AU PEUPLE DU CANADA
“ Le nombre et la grandeur des maux qui afligent notre pays, et la dépression ‘universelle et toujours croissante de ses intérêts
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matériels, font un devoir à ceux qui sont animés d’un désir sincère pour son bien-être, d'aider à la recherche, à la préparation et à l'adoption des remèdes qu’une investigation mûre et délibérée pourra faire découvrir.
“ Appartenant à tous les partis, à toutes les origines et à toutes les croyances, de s'entendre sur les avantages de la coopération pour l’accomplissement d’un devoir commun pour nous et notre pays, provenant d’une nécessité commune, nous avons consenti, en vue d’un avenir plus brillant et plus heureux, à noyer dans l'oubli tous les différends passés de quelque nature qu’ils soient, ou à quelque cause qu’ils soient attribuables. En faisant appel à nos co-sujets colons, pour qu’ils s'unissent à nous dans ce devoir très impérieux, nous les conjurons solennellement, vu qu'ils désirent une bonne fin et le bien-être de leur pays, d'entreprendre cette tâche, dans cette crise importante, avec le même esprit de fraternité,
“ Le renversement de l’ancienne politique de la Grande-Bretagne, par lequel elle a retiré aux colonies la protection accoutumée sur ses marchés, a produit les effets les plus désastreux en Canada. En jetant un regard sur la condition actuelle du pays, qu’y voit-on si ce n’est des ruines ou une décadence rapide! Le gouvernement provincial et les corporations civiques embarrassés ; nos institutions banquières et autres sécurités grandement dépréciées ; nos intérêts mercantiles et agricoles également peu prospères; les biens-fonds à peine vendables à des termes quelconques; nos fleuves sans rivaux, lacs et canaux presque inutiles ; pendant que le commerce abandonne nos rivages, les capitaux amassés sous un système plus favorable sont dissipés, sans autre pour les remplacer. Ainsi, sans capitaux assurés, incapables d’effectuer dans les Etats étrangers ou dans la mère-patrie, même en offrant des sécurités grandement supérieures à celles avec lesquelles on obtient de suite de l'argent tant aux Etats-Unis que dans la Grande-Bretagne, quand ce ne sont pas des colons qui demandent ; par conséquent, entravée et arrêtée complètement dans la carrière
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des entreprises privées et publiques, cette possession de la Couronne britannique,— notre patrie, — est placée aux yeux du monde entier dans un contraste humiliant avec ses plus proclies voisins, montrant tous les symptômes d’une nation qui marche à grands pas vers sa décadence,
# Avec une surabondance de pouvoirs d’eau et de travailleurs à bon marché, particulièrement dans le Bas-Canada, nous n'avons pas encore de manufactures indigènes ; les plus confiants mêmes si les circonstances ne sont pas changées, ‘ne peuvent anticiper
que, sans productions indigènes ou sans avances de quelques
étrangers, nous parviendrons à avoir assez de capitaux ou assez d'esprit d'entreprise pour entrer dans cette grande source de richesses nationales, Nos institutions malheureusement n’ont pas ce cachet de permanence qui peut seul donner des sécurités et inspirer de la confiance, et le marché canadien est trop limité pour tenter les capitalistes étrangers.
Tandis que les Etats adjacents sont couverts d’un réseau de raïlroads prospères, le Canada ne possède que trois lignes, qui, toutes ensemble, excèdent à peine 50 miles de longueur et le fonds, dans deux de ces lignes, est tombé dans une dépression de 50 à 60 pour cent, fatal symptôme de la torpeur qui se répand sur cette terre.
“ Notre forme actuelle de gouvernement est incommode et si dispendieuse qu’elle n’est pas propre aux circonstances du pays ; et le recours nécessaire qu’elle exige à un gouvernement éloigné, imparfaitement instruit des affaires du Canada et quelque peu indifférent à nos intérêts, est anormal et pénible. Cependant, dans l'événement d’une rupture entre deux des plus puissantes pations du monde, le Canada deviendrait le champ de bataille et
en supporterait la souffrance, quelque étranger à ses intérêts que pt être le sujet de la querelle ou le commencement du différend.
“ Les animosités envenimées des partis politiques et des factions :n Canada, conduisant souvent à la violence, et parfois à la guerre gris, semblent n'avoir pas diminué avec le temps; et
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il n’y a pas dans ce moment apparence de diminution ou d’accomodation, L’aspect des partis devient de jour en jour plus menaçant l’un contre l’autre, et, sous nos institutions actuelles et avec nos relations, il y a peu d'espoir d’une administration paisible et prospère de nos affaires ; mais les difficultés paraissent devoir s’accumuler à un point que le gouvernement deviendra impossible, A ce point de vue de notre position, toute démarche qui promettra d'effacer les distinctions de parti qui existent, et de placer devant le peuple une existence entièrement nouvelle, devra être acceptée
avec des avantages certains.
“ Parmi les hommes d’Etat de la mère-patrie,— parmi les observateurs clairvoyants de la république voisine, — en Canada et dans toute l'Amérique du Nord,— parmi toutes les classes, il existe une forte conviction qu’une révolution politique est sur le point de se faire dans ce pays. De tels pressentiments ne doivent pas être rejetés de suite, et ils ont de plus une tendance à réaliser les événements sur lesquels ils se portent. En même temps, le Canada éprouve un dommage considérable par l'effet de cette anticipation sur la classe la plus importante d'habitants, qui préfèrent naturellement un pays sous une forme de gouvernement fixe et permanente à un état transitoire,
“ Ayant ainsi parlé de quelques-unes des causes de nos maux actuels, nous considèrerons jusqu’à quel point les remèdes ordinairement proposés possèdent des motifs sains et raisonnables pour jusüifier leur adoption.
“1, — Le rappel de la protection sur les marchés du royaumeuni. Si cela peut s’obtenir à un degré suffisant et être garanti pour une longue période de temps, on obtiendra une amélioration dans la condition de plusieurs de nos plus grands intérêts, mais la politique de l’empire défend l’anticipation. Outre cela, ce ne serait qu’un remède partiel. Les millions de la mère-patrie demandent de la nourriture à bon marché; et un second changement de la protection au free trade complèterait cette ruine que le premier a commencé,
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#2, — La protection des manufactures indigènes. Bien que cela puisse encourager l'accroissement des intérêts manufacturiers du Canada, cependant, sans accès aux marchés des Etats-Unis, ces intérêts ne s’étendraient pas suffisamment, à cause du manque de consommateurs, pour opérer un résultat qu’on pourrait admettre comme remède pour les maux nombreux dont nous nous plaignons.
#8. — Une union fédérale des provinces britanniques d’Amérique. Les avantages réclamés pour cet arrangement sont le free trade entre les provinces et une diminution des dépenses gouvernementales. L’obtention du dernier objet serait très problématique, et les avantages anticipés du premier peuvent être assurés par une législation sous notre système actuel.
“ Les marchés des provinces sœurs n’amélioreraient pas noter commerce de bois, car elles ont un surplus de cet article dans leurs propres forêts; et leur demande de produits agricoles serait trop limitée pour absorber nos moyens d'exportation. Le Canada ne peut pas non plus attendre de l’encouragement, pour son industrie manufacturière, de ces colonies. Une union fédérale par conséquent ne serait pas un remède.
« 4, — L'indépendance des colonies britanniques de lAmérique du Nord, comme république fédérale. La consolidation de ces nouvelles institutions avec des éléments jusqu'ici si discordents, — la formation des traités avec les puissances étrangères, — l'acquisition d’un nom et d’un caractère parmi les nations, — ce serait, nous le craignons, un grand écueil pour la force de la nouvelle république. Et, ayant en regard la puissante confédération des Etats qui l’avoisinent, les défenses militaires nécessaires
seraient trop dispendieuses pour rendre l'indépendance un bienfait, tandis qu’elle ne ferait pas, plus qu’une union fédérale, disparaître les obstacles qui retardent notre prospérité matérielle,
4 5, — Commerce libre réciproque avec les Etats-Unis, en ce qui regarde les produits des forêts, des terres et des mines. Si cela est obtenu, ce ne serait qu’un placement des nombreux avan-
tages qu’on pourrait obtenir autrement. L'échange libre de tels produits n’introduirait pas de manufactures dans notre pays. Cela ne nous donnera pas tout le continent de l'Amérique du Nord pour marché, Il n’améliorerait pas assez nos institutions pour conférer la stabilité ou pour assurer la confiance dans leur permanence ; cela ne détruirait pas non plus la violence des partis, ou ne porterait pas le moindre remède à nos plus grands maux.
« 6, — De tous les remèdes qui ont été suggérés pour les maux, bien connus et insupportables qui affligent notre pays, il n’en reste plus qu'un à considérer. Il propose un changement radical et important dans notre condition politique et sociale, renfermant des considérations politiques qui demandent notre plus sérieux examen. CE REMÈDE CONSISTE EN UNE SÉPARATION AMICALE ET PAISIBLE DE LA CONNEXION BRITANNIQUE, ET UNE UNION SOUS DES TERMES ÉQUITABLES AVEC LA GRANDE CONFÉDÉRATION NORD-AMÉRICAINE DES ETATS SOUVERAINS,
“ Nous promettrions qu'envers la Grande-Bretagne nous n’avons que des sentiments de bienveillance et de respect. Sans son consentement nous ne regardons pas la séparation comme possible et comme désirable. Mais la politique coloniale de la mère-patrie, les aveux de ses premiers hommes d'Etat, les sentiments publics de l’Empire, sont un indice certain et significatif du prix que l’on attache à la connexion coloniale. Il n’est plus problématique que l'Angleterre n’ait résolu de nous investir des attributs, et de nous forcer de subir les fardeaux de l’indépendance.
“ La retraite menacée de ses troupes des autres colonies, —la continuation de sa protection militaire pour nous sous la seule condition que nous défrayerons les dépenses qui en sont la conséquence, contre lesquelles ce serait faiblesse chez nous de ne pas pourvoir, —une conviction prédominante de: cette nécessité, et un haut sentiment du devoir que nous avons envers notre pays, devoir que nous ne pouvons pas méconnaître ni différer, — nous portent à nourrir l'idée de: la séparation ; et dans toutes les négociations qui peuvent survenir avec la Grande-Bretagne, le Canada
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devra marquer toutes ses démarches au coin d’une libéralité reconnaissante.
“ L'union proposée ferait du Canada un champ pour les capitaux américains, dans lequel ils entreraient aussi facilement pour les travaux publics et les entreprises privées que dans tous les Etats actuels, Elle égaliserait la valeur des biens-fonds des deux côtés des frontières, doublant probablement par là toute la valeur actuelle de la propriété en Canada, tandis que, en donnant de la stabilité à nos institutions, et introduisant la prospérité, elle élèverait notre crédit public général et privé. Elle augmenterait notre commerce tant avec les Etats-Unis qu'avec les pays étrangers, et elle ne diminuerait pas beaucoup nos relations avec la Grande- Bretagne, où la plupart de nos produits entreraient aux mêmes termes qu'aujourd'hui. Elle ferait de nos fleuves et canaux la grande voie de l’émigration vers l'Ouest et de l'exportation de ces quartiers au grand avantage de notre pays. Elle introduirait aussi des manufactures en Canada aussi rapidement qu’elles ont été introduites dans les Etats du nord; et, dans le Bas-Canada spécialement, où les privilèges d’eau et les bras sont abondants et à bon marché, elle attirerait des capitaux manufacturiers, augmentant la valeur de la propriété et des produits agricoles, et donnant un emploi lucratif à ce qui est à présent une population qui ne produit comparativement pas. Et les Etats-Unis ne fourniraient pas seulement que les capitaux : ils nous fourniraient aussi pour elles ie marché le plus étendu du monde, sans l'intervention de l'officier de douane. Des railroads seraient de suite construits par des capitaux américains pour alimenter toutes les grandes lignes qui-approchent actuellement de nos frontières ; et les entreprises de railroads en général seraient sans doute aussi actives et aussi prospères au milieu de nous que chez nos voisins, La v'‘eur de nos produits agricoles serait élevée de suite à l’égal de celle des Etats-Unis, tandis que les instruments d'agriculture et beaucoup de nécessités de la vie, comme le thé, le café et le sucre, seraient grandement réduits de prix,
“ La valeur de notre bois serait aussi beaucoup élevée par le libre accès aux marchés américains, où il reçoit un haut prix, mais il est sujet à un droit onéreux, En même temps, il y a raison de croire que nos constructeurs de vaisseaux, tant à Québec que sur les grands lacs, trouveraient un marché illimité dans tous les ports du continent américain. On ne peut douter que le commerce de mer des Etats-Unis ne s’accroisse grandement. Il est également manifeste que, chez eux, les principaux matériaux pour la construction des vaisseaux diminuent rapidement, tandis que nous possédons de vastes territoires, couverts de bois d’une excellente qualité qui serait également avantageux qu'il l’est aujourd’hui, puisque, sous le système du free trade, nos vaisseaux feraient voile pour l'Angleterre tout aussi bien après l’annexion qu'avant.
“ Un gouvernement d'Etat simple et économique, dans lequel la responsabilité directe au peuple est un fait distinctif, serait substitué à un système à la fois embarrassant-et dispendieux.
“ Au lieu de guerre et d'alarme de guerre avec son voisin, il n’y aurait, que paix et amitié entre ce pays et les Etats-Unis. Des discordes entre les Etats-Unis et leur rivale parmiles nations ne feraient pas du sol du Canada l'arène sanglante de leurs disputes, comme, sous nos relations actuelles, ce serait nécessairement le cas, Que ce soit là la condition peu enviable de notre état de dépendance à la Grande-Bretagne, c’est un fait connu du monde entier, et nous n’avons pas besoin de raisonner pour démontrer combien cet état est peu propre à engager des capitalistes prudents à faire des placements d'argent dans ce pays, ou bien à porter les riches défricheurs à y choisir leurs domaines pour eux et pour leurs enfants.
“ Mais on peut prédire d’autres avantages que ceux qui ont rapport à nos intérêts matériels. L'Union changerait le terrain des conflits politiques entre les races et les partis, détruirait et ferait oublier ces irritations et combats de rancune et de récrimi-
Lation qui ont jusqu’à présent défiguré notre existence. sociale.
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Déjà par anticipation sa douce influence s’est fait ressentir, — Puisse l’avant-coureur donner l'espoir d’un oubli éternel des dissentions dans toutes les classes, entre toutes les croyances et dans tous les partis du pays. En changeant notre état de subordination pour une position indépendante, nous prendrions un rang parmi les nations de la terre, Nous n'avons pas de voix maintenant dans les affaires de l’Empire, et nous ne partageons pas dans les honneurs qu'il confère et les émoluments qu'il distribue, L’; gleterre est notre mère-patrie, nous ne sommes pas sur un pied d'égalité avec elle; nous n'avons que des rapports d'obéissance avec elle. Mais, comme citoyens des Etats-Unis, le service public de la nation nous serait ouvert ; — ce serait un champ de distinction honorable dans lequel nous et notre postérité pourrions entrer à des conditions de parfaite égalité,
“ Au reste, la séparation amicale du Canada d'avec la Grande- Bretagne n'aurait pas des avantages pour nous seulement, Le soulagement qu’apporterait à la mère-patrie la suppression des dépenses immenses de l'occupation militaire du pays, — l’éloignement de beaucoup de causes de collision avec les Etats-Unis, qui sont le résultat de la contiguité de territoires si étendus, — l’avantage de marchés plus étendus que la plus grande prospérité du Canada offrirait, sont des considérations qui, dans l'esprit de plusieurs de ses hommes d'Etat les plus habiles, rendent notre incorporation avec les Etats-Unis grandement désirable,
“ Pour les Etats-Unis aussi, l'annexion du Canada offre beaucoup d’attraits. L’éloignement de leurs bords d’une nation si puissante, par laquelle, en temps de guerre, le commerce immense et toujours croissant des lacs serait mis en danger, —le moyen d’abolir les établissements coûteux mais inefficacees du revenu sur une frontière de plusieurs cents milles, — la grande addition de revenu par nos douanes, — l’usage entièrement libre du St-Laurent, la grande voie naturelle des Etats-Unis de l'Ouest vera
l'océan, sont des objets pour lesquels on ne manquerait pas d'offrir
le meilleur équivalent,