‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 50 sur 95 · PTS RENE RES EMÉPETEESE NE · texte numérisé non relu

PTS RENE RES EMÉPETEESE NE

ques d'hommes armés venus de Québec, de Gore, de Chatham, de Rawdon, armés de bâtons, de couteaux, de pistolets et autres armes meurtrières ; que des troupes de cavalerie et d'infanterie aux ordres de magistrats connus pour être de violents partisans, des autres candidats avaient empêché les électeurs de MM. Drummond et Beaubien de s'approcher des bureaux de scrutin, ces bureaux ayant été, durant les deux jours d'élection, entourés de soldats et de pièces de campagne, et la ville ayant été, par un

officier supérieur, proclamée sous le contrôle militaire ; que par ce

moyen et divers autres stratagèmes, environ trois mille électeurs n'avaient pu donner leurs suffrages.

Par un mouvement spontané, les électeurs du comté de Portneuf, qui n’avaient pas encore fait choix d’un député, apprenant la défaite de M. Drummond, l’élirent par acclamation pour représénter leur division électorale.

Cette élection de Montréal fut à peu près la seule victoire que le gouvernement remporta dans le Bas-Canada, L’honorable D.-B. Viger fut défait à Richelieu par le docteur Wolfred Nelson, l’exilé des Bermudes, et quelques jours après, dans le comté de Montréal, par M. Jobiu. Ces deux défaites successives firent beaucoup d’impression, et durent jeter le découragement dans l’âme de M. Viger. Le seul député canadien-français qui eût voté avec M. Viger dans les derniers jours de la session, M. Noël, représentant de Lotbinière, ne put se faire réélire ; M. J.-G. Barthe, qui avait chaleureusement défendu M. Viger dans l’Aurore des Canadas, durant les derniers neuf mois, fut pareillement défait dans son comté d'Yamaska ; l’honorable John Neilson, autrefois si populaire, et qui avait rendu de si grands services au Bas-Canada, ne put se faire élire, parce qu'il avait voté contre les anciens ministres, et qu’il paraissait appuyer dans sa Gazette de Québec les prétentions de sir Charles Metcalfe ; le précédent orateur de l’Assemblée législative, M. Cuvillier, perdit aussi son élection à Laprairie, . parce qu'on le soupconnait d’être secrètement opposé à MM. Lafontaine et Baldwin, Le gouvernement s’efforça de susciter uu

am, de adversaire à M. Lafontaine, dans le comté de Terrebonne, et M. autres ! -Ai-B, Papineau vint d'abord sur les rangs; mais, au jour de ia anterie mise en candidature, à la levée des mains, M. Papineau jugeu y parti- . plus prudent de se retirer, et l'élection de M. Lafontaine se fit par le MM. acclamation. Sir Charles Metcalfe confesse dans sa correspondance scrutin, que ce fut un pénible mécompte pour le gouvernement. L’honentourés rable A.-N. Morin fut élu par acclamation dans deux divisions par un à la fois, le comté de Bellechasse et le comté de Sasuenay. par ce Dans le district de Québec, pas une seule élection ne fut lecteurs favorable au gouvernement ; et, comme dit sir Charles Metcalfe dans sa dépêche, le parti anglais y sembla paralysé. MM. Aylwin le Port- et Chabot furent nommés pour représenter la ville de Québec, nant la Deux Jeunes gens de talent, qui venaient d’être admis au r repré- barreau, muis qui devaient jouer plus tard un rôle important dans les affaires du pays, MM. Chauveau et Cauchon, furent ire que alors élus pour la première fois, le premier pour le comté de e D.-B. Québec, à la place de l'honorable Jonn Neilson, le second pour le , l'exilé comté de Montmorency. M. Cauchon était rédacteur et proontréai, priétaire du Journal de Québec, où il avait défendu avec énergie ip d'im- : ettalent la politique de l’ancien ministère ; M. Chauveau, lui, s'était . Viger. fait connaître, dans le monde politique, par des correspondances rer dans au Courrier des Etats-Unis, dans lesquelles les affaires du > Lotbi- Canada étaient discutées avec beaucoup de talent, chaleu- Dans le Haut-Canada, la plus grande partie des comtés élurent anadas, des partisans du gouverneur, M. Hincks, qui résidait alors à Montlans son réal, où il rédigeait le Pilot, qu'il y avait fondé au commencement ki popu- de l’année, fut défait à Oxford ; M. Boulton, autrefois procureur , ne put | général pour le Haut-Canada, et subséquemment juge en chef à inistres, Terre-Neuve, fut pareillemenc défait dans le comté de Niagara, qu’il préten- représentait depuis l’Union; M. Durand ne put se faire réélire, Assem - et MM. Baldwin, Price et Small eux-mêmes eurent à soutenir aprairie, une lutte des plus vives. Le transfert du siège du gouverne- M. La- : ment dans le Bas-Canada, la crainte de la domination française,

iter un un certain esprit de loyauté que sir Charles Metcalfe avait ravivé

et excité, en laissant croire, chaque fois que l’occasion s’en présentait, que la lutte entre lui et les anciens ministres n’était autre qu'une lütte entre les amis et les ennemis de la mère patrie, ne contribuèrent pas peu à produire ce résultat, L'esprit de parti, la passion qui s'était peu à peu emparée de sir Charles Metcalfe lui faisaient peut-être croire à l'existence d’un manque de loyauté patriotique chez ses adversaires ; mais ce n’en était pas moins une grave injustice, que des hommes comme ceux qui dirigeaient alors l'opposition devaient ressentir amèrement. Sir Charles Metcalfe en était venu à croire que les adversaires de son gouvernement étaient des ennemis du gouvernement de Sa M'jesté, “Il est constaté, dit-il en annonçant à lord Staniey le résultat des élections de 1844, il est constaté que la loyauté et l'esprit anglais existent dans le Haut-Canada et les Cantons de l’est, tandis que la désaffection prédomine dans les comtés canadien.-français, Par désaffection j'entends un sentiment anti-britannique, de quelque no qu'on l'appelle, ou quelle qu’en soit la cause, qui porte à faire une opposition constante au gouvernement de Sa Majesté, ”

Si la passion n'eût pas faussé l'esprit du gouverneur, il se fût convaincu que les Canadiens-français, comme les réformistes du Haut-Canada, n'avaient lutté que pour obtenir, dans toute sa plénitude, le gouvernement coustitutionnel responsable qui découlait de leur nouvelle constitution.

On nous saura gré de terminer ce chapitre par l’intéressante appréciation suivante, extraite d’une série de lettres politiques adressées à cette époque à la Minerve de Montréal, le principal organe canadien-français des ministres démissionnaires :

“ Dans ma dernière lettre, j'ai constaté le fait qu'après la résignation des ex-ministres, sir Chs Metcalfe forma un ‘“ gouverne. ment provisoire”; que M. Viger, nonobstant ses professions d’attachement au principe de responsabilité constitutionnelle, consentit à en faire partie, même à en devenir le chef, considéré, aux yeux du peuple Canadien, comme s’appv: .nt, pour le succès

de sa nouvelle entreprise, sur la force que pouvait lui apporter le

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parti tory du Bas-Canada, qu’il venait de rappeler à la vie, et sur celle que pouvait lui donner une minorité des députés du Haut- Canada ; minorité qui, il est vrai, était censée représenter le parti tory de la province supérieure, mais qui alors, constitutionnellement parlant, n’en était pas moins une minorité,

‘“ Ce gouvernement ‘“ provisoire ” a donné lieu à un interrègne de neuf mois, interrègne oui n’a pas été autre chose qu’une violation des résolutions de 1841, et par conséquent une suspension de notre charte constitutionnelle, Raconter les faits et gestes des partis politiques durant ces neuf mois, répéter les accusations qu’ils se sont lancées réciproquement, serait, il faut l'avouer, entreprendre une tâche bien fatigante et peu agréable à nos lecteurs, Il vaut mieux en venir de suite au résultat de la dernière élection générale, résultat qui, par cela même que chacun des partis l'invoque en sa faveur, semble n'être une victoire ni pour les uns ni pour les autres; peut-être même est-il une défaite pour presque tous.

“ Les plus aveugles mêmes devaient sentir que l'existence du

“ provisoire ” était une cause de faiblesse pour le gouvernement, L'acte d'union exigeant impérieusement qu’il y ait une session de la législature au moins tous les douze mois, cette faiblesse ne pouvait devenir que de plus en plus sensible à l'approche de l'expiration de ce terme. Bien que le représentant de la Couronne ait été compromis par ses conseillers, lorsqu'il fut avisé par eux de condamner publiquement la pensée d’une dissolution, il fallait néanmoins qu’il en vint tôt ou tard à adopter cette voie, la seule qui lui restât, pour courir la seule chance qu'il avait de sortir, sinon victorieux du moins honorablement, de la lutte dans laquelle il se trouvait engagé, Il n'y a nul doute que l’on avait nourri l'espoir d'opérer une réaction considérable parmi les membres de la dernière chambre d’assemblée, Longtemps avant la dissolution, les journaux organes du gonvernement avaient proclamé cette

réaction comme un fait accompli. Ils n’ont fait en cela, ce que

malheureusement ils font tous les jours, que compromettre ceux

qu’ils veulent servir, Le pays n’a rien à gagner à voir le représentant de la Couronne ainsi traîné, malgré lui sans doute, dans le sentier bourbeux des passions politiques. Après un travail de neuf mois pour opérer cette réaction tant désirée, le gouvernement doit être censé avoir reconnu son impuissance à l’accomplir, le jour où il prit le parti, bien tardif il est vrai, d’en appeler directement au peuple. : C’est le résultat de cet appel qu’il importe au Bas-Canada, peut-être plus qu’on ne le croit généralement, de bien peser et de bien apprécier.

‘Il n’est que juste de commencer par constater le fait que cet appel n’a eu lieu qu'après que, pour faire cesser en quelque sorte le “ provisoire ”, le nombre des membres du conseil exécutif eût été porté à six, sans que néanmoins il s’y trouve wn seul membre de la chambre d’assemblée, appartenant au Haut-Canada ; M. le solliciteur général Sherwood ne faisant pas partie du cabinet, et les

‘honorables Draper et Morris étant membres du Conseil législatif.

Le cabinet est même encore incomplet, puisqu'il n’y a pas d’inspecteur général.

“ J'ai déjà dit que le résultat des élections semblait n'être pas favorable à aucun des partis. Je m'explique: deux des quatre partis dont j'ai constaté l'existence dans ma première lettre, ont considérablement gagné. Mais ni l’un ni l’autre, isolément, ne peut compter sur la majorité des 84 membres de la Chambre. Ces deux partis sont le parti appelé tory dans le Haut-Canada, et le parti appelé libéral dans le Bas-Canada. Le scrutin électoral donne à chacun de ces deux partis le même nombre de membres dans sa province respective, savoir 29. Et chose assez étrange, c’est que les deux autres partis qui sont en minorité, savoir le parti réformiste du Haut-Canada et le parti tory du Bas-Canada,

comptent également chacun le même nombre de membres, savoir

13. Dans cette classification, je donne à chaque parti ses loos8e-

fish. Heureusement que cette fois l’on dit que le nombre en est

petit. Ainsi en supposant unité d'action entre les partis tory du Haut et du Bas-Canada, d’un côté, et entre les libéraux du Bas-

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Canada et les réformistes du Haut-Canada, l’on voit de suite que les partis ainsi réunis devront se rencontrer à forces égales sur le

terrain législatif. Cette combinaison qui est la plus forte qui

puisse se faire en faveur de l’administration actuelle, ne lui donne pas la majorité, Elle ne compte que 42. L'opposition lui présente le même front. L'administration devra done compter sur le chapitre des accidents, chapitre qui ne s'ouvre et ne se ferme qu’à la volonté des loose-fish, classe d’homines dont l'appui est toujours incertain et peu sincère. Lorsqu'une administration, dans un

zouvernement représentatif, n’a pas, pour la soutenir, une majo- 8 ,

ritée bien décidée, elle marche au combat avec la conscience de

sa défaite, par cela même qu’elle est toujours obligée de compter le nombre de ses soldats ; tandis que l'opposition qui ne s’embarrasse jamais du cri : “ Combien sont-ils ? ”” anime le combat avec d'autant plus d'espoir de succès que ses adversaires s’avouent déjà vaincus.

“Tel me semble être le sort de l'administration du jour, si cette combinaison des partis se. vérifiait à la lettre, Cette combinaison, je ne la fais que par hypothèse, et aussi parce qu’elle me semble être celle que les organes du gouvernement, où du moins les principaux d’entr’eux, voudraient établir, Or, cette combinaison nous présente l'administration de sir Charles Metcalfe, déterminée à tenter fortune en se reposant, pour le si:cès, sur les membres dits torys du Haut et du Bas-Canada. Alors sa position est un peu changée de ce qu’elle était avant la dissolution du parlement, puisque, avant cet événement, elle n'avait pour appui qu'une : :uorité des membres de l’une comme de l’autre section de la Province, Aujourd’hui, cette combinaison lui donnerait, à coup sûr, le droit de compter sur une majorité des membres du Haut-Canada; mais quant au Bas-Canada, elle ne lui offre que l'appui d’une minorité, Si, de. cette combinaison, l’administration espère avoir une majorité, et gouverner avec cette majorité, elle se trouve dans la même fausse position qu'était celle de lord

Sydenham vis-à-vis du Bas-Canada. Car, à l'instar de lord

Sydenham, elle gouvernerait le Haut-Carada avec sa majorité, ce

qui est bien, puisque c’est rr vecter le premier principe du gouvernement représentatif; mais aussi elle gouvernerait le Bas- Canada par et pour sa minorité, ce qui est mal, puisque c’est une violation flagrante du principe reconnu ci-haut, Elle serait donc appelée à faire triompher ensemble deux principes contraires, deux principes qui se livreraient un combat mutuel! C’est impossible. Ce qui est arrivé à l'administration de lord Sydenhazn lui est réservé, Elle succombera comme elle. L’on peut même ajouter que, par suite d’une pareille combinaison, lord Sydenham s'était acquis une majorité plus forte en nombre et en talents que celle que la même combinaison permet à l’administration d'espérer pouvoir obtenir, Mais, toujours est-il vrai que ces deux administrations auront eu les mêmes principes pour base de leur existence. Comment donc ceux qui condamnaient alors lord Sydenham de gouverner le Bas-Canada par une minorité de ses représentants, peuvent-ils aider sir Charles Metcalfe à faire la même chose, avec une minorité plus faible encore ? Je laisse à d’autres le soin de répondre.

“ D'après le résultat des élections, il est digne de remarque que, dans le Haut-Canada, le jeu de bascule‘qui s’y joue depuis plus de vingt-cinq ans, est encore dans toute sa force, et vient de remporter un nouveau triomphe. En effet, l’on assure que depuis 1820, la fortune, pour chacun des deux partis tory et réformiste a alternativément changé à chaque élection générale. Aujourd’hui la victoire est aux réformistes ; demain elle est à leurs adversaires. En effet, si l’on réfléchit qu’un grand nombre d’élections dans le Haut-Canada ne se sont décidées que par des majorités de 4, 6, 10, 15 ou 20 voix, on peut se rendre facilement compte de ce revirement alternatif de la fortune électorale dans la province supérieure. Lorsque des petites majorités comme celles que je viens de mentionner font continuellement pencher la balance tantôt en faveur de l’un, tantôt en faveur de l’autre des partis, il

est impossible pour un gouvernement de se reposer avec confiance

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sur la force que peuvent donner ces petites majorités, Nous en avons la preuve dans les quatre dernières élections générales du Haut-Canada. En 1836 les réformistes ont une grande majorité. Une élection a lieu sous sir Francis Bond Head, qui est aceusé d'y prendre une part très active; les cartes changent, et une grande majorité est acquise aux torys. En 1841, la baguette magique de lord Sydenham fait de nouveau tourner la fortune : les réformistes regagnent une grande majorité; et leurs adversaires sont réduits à une bien petite minorité, En 1844, les deux partis sont de nouveau appelés à mesurer leurs forces électorales ; Sir Charles Metcalfe, comme ses prédécesseurs, est accusé de prendre part à la lutte contre le parti réformiste; celui-ci est vaincu, et l’autre triomphe. Ce mouvement de bascule se répète avec tant de régularité que les réformistes comptent déjà avec confiance sur la victoire à la prochaine élection générale, et que les torys ont déjà, dit-on, la conscience de leur défaite. Ces deux partis trouvent sans doute quelque consolation dans ce jeu alternatif de la fortune, puisqu'il fait naître pour l’un comme pour l’autre les mêmes espérances et les mêmes craintes. Mais, loin d’être une cause de force pour le gouvernement qui est obligé d'appeler à son aide l’un de ces partis, il me semble être au contraire une cause commune de faiblesse et d’embarras, En effet, comment un gouvernement peut-il adopter un plan uniforme de mesures administratives et législatives, avec quelque chance de permanence ou de durée, lorsque d’un moment à l’autre ce même gouvernement est exposé à subir le contre-coup de ce jeu de bascule électorale ? Malgré lui, il est obligé d’en supporter les conséquences. Dans le dernier parlement, les réformistes comptaient à peu près 29, et leurs adversaires 13. Aujourd’hui les cartes sont changées dans la même proportion : les torys nombrent 29, et les réformistes 13. Si encore ces effets capricieux de la fortune ne devaient affecter que le Haut-Canada, le mal serait moins grand. Mais il faudra toujours que le Bas-Canada soit plus ou moins lui-même ballotté dans ce mouvement qu’impriment les luttes

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électorales du Haut-Canada, Ce n’était pas assez pour lui de voir sa représentation morcelée, sa langue proscrite, avec en outre l'obligation de payer une dette qu’il n’a pas contractée ; il faut encore qu'il devienne plus ou moins le jouet de la haïne, des passions et des luttes des partis dans l’autre section de la province, Croit-on puiser, dans ces éléments éternels de discorde et de malaise politique, de grandes chances de durée pour l'union des provinces ? Je laisse à vos lecteurs le soin de faire leurs commentaires sur cette question.

“ Les élections du Haut- Canada peuvent et doivent encore être appréciées sous un autre point de vue. Aux hustings, il devait y avoir des candidats de trois nuances différentes. Outre la couleur des réformistes et des torys, il devait y avoir celle des modérés, parti neutre que le gouverneur voulait tirer des rangs des deux autres, et sur le succès duquel il voulait se reposer. Ce dernier parti, à proprement parler, était celui du gouverneur. C’est pour tirer ce parti du néant, et lui donner l'existence, que l'on a vu un ministre de la religion se lancer en gladiateur, dans larène politique ! Et pour ruvoir fait, il a été récompensé par l'administration actuelle! Si ceux qui s'occupent à écrire sur la morale publique, en vue de la pratiquer, veulent bien apprécier ces deux faits, non pas seulement dans leur portée du moment, mais dans celle qu’ils doivent avoir par la suite, ils y trouveront ce qu'il faut pour donner un libre cours à leurs pensées. Eh bien, ce nouveau parti a été créé; et quoique bien plus faible en nombre que les deux autres, il a néanmoins remporté la victoire, en se sacrifiant lui-même, à sa naissance, sur l’autel de la patrie, Quel dévouement ! T1 fallait avant tout vaincre le parti des réformistes, qui avait la majorité dans le dernier parlement. La petite armée qu'a fait surgir le ministre de la religion, en arri-

vant sur le champ de bataille, voit ce parti déjà aux prises avec

un autre ennemi qui combat avec des forces qui rendent la vic-

toire incertaine ; elle se jette dans la mêlée, meurt elle-même

avant la fin du combat ; mais elle meurt en se couvrant de gloire,

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puisque désormais la victoire est acquise aux ennemis de l’armée réformiste. Le nouveau Léonidas seul survit pour raconter et chanter les hauts faits de ses braves Spartiates,

“ Les réformistes vaincus, qui a droit de crier victoire ? Ce n’est certainement pas le parti de ces modérés, qui à peine compte un membre sur les 42 élus-pour le Haut. Canada, Le parti tory seul a droit de crier victoire, puisqu'il compte 29 membres. Mais cette victoire est-elle acquise à l’administration ? Il est permis d’en douter. Le parti tory n’a pas combattu pour elle; mais c’est elle qui a combattu pour lui, en lui envoyant des forces, faibles sans doute, mais suffisantes, pour l’aider à vaincre les réformistes, Le parti tory recueillera les fruits de la victoire; et il y a cent à parier contre un qu’il faudra beaucoup d'adresse, de résignation, et peut-être même de stipulations, pour l’engager à faire participer à ces fruits l'administration du jour. Nous verrons.

“ Les réformistes auront beau crier à la corruption, à la trahison, à l'intervention du gouverneur général, à son appel aux passions des orangistes ! Tout cela peut être plus ou moins vrai; il n’en est pas moins constant que la même majorité qu’ils avaient dans la dernière chambre d’assemblée est aujourd’hui acquise à leurs adversaires, qui, si nous en jugeons par le passé, sauront en profiter avec avantage,

“ Ce fait constaté, reportons-nous maintenant dans le Bas- Canada. Le résultat de ses élections a été bien différent ; le parti libéral s’est accru en nombre, comparé à ce qu'il était dans la chambre d’assemblée sous lord Sydenham. 11 compte 29 membres plus unis même par leurs principes, leurs vues et leurs opinions, que le parti dit tory du Haut-Canada, qui, composé de matériaux hétérogènes, devra nécessairement se fractionner sur un grand nombre de questions. Le résultat de ces élections, au point de ve moral et politique, a acquis une nouvelle force par le fait de la défaite de M. Denis Viger dans deux comtés populeux, et par

celui de l’élection, à l'unanimité, de MM. Lafontaine, Aylwin et

Morin, trois des ex-ministres, Le pays a ainsi déclaré qu'il repoussait avec indignation l'accusation de parjure et de déloyauté journellement lancée contre eux, et par contre-coup contre la majorité de la dernière Chambre, et leurs compatriotes, M, Viger doit en grande partie attribuer sa défaite, dans deux comtés canadiens, au fait d’avoir lui-même mis au jour l’une de ces deux accusations, et d'avoir, comme conseiller, avisé le gouverneur de porter l’autre, Le pays n'y a pas cru ; M. Viger, il est assez généralement dit, n’y croyait pas lui-même, Ce n’était donc qu’une tactique électorale, Eh bien, cette ‘i *iaue, avec une population morale et hon

nête comme celle des Canadiens-français, a tourné contre ses auteurs ; et l'abandon où les compatriotes de M. Viger l'ont laissé aux dernières élections, lui en fournit une preuve bien amère,

“ Voilà donc le résultat de cet appel au peuple des deux provinces, résultat qui ne donne et ne peut donner une majorité à aucune combinaison, si ce n’est à une seule, celle adoptée par sir Chs Bagot, de former une administration qui représente la majorité respective des deux provinces. De même qu’il est injuste de gouverner le Haut-Canada avec une majorité du Bas-Canada ; de même il est injuste de gouverner le Bas-Canada avec une majorité du Haut-Canada. D'un autre côté, les partis changent à chaque élection dans le Haut-Canada. Qu'un nouveau gouverneur arrive demain, et jette dans la balance son influence et sa sympathie en faveur du parti de la minorité, ce parti redeviendra majorité. Ce sera toujours un mouvement continuel de bascule; mouvement qui, en se reproduisant sans cesse, fera toujours la faiblesse et l'embarras du gouvernement. Les partis se balançant pour ainsi dire dans le Haut-Canada, celui qui ne sera pas au pouvoir, remuera ciel et terre pour y parvenir, même par l'agitation du

rappel de l’Union, agitation que le parti tory fera, assure-t-on, du moment qu'il cessera d’avoir la majorité en Chambre, ou du moment qu'ayant cette majorité, on ne le fera pas participer à l’adminis- tration, En effet, la fluctuation continuelle des partis politiques du Haut-Canada, doit tendre, ce me semble, dans ses conséquen-

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ces plus ou moins éloignées, à cette agitation du rappel de l’Union. Les Torontoniens et les Québeccois seraient sans doute les premiers à pousser des cris de joie. Quoi qu’il arrive, je termine en disant que l'attachement des Canadiens-français, et le maintien de leur langue, de leurs institutions et de leurs lois forment le rempart le plus fort que le gouvernement puisse ériger sur ce continent contre l’aggression étrangère ; et Québec est un second Gibraltar ; et ses habitants ajouteront peut-être que la pensée d'un Pitt vaut bien celle d’un Sydenham.”

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