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COLONISATION, ÉDUCATION, CAPITAUX

Les quelques réformes que nous venons d’indiquer intéressent surtout les indigènes, celles qui suivent intéressent surtout les colons.

Les colons, depuis quelques années, auraient lieu d’être plutôt satisfaits, si un colon pouvait être satisfait. Mais un colon est, par définition,

impatient et facilement mécontent. Il lui sera, toutefois, beaucoup pardonné parce qu’il aura beaucoup lutté.

Néanmoins, il ne peut nier qu’on n’ait fait beaucoup pour lui en peu de temps. L’argent dépensé pacifiquement aux colonies l’a été, en général, pour lui plutôt que pour l’indigène. C’est l’indigène, cependant, qui par l’impôt, a fourni cet argent sous forme de capital ou le fournira sous forme d’intérêts. On outille les colonies comme elles doivent l’être, et de cet outillage nul ne profitera plus que le colon. On tend, dans la mesure où le permettent le régime et le préjugé économiques de la métropole, à lui donner un excellent régime commercial, et il peut beaucoup espérer de l’avenir, si la métropole d’abord veut s’occuper sérieusement de la colonisation, et ensuite se mettre à réformer l’éducation de ses capitaux et l’éducation de ceux de ses enfants parmi lesquels se recrutera le personnel des entreprises coloniales.

La colonisation, dans le sens restreint où nous prenons ici ce mot, est la partie spéciale

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de l’œuvre coloniale, qui tend à amener des colons dans les territoires colonisables. J’ai dit que notre empire comprend surtout des possessions; toutefois il comprend aussi quelques parties qu’on peut appeler colonies, à savoir une bonne portion de l’Algérie et de la Tunisie, sans parler de ce qui pourra être fait plus tard dans certaines régions du Fouta Djallon et de Madagascar.

Pour peupler ces régions, il n’est pas douteux qu’il faille recourir à certains procédés connus des spécialistes. Tant que nous n’avons songé à faire que de la colonisation grande ou moyenne, c’est-à-dire à peupler nos colonies de colons riches ou à leur aise, la liberté, la libre initiative, ont été des moyens suffisants. Mais pour la petite colonisation, pour celle qui prétend amener dans les colonies bon nombre de gens disposant de faibles ressources, il faut d’autres procédés. Les Etats-Unis, le Canada, l’Argentine, le Brésil, y ont eu recours avec efficacité : pourquoi pas nous, à notre tour?

Pourquoi les gouvernements des colonies eux-mêmes, sans faire de la colonisation offi-

cielle, ne se mêleraient ils pas de renseigner, d’attirer et peut-être même d’assister (logement provisoire, choix d’un terrain, etc.) les colons? Toutes les formes de colonisation, grande, moyenne et petite, sont utiles et utilisables; tous les procédés de colonisation et de peuplement doivent être employés. Le gouvernement a là un rôle.

Sur le terrain de la colonisation par les capitaux, tout au contraire dépend des particuliers.

Les capitaux, nous l’avons vu, n’ont pas ncore découvert le régime qui, dans leur mploi aux colonies, leur donnerait le plus de sécurité.

La plupart des colons, jusqu’ici, ont, en général, travaillé avec leurs propres capitaux; parfois des jeunes gens désireux d’aller s’établir aux colonies ont trouvé en Europe des personnes qui leur en ont prêté. Ce système individualiste a un inconvénient énorme : les capitaux tirent leur seule sécurité de la durée de là vie de l’emprunteur; si le colon meurt, les

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capitaux sont perdus. Pour cette cause, et aussi pour d’autres encore que connaissent les économistes aussi bien que les coloniaux, il serait bon de modifier cette combinaison. Le meilleur système serait de substituer à l’entreprise individuelle l’entreprise en forme de Société anonyme. La Société anonyme divise les responsabilités, modère des impatiences, source de beaucoup d’erreurs de conduite, assure la durée de l’affaire même par delà la vie de celui qui la dirigeait d’abord, et permet certaines dépenses préalables qui sont la condition même du succès, notamment la constitution de Sociétés d’études. Les Sociétés d’études sont, surtout aux colonies, le préliminaire obligé de toute affaire sérieuse.

Enfin, nulle entreprise. Société ou affaire privée, ne peut espérer de réussir si elle ne s’assure un bon personnel. Autrefois les affaires coloniales comportaient de tels bénéfices que le premier venu, appuyé sur quelques capitaux, y pouvait faire fortune. Aujourd’hui, il y a trop de concurrence pour que les procédés rudimentaires de jadis puissent être main-

tenus. Il faut en toute affaire un bon personnel sérieux, honorable et instruit.

Parler de l’instruction et de l’éducation qui conviennent aux futurs habitants de nos colonies nous entraînerait trop loin. Nous avons développé maintes fois nos idées sur ces sujets, et dans des brochures spéciales et devant la commission de l’éducation au Palais-Bourbon. Toutefois, nous pouvons en résumer ici l’essentiel dans cette courte formule : les futurs colons doivent quitter l’école de bonne heure, munis d’une instruction d’autant plus pratique qu’ils seront, par le manque de fortune personnelle, obligés de gagner plus tôt leur vie.

Sur ce chapitre des réformes, nous en aurions encore long à dire. Il en est d’autres encore que celles que nous venons d’indiquer, et de capitales; mais elles sont d’ordre politique et impliquent de grosses difficultés qui ne peuvent être^résolues que par l’initiative toute-puissante du gouvernement. Mieux vaut n’en pas parler dans une étude qui a visé à être surtout pratique

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et dont on pourrait même se promettre des résultats immédiats.

Non pas que nous espérions convertir à bref délai tous ceux de qui dépendent les réformes primaires que nous demandons; mais nous savons que la vérité chemine lentement, et que ceux-là seuls la verront arriver au but qui l’auront aidée à se mettre en route de bonne heure.

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