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parti anglais du Bas-Canada, lord Durham voulait-il tout simplement se concilier l’appui de cette classe de ses compatriotes. Mais ce qu’il y a de déplorable, c’est que ces vues mensongères et injustes devinrent la base du projet de constitution soumis par lord Durham aux autorités impériales.
I1 faut d’abord, dit-il dans ce rapport, que le Bas-Canada soit gouverné par une population anglaise, par une législature anglaise... Jamais on ne parviendra à rétablir la tranquillité dans cette province qu’en la soumettant au régime vigoureux d’une majorité anglaise. Quelques-uns proposaient d’établir un gouvernement despotique qui mît le pouvoir entre les mains d’une minorité britannique. Lord Durham s’y opposait non parce que c’eût été une tyrannie revoltante, mais parce que ce n’était pas dans le voisinage des Etats-Unis qu'un plan comme celui-là pouvait trouver faveur. Mais une union législative des provinces anglaises de l'Amérique du Nord devait avoir, suivant lui, l’effet de noyer la population canadienne française, et c’est le plan qu'il trouvait préférable. Toutefois comme cet arrangement ne pouvait s'effectuer assez promptement, il s’en tenait pour commencer, à une union du Haut et du Bas-Canada.
L'union de ces deux provinces, dit-il, assurerait au Haut- Canada le grand objet de ses désirs. Toutes disputes quant à la division ou au montant des revenus cesseraient. Le surplus des revenus du Bas-Canada suppléerait à ce qui manque au Haut, et permettrait à celui-ci de payer l'intérêt de sa dette. Il n’y aurait rien d'injuste à cela, puisque les travaux publics pour lesquels cette dette a été contractée intéressent également les deux provinces. D'ailleurs les canaux du Haut-Canada, une fois achevés, seront une source de revenu. L'accès à la mer serait ainsi assuré au Haut-Canada. La réunion des départements publics des deux Provinces permettrait d’administrer le gouvernement avec plus d'efficacité et d'économie, et la Législature des deux Provinces réunies aurait plus de poids auprès du Gouvernement impérial.
La population anglaise du Haut-Canada étant, suivant lui, d'environ 400,000 âmes et celle du Bas de 150,000, la population
française qu'il estimait à 400,000 se trouverait ainsi en minorité.
Il voulait que la représentation fut basée sur la population,
parce que l'immigration se portant principalement vers la province supérieure, le Haut-Canada deviendrait nécessairement, au bout de quelques années, plus peuplé que le Bas. Cette politique injuste, cette proscription de la race française, lord Durham la recommandait avec un flegme, avec une espèce de naïveté cruelle qu’on est surpris de rencontrer chez un esprit d’une portée philosophique, qui ne devait pas être étranger aux idées de morale sociale et de justice universelle.
Lord Durham avait sans doute en vue les intérêts de l’Angleterre, la gloire et la grandeur de sa propre nation, car c’est dans ces vues égoïstes qu’on fait malheureusement trop souvent consister le patriotisme. Mais ces recommandations étaient contraires non seulement aux principes de l'équité, aux règles élémentaires du droit des gens, mais à l’esprit des capitulations et d’autres engagements solennels pris par l'Angleterre à l'égard de la population canadienne d’origine française.
Une fois l'influence des Canadiens Français annulée, lord Durham ne voyait pas d’inconvénient à réformer les abus dont on se plaignait depuis si longtemps, et à concéder à la Province- Unie ce gouvernement responsable demandé à grands cris, depuis tant d'années. 11 recommandait en outre l’établissement d’un bon système de colonisation et d’émigration, l’administration des terres publiques devant être entièrement confiée à l’autorité impériale; il voulait que tous les autres revenus de la couronne fussent abandonnés à la législature-unie, moyennant une liste civile permanente; que tous les officiers du gouvernement, à l’exception du gouverneur et de son secrétaire, fussent responsables à la législature-unie ; qu'aucun vote d’argent ne fût permis sans le consentement préalable de la Couronne ; que les privilèges et immunités de l'Eglise catholique du Bas-Canada fussent laissés intacts, etc. Il recommandait encore l’établissement d’un bon système d'institutions municipales. ‘ Avec ces réformes, disait-il en terminant, nous pouvons ne pas désespérer de gouverner un peuple qui véritablement.jusqu’ici n’a connu que très imparfaitement ce que c’est que d’avoir un gouvernement.”