CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
Suite de l’agitation causée par le bill d’indemnité. — Lord Elgin insulté pour avoir sanctionné le bill. — Emeute et incendie du Parlement. — L’Assemblée siège dans le marché Bonsecours. — Discussions violentes. — Le gouverneur insulté de nouveau. — Désordres causés par la populace.
L’agitation n’était pas à sa fin. Le lendemain, 28 février, sir Allan MacNab demanda toute la correspondance échangée entre le gouvernement et le greffier de la paix, le greffier de la Couronne et le protonotaire pour le district de Montréal, relativement aux dépositions, témoignages, informations, actes d’accusation, représentations et autres documents concernant les rébellions de 1837 et 1838 et les personnes qui y avaient pris part, lesquels avaient été enlevés des bureaux où ils étaient déposés et avaient été transférés à Kingston, sous le gouvernement de sir Charles Bagot ; il demandait aussi un état détaillé du nombre et de la nature des documents qui avaient été détruits à Kingston ou retirés des archives publiques, avec les noms des personnes qui les avaient ainsi détruits ou enlevés. Cette demande était évidemment faite dans le but de compromettre un certain nombre de personnes ; le
gouvernement refusa d’y accéder, ce qui suscita une discussion
aussi violente que les précédentes. M. Papineau, entre autres, blâma sévèrement la conduite du ministère, qui ne voulait pas donner les renseignements qu’on demandait. Mais la motion fut rejetée à une grande majorité, quinze membres seulement l’ayant appuyée de leurs votes. M. Papineau se trouva seul cette fois encore en compagnie des. plus violents torys du Haut et du Bas- Canada.
A la seconde lecture du bill de M. La Fontaine, qui eut lieu le 2 mars, la division fut de 46 voix contre 20. Les mêmes divisions, ou à peu près, eurent lieu sur les divers amendements qui furent proposés le 6 mars, lors de l’adoption du rapport du comité de toute la Chambre. Enfin, à la troisième lecture qui eut lieu le 9 mars, la division fut de 47 voix contre 18. Dans le Conseil législatif, ou la mesure fut appuyée chaleureusement par les honorables MM. Caron, Taché, Quesnel et Koss, le bill fuf voté le 16 mars, sur une division de 20 contre 14. A la grande surprise du public, l’honorable D.-B. Viger vota contre la mesure.
Mais l’opposition la plus sérieuse, dit lord Grey, était celle qui se faisait en dehors de l’enceinte des deux Chambres. De divers points de la province on envoya des pétitions dont la plupart étaient adressées, non à la Législature, mais au gouverneur, et qui demandaient que le parlement fût dissous ou que le bill fût réservé à la signification du bon plaisir de Sa Majesté.
“ Lord El gin comprenant qu’un appel au peuple serait futile, et que d’un autre côté il ne serait pas moralement justifiable de rejeter sur le gouvernement impérial la responsabilité d’accepter ou désapprouver la mesure, résolut, et avec raison, de n’adopter ni l’une ni l’autre de ces alternatives, et, lorsque le bill lui fut présenté, il lui donna, dans la forme ordinaire, la sanction royale 1.”
Le 25 avril, le gouverneur général se rendit vers cinq heures de l’après-midi, dans la salle du Conseil législatif, afin de donner sa sanction à un certain nombre de bills, au nombre desquels se