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Par une singulière anomalie, le gouverneur se trouvait appuyé par les réformistes de l’une des provinces et par les torys de l’autre.
Le comité canadien de Québec s’empressa de répandre par toute la province son adresse aux électeurs du Bas-Canada. On y disait en substance:
‘Vous n’avez pas été consultés sur l’acte d'Union. Cet acte est injuste. Le Haut-Canada a 400,000 habitants, nous en avons presque deux fois autant, et on nous donne le même nombre de représentants. Les conseillers législatifs seront choisis par le gouverneur et nommés à vie par la Couronne. On nous charge de la dette du Haut-Canada, qui s'élève à cinq ou six millions de piastres, et de plus d’une liste civile permanente de £83,000 par année. La langue française est proscrite. Nos droits, nos libertés, nos privilèges comme sujets anglais sont foulés aux pieds. Rien au monde ne doit nous faire consentir à voter pour un seul candidat qui ne se déclarera pas contre cet acte et ces dispositions iniques ?”.
Puis, elle faisait des recommandations pleines de prudence, de fermeté et de patriotisme :
‘* Avant et pendant la durée des élections tout doit se passer dans la plus grande tranquillité. Tout usage de boissons enivrantes doit être banni des élections. Chaque électeur doit se rendre au poll avec le même zèle qu’il met à s'acquitter d’un devoir de religion ou de charité: car, dans les circonstances actuelles, le service de son pays en est un des plus urgents.
‘ Toute dispute, toute injure, toute provocation des passions et des préjugés haineux doivent cesser. Chacun a droit à son opinion et a droit d'agir d’après son opii n, en se conformant à la loi et aux bienséances. Il vaut mieux même endurer les insultes et les violences que de s’en servir contre qui que ce soit, C’est par la paix, la vérité et la justice que les peuples se font respecter, et qu’ils sortent victorieux des luttes où ils se trouvent engagés, et donnent le démenti le plus formel à leurs
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‘ Toute agitation de questions mineures qui pourraient détacher un seul de ceux qui désapprouvent l'acte d'Union doit être interdite, jusqu’à ce qu’on nous ait fait justice.
‘* Point d’inégalité établie par la loi, parmi les citoy . 18 du même pays, à cause de leur langue, de leur origirte ou de leur localité.
‘* Point de taxes, ni emploi de deniers en provenant, prélevées dans le pays, par le parlement d'Angleterre.
‘{ Point de taxes, ni emploi de deniers en provenant, prélevées dans le pays, imposées par aucune autorité locale quelconque, sans le consentement de ceux qui les paient ou de leurs représentants.
‘‘ Le pays, notre DEVOIR et la JusricE: ce sont là les objets qui doivent réunir les vœux des électeurs, pour effacer le souvenir des jours de malheur et en prévenir le retour. ”
Ce document fut répandu dans toute l’étendue du Bas-Canada, affiché dans les endroits les plus fréquentés, lu et expliqué aux portes des églises. Les Canadiens français, d’un bout à l’autre de la province, s’unirent étroitement dans une détermination bien arrêtée de n'élire que des membres opposés à l'acte d'Union.
D'un autre côté, leurs adversaires n'étaient pas moins actifs. Si les Canadiens français, presque jusqu’au dernier, étaient contre l’Union, on peut dire que toute la population anglaise du Bas-Canada, à quelques rares exceptions près, lui était favorable. !
Ces derniers trouvèrent dans le gouverneur-général un auxiliaire puissant, qui ne reculait devant aucune mesure pour assurer leur triomphe. Il commença pe: priver les faubourgs de Québec et de Montréal de leur droit de franchise, sous prétexte que c'était le seul moyen de faire élire de véritables représentants du commerce, comme le désiraient les autorités impériales.
La proclamation lancée à cet effet provoqua un cri d’indignation dans tout le Bas-Canada.