs, que nous honorerons notre cause, en pratiquant envers les étrangers, même prévenus contre nous, qui viennent ici se renseigner sur notre condition politique et sociale, nos vieilles traditions de courtoise hospitalité. |
Bien cordialement à vous, Georges Sylvain.
(« Le Courrier Haïtien », édition merc. 2 mars 1921)