‹ Dix ans chez Alfred de MussetChapitre 17 sur 34 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

M. de Musset et l'au-delà. — Témoignage de M. Arsène Houssaye. — Fragment de François Ier. — M. Ulric Guttinguer.

Dans ses Confessions, M. Arsène Houssaye a beaucoup parlé d'Alfred de Musset. Il rapporta en particulier, dans le Figaro, une dernière conversation qu'il aurait eue avec le poète, et il donne à penser que Musset ne croyait pas à l'au-delà.

Je réclamai immédiatement, et lui demandai de se rétracter, autrement j'étais bien décidée à écrire moi-même au journal.

Il se décida à le (aire, le 25 décembre 1882.

Voici sa lettre :

« Notre ami et collaborateur Arsène Houssaye nous adresse la lettre suivante à propos d'Alfred de Musset :

« Mon cher ami, « Si j'étais arrivé à temps pour voir l'épreuve du Dernier Espoir de Musset, je n'eusse pas manqué de faire entendre que le grand poète niait le lende-

main de la vie pour qu'on lui donnât plus de preuves.

« Naturellement il croyait à Dieu; il était chrétien, comme le sont les poètes ; de par les beautés radieuses des Evangiles; il croyait à son âme immortelle plus encore qu'à son œuvre, mais il aimait les combats de l'esprit, coule que coûte. voilà pourquoi il plaidait le pour et le contre avec la même éloquence. J'ai rapporté notre dernière causerie que j'avais écrite le jour même ; mais je ne pouvais, dans le cadre du journal, imprimer que des mots de marque pris çà et là, or, j'en ai oublié plus d'un dans la volée spiritualiste, rendons à Dieu ce qui est à Dieu.

« Cordialement à vous,

« Arsène Houssaye. »

L'impression de la première page du chapitre écrit la veille dans le Figaro, n'en resta pas moins un regret pour moi.

M. Arsène Houssaye vint me voir; je lui dis la peine que j'avais éprouvée de son article; je le regrettais d'autant plus que c'était moi qui l'avais renseigné sur les derniers jours du poète pour lequel j'avais conservé un culte : c'était ma religion.

Il imprima un peu plus tard, dans le Figaro, et après dans ses Confessions, Souvenirs d'an de nusiècle, parus en icS85, chez Denlu :

« Lu gouvernante de Musset était avec lui par la

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volonlé de sa mère depuis 18J8. Ce fut une amie, tant elle eut la bouté et la patience, ces deux hautes vertus ».

« Il lui a donné des autographes et des dessin* que je voyais encore aujourd'hui, il y a là quelques pages de sa vie, entre autre de curieuses lettres de Mlle Racliel et de la princesse Belgiojoso.

« M:ne Martellet est une bijoutière, qui a de fort belles choses ; mais son véritable écrin renferme ses souvenirs d'Alfred de Musset. »

Plus tard, beaucoup plus tard, M. Arsène Houssaye, m'envoya le mot suivant :

« Madame, « Je vous envoie cet article suria fille de Musset, dites-moi ce que vous en pensez; pour moi, c'est la première nouvelle.

« Je vous envoie en même temps le fragment du François 1er, d'Alfred de Musset, qui nie l'avait remis lui-même, et n'était pas fâche de prouver qu'il avait écrit sur François 1er avant le R"j' s'amuse.

« Mille compliments,

« A. Houssàye »

« Avant ilonné la preuve, il y a lonirLcm >s, de la fausseté de cet article de Scholl, je ne la répéterai pas ici.

En même temps, je revus une carte de M. Arsène Jioussaye sur laquelle je lus ces quelques mots ;

DIX ANS CIIKZ ALFRED DE MUSSET j£

« Chère madame, voiei des vers de Musset ; en ce temps, par modestie, je les ai imprimés sans signature : vous reconnaîtrez sa griffe d'or.

Copiez-les, et retournez-moi cette unique copie.

Voici les vers en question ; ils ont été imprimés dans Y Artiste.

Pour ouïr les airs antiques Dans un délire rustique Je vais t^ut droit devant moi.

Monts, villas, forêts, l'espace, Tout disparaît, tout s'efface, De la terre je suis roi.

Voici Reuil, ce gai village, Sur qui plane au loin l'image Du rouge et blanc cardinal.

Dans I'Kglise, j'imagine Que rit encore Joséphine Sous le marbre sépulcral.

Plus loin Malmaison — l'Asile Des royautés qu'on exile — Se couche au pied du coteau Là, César pendant les veilles, Consul, rêva les Abeilles De l'Impérial Manteau!

Verts bosquets de Louveciennes, Oh ! que de fètès païennes, Sous votre ombrage embaumé!

Lorsque la folle comtesse Guidait les chœurs de l'ivresse Pou:- Cou s, le Bien Aimé.

Sous ces arbres que l'automne, A chaque instant découronuc, Que de baisers échangés!

Combien de nobles Bacchantes Sur leur gorges provocantes Ont effeuillés d'orangers !

Palais mignons et superbes!

Sur le velours de cette herbe, Où plus d'un beau sein roula, Sous ce hêtre, où je m'appuie, Sur ce perron qui s'ennuie, Pourquoi n'ètes-vous pas là?

Poète au charmant sourire.

Vous qui prenez pour écrire Les vifs crayons de Latour!

Vous me conteriez l'histoire Sans beaucoup d'art oratoire, De ces jours dorés d'amours.

Vous me feriez apparaître, Gomme aux nuits du royal maître, Bals, concerts, jeux et festins, Ducs chamarrés de dentelles, Grandes dames point rebelles, Petits abbés libertins.

Chapeau dont la plume ondoie,

Talons rouges, velours, soie,

Tout l'adorable tableau,

Le roman et le poème,

Dont vous seriez bien VOUS m 'me

Le Laclos et le Vatteau '.

Pour rendre à tous ces beaux arbres,

A ces buissons, à ces marbres,

Leurs éclats 'I'' neige et d'or A la royale demeure Oh vous manquez a cette heure!

— Mus à moi! bleu plus encore !

Crayonné sous les arbres de Loaveciennes, 5 oo luhre i85ir

Envoyé au même :

Oui! j'ai vu lover l'aurore!

Les rayons pâles encore, Dansaient sur le haut des toits, Quand sans souci d'Ilippocrate Qui m'avait dit : « Lis Socrate! »

Me voilà courant les bois.

Nous donnons ici deux scènes inconnues d'il a drame étrange, écrit, par M Alfred de Musset, dans sa jeunesse et auquel M. Iloussaye lait allusion dans la lettre citée pins haut.

(François Ier est seul avec son l'ou, et se croit malade de la peste) :

LE ROI

« La peste... un (ils de France! ô mes aïeux bënis!

i/i peste à moi, François!... Monseigneur Saint-Denis!...

Avoir couru les champs, et l'Église et la chasse,

Sans dépister ce chien qui me suit à ma trace!

Avoir vu Rambouillet, Loches, Tours et Paris!...

Je veux aller à Rome à pied, si j'en guéris!

le fol {Il chante.)

Je in1 suis qu'un ignare, N'aj auL jamais porté

^8 LIX AXS CHEZ ALFItED DE MUSSET

En hiver do si marre, Ni de barbe l'été !

Mai -* hier, à la nuit noire.

Quelqu'un parlait de toi , Nul ne sait son histoire Que Bebébulh et moi ; Et qui peut te l'apprendre Peut aussi faire pendre Un- avocat du roi.

LE ROI

— Dieu du Saint Évangile! ô Dieu... j'ai fait pourtant Brûler par Bonneval tout un bourg protestant! Dans un pourpoint de fer, certes, je fus à l'aise ; Maintenant je suis mort... ma cuirasse me pèse. 0 mon cousin Bayar I! — Il mourut tout poudreux, Les reins tout fracassés... Il était bien heureux!

{Délirant) Oh ! parmi les tournois, les écharpes dorées!... Les vieux barons de fer. les femmes adorées!... Oh soleil d'Italie! ô mon beau Milan ais ! Où. trouver, pour mourir, tes champs si je renais? Mourir la dague au poing! mourir le casque en tète. Des éclairs que l'acier croise dans la tempête! En bas d'un palefroi saillir contre un sol dur. Et tomber sur le dos, sous un beau ciel d'azur!... Hardi, mes preux sans peur! ma vaillante nobles* Hardi, mes lansqueneîs dans la mêlée épaisse! Hardi M C'est d'Aiençon sur la colline assis! C'est Ghabanne et ses gens, de poussière noircis! Bien- combattu. Dunojs! Comme il court, comme il vole! Je te fais ouc et pair, Duuojfi 1 sur ma parole! Trlvulce ! — A Marignan, à tant d'autres endroits, Mes féaux serviteurs, on VOUS a vu tous iroisl Marignan laissa-t-il, entre vos cicatric De quoi sur votre cuair écrire vos serve

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Quelle bataille, amis!! EUe dura doux jours!

Un soir vint... puis un autre... on se battait toujours;

Et de faim, ni de soif, nul ne sentait l'envie!

Deux jours !.. . nul ne songea qu'à sa mort ou sa vie;

Et les bataillons noirs se heurtaient dans la nuit,

Et fatigués du bruit n'entendaient plus le bruit;

On se battait. — Quand vint un matin le silence,

Comme, tout étonné, je restais sur ma lance,

La Trémouille arriva, qui me dit : « Ils sont morts ! >»

Etje vis, en efl'et, que l'on comptait les corps.

le fol {Il chante.)

Maître, oyez sur ce point Une âme détrompée Qui porte mieux au poing Un faucon qu'une épée :

J'ai pour armée un chien, Mon pourpoint pour royaume, Pour Dieu, le majordome, Et pour maîtresse, rien.

Or ferais-je grand'chose D'un médecin de rois, Moi qui n'ai pas de rose Pour me piquer les doigts?

Si mon esprit trébuche, Je m'en vais de ce pas, Consulter ma perruche, Qui me parle tout bas.

J'entends aussi le dire De mon rouge écureuil; Car il rit de mon pipe, Et dort dans mon fauteuil.

Si donc Mélancolie Vient chez le potentat, \\ trouve la Folie

Dans son conseil d'État;

Et qu'importe à ma vie,

Marignan ou Payie,

Le flux et le reflux!

Je veux, qu'en chaque année,

Ma marotte est fanée,

A la nouvelle née

Mettre un grelot de plus.

LE ROI

C'est toi. mon pauvre fol, tu ris? Ah! mon mignon, Je meurs.

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