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Wakefeld, lettre au Colonial Gazette de Londres

2. Le traité d’Ashburton se trouve en tête des actes de la session de 1843. Les négociations relatives à ce traité sont consignées dans les Sessional Papers of the House of Commons, en Angleterre, 1843, vol, 61.

des grandes mesures passées dans la session 1 récédente, entre autres celle de l'établissement des conseils de district, et celle de l'éducation.

On s’aperçut dès l’ouverture de la session que les ministres redoutaient un vote de non-confiance, et bientôt le bruit courut que des négociations étaient entamées dans le but de faire entrer quelques nouveaux membres dans l’administration. ÆEn attendant, M. Neïilson fit nommer un comité chargé de faire une enquête sur les outrages commis aux élections de Terrebonne, Montréal, Vaudreuil, Rouville, Chambly et Beauharnoïis, et M. Leslie introduisit un bill pour restituer la franchise élective aux faubourge de Montréal et de Québec; M. Baldwin présenta de nouveau son bill pour assurer la liberté des élections et M. Aylwin son bill pour assurer l'indépendance des juges.

Le correspondant du Canadien, qui n’était autre que M. Etienne Parent, représentant du comté du Saguenay, écrivait de Kingston en date du 11 septembre :

‘ Tl court ici un bruit assez important, c’est que M. LaFontaine eut hier une longue entrevue avec Son Excellence le gouverneurgénéral. On suppose, comme de raison, que cette conférence a roulé sur l’état des affaires, et qu’elle a eu lieu dans la vue d'amener M. La Fontaine à entrer dans le ministère. Si je savais quelque chose sur la nature et le résultat de cet entretien ce serait d’une manière confidentielle, et je ne pourrais rien vous en apprendre. Quoi qu’il en soit, nos amis du Bas-Canada ne trouveront, j’en suis sûr, dans cette entrevue, aucun sujet de s'inquiéter: le caractère, la position et les antécédents de M. La Fontaine sont une garantie qu'il n’a pu ni ne pourra rien dire ni faire contre l'intérêt de ses compatriotes non plus que rien de dérogatoire à leur honneur.”

Enfin le 13 septembre, l’adresse en réponse au discours du trône ayant été proposée, M. Baldwin, secondé par M. Benjamin Viger, proposa un amendement qui se terminait par une déclaration de manque de confiance dans les principaux conseillers de Son Excellence.

Une révélation singulière fut alors faite par M. le procureurgénéral Draper, qui déclara que lui et quelques-uns de ses col-

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lègues avaient toujours été d’avis que le parti franco-canadien ne pouvait rester plus longtemps éloigné du gouvernement, et que sans son concours il serait impossible de donner effet à l’acte d'Union. Il lut onsuite à la Chambre copie d’une lettre du gouverneur à M. La Fontaine offrant à ce dernier la charge de procureur-général pour le Bas-Canada, M. Baldwin devant. être en même temps procureur-général pour le Haut-Canada, lui-même (M. Draper) devant se retirer. Cette lettre déclarait aussi que Son Excellence n’aurait aucune objection à faire entrer M. Girouard dans le Conseil exécutif avec la charge de commissaire des Terres de la Couronne, le tout à condition qu'une espèce de pension de retraite serait accordée à MM. Ogden et Davidson, et à condition aussi que la charge de solliciteur-général pour le Bas-Canada serait donnée à quelque avocat d’origine britannique. La même lettre ajoutait que la place de greffier du Conseil exécutif pourrait être offerte à un canadien, par exemple à M. Morin ou à M. Parent. Cette lettre se terminait par la promesse d’un ‘‘entier oubli du passé”, ce qui équivalait à une promesse d’amnistie générale.

Tout cela était vrai; mais les négociations n'étaient pas encore terminées. M. La Fontaine se consultait chaque jour avec ses collègues réformistes et n'avait pas encore donné une réponse définitive. Quelques-uns pouvaient trouver ce procédé “! étrange et inattendu ”. M. Draper espérait peut-être que M. La Fontaine, pressé ainsi de s'expliquer, refuserait pour lui et ses compatriotes les offres qui leur étaient faites, et que ce refus

justifierait, aux yeux de l’Angleterre et du pays, l'exclusion des

Canadiens français de toute participation au gouvernement. Mais sa ruse fut déjouée, si toutefois il y avait ruse. M. La Fontaine demanda à s'expliquer dans un comité général, ne pouvant le faire autrement: ‘‘ Je ferai voir à cette Chambre, dit-il, et surtout à mes compatriotes, que l’on veut attaquer dans ma personne, que la conduite que j’ai tenue dans mes entrevues avec le gouverneur-général a été dictée par le sentiment de mon devoir et de ma position, tant envers mes amis qui siègent sur les même bancs que moi, qu’envers mon honorable ami le représentant du comté de Hastings (M. Baldwin). ”

9:/842 M. La Fontaine s’expliquait en français ; un des membres dut Haut-Canada l’uyant prié de s'exprimer en anglais, M. La Fontaine lui fit cette réponse pleine de fierté :

‘On me demande de prononcer dans une autre langue que: ma langue maternelle le premier discours que j'aie à faire dans cette Chambre. Je me défie de mes forces à parler la langue anglaise. Mais je dois informer les honorables membres que, quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens français, ne fut-ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de l’acte d'Union qui tend à proscrire la langue maternelle d’une moitié de la population du

‘Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même.”

M. La Fontaine ayant ensuite demandé à M. Draper si la communication qu’il venait de faire à la Chambre avait été autorisée par Son Excellence, il en reçut une réponse affirmative.

‘Il me faut alors, dit-il, faire le récit de ce qui s’est passé

entre Son Excellence et moi... Je sais combien est grande la responsabilité qui, pendant ces derniers jours, a pesé sur ma têt. Nul doute que Son Excellence ne fût mue par le désir sincère de rendre justice à mes compatriotes, au moins autant qu’il était en son pouvoir de le faire pour le moment, et je dois déclarer publiquement que, quoique j'aie grandement à me plaindre de la communication qui vient d’être faite à cette Chambre, dans la vue sans doute de m'’écraser, j’ai néanmoins. la plus grande confiance dans Son Excellence ; et d’après ce qui | s’est passé entre Sir Charles Bagot et moi, je n’hésite pas à dire que Son Excellence mérite toute la confiance, non seulement de mes amis dans cette Chambre, mais encore de tous mes concitoyens, quelle que soit l’origine à laquelle ils appartiennent. Mais je n'ai pas la même confiance dans le cabinet, tel qu’à présent constitué. Si individuellement quelques membres de ce corps ont droit à ma confiance, ils n’y ont aucun droit collectivement.

‘ Cependant, M. le Président, voulant rendre justice à l’honorable procureur-général, je lui déclare que les sentiments que

personnellement il nous a dit entretenir envers mes compatriotes canadiens français, et qu’il vient d'exprimer, sont propres À lui gagner toute mon estime et celle de mes amis ; et puisqu'il est mû par des vues si honnêtes et si libérales, il est malheureux de le voir placé dans une fausse position qui est telle que ses actions, libres ou non, l’exposent à perdre tout le inérite des sentiments qu’il a exprimés, puisqu'il nous déclare lui-même que cette position l’a empêché de les faire prévaloir.

# Néanmoins je suis bien sensible à l’aveu de l'honorable procureur-général, qu'avant de rencontrer mes compatriotes, il avait -été bien préjugé contre eux ; mais que, depuis qu’il était venu en rapport avec eux durant la dernière session, il s'était con- “vaincu que ces préjugés étaient injustes et mal fondés, et qu'il prenait plaisir à le reconnaître publiquement.

“ I] reconnaît qu'il faut au gouvernement, pour rétablir la paix et le contentement général, la coopération active des Canadiens français. Non seulement ce serait 1à un acte de justice, mais c’est encore un appui que la nécessité appelle. Oui, cette coopération est absolument nécessaire au gouvernement. Oui, il la lui faut ; oui, il nous faut la lui donner, maïs à des termes qui ne puissent en rien diminuer, ni affaiblir notre honneur et notre caractère. L'acte d'Union, dans la pensée de son auteur, a été d'écraser la population française ; mais l’on s’est trompé, var les moyens employés ne sont pas complets pour produire ce résultat. La masse des deux populations du Haut et du Bas-Canada a des intérêts communs, et elles finiront par sympathiser ensemble. ,

* Oui, sans notre coopération active, sans notre participation au pouvoir, le gouvernement ne peut fonctionner de manière à rétablir la paix et la confiance, qui sont essentielles au succès de toute administration. Placés par l’acte d'Union dans une situation exceptionnelle et de ininorité dans la distribution du pouvoir politique, si nous devons succomber, nous succomberons du moins en nous faisant respecter. Je ne recule pas devant la responsabilité que j'ai assumée, puisque dans ma personne le gouverneur-général a choisi celui par lequel il voulait faire connaître ses vues de libéralité et de justice envers mes compa-

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triotes. Mais dans l'état d’asservissement où la main de fer de lord Sydenham a cherché à tenir la population française, en présence des faits qu’on voulait accomplir dans ce but, je n’avais, comme canadien, qu’un devoir à remplir, celui de maintenir le caractère honorable qui a toujours distingué nos compatriotes et auquel nos ennemis les plus acharnés sont obligés de rendre hommage. Ce caractère, monsieur le Président, je ne le ternirai jamais !!

‘* Pour faire apprécier à la Chambre la position particulière où je me suis trouvé, on me permettra de faire remarquer qu'avant l’union des deux provinces, chacune d'elles était soumise à une législature séparée. Des luttes de principes et de vues politiques se sont engagées dans ces législatures. Des sympathies se sont formées entre des hommes soutenant la même cause, mais ne se connaissant pas encore personnellement. Ces sympathies étaient plus ou moins fortes entre ces hommes politiques, selon qu'ils étaient plus ou moins engagés dans ces luttes parlementaires. Ces sympathies, M. le Président, se sont accrues, sont devenues plus pressantes, du moment que ces hommes, en faisant leur entrée dans cette Chambre, ont pu se serrer la main mutuellement. Telle est, entre autres, la position de mon honorable ami du comté de Hastings, à l’égard de nous, Canadiens français. Ces relations, M. le Président, ont non seulement créé des sympathies, mais ont encore créé des obligations morales

auxquelles le sentiment seul de l'honneur nous faisait un devoir

impérieux, et à moi en particulier, de ne pas manquer. J'y suis resté fidèle. Voilà, en partie, la cause de cette position que j’ai à défendre aujourd’hui.

‘ Je vais procéder maintenant à expliquer mes entrevues avec Son Excellence. Ces explications sont bien désagréables et pénibles; mais encore une fois la faute en est au cabinet de Son Excellence, tel qu’à présent constitué. Ce sont eux, et non pas moi, qui ont rendu ces explications inévitables, en conseillant à Son Excellence de communiquer à cette Chambre une lettre qui n'aurait jamais dû lui être communiquée dans les circonstances actuelles, et surtout d’après ce qui s’est passé entre Son Excellence et moi.

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‘“ Cette lettre ne m’a été remise par Son Excellence qu’aujourd’hui à une heure de l’après-midi, et par conséquent peu de temps avant l’ouverture de cette séance. J'ai si bien regardé cette lettre comme privée, comme étant de la nature de mes entrevues avec Son Excellence, que je l’ai laissée sous clef à ma maison de pension. Si on devait en faire usage dans cette Chambre, je dis, avec néanmoins tout le respect possible pour Son Excellence, que Son Excellence aurait dû me l’intimer. Le reproche que je fais à son cabinet, de lui avoir donné un conseil qui tendait à le conipromettre, est donc juste et bien mérité. A une telle lettre, il était naturel de penser, même sans s’en expliquer en termes exprès, que je devais faire une réponse par écrit, soit que je fusse disposé à donner un refus péremptoire ou conditionnel ; et je déclare que je n’ai point donné de refus péremptoire. Avais-je le temps de faire une réponse par écrit entre le moment où cette lettre me fut remise par Son Excellence, et l'heure de l'ouverture de cette séance? Il y avait impossibilité de le faire. Grande a donc été ma surprise, quand, arrivé dans cette Chambre, j'ai entendu l’honorable secrétaire pour le Haut- Canada me dire que le cabinet entendait faire usage de cette lettre en la lisant à cette Chambre comme moyen de défense. J'ai voulu lui en remontrer l’inconvenance, mais sans succès ; et alors je me suis empressé d’envoyer chercher la lettre à mon hôtel. Dans cette lettre, Son Excellence fait allusion à nos entrevues précédentes, que j’ai également regardées comme privées. Depuis que je suis à Kingston, j'ai eu trois entrevues avec Son Excellence, à sa demande, l’une samedi, la deuxième dimanche, et la troisième aujourd’hui. Je n’ai qu’à me féliciter de ces entrevues. Elles m'ont convaincu que Son Excellence voulait réellement rendre justice à toutes les classes des sujets de Sa Majesté; et aussi lui ai-je donné ma pleine et entière confiance, lui donnant en même temps, autant qu’il était en mon pouvoir, l’assurance de celle de mes amis et de mes compatriotes.

‘ Je vois que le but du cabinet, en communiquant cette lettre à la Chambre, est de faire revivre plus fort que jamais l’assertion si souvent faite par nos ennemis, que les Canadiens français gont impraticables ; qu’il est inutile au gouvernement de leur

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tendre la main et de les appeler au pouvoir. Cette pensée, M. le Président, je la repousse de toutes mes forces ; cette pensée était la pensée favorite de feu lord Sydenham, dont la volonté tyrannique a tant opprimé mes compatriotes, Dans quelle occasion les Canadiens français ont-ils été appelés à prendre part activement à l’action politique et administrative du gouvernement, de manière à exercer la juste influence qu’ils ont droit d’y avoir ? Jamais, M. le Président, cette occasion ne leur a été offerte accompagnée de ces garanties dont le ministère reconnaît aujourd’hui la nécessité et la justice. Je suis peut-être le premier auquel une proposition de cette nature a été faite avant l’arrivée du présent gouverneur-général. O’était sous lord Sydenham, quand il m'offrit la charge de solliciteur-général ; je l’ai refusée, et je devais le faire si je voulais conserver mon indépendance. Je sais que quelques amis m'ont blâmé dans le temps. Ils m'ont approuvé depuis; et quant à moi, je dis, dans toute la sincérité de mon cœur, que je ne m'en suis jamais repenti.

‘ Depuis mou arrivée à Kingston, Son Excellence a cru devoir m'envoyer chercher. A la première entrevue, je trouvai qu’il me plaçait sur un terrain assez étendu pour me permettre de réaliser ses bennes et bienveillantes dispositions envers mes compatriotes ; À la seconde, il m'a semblé que le terrain me laissait moins de latitude quant à l’action du pouvoir politique ; mais les sentiments de justice de la part du gouvernement à l'égard de mes compatriotes, n’en étaient pas moins les mêmes. Le résultat de ses offres était de me placer moi et un ami dans le cabinet; nous y aurions été en minorité. Il voulait nous y appeler comme Canadiens français, et comme un commencement de justice envers mes compatriotes. Sur ce pied, nous aurions pu peut-être accéder aux propositions bienveillantes de Son Excellence, sans manquer .. nos obligations envers mon honorable ami pour le comté de Hastings, d’autant plus que mon honorable ami a toujours été prêt à donner son assentiment à tout arrangement qui aurait pour but de faire justice à mes compatriotes. Mais pour accéder à cette proposition, il'nous fallait (et c'en était la conséquence naturelle) obtenir liberté d’action sur les mesures de cabinet, puisque, étant placés en

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minorité et sans l'accession d'aucun ami du Haut-Canada, nous ne pouvions espérer y exercer aucune influence, ni y faire prévaloir nos opinions. La conséquence dont je viens de parler ne fut pas niée par Son Excellence. Mais il ne pouvait promettre cette liberté d'action, Au contraire, il s’y est refusé; et Son Excellence avait raison: car c’eût été contraire à l’action du gouvernement responsable récemment introduit dans notre constitution, principe que j'approuve, quoique malheureusement, sous l'administration du prédécesseur de Son Excellence, on lui ait donné une fausse direction dans la pratique. Il me fallait donc, moi et mon ami, assumer la responsabilité a ‘s actes et des mesures de l'Exéc\ ifou résigner. L’on nous soumettait donc, et avec raison, à l’action du principe du gouvernement responsable, Mais alors nous étions placés sur un autre terrain. Il nous fallait une part efficace du pouvoir politique ; il nous fallait, non seulement une légitime influence auprès des membres canadiens français, mais encore la même influence auprès des membres du Hau Canada. Nous ne pouvions espérer obtenir par nousmêmes cette influence. Ainsi placé, n’avais-je donc pas raison, n’avais-je pas même le droit de demander l’assistance de mon honorable ami pour le comté de Hastings dans le Conseil exécutif ? Oui, j’en avais le droit; si bien que l'honorable procureur-général le reconnaît lui-même. Ainsi des raisons politiques, de même que celles de l’honneur et de la reconnaissance, me faisaient un devoir impérieux, de l’aveu même de l’honorable procureur-général, de faire, de l’entrée au Conseil de mon honorable ami pour le comté de Hastings, une condition sine qua non de mon acceptation des offres de Son Excéllence. En un mot, pour me servir des termes de la lettre de Son Excellence, ‘ mon accession au gouvernement devait être satisfaisante pour

mes compatriotes, et en même temps accompagnée de cette con- |

fiance mutuelle qui seule pouvait rendre cette accession avantageuse au pays. ” ‘* J'avais la conviction que je n’aurais pu atteindre le but de Son Excellence, sans l’assistance de mon honorable ami pour le comté de Hastings. Du moment qu’on m'a eu concédé ce point, on devait être prêt à faire disparaître tous les obstacles qui, dans

sa position particulière, pouvaient empêcher mon honorable

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ami d’entrer dans le cabinet. C’en était la conséquence: naturelle ;

on devait donc s'y soumettre. Cette conviction était si forte dans

mon esprit qu’elle était inébranlable et m’imposait la ligne de cond .te que l’on veut me reprocher aujourd’hui.

‘ La preuve que je voulais, en autant qu’il dépendait de moi et de mes amis, faciliter à Son Excellence tous les moyens de réaliser ce qu'avec raison il appelait un grand acte de justice pour la population française, c’est que je lui déclarai plusieurs fois qu’en supposant même que je pourrais avoir des objections personnelles à aucun des membres du Conseil choisis dans le Haut-Canada, je croyais de mon devoir de ne pas les faire valoir, tant il était vrai que l’administration du Haut et du

« Bas-Canada devait être laissée aux consaillers de chaque Pravince respectivement ; mais en même temps je déclarai à Son Excellence, comme c'était mon devoir de le faire, que si mon honorable ami pour le comté de Hastings avait des objections de cette nature à faire valoir, je serais obligé de les appuyer.

‘ Quant au Bas-Canada, j’acceptais les arrangements proposés dans la lettre de Son Excellence. Mais quant au Haut, puisqu’il était reconnu que, pour des raisons politiques, mon honorable ami pour le comté de Hastings ne pouvait siéger dans le Conseil avec l'honorable procureur-général, l’on ne pouvait ignorer que, pour les même: raisons, mon honorable ami avait des objections analogues à faire valoir contre M. Sherwood, solliciteur-général du Haut-Canada. Il ne pouvait donc entrer dans

le Conseil avec ce dernier, à moins de se mettre dans une fausse position, et de s’exposer en outre au soupçon d’être mû dans sa conduite par des motifs purement personnels contre l'honorable procureux-général. Mon honorable ami a donc dû insister sur la retraite de M. Sherwood ; et j’ai dû appuyer cette demande. La iettre de Son Excellence n’accordant pas ce point, j'ai

exposé à Son Excellence que je regrettais beaucoup qu’il n’y eût pas plus de temps pour délibérer avant la séance de la Cham-

bre, et que, tant que cet obstacle existerait, il me semblait qu'il ne me laissait pas de latitude; que néanmoins j’espérais qu’il pouvait le faire disparaître bientôt, de même que les deux autres que je mentionnerai dans un instant, et qu’alors il pourrait en tout temps commander mes services.

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‘En outre, deux nominations récentes, que Son Excellence avait faites dans son Conseil, de deux honorables individus de vues politiques entièrement opposées, justifiaient encore, ce me semble, mon honorable ami de demander pour lui dans le Conseil l'entrée et le concours d’un de ses amis politiques, afin de rendre évident aux yeux de cette grande partie de la population du Haut-Canada dont il représente les sentiments, que son adhésion au cabinet était un nouveau gage des vues nobles et désintéressées qui ont toujours caractérisé sa conduite.

‘ Une autre objection à accepter de suite les arrangements proposés par Son Excellence, c’est la condition que sa lettre nous imposait de nous lier à faire voter des pensions de retraite. C'était nous lier à un principe que mon honorable ami et moi nous ne pouvons consacrer. Voilà, M. le Président, les seules raisons qui ne m’ont pas permis de conclure aujourd’hui, à une heure, les arrangements proposés par Son Excellence.

‘ Ce n’est pas la première fois que, depuis l’arrivée du gouverneur-général, l’on m'a fait des ouvertures pour entrer dans le Conseil exécutif, Je regrette d’être forcé d’avoir à faire part à cette Chambre d’une entrevue qui a eu lieu à cet égard entre l’un des membres du cabinet. M. Sullivan, et moi. Ce sont eux qui me forcent à le faire, par le procédé inexcusable auquel ils ont cru devoir recourir pour se défendre dans leur situation chancelante.

‘f En juillet dernier, étant à Québec, à la Cour d’Apral, l’honorakle Sullivan me demanda une entrevue à moi et à un de mes amis. Je lui fis part des conditions auxquelles j'étais disposé à conseniir à entrer dans le cabinet. On se sépara, et l’on me dit alors: Let the matter stand as ît is till we meet. Les honorables membres qui siègent au éreasury bench en ont-ils su quelque chose ? avaient-ils autorisé M. Sullivan à avoir cette entrevue ?

(Ici M. Draper fait un signe négatif.)

‘€ Alors, dit M. LaFontaine, comment voulez-vous qu’on repose confiance dans un cabinet dont les membres semblent se défier les uns des autres, et dont on dit ouvertement que chacun d’eux serait prêt à sacrifier ses collègues pour garder son siège ? N'y a-t-il pas là absence de cohésion, de vitalité dans le Conseil ?

Au contraire, n’est-ce pas là une raison suffisante pour démontrer que, non seulement il n’y a pas de cohésion dans ce corps, mais que même il renferme dans son sein un principe de destruction ? Oui, ce ministère, tel qu’à présent constitué, ne saurait exister longtemps. Sa dernière ancre de salut, c’est de reconnaître la nécessité de la coopération des Canadiens français, et d’implorer cette coopération. Il vaut mieux tard que jamais. Pourquoi donc avoir attendu jusqu’à la dernière heure, surtout

quand on entend l’honorable procureur-général dire que, depuis

l'hiver dernier, il avait conseillé à Son Excellence d’opérer cette coopération ? Qui donc y a mis des entraves? Si on ne peut le découvrir, le fait n’en existe pas moins ; et ce fait seul suffit pour appuyer un vote de manque de confiance, et rendre évident la nécessité de reconstituer ce cabinet d’une manière ou d’une autre.

‘ Une autre raison pour moi d'appuyer ce vote, c’est le mépris que les membres du cabinet ont montré envers mes compatriotes du Bas-Canada, à quelque origine qu'ils appartiennent. Pendant plusieurs mois et en l’absence de l'honorable membre pour Mégantic, qui représentait dans le cabinet le Bas-Canada ?

Personne. Toute l'administration des affaires du Bas-Canada.

était laissée aux mains d’un jeune homme, clerc ou assistant de l’honorable membre pour Mégantic. N’y a-t-il pas eu là du mépris, même une insulte envers le Bas-Canada ?

‘ L'absence de tout nom français dans le cabinet n'est-elle pas une circonstance qui comporte une injustice, même une insulte préméditée ? Mais, dira-t-on, ‘‘ vous ne voulez pas accepter d'emploi.” Ce n’est pas là une raison. Mes amis et moi, il est vrai, nous ne voulions pas en accepter sans des garanties; mais puisque vous avez bien trouvé quelques noms français pour siéger dans le Conseil Spécial, même pour assister la cour martiale, ne pouviez-vous pas en trouver de même force pour siéger dans le cabinet? non pas qu’un pureil choix aurait assuré la coopération de mes compatriotes, mais du moins on aurait eu l'apparence de ne pas dédaigner entièrement une origine qui est celle de la moitié de la population. Non, les honorables membres du cabinet ne l’auraient pu, quand même ils l’auraient

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voulu, sous l’administration de lord Sydenham. Ils n'étaient là que pour exécuter ses volontés. Ils ont prouvé qu’ils n’avaient pas la force d'y résiste. Lord Sydenham leur imposait silence, Et ils s’y soumettaient servilement. Croit-on que ce serait pour marcher sur leurs traces, que je consentirais à entrer dans le Conseil ? Avant tout je préfère mon indépendance, les dictées de ma conscience. Quand je ssrai appelé à donner mes avis au représentant de Sa Majesté, je manquerais à mon devoir envers lui, si je n’agissais pas avec franchise et indépendance ; je manquerais également envers mes compatriotes et envers moi-même. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis engagé dans la vie publique ; il y a déjà plusieurs années que j’ai commencé ma carrière. Je n’ai pas à rougir du passé ; je ne veux pas avoir à rougir du présent, ni de l'avenir.

# Voilà l’exposé que j'avais à faire à cette Chambre. J’en appelle avec confiance à sa décision. Je le répète encore, une grande responsabilité a pesé sur ma tête ; j’en connaissais toute l’étendue. J'aurais voulu que Son Excellence eût appelé un de mes honorables amis, que je ne nommerai pas pour ne point blesser sa modestie. Comme cet ami, canadien français ainsi que moi, a toute ma confiance et mon estime, j'aurais donné à toute administration dont il aurait fait partie, un appui cordial et sincère. Les circonstances en ont décidé autrement. J’ai dû m’y soumettre.

‘ Trop longtemps, sans doute, j’ai abusé de la patience de cette honorable Chambre. Mais les explications que je viens de donner, je les devais à mes compatriotes, à mes amis et à moi-même. ”

Ce discours de M. La Fontaine, et les révélations qui l’avaient précédé, créèrent une grande émotion parmi les membres et détournèrent complètement l’attention du discours d'ouverture et de la motion de non-confiance. La discussion fut remise au lendemain.

Le lendemain, qui était un mercredi, l’inspecteur-général Hincks proposa que la discussion fût de nouveau ajournée jusqu’au lundi suivant, ce qui fut agréé par la Chambre.

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