‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 7 sur 38 · Regrets de la Corporation des Fondés de Pouvoirs · texte numérisé non relu

Regrets de la Corporation des Fondés de Pouvoirs

Cayes.— 22 — Comité Union Patriotique des Cayes. — A l’Administrateur-Citoyen. 23 — Comité électoral des Cayes. — Amers regrets au grand citoyen.

24 — Le Réveil des Cayes. — Vifs regrets.

Jacmel.— 25 — La ville de Jacmel. — A Georges Sylvain tombé au Champ d’honneur. 26 — Les Nationalistes de Jacmel. — Sincères regrets. 27 — Hommage de la Ligue d'Action Sociale.

28 — La Jeunesse jacmélienne.

Miragoâne.— 29 — La ville de Miragoâne. — Sincères regrets.

Petit-Goäve.— 30 — La ville de Petit-Goâve. — A Georges Sylvain, mort pour la Patrie.

Grand-Goâve.— 31 — La ville de Grand-Goûâve. — A l’éminent haïtien Georges Sylvain.

Léogane.— 32 — Le Comité Nationaliste de Léogane. — Regrets.

Saint-Marc.—

33 — La ville de Saint-Marc. — Au grand patriote haïtien. Gonaïves.—

34 — La Cité de l'Indépendance. — En témoignage de reconnaissance.

35 — Catinat Honoré. — Regrets.

Arcahaïie.— 36 — Le Bourg de l’Arcahaie, Berceau du drapeau. — Regrets.

Port-de-Paix.— G 37 — La ville de Port-de-Paix au grand citoyen et Défenseur de la Patrie. 38 — La Délégation du Nord-Ouest. — Regrets.

RÉPRODUCHIONSH ET Ne XTI

Jérémie. — 39 — L'Union Patriotique de Jérémie.

Baradères.—

40 — La ville de Baradères au défenseur du peuple. 41 — Un groupe d’admirateurs de Baradères à leur défenseur.

Cap-Haïtien.— 42 — L'Opinion Nationale au grand patriote. — Profonds et amers regrets. 43 — Hommage de la ville du Cap à l’éminent compatriote Georges Sylvain.

(du Nouvelliste, 5 août 1925)

Beaucoup de couronnes, bouquets en fleurs naturelles offerts par des amis, parents et admirateurs portaient des noms qu’il nous a été dijficile de recueillir.

Les exigences d’une assez longue campagne électorale ont retardé les quelques lignes qu’une amitié fortifiée par une communauté de sentiments m’a dictées en souvenir de Georges Sylvain, poète et écrivain haïtien, juriste et diplomate, et, ces dernières années, infatigable animateur de l’admirable mouvement de protestation de tout un peuple contre son droit violé par la plus inhumaïne et la plus révoltante loi du plus fort.

Vingt-cinq années de relations ininterrompues m’avaient amené à apprécier Georges Sylvain qui, muni des meilleurs diplômes de l’Université de Paris, avait une culture encyclopédique d’autant plus appréciable que l’homme était simple et modeste. Il put, en cette République d'Haïti, si riche en valeurs intellectuelles, occuper avec compétence les fonctions les plus diverses : avocat, professeur de droit, juge au tribunal de cassation, ministre plénipotentiaire à Paris et auprès du Saint-Siège, etc. Dans ces dernières fonctions où il donna toute sa mesure, il avait, grâce aux relations qu’il avait conservées avec ses anciens condisciples du collège Stanislas, servi intelligemment et efficacement la cause de la Répu-

blique d'Haïti. Georges Sylvain avait pu notamment grouper le Tout-Paris

littéraire et artistique un jour à la Sorbonne où, sous la présidence de Jean Richepin et avec le concours des meilleurs artistes du Théâtre National, il avait parlé avec éloquence et aussi avec succès de la littérature française en Haïti.

Car il était avant tout homme de lettres ; il avait collaboré à divers journaux et avait publié Confidences et Mélancolies, recueil de poésies. Dans un recueil de fables créoles : Cric ? Crac ! il avait avec bonheur traduit en patois harmonieux et chantant les principales fables de La Fontaine. Il suffit de lire quelques vers de Georges Sylvain — et le public de l’Université des Annales s’en délectait il y a quelques mois — pour, par le rythme parfait et la facture maîtresse, apprécier le poète. Que de beaux vers dans Frères d’Afrique, par exemple, si émouvant.

Ce sont pourtant des âmes,

Et le Dieu du Calvaire est mort aussi pour eux !

En 1904, il marqua le centenaire de l’Indépendance de la République d'Haïti, avec quelques collaborateurs, par une Anthologie haïtienne en deux volumes, ouvrage couronné par l’Académie Française.

Prosateur, il avait les qualités du pamphlétaire incisif mais élégant. Dans ses articles, la philosophie d’un fin lettré se nuançaiït d’une certaine ironie souriante, aussi exempte d’amertume que de méchanceté. On le vit bien quand, en 1915, Haïti occupée par les Américains, Georges Sylvain créa la Patrie, prenant position contre l’oppresseur.

\ INTRODUCTION ha XV

Haïti, lève-toi ! Le Monstre qui t'entraîne DL Vers l’abîme, la honte et le deuil, aura peur art S’il voit se soulever la conscience humaine !

Fais frissonner le monde à tes cris de douleur ! :

Et pendant dix ans, ce fut un apostolat au service duquel Georges Sylvain mit une constante ténacité, une belle énergie et une grande capacité de travail. Articles de journaux, conférences dans toutes les villes de la République, manifestations patriotiques et surtout la création de cette Union Patriotique qui groupe dans de multiples et agissantes cellules tous les Haïtiens de cœur et de raison absorbaient toute son activité. Mais il avait cette foi qui soulève les montagnes. Quand, par une souscription, ce journal amena les Guadeloupéens à se solidariser avec les patriotes haïtiens, Georges Sylvain, sensible et fraternel, nous dit en termes émus ses remerciements et sa gratitude.

«Il est mort sur la brèche, dit le « Temps >» de Port-au-Prince, ayant fourni pendant ces cinq ou six dernières années un effort continu comme administrateur-délégué de l’Union Patriotique dont il était l’âme et le ressort.»

Aussi bien, a-t-il eu, peut-on dire, des funérailles nationales, « mänifestation grandiose, imposante ». Tout un peuple voulut suivre lé corbillärd. Des gendarmes en service, sur le parcours du cortège, s’alignèrent et fu'ent le salut militaire au passage du corbillard, cependant que, au marché, dans‘ un geste de

de la République, les corporations ouvrières, des particuliers, précédaient le cortège, et, en une vingtaine de discours, la carrière de Georges Sylvain fut retracée et les regrets exprimés. ee

Des journaux américains ont rendu hommage au «chef du mouvement contre l’occupation américaine », dit l’Evening World. Le Times, le World, le Herald Tribune, l’Evening Post, etc., tous les grands journaux des Etats de l’Union américaine, avec de grandes manchettes, ont salué «l'adversaire du régime américain en Haïti ». |

« Mort au service de la Patrie» portait l’une des quarante-et-une couronnes déposées sur la tombe du grand patriote haïtien. Quel bel hommage ! Il est parti en pleine bataille, sans avoir eu la joie d’apercevoir l’aube de la résurrection haïtienne. Mais le grain du bon semeur ne se perd jamais, surtout quand la terre est propice à la germination. Aussi Georges Sylvain, sut. ses lèvres glacées, en s’en allant, at-il eu ce suprême acte de foi, cette ultime prière :

« … Haïti, d’un passé toujours fière, Connaissant ton histoire, en ton destin j’ai foi ! Malgré ton abandon, tes doutes, ta misère,

Je t’aime et te veux libre ! Haïti, lève-toi !

H. Adolphe LARA « Le Nouvelliste » de Basse-Terre, (Guadeloupe) No. 4.345 du 26 septembre 1925...

Sur la tombe du grand disparu, de nombreux discours furent prononcés, mais la pluie, survenant vers une heure de l’après-midi, empêcha plusieurs orateurs inscrits de prendre la parole.

Voici en quels termes, Me. Perceval Thoby, Secrétaire Général de l'Union Patriotique, qui devait succéder à Georges Sylvain comme Administrateur- Délégué, présenta le leader :

Mesdames, Messieurs,

L'Union Patriotique m’a confié la douloureuse mission de rendre les suprêmes devoirs au vaillant lutteur qui vient de tomber en plein combat. Frappé dans la rude bataille que nous livrons aux forces associées d’oppression et de violence, Georges Sylvain n’a pu survivre aux fatigues épuisantes de sa campagne patriotique dans le Nord, et aux larges blessures que lui fit un jour un nationalisme effronté, hurlant contre lui l’injure et la calomnie. Le grand blessé s’est couché pour mourir. Et, acceptant, — la conscience sereine, — le cruel arrêt du destin, il appelle et bénit sa famille ; puis de ses lèvres qui se glaçaient déjà, tombèrent des paroles tristes, qui disent, dans leur simplicité héroïque, toute la grandeur de son sacrifice : «Il faut des victimes à une cause. Je suis une victime voulue et consentie ». Depuis dix ans, depuis le jour de l'invasion, Georges Sylvain n’a vécu que d’un seul rêve : la libération de son territoire. Il l’a voulue avec l’inflexible volonté de réussir ; il sacrifia son repos, sa modeste fortune ; des amitiés et même des affections ; il ne lui restait plus que sa vie à donner, il l’a donnée. Chrétien stoïque, il eut l’âme et l’héroïsme de l’apôtre ; il allait droit devant lui, vers le but à atteindre. Il ne savait pas reculer. C'était une énergie patiente et agissante. Quand, après la grande guerre et sur les conseils venus des Etats-Unis, il se fut agi de créer en Haïti un organisme capable de discipliner l’action nationale, ce fut Georges Sylvain qui prit l'initiative du mouvement, et l’Union Patriotique fut fondée. Son intelligence avertie, son éloquence impeccable et persuasive, sa capacité prodigieuse de travail et, par-dessus tout, l’inlassable dévouement à son pays le désignèrent aux suffrages de ses collègues pour diriger l’œuvre naissante, Il fut élu à l’unanimité Administrateur-Délégué de l’Union Patriotique. Comment comprit-il sa tâche, — une tâche lourde de responsabilités, hérissée d’obstacles et pleine de périls ? Par le sacrifice, — il fallait délivrer la Patrie, et ce fut pour lui l’obsession de tous les jours, de toutes les heures, de toutes les minutes. Il porta, avec une virile et invincible fermeté, la bataille partout où il pouvait atteindre l’ennemi, l’attaquant sans merci, mais loyalement, avec les armes courtoises du chevalier. Georges Sylvain n’a rien négligé pour faire triompher la cause de la Nation. Conférences, meetings populaires, manifestations nationales, poésies, chansons, articles de journaux, discussions juridiques, controverses constitutionnelles, mémoires adressés au sénat et au gouvernement des Etats-Unis, correspondances constantes avec des personnes influentes au dehors, voyages, tournées patriotiques dans les Départements, tel fut l’effort immense, l'effort surhumain, — que le patriotisme désintéressé arracha à ce laborieux, courbé du matin au soir,

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