May Constitutional History of Enjland. Vol. 2, ch
régnaient à cette époque dans le Bas-Canada, lord Durham prétend n’y voir d’abord que le résultat d’une guerre de races. Mais il se corrige bientôt lui-mème, en avouant que les mêmes désordres se sont produits dans toutes les autres colonies de l’Amérique Britannique. “ Il est impossible, dit-il, de considérer la grande ressemblance qui existe entre les constitutions de toutes nos provinces de l’Amérique Septentrionale et les résultats produits par chacune d’elles, sans en venir à la conclusion qu’il y a quelque vice dans la forme de leur gouvernement, l’hostilité de races ne pouvant seule produire tous les maux qui ont affligé le Bas-Canada, et les mêmes résultats à peu près s’étant produit parmi la population homogène des autres provinces.” Plus loin il dit encore qu’il a pu “se convaincre qu’il avait existé dans la constitution de la Province, dans la balance des pouvoirs politiques, dans l’esprit et la pratique de l’administration, dans chaque département du gouvernement, des défauts tels qu’ils suffisaient à expliquer la grande partie des désordres et des mécontentements qui avaient existé.” Ce qu’on ne saurait contester, et ce qui est reconnu par lord Durham, c’est que “ les défauts de la constitution coloniale mirent nécessairement le gouvernement exécutif en collision avec le peuple, et que les querelles du gouvernement et du peuple éveillèrent les animosités nationales.” Ce n’est que lorsque les Canadiens Français eurent été humiliés, maltraités comme race, et que leur origine française sembla être devenue un titre d’infériorité politique qu’ils songèrent naturellement à s’unir pour repousser l’injure faite à leur nationalité.
“ La constitution de 1791, dit lord Glenelg, secrétaire d’Etat pour les colonies en 1837, n’a pas été réellement pratiquée, on peut le dire, dans les premières années. Il eût été très avantageux au peuple canadien qu’elle eût été sincèrement mise à exécution. Mais le gouvernement prit parti pour une race contre l’autre ; il se déclara pour la race anglaise au lieu de rester dans son rôle naturel de médiateur et d’arbitre. Tous les honneurs, toutes les fonctions lucratives affluaient au même canal, et pour
les Canadiens, les institutions populaires furent ainsi séparées de toute participation à l’administration. ” 1
On trouve dans vingt endroits du Rapport de lord Durham la pleine et entière justification de la conduite des Canadiens- Français. Les réclamations de l’Assemblée étaient parfaitement justes, dit-il expressément, les pouvoirs qu’elle demandait étaient inhérents à une législature populaire. ” Il justifie le refus d’une liste civile en disant que “l’Assemblée ne pouvait renoncer au seul moyen qu’elle avait de soumettre les fonctionnaires publics à quelque responsabilité. ” “ J’ai toujours pensé, a dit lord John Russell lui-même, qu’on ne doit pas blâmer les chefs du parti français de l’usage qu'ils ont fait de leurs pouvoirs. Leur conduite était dictée par l’acte de 1791. ” “ Il n’est nullement dans mon intention, disait le même homme d’état dans une autre occasion, de jeter le plus léger blâme sur la marche suivie par la chambre d’Assemblée. Cette marche ressemble tellement à celle que d’autres assemblées populaires ont suivie dans des circonstances analogues que, au lieu de la considérer comme une conduite arbitraire ou présomptueuse, j’y vois plutôt la conséquence naturelle d’une loi générale à laquelle sont soumis tous les démêlés entre les assemblées populaires et le pouvoir exécutif. ”
Mais la réfutation la plus frappante des assertions de lord Durham se trouve dans la conduite même des Canadiens Français depuis le moment où l’Angleterre jugea à propos de les faire participer aux avantages du gouvernement responsable, N' ont-ils pas déployé toutes les qualités politiques qu’on peut attendre d’un peuple intelligent? N’ont-ils pas constamment fait preuve de cette libéralité de vues, de cet esprit conciliant, de ce bon sens pratique que l’on regardait à tort comme l’apanage exclusif de leurs concitoyens d’origne anglaise ? Lt ce qu’ils ont fait depuis, ce qu’ils font encore aujourd’hui, ne l’auraient-ils pas fait plus tôt si l’Angleterre eût toujours montré les mêmes dispositions à leur égard ?
Peut-être, en adoptant les vues et en flattant les préjugés du