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Journal 1841, App. S et O. O

détruite, et il fallut appeler les troupes pour disperser le rassemblement. Des troupes furent aussi envoyées dans le comté de Simcoe.

Mais dans le Bas-Canada, où le gouverneur avait eu l’imprudence de faire présenter des unionistes et même des anglais dans des comtés absolument canadiens, il y eut des actes de violence, de fraude et de corruption inconnus jusqu’alors.

Une partie de ces actes de violence se trouve consignée dans les journaux de l’Assemblée législative de 1841, 1842 et 1843, dans les pétitions présentées par les candidats lésés contre les membres siégeants et dans les enquêtes des comités instituées à cet effet. A part ceux de l’élection de Terrebonne, on y voit que, dans le comté de Montréal où se présentaient MM. James Leslie et A.-M. Delisle, le village Saint- Laurent, où se tenait le poil, fut envahi par une troupe d’hommes armés venus d’un comté éloigné, que les électeurs de la paroisse furent chassés de leurs demeures, et qu’un homme fut tué. Au comté de Rouville des assommeurs enivrés poursuivirent les électeurs, tuèrent un paisible cultivateur du nom de Choquet, blessèrent plusieurs autres personnes et commirent toutes sortes d’excès. Dans les comtés de Beauharnois, de Yaudreuil et de Chambly, où lord Sydenham voulait aussi faire élire de ses amis, les mêmes actes de violence furent commis et la corruption fut exercée de la manière la plus éhontée.

Il n’est pas besoin de dire d’où provenaient ces actes de violence et de fraude, lorsqu’on songe que, dans des comtés presque entièrement canadiens français, comme ceux de Chambly, Rouville, Yaudreuil, Terrebonne, Beauharnois, Montréal, etc., et où, par conséquent, la masse des électeurs était opposée à l’Union, le gouverneur réussit à faire élire des unionistes. Il avait à sa solde des agents d’élection, parfaitement au fait de toutes les manœuvres et roueries électorales, et qui ne reculaient devant aucune injustice pour procurer à leur maître la majorité apparente dont il avait besoin. Lord Sydenham fut sévèrement blâmé, même par les journaux de Londres, pour avoir ainsi contrecarré le libre choix des électeurs.

L’ordre régna partout où le gouvernement ne chercha pas à gêner la liberté du vote. Quoiqu’il n’y eût qu’un poil dans chaque comté, et qu’assez souvent il se trouvât à l’une de s extrémités du comté, suivant que le gouvernement l’avait jugé plus favorable à ses candidats, les électeurs, en général, montrèrent beaucoup d’esprit public et se firent un devoir "d’aller enregistrer leurs votes.

D’après un tableau des élections du Bas-Canada, publié par la Gazette de Québec , il y avait, sur les 42 membres élus, 23 membres opposés à l’Union, 13 en faveur de l’Union, dont six devaient leurs élections à la violence, un à des menaces de violence, et trois à la proclamation dépouillant de leurs franchises les habitants des faubourgs de Québec et de Montréal. Sur ces treize, sept étaient des officiers du gouvernement.

Dans le Haut-Canada, il y avait, suivant V Examiner, 26 réformistes représentant une population de 305,700 âmes (d’après le recensement de 1839), dix torys représentant 59,457 âmes, et 6 douteux représentant 47,809.

Parmi les membres élus qui avaient déjà joué ou qui devaient jouer plus tard un rôle important dans la politique du pays, on comptait, dans le Haut-Canada, M. R. Baldwin, élu par deux comtés à la fois, Sir Allan McNab, MM. W.-H. Merritt, G. Sherwood, John Prince, Henry Smith, J. -S. Macdonald, Malcolm Cameron, James Morris, Francis Hincks, W. Draper, J.-H. Price, J.-E. Small, Isaac Buchanan, etc. ; et dans le Bas-Canada, MM. A.-N. Morin, un des membres les plus remarquables de l’ancienne Chambre d’Assemblée, élu cette fois par le comté de Nicolet ; A. Cuvillier, qui devint le premier Orateur du Parlement des provinces réunies; le Dr E.-P. Taché, envoyé alors pour la première fois en Chambre par le comté de l’Islet; F. -A. Quesnel, de Montréal, nommé spontanément par le comté de Montmorency ; Geo. Moffatt, représentant, avec M. B. Holmes, l’importante cité de Montréal ; J.-C. Aylwin, avocat célèbre et non moins célèbre orateur parlementaire; John Neilson et D.-B.Viger, deux illustres vétérans des luttes politiques du Bas-Canada ; E. Parent, rédacteur du Canadien , élu par le comté de Saguenay ; J.-E. Turcotte, élu pour représenter le comté de St-Maurice, etc.

Plusieurs autres personnages politiques non moins importants n’avaient pu se faire élire par suite des actes de violence exercés contre les électeurs. Nous citerons entre autres MM. James Leslie, Jacob Dewitt, L.-M. Viger, et celui qui devait bientôt prendre la première place parmi nos hommes d’état canadiens, et qui, en l’absence de M. Papineau, était considéré comme le chef du parti canadien français. M. La Fontaine s’était porté candidat pour le comte de Terrebonne, qu’il avait déjà représenté avec honneur de 1830 à 1838, et il se croyait sûr de son élection. Mais lord Sydenham et son parti, qui voulaient se venger de cet homme incorruptible et qui redoutaient son influence dans le parlement provincial, résolurent de s’en défaire et ils réussirent. Le jour où s’ouvrit la votation pour le comté de Terrebonne, les partisans de M. La Fontaine s’étant flendus au poil, le trouvèrent occupé par des centaines de fier-à-bras à mine menaçante venus des localités avoisinantes dans le seul but d’empêcher les citoyens paisibles de voter. Après avoir délibéré avec ses amis sur le parti à prendre, M. La Fontaine ne voulant pas exposer ses partisans à être assommés ou assassinés, préféra se retirer en protestant, et son adversaire, le Dr McCulloch, de Montréal, fut déclaré élu. 1

La session s’ouvrit le 14 juin. 2 L’honorable R.-S. Jameson, vice-chancelier de la Cour de Chancellerie du Haut-Canada,

1. Pour les détails voir Journal de l’Ass. lég. 1843, App. J. J.

2. Le six avril, une proclamation du gouverneur avait convoqué le Parlement pour le 26 mai, “ en notre Township de Kingston, pour procéder à l’expédition des affaires ”. Mais une nouvelle proclamation publiée le 13 avril avait fixé l’époque de l’ouverture des Chambres au 14 juin suivant

Deux jours avant l’ouverture de la session, la Gazette Officielle publia les nominations suivantes :

Pour être membres du Conseil législatif, les honorables R.-S. Jameson, P. de Blaquière, Peter McGill, R. -B. Sullivan, R. E. Caron, Wm Morris, Geo. Pemberton, Alexandre Fraser, B. Joliette, Jas. Crooks, Jules Quesnel, Adam Fergusson, John Fraser, John Macauley, Etienne Mayrand, John Hamilton, F. -P. Bruneau, John McDonald, Adam Ferrie, Olivier Berthelet, Aug. Baldwin, J.-B. Taché, H. -P. Knowlton, Thos. McKay.

M. James Fitzgibbon était nommé greffier du Conseil législatif, et Wm- B. Lindsay, greffier de l’Assemblée législative.

Des 24 conseillers législatifs nommés, MM. 01. Berthelet, Aug. Baldwin et Etienne Mayrand n’acceptèrent pas.

Peu de jours après, M. Gabriel Roy, de Saint-Laurent, qui, aux dernières élections, avait résigné comme candidat en faveur de M. A. -M. Delisle, fut aussi nommé au Conseil législatif.

avait été nommé, par commission sous le Grand Sceau, Orateur du Conseil législatif. Les membres de l’Assemblée législative, après avoir prêté le serment d’usage, procédèrent, de leur côté, sous la présidence du greffier, à l’élection d’un Orateur, mais sans y avoir été invités d’abord par le gouverneur, ce dernier ne s’étant pas rendu au palais législatif, comme cela se pratique aujourd’hui.

M. Austin Cuvillier, représentant du comté de Huntingdon, fut proposé comme Orateur. M. Cuvillier avait été un des membres les plus remarquables de l’ancienne Chambre d’Assemblée du Bas- Canada ; il avait même une fois (en 1828) été député en Angleterre avec MM. Neilson et Viger pour faire valoir les réclamations de ce corps important. Sa modération, son jugement,

sa fermeté, le désignaient d’avance au choix de la nouvelle Assemblée.

MM. Morin, Merritt et Prince, qui le proposèrent, énumérèrent les diverses qualités qui le rendaient propre à remplir la charge d’Orateur, et en particulier, sa connaissance des langues anglaise et française. M. Hincks, qui devait jouer plus tard un grand rôle dans les affaires du pays, prit occasion, tout en appuyant la candidature de M. Cuvillier, d’annoncer son manque de confiance dans le ministère, tel qu’il était composé. M. Aylwin fit la même chose ; il eût même désiré que M. Cuvillier se déclarât ouvertement opposé au ministère, déclaration que M. Morin jugeait inopportune. MM. Steelé, Cartwright et Buchanan partageaient l’opinion de M. Morin.

M. Cuvillier fut élu sans opposition.

Un assez long débat s’éleva ensuite sur une motion d’ajournement. M. Aylwin prétendit qu’il n’y avait pas eu de réunion du Parlement, 'puisque le gouverneur n’avait pas convoqué l’Assemblée à la barre du Conseil législatif. Sans la réunion des trois Etats dans un même appartement, au jour fixé parla proclamation pour l’ouverture du Parlement, on ne pouvait pas dire qu’il y eût eu assemblée du Parlement. Il cita l’autorité de lord Coke à l’appui de cette prétention. Sir Allan MacNab partageait l’opinion de M. Aylwin. Les officiers en loi de la Couronne furent quelque peu embarrassés. MM. Ogden, Draper et Day

soutinrent que la 33e section de l’acte d’Union, qui enjoignait à l’Assemblée législative de se choisir un Orateur à sa première réunion, établissait une règle différente de l’usage adopté par le Parlement d’Angleterre. Cette raison cependant ne parut pas satisfaisante. Quelques-uns allèrent même jusqu’à prétendre que le Parlement se trouvait virtuellement dissous. Les uns voulaient siéger sans désemparer jusqu’au lendemain, les autres proposaient que l’Orateur quittât simplement le fauteuil et que la séance fût censée continuée. A la fin, le procureur-général du Haut-Canada ayant offert de prendre sur lui-même toute la responsabilité de l’ajournement, 47 membres votèrent en faveur de l’ajournement et 27 contre.

Le lendemain, le gouverneur, avec toute la solennité et le cérémonial qui se pratiquent dans ces circonstances, se rendit au palais législatif où, après avoir reçu l’Orateur élu par l’Assemblée législative, il prononça le discours du trône.

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