‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 27 sur 38 · DISCOURS PRONONCE AU MEETING DU 8 JUIN · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCE AU MEETING DU 8 JUIN

Messieurs,

Ce n’est pas, j'espère, tenir un propos subversif de reconnaître que beaucoup de bruit a été soulevé autour de l’Union Patriotique. La jument de Roland avait toutes sortes de qualités, sauf un défaut : elle était morte. On a gratifié notre Union d’une collection de défauts variés, sans pouvoir lui dénier cette qualité, précieuse entre toutes, d’être bien vivante. Aucune forme d'attaque ne lui a été épargnée. D’ordinaire, c’est aux gouvernements qu’on fait la guerre des fausses nouvelles. Nous avons vu, à propos d’elle, se produire un fait inouï : les gens au pouvoir, ligués pour démolir, à coups de propagandes, une association privée, résolument pacifique, n’ayant d’autre arme que sa volonté d’être utile. Pour ceux qui ne la connaissent pas, ou ne la connaissent que par ses détracteurs, il peut être opportun de la définir par son caractère, par son action, par son objet. Je me propose précisément de rappeler ici, au risque de nous répéter, ce qu’est l’Union Patriotique, quels résultats elle a jusqu'ici obtenus et ce qui lui reste à faire pour réaliser pleinement son objet.

Ce que nous sommes ! Rappelez-vous, Messieurs ! Ces faïts datent d’un an à peine — sous le régime, mi-protectorat, mi-dicfature, qu’il subissait depuis 5 ans, le pays somnolaït dans une torpeur morne, quand il fut brusquement réveillé par une proclamation du Président de la République. On croyait communément qu'entre le Chef de l’Etat d'Haïti et les agents des Etats-Unis, ses coopérateurs, c'était une union indissoluble. Et voici que, sans préparation, nous apprenions de sa bouche autorisée que le divorce était consommé. À propos d’exigences, jugées par lui exhorbitantes, il prenait le parti de se rebiffer. De concert avec le Conseiller Financier, le Ministre Plénipotentiaire des Etats-Unis n’hésita pas à suspendre les émoluments de cet assisté récalcitrant, et du même coup, ceux de ses Ministres et de ses Conseillers d’Etat. Il tint bon, dénonça à la Nation sa situation périlleuse, convoqua à l'extraordinaire le Conseil d'Etat, puis resta coï. De ce jour une agitation était née dans le pays, qui dure encore, En chercher aïlleurs l’origine c’est tourner le dos à la vérité. Elle provient d’un conflit, publiquement établi entre protégé et protecteurs, et ns s’apaisera que quand ce conflit qui dépasse la portée des marchandages et des menues compromissions de la politique courante, recevra sa solution logique. Coup sur coup le Moniteur publia la correspondance échangée entre les deux parties, et le Livre Bleu généralisa la publication à tous leurs chefs de désaccord. Maïs sauf un Mémoire, contenant l’exposé des griefs du Gouvernement haïtien et un message au Président Harding, formulant ses desiderata, le Président d'Haïti ne crut pas utile de faire davantage pour la pacification des esprits que son appel à la Nation avait profondément troublés. C’est alors qu’intervint l’Union Patriotique. Nos populations avaient partout soif de clarté, de direction morale. Le pays à tâtons cherchait sa route dans la nuit.

On hésitait à placer sa confiance dans les hommes. On ne croyait plus en un avenir meilleur. Un groupe de citoyens se donna pour tâche de former un faisceau compact de ces bonnes volontés éparses, qui s’ignoraient, de ces énergies, inertes faute de savoir où se prendre. Il sonna le ralliement et les

patriotes accoururent. On accourut d’autant plus volontiers que l’entreprise où l’on s’enrôlait était une des plus nobles qui pût tenter des cœurs bien nés

l’affranchissement de la patrie.

Une expérience de 5 années de domination étrangère s’étant avérée « fâcheuse », au dire même du Chef de l'Etat haïtien qui l’avait patronnée et en quelque façon imposée, il s’agissait d'obtenir le retour à nos conditions normales d’existence et pour cela disposer le peuple haïtien à pouvoir démontrer en tout temps sa capacité dé gérer lui-même ses affaires. Double mission pour ses guides, mission émancipatrice, mission éducative. Ils s’y dévouèrent sans hésiter, Savoir ce que l’on veut, le vouloir fermement, y tendre par une action rapide, y persévérer, c’est une force en tous pays. L'Union Patriotique est une grande force bienfaisante, mise au service des idées d’ordre, de progrès, de stabilité, d’apaisement. Elle ne peut aboutir aux fins qu’elle se propose que si la nation haïtienne s’oriente décidément vers la sagesse, discipline sa conduite. Quiconque aide à l’ordre moral, travaille à son succès.

Il est difficile, Messieurs, de trouver des reproches sérieux à formuler contre une association de ce genre, qui reste ouverte à tous les Haïtiens de bonne volonté, adhérant à son programme d’action ; qui, ne voulant que le bien de tous, et s’y employant uniquement, ne demande rien pour sa peine !.…

Faute de griefs fondés, la malveillance en a inventé d’imaginaires. Le plus ressassé consiste à affecter de voir en nous un parti politique, une opposition anti-gouvernementale, anti-américaine ; composée de quelques assoiffés du Pouvoir, sans attaches réelles avec le gros des populations, sans mandat pour parle: en leur nom.— Que nous ne soyons pas un parti politique, c’est un fait facil: à contrôler. Dès notre constitution nous avons affirmé notre ferme intention d’agir en dehors des compétitions de la politique locale. Les promoteurs de l’œuvre en ont fait la condition expresse de leur collaboration. Un article de nos Statuts interdit à notre Union toute politique de partis ou de personnes. Le jour où il en serait autrement, l’Oeuvre aurait cessé d’être. Depuis huit mois qu'elle fonctionne, quelqu'un peut-il citer un acte du Comité Central ou de ses filiales qui contredise à cet engagement pris envers nous-mêmes. Non. Aucun fait pareil ne peut être invoqué. S’il en était, on n’aurait pas manqué de nous l’opposer. C’est donc à un pur procès de tendance, à un parti pris de dénigrement que nous nous heurtons. Le jeu en est trop misérable pour que nous nous y arrêtions davantage. Parce que dans nos rangs ont pris place d'anciens militants de nos luttes politiques on ne veut pas admettre qu’ils puissent participer à une action désintéressée, comme s’ils étaient voués à perpétuité aux mêmes gestes, aux mêmes errements, sans la faculté de s’en évader. Notre Union ne fait pas de politique de parti parce que la politique est un ferment de division et qu’elle a besoin du concours de tous pour réaliser notre commun idéal ; elle ne fait pas de politique de personnes, parce qu’elle entend garder intacte son autorité morale en planant au-dessus de la mêlée des intérêts et des appétits. Elle ne fait pas de politique intérieure parce que la logique commande de travailler à nous faire rendre notre maison avant de nous disputer sur le choix des meubles qui serviront à l’aménager.

Le reproche d’anti-américanisme n’a pas plus de fondement. Comment notre hostilité s’exercerait-elle contre ceux dont nous attendions notre libération ? Partout où il y a en face un oppresseur et un opprimé, on ne saurait demander à l’opprimé de bénir et d’aimer son oppresseur. Seul, parmi les animaux de la création, le chien baïse la main qui le bat.

Aucun grand Etat n’a envers les peuples faibles le monopole de la Justice ou de l’injustice. Tous à l’occasion font passer avant le droit d’autrui l'intérêt de leurs convoitises. Nos sentiments envers la République des Etats-Unis sont ce qu'ils seraient à l’égard de n’importe quelle grande Puissance qui se serait trouvée à sa place et tels que les citoyens des Etats-Unis les auraient euxmêmes à l’égard de notre République si au lieu d’être ses protecteurs ils étaient protégés par elle. Individuellement notre peuple n’a envers aucun étranger d’hostilité systématique. Il juge chacun d’après ses mérites. Si nous pouvions avoir des velléités de témoigner en bloc une animosité particulière aux Américains des Etats-Unis il suffirait pour nous empêcher de nous rappeler, nous autres de l’Union Patriotique, à qui nous devons en grande partie le succès de notre action là-bas. L’un de nos délégués nous le disait encore dans son rapport

du 14 Mai :

« Comment pourrions-nous jamais reconnaître le dévouement d’un Gruening.»

A la vérité, Messieurs, en remettant notre cause nationale aux mains du Peuple et du Gouvernement des Etats-Unis, nous proclamons par devant le monde que nous les jugeons capables de décider même contre leurs intérêts en faveur de la justice. Nous accordons ainsi à ce Gouvernement et à ce Peuple la plus grande marque de confiance, nous leur décernons le plus bel hommage qui puisse être rendu par des consciences libres à une grande communauté humaine.

Y a-t-il lieu de nous défendre de tramer la perte du Président actuel ? Quand ? Comment ? Par quel acte ? A quelles fins utiles ? A ces procédés nettement hostiles nous avons toujours dédaigné de répondre. Quelques mois seulement nous séparent de l’époque où il devra résigner ses fonctions. Pourquoi tenterions-nous d’anticiper sur le jugement de l’histoire ou sur les desseins de la Providence ?

Messieurs, il n’y a donc aucune contradiction entre ce que nous avons voulu être et ce que nous sommes. Pour qui tient à nous connaître à fond, il n’est que de lire notre acte de constitution.

Doute-t-on de l’importance numérique de nos adhérents ?

Là encore nous opérons à ciel ouvert : — le contrôle est facile. Tous nos comités régionaux ont été signalés au public à l’époque de leur inauguration avec les noms des notables qui les dirigent. Qu’on en détaille le compte, et l’on verra s’ils n’englobent pas la grande masse de nos populations.

Chacun d’eux a tenu à honneur de confirmer dans leur mandat les Missionnaires de l’Union Patriotique, devenus ainsi les Délégués du Peuple haïtien.

. Voici en quels termes ces Adresses sont d'ordinaire libellées : « La populatron der. 9 représentée par ses notables soussignés, envoie aux Délégués du Peuple haïtien, chargés de soutenir aux Etats-Unis nos revendications nationales formulées par l’Union Patriotique, ses encouragements les plus vifs et l'assurance que le Pays tout entier fait des vœux fervents pour le succès de leur Mission, à laquelle il donne son appui enthousiaste ». Vingt-cinq communes de toutes les régions de la République ont signé de propos délibéré, dans la plénitude de leurs convictions, des Adresses de ce genre ; que ceux qui croient avoir derrière eux tout le pays en obtiennent seulement autant !

A l'extérieur, l’action de l’Union Patriotique se confond avec celle des trois missionnaires qu’à l’aide d’une souscription publique, elle a fait partir il y a trois mois, pour les Etats-Unis. Action brillante, action féconde, dont vous ne tarderez pas à entendre de leur bouche la relation détaillée, puisqu'ils vont bientôt nous revenir. Elle se résume en deux mots : Nos Délégués ont révélé la situation vraie du peuple haïtien au public des Etats-Unis qui lignorait totalement. Le Mémoire qu’ils ont déposé à cette fin devant le Congrès et devant le gouvernement fédéral, cité et commenté par toute la presse des Etats-Unis, a produit une émotion considérable, telle que l’opinion presque toute entière s’accorde à reconnaître qu’on ne peut plus se contenter de l’enterrement de lère classe qu'avait cru mener autour de cette affaire, à l’aide des rapports Mayo et Knapp, le Département de la Marine.

« Les faits sont trop graves et trop précis, s’écrie-t-on de toutes parts, pour être passés sous silence. Le secret n’est plus possible. Une enquête sérieuse et impartiale où l'Administration de la Marine ne sera plus Juge et partie, s’impose. Il s’en va de l’honneur des Etats-Unis.»

Quoi qu’il advienne désormais, l’opinion est saisie de notre cause. C’est le résultat auquel nous visions. Le Gouvernement des Etats-Unis sait qu’il a à résoudre une question haïtienne, et s’il est vrai que les questions non résolues sont sans pitié pour le repos des peuples, nous pouvons nous attendre à ce que la nôtre reçoive une solution prochaine. Quelle sera-t-elle ?

Il ne semble pas que dans les conseils de la nouvelle administration des Etats-Unis on soit fixé sur ce point.

Le seul document officiel qui pourrait nous aider à orienter nos prévisions, la réponse du Président Harding au Message du Président d'Haïti ne s’attache qu'à un point du Message : La Convention de 1915 pour en promettre lappli: cation loyale conformément au désir formulé par le pétitionnaire. Mais si nos informations sont exactes il nous paraît douteux qu'aucune décision définitive intervienne avant que le Congrès se soit prononcé sur la double motion d’enquête déposée devant le Sénat et devant la Chambre.

Pour cela il faut que le champ parlementaire ait été déblayé de quelquesunes des très importantes questions pendantes devant le Congrès où les leaders politiques qui pourraient être appelés à faire partie de la Commission d’enquête tiennent à dire leur mot.

108 Es 4 __ GEORGES SYLVAIN

Le bruit fait autour du Mémoire de nos Délégués et les conclusions qu'il a suggérées à la très grande majorité des journaux seront pour eux un stimulant, Mais voici que pendant cette période d’attente le Chef des Forces Expéditionnaires des Etats-Unis à Haïti a pris une mesure diversement commentée, qui a jeté quelque désarroi dans les esprits.— Considérant que l’agitation créée dans les grandes villes par quelques journaux et quelques individus constitue une menace pour le règne de la Loi et de l’Ordre (je cite à peu près textuellement), l'Occupation militaire s’est rappelée que la Loi Mar. tiale, décrétée par l’Amiral Caperton est toujours en vigueur, puisque nous en demandons la suppression, et s’en est servie pour prohiber les écrits d’une nature incendiaire ou visant à jeter du discrédit sur les forces expéditionnaires des Etats-Unis en Haïti, ou tendant à inciter le Peuple contre les fonctionnaires civils de la Convention ainsi que les discours et écrits s’attaquant à la personne du Président d'Haïti ou au Gouvernement haïtien. Les contraventions à cet acte seront déférées à la Cour Martiale.

Messieurs vous comprenez quelle réserve nous devons observer à l’égard des décisions de l’autorité militaire. Qu'il nous soit pourtant permis de déplorer qu'avant d’en venir aux mesures extrêmes on n’ait pas pensé dès le début à seconder nos efforts pour retenir les journalistes sur la pente dangereuse où ils tendaient à s’emballer. Une admonestation sévère y aurait peut-être suffi.

Quoique qu’en exécution de l’ordre dont je viens de vous énoncer la substance, deux patriotes militants, MM. Joseph Lanoue et Jolibois Fils, codirecteurs du Courrier Haïtien, à qui vont tous nos vœux et toutes nos sympathies, aient été arrêtés et déférés au Tribunal Militaire, je ne crois pas, en toute sincérité, que, dans la pensée de l’auteur de l’ordre du jour, il puisse être question de nous ramener au régime qui a précédé l’avènement du Président Harding. Trop de choses se sont passées depuis et l’attention des journaux est là-bas trop éveillée sur notre cas. Peut-être qu’à l'heure où je parle, la nomination de la Commission d’Enquête parlementaire est imminente. La contradiction serait forte entre les deux ordres de faits.

Il faut tenir compte de l’acte du 26 Mai comme d’un sérieux avertissement pour notre presse nationaliste à « reprendre, selon le mot de Vincent » «sa dignité d’allure, maintenant que de partout on nous observe ». Maïs n’allons pas nous imaginer qu’il nous est interdit de traiter dans nos écrits ou dans nos discours, même en gardant les formes convenables, du sujet qui nous intéresse par-dessus tout : l’avenir de notre patrie... Qui dit réserve ne dit pas mutisme.

Personne ne peut songer à faire d’un peuple de 2 millions et demi d’âmes un troupeau de muets.

Et maintenant quel est le mot d’ordre ? Tenir, persévérer dans la tâche que nous nous sommes fixée.

Ecoutez les derniers rapports de nos Délégués : (24 Mai, 2 Juin) :

« Le problème haïtien, nous dit Vincent, est beaucoup plus important qu’on ne le pense généralement chez nous. Il affecte de plus en plus les rapports

de l’Amérique Latine avec les Etats-Unis et il peut avoir des répercussions insoupçonnées.»

Thoby ajoute : «La question d'Haïti embarrasse visiblement. On sent qu’il y a des influences qui se combattent. Tenons ferme. Ne nous laissons pas aller au découragement. C’est en continuant de lutter avec énergie que nous obtiendrons un résultat favorable. Mais il faut que les journalistes perdent l’habitude de ces articles violents de tons qu’il nous est impossible d’utiliser ici.

« Serrons les rangs, activons et élargissons notre propagande. Avec les vigoureux appuis qui nous restent fidèles, nous arriverons au but.»

Et pour finir, relisons, Messieurs, avec recueillement, avec ferveur comme un hymne d’espérance, les recommandations de nos grands amis, James Johnson et Seligman. J’en résume pour vous l’essentiel. Elles sont du mois de Mars, on les croirait d’hier :

« Préparez-vous, nous disent-elles, préparez-vous à ...... faciliter à la Commission d’enquête parlementaire la connaissance de la vérité ; car indubitablement elle ne tardera pas à venir chez vous, au cours de la session du Congrès.

« C’est par l’abandon des divisions passées que vous avez réussi à former une grande Association patriotique et à envoyer des Délégués aux Etats-Unis, double fait capital.

« Restez unis. Les Délégués du Peuple haïtien ont déjà beaucoup fait, en obtenant des plus grands journaux de New-York qu’une place fût ménagée dans leurs publications aux revendications haïtiennes, en réfutant les calomnies de l’Amiral Knapp et en demandant l’enquête parlementaire. Leur besogne n’est pas facile. Il faut vous attendre à une forte pression sur le Gouvernement Harding, de la part des gens d’affaires et des militaires. Votre cause subira des hauts et des bas. Le centre de la bataille, ce sera la question de savoir quelle garantie de stabilité offre votre pays, avec ses divisions et ses querelles continuelles, pour l'installation d’un gouvernement stable, capable de maintenir l’ordre par ses seuls moyens, une fois l'Occupation levée.

« Soyez unis, afin qu’en luttant pour l'Indépendance de votre Patrie, vous continuiez de fournir une réplique vigoureuse à vos adversaires. Ils ne sont pas seuls dans la lice. Dites-vous bien que derrière vous sont tous ceux qui, chez nous, dans l’Amérique du Sud, dans l'Amérique Centrale, redoutent les conséquences dangereuses de l’impérialisme offensif des Etats-Unis. Il y a notamment au pays du Président Harding beaucoup de citoyens qui veulent mettre les actes du Gouvernement d’accord avec leurs promesses en faveur du droit des nations faibles.

« Soyez unis, et leurs voix l’emporteront sur les autres.»

Messieurs,

Je m'en voudrais de rien ajouter à ces fortes et nobies paroles. Méditezles, suivez-les.

Union Patriotique

Mr. Villehardouin Leconte, Président du Comité de l’Union Patriotique au Cap

Port-au-Prince, 2 Juillet 1921

Mon Cher Président,

Je vous confirme ma circulaire de ce jour en vous priant d’en faire l’objet d’une communication spéciale à tous ceux que préoccupe le sort du pays.

Votre lettre du 28 Juin m’a donné une pénible idée de l’état des esprits au Cap où on en est à couver des propagandes aussi puériles que le départ de Vincent pour Paris, au cours de sa haute mission ! Voilà deux moiïs que cette calembredaine a fait long feu ici.

Depuis nous avons reçu et communiqué cinq à six lettres de Vincent venues de Washington, de New-York. Vous avez pu en lire une dans le Courrier Haïtien. Bien plus, nous avons fait savoir dans toute la République, que nous avons décidé de maintenir le même Vincent à New-York, après le départ des 2 autres Délégués et nous avons ouvert à cet effet une souscription nationale.

Pour qui les nouvellistes Capois nous prennent-ils, et de quel droit, méconnaissant notre passé et ce que quelques-uns d’entre eux représentent de dignité morale, de rectitude inflexible de conduite, nous font-ils l’injure de nous confondre avec les fantoches sans vergogne qui sont maintenant l’opprobre de la politique haïtienne ?

Qu’on se bouche les yeux et les oreilles pour ne pas avoir l’air de comprendre ce qui se passe en ce moment dans le monde !

Qu’on s’isole, — lorsqu'il s’agit de tirer de son superflu quelques misérables pièces de monnaie, — du magnifique mouvement qui élève les cœurs dans les autres centres cultivés du pays, c’est à merveille ! Mais que du moins, on ait la pudeur de respecter le dévouement à la patrie là où il se manifeste avec éclat au point de désarmer les étrangers eux-mêmes !

Excusez-moi, mon Cher Collègue, de ne pas traiter par le sourire une si prodigieuse marque d’aberration. Maïs j’ai peine à croire à la généralisation de tels sentiments.

Sonnez le ralliement parmi les patriotes du Cap, et ils ne tarderont pas à nous rejoindre.

Toujours vôtre,

(signé) : Georges Sylvain

1) L'Union Patriotique et la Commission

d'Enquête Mc-Cormick

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