CHAPITRE V
M. de Musset se blesse au doigt. — M. Morel-Lavallé. — M. Véron et Carmosine. — La pendule. — L'acajou d'Alfred de Musset et Arsène Houssaye.
La femme de ménage que nous avions, rue Rumfort, ayant cassé un crachoir de verre, en avait rapproché les morceaux, pour qu'on nes'aperçûtde rien.
M. de Musset, voulant déplacer ce vase, se coupa l'annulaire de la main droite, le doigt saigna beaucoup ; je fis un pansement sommaire et M. de Musset sortit. Tl ne rentra pas le lendemain ni le jour suivant. Inquiète de cette coupure au doigt, ne voyant pas revenir M. de Musset qui m'avait fait demander un mouchoir par un commissionnaire, j'écrivis à M. Desherbiers son oncle. Il me répondit :
« Je crois, ma chère demoiselle, que ce que nous avons de mieux à faire, esl de nous tenir tranquilles. Puisque les personnes qui vous ont envoyé un exprès ne vous ont pus fait dire de venir auprès d'Alfred, c'est que son indisposition, s'il est indisposé, n'est pas dangereuse, car, dans le cas contraire,
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elles ne voudraient pas encourir une responsabilité qui pourrait les mener loin.
« Tranquillisons-nous donc et attendons ; si d'ici à quelques jours Alfred n'est pas rentré, il faudra bien savoir où il est.
« J'aurais désiré que vous eussiez demandé au commissionnaire le numéro de la maison et la rue où demeure cet ami chez lequel il s'est retiré.
« Recevez, ma chère Adèle, l'assurance de mes sentiments.
Desiierbiers. »
« 10 janvier 1851. »
L'événement lui donna raison, car le poète revint de son expédition content et disant qu'une charmante femme lavait enlevé en sortant du théâtre.
L'explication pouvait être vraie, car M. de Musset n'en était pas à ses débuts d'absences non motivées.
Mais à sa rentrée, en lisant les lettres arrivées en son absence, je vis tomber des gouttes de sang sur le marbre de la cheminée.
Je lui dis : « Vous saignez du nez ?
— Non, c'est mon doigt qui saigne ; il faudrait le panser. »
Je me mis en devoir de changer ce doigt qui était en mauvais éiat. Aussitôt débarrassé du linge qui l'entourait, le doigt se mit à saigner très fort et par jet.
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Monsieur, me dit : « L'artère est coupée ; il faut appeler un médecin tout de suite.
J'ouvris la fenêtre, et j'appelai ma sœur qui demeurait en face ; je lui dis daller chercher de suite le docteur Morel et de lui dire que c'était une artère ouverte, qu'il vint vite.
En attendant le docteur, M. de Musset me fît tamponner son bras aux endroits qu'il m'indiqua, pour arrêter 1 hémorragie.
Enfin, le docteur arriva ; on ne put faire ce jour-là qu'un pansement avtfc de l'amadou, en attendant la ligature de l'artère.
Le docteur dit à M. de Musset qu'il était heureux d'être rentré chez lui; il lui aurait sufli tout au plus d'une heure pour perdre tout son sang et pour mourir.
Il fut convenu que l'on ferait la ligature le lendemain, mais jusque là, M. de Musset tiendrait continuellement sa main élevée. Il fallait veiller à ce qu'il ne survienne pas d'hémorragie.
La nuit se passa, mais j'avais veillé sur cette main.
Le chirurgien arriva à dix heures avec deux internes en tabliers blancs.
On approcha le lit de la fenêtre; ces messieurs se disposèrent à s'emparer du pauvre poète, qui me parut très malade, très effrayé de L'opération, surtout des opérateurs.
Il y avait là un grand gaillard à barbe rouge, qui
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ni inspira une telle terreur que je le vis défaillir.
Je priai les hommes de sortir, et m'approchai du atient qui me dit : « Si ces hommes me touchent, 3 suis perdu ».
Je n'en attendis pas davantage Je priai le docteur ie renvoyer ses aides, ajoutant que l'on ne ferait >as l'opération ce jour-là. Il me répondit d'un ton >ù Ton sentait la colère : « Eh bien, donnez-leur
chacun dix francs»; je m'exécutai bien volontiers, :t les hommes partirent.
Je donnai tout de suite un consommé au malade, it je dis au chirurgien que M. de Musset aimait nieux mourir de l'hémorragie que de l'opération pie l'on ne pourrait pas faire.
On cautérisa la plaie, on banda le doigt avec tant le chiffons que la main ressemblait à une tête; le out fut tellement serré, que le lendemain le bras îtait enQé, il y avait môme des ampoules, en haut lu pansement. Le chirurgien m'avait dit en parant que j'encourais une grande responsabilité; ra'il faudrait, pendant quinze jours et au moins mtant de nuits, tenir cette main élevée, la regarder 3ontinuellement, et que si l'hémorragie se produisait, cela arriverait si vite, que ce serait un changement de couleur immédiat, la main et tous les chiffons qui l'enveloppaient deviendraient rouges entièrement, et qu'il faudrait l'avertir le plus vite possible, parce que M. de Musset avait déjà perdu beaucoup de sang.
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Le lendemain, il fallut rappeler le médecin pour l'enflure et les ampoules qui s'étaient produites.
On fit de nouveau les cautérisations, on renouvela le pansement, et, jusqu'au terme fixé par le docteur il ne se produisit que deux hémorragies, elles eurent lieu heureusement dans la journée. On refit chaque fois les cautérisations, et finalement le poète fut guéri. J'avais passé quatorze nuits à regarder cette main. Je dormais dans la journée ; mes deux sœurs venaient alors me remplacer.
Le chirurgien, M. Morel-Lavallé, me dit que je l'avais empêché de faire une opération, dont les journaux auraient parlé et que sa réputation comme chirurgien en aurait profité.
« J'ai cela contre vous », ajouta-t-il.
Oui, mais M. de Musset était content de la tournure qu'avait prise celte fâcheuse équipée.
M. Morel-Lavallé était un homme de l'âge de M- de Musset, il venait souvent à la maison, il dînait et restait le soir; ces messieurs jouaient aux dominos.
Ils parlaient littérature. M. Morel écrivait des articles scientifiques relatifs à son métier.
En jouant le soir, M. Morel disait à son partenaire : « A vous de jouer le Parnasse] — Le Parnasse a perdu, voyons la revanche. »
M. de Musset se plaisait avec son docteur qui ne lui ordonnait jamais rien.
Les soirées se passaient ainsi très agréablement.
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À quelque temps de là il survint à M. de Musset, sur l'œil gauche, une petite tumeur de la grosseur d'une lentille; ee n'était pas douloureux, mais elle augmentait tous les jours et envahissait la paupière; cela devenait gênant.
Le docteur riait et disait : « Cette fois, vous n'échapperez pas à l'opération ».
« Je vais voir un malade en province; en rentrant j'enlèverai cette loupe. »
Le docteur alla à ses affaires et quand il revint il n'y avait plus de tumeur.
Je l'avais fait partir en la maniant, la frottant plusieurs fois par jour avec de la pommade camphrée. « Enfoncée l'opération, bien joué le Parnasse ! »
« — Mais, M110 Colin, voilà le deuxième tour que vous me jouez. Si jamais vous êtes malade, vous aurez affaire à moi
Je lui dis : « Non, je n'aurai pas affaire à vous, je ne serai pas malade ; et je le serais, que je ne vous en dirais rien. »
En causant, M. Morel disait à M. de Musset qu'il s'endormait tous les jours à volonté, avec un peu de chloroforme sur son mouchoir.
M. de Musset, pour qui le sommeil était si difficile, question très grave de son existence, demanda qu'il lui fut donné du chloroforme pour s'en servir, afin de dormir aisément.
On en apporta dans un flacon. Monsieur me dit :
« Vous avez peur ; le voilà, serrez-le ». Quand je Feus dans les mains, je le rendis inofïensif. Ce fut d'ailleurs une peine inutile, M. de Musset ne me le demanda jamais.
En ce temps-là, M. de Musset allait souvent au Cirque d'Eté. Là il rencontrait le général Descarières, un général de cavalerie, qui s'occupait de la remonte. Le travail des chevaux l'intéressait. M. de Musset aimait à entendre les remarques qu'il Taisait. C'était un homme aimable, oncle de M. Tattet.
Il vit là aussi le docteur Véron, directeur du journal Le ConstitutioncJ. Ils parlèrent littérature. M. Véron demanda à M. de Musset d'écrire quelque chose pour son journal. Il lui dit : « Si vous faites une comédie, je paierai mille francs l'acte ; eût-elle cinq actes, je paierai cinq mille francs pour l'imprimer en feuilletons.
M. de Musset dit qu'il avait un projet de comédie. Il viendrait, quand elle serait finie, la soumettre à son jugement.
M. de Musset n'avait rien écrit depuis son mal de la main droite ; c'est moi qui dus écrire la pièce sous sa dictée.
Une fois commencée, cela marcha assez vite ; il y eut trois actes écrits sans désemparer.
M. Véron s'informait du moment où l'on pourrait en entendre la lecture.
Monsieur iixa un jour
J'étais, pour mon compte, préoccupée de cette lecture ; il me semblait que cette pièce m'intéressait davantage que les autres parce que je l'avais écrite; je la savais par cœur, je me rappelais certains passages de cette pièce qui m'avaient émue. Je me disais : « Si on comprend comme nous, tout ira bien » .
J'attendais le retour de Monsieur avec anxiété
M. de Musset arriva tout content, il était rayonnant de joie.
Il me cita certains passages qui nous avaient frappés.
« M. Véron, quand je me suis arrêté là, m'a regardé et m'a dit : « C'est beau » !
« Gela vous plaît? lui ai-je dit. Il m'a montré une larme sur sa joue. . . »
Musset , montra encore en cette circonstance combien il était modeste et désintéressé.
« La pièce ayant trois actes, M. Véron voulait me donner cinq mille francs. Je n'ai pas voulu, c'était trop ; enfin, il m'a forcé à accepter quatre mille francs; les voici. Pendant nos discussions, M. Véron, m'a dit : « C'est vous qui serez dupe ; « avec votre permission, je comptegarder lemanus- « crit... ». J'y pense... c'est ton écriture, je n'ai pas écrit un traître mot, dans cette pièce, que va penser Véron, il faut que je l'avertisse.
— N'en faites rien, lui dis-je, mon écriture ressemble à la vôtre ; quand la pièce sera copiée, on
l'enverra à l'imprimerie, on serrera précieusement le manuscrit. Quand on l'examinera, on trouvera les fautes d'orthographe, on sera fixé ; on verra qu'il n'a pas été écrit par vous ».
Quand M. Véron imprima Carmosine, en feuilletons, dans le Constitutionnel , M. de Musset était malade et ne put corriger les épreuves ; c'est M. Véron qui se chargea de cette besogne.
il y eut, malheureusement, une faute de ponctuation dans les vers ; cela mit l'auteur au désespoir, je ne savais plus quoi faire pour l'amener à être plus calme et à raisonner tranquillement.
Je lui conseillai décrire à M. Véron en disant que je lui porterais la lettre tout de suite.
a Vous lui ferez vos observations, vous lui direz votre désespoir : il comprendra. >>
On s'arrêta à cela, M. de Musset se mit à écrire, ce fut un peu long, la lettre fut finie assez tard.
Monsieur me la lut; il me demanda si l'on comprenait bien ce- qu'il voulait dire, me faisant expliquer comment j'entendais, d'après sa lettre, où se trouvait la faute, et ce qu'il voulait que l'on réparât.
Après toutes ces explications et recommandations fa i 1rs, il était tard.
Je proposai de porter ma le! ire Le lendemain matin.
M. de Musset convint avec moi qu'il ne fallait pas aller relancer M. Véron h une heure au
icée. 11 se calma, la lettre était là. très compréhensil :■ M. Véron.
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M. de Musset fatigué dormit bien, la nuit porta conseil, le lendemain matin il relut la lettre, et finalement ne l'envoya pas.
Je dis à M. de Musset qu'il ferait bien de me la donner, et que cela me servirait pour apprendre la ponctuation.
Cette lettre m'est restée ; il en est question dans le volume de la grande édition Charpentier Posthume.
J'ai dû la vendre quand j'ai eu perdu ma petite fortune dans le Panama.
Voici la lettre :
« Mon cher Véron, « Je viens d'être malade et je le suis encore, ce qui m'a empêché d'aller vous voir. J'ai lu Carmosine, et j'ai été parfaitement content de la manière dont la pièce a été coupée et imprimée. Ce soir seulement, j'y trouve une seule faute, et le malheur veut qu'elle soit dans les vers. C'est à cette strophe : « Depuis le jour où, etc. ». 11 y a :
Fût-ce un instant, je n'ai pas eu le cœur De lui montrer ma craintive pensée, Dont je me sens à tel point oppressée, Mourant ainsi, que la mort me fait peur.
« Il est bien clair que ces deux mots : mourant ainsi, sont une parenthèse, et que lp sens doit se suivi" ainsi : à tel point oppressée que la mort, etc.
« Mourant ainsi, est bien évidemment pour : en mourant ainsi, — chose fort ordinaire et permise en vers. Or, an lien de cela, je trouve imprimé :
Dont je me sens à tel point oppressée.
avec un point ; et puis :
Mourant ainsi, que la mort me fait peur !
avec un point d'exclamation.
« Non seulement cela change les deux vers ; mais, en arrêtant le sens après à tel point oppressée, cela fait une faute de français, car, on ne dit pas : à tel point, sans ajouter que.
« Je ne saurais vous dire combien cela me désespère. Je ne voulais pas vous en parler, attendu que j'aurais l'air bien mal venu d'avoir le courage de me plaindre, après le soin que vous avez bien voulu prendre.
« Si une faute se trouvait partout ailleurs, je ne dirais certes pas un mot; mais, que cela tombe sur ces vers, quand tout le reste est ii merveille, voilà ce qui me fait une peine affreuse.
« Y a-t-il un moyen quelconque de revenir sur cette faute, soit par un erratum, soit en réimprimant les vers a part ?
« Soyez assez bon pour nu* répondre un mot. je vous en supplie. J'ai dans ce moment la tète d'un malade. J'espère, en tout cas, que vous ne m'en voudrez pas d'un vrai désespoir dont L'expression
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est involontaire. J'espère surtout que vous ne rue croyez pas trop peu reconnaissant de la peine que vous avez prise. »
M. Paul de Musset, parlant de la pièce Carmosine, dans la Biographie de son frère, a dit :
« Cette comédie est assurément un des plus beaux ouvrages d'Alfred de Musset, le plus profond et le plus touchant, à mon gré.
« En lisant les termes dont Carmosine se sert, pour faire au bouffon Minuccio la confidence de son amour sans espoir, je crois avoir sous les yeux une scène tracée par la main de Goethe ou celle de Shakespeare.
« Mais laissons à d'autres le soin d'apprécier cette œuvre poétique. »
M. de Musset marchait peu, ne prenait jamais d'omnibus; quand il voyait ces sortes de véhicules, il disait : « Ce sont les voitures de mon frère ». Il prenait un fiacre, cette voiture numérotée qui ne coûte que la course ; on n'a pas besoin de s'occuper ni du cheval, ni du cocher.
Il était toujours élégant et correct. Il ne connaissait pas ce qu'on appelle l'ordre, l'économie, ni la valeur de l'argent. Cependant M. de Musset n'acheta jamais rien définitivement sans mon avis.
Quand il eut de l'argent, il songea à acheter une pendule. M. de Musset en trouva une chez un marchand de meubles»
En rentrant, il me dit : « J'ai acheté une garniture de cheminée, il faut aller la voir ». ^l'indiquant l'endroit, il me dit : « Elle est de cinq cents francs; si vous la trouvez convenable, vous la payerez et la ferez apporter ».
Je vis la pièce, c'était un bloc de marbre vert, surmonté d'une femme en bronze, une Renommée, couronnée de six petits flambeaux, avec candélabres assortis, le tout style Empire.
Arrivée chez le marchand, j'examinai plusieurs choses, je demandai le prix d'une petite table à ouvrage, et ensuite celui d'une garniture de cheminée, qui était bien celle en question, on me dit : « La table trente-cinq francs, et la pendule cinq cents francs.
J'offris quatre cents francs de la table et de la garni h ire de cheminée.
— a Vous allez m'apporter ça tout de suite, je vous paye comptant, c'est une affaire faite, si vous voulez. »
On fit quelques objections naturellement, et on me demanda mon adresse : je reçus les objets, je payai, et tout le monde fut content excepté M. de Musset, qui était fâché de ce que j'avais eu tout cela pour quatre cents francs : « j'avais marchandé ces braves gens ». disait-il; il n'aimai! pas ces choses-là, ça lui gâtait sa belle pendule et L'empêchait de L'admirer. 11 n'aurait pas voulu qu'on Le reconnût pour avoir été le premier chez le marchand.
A cette pendule, je voulus accrocher le balancier, la remonter, la mettre en marche et savoir le son du timbre.
M. de Musset me dit : « Malheureuse, ne touchez jamais à cette pendule, il faut un horloger : faites-en venir un ! ».
Aussitôt que Monsieur fut parti pour ses affaires, je fis marcher la pendule, et pendant huit ans M. de Musset n'eut pas d'autre horloger que moi, mais il n'en sut jamais rien.
M. Arsène Houssaye dit dans ses Confessions : « Musset fut toute sa vie dans du simple acajou ».
Arsène Houssaye se trompe.
Non, M. de Musset ne fut pas toute sa vie dans du simple acajou.
Nous eûmes l'acajou après que M. de Musset eût reçu quatre mille francs pour la Carmosine, imprimée en feuilletons dans le Constitutionnel.
On acheta alors un très beau bureau en acajou, des fauteuils, des tables, une armoire à glace, etc. C'est alors qu'on eut de l'acajou, un meuble de chambre à coucher en perse, dont Monsieur avait choisi le dessin. Il admirait tout cela et se trouvait riche et heureux. Il admira longtemps son intérieur. Il se trouvait bien chez lui. Jamais il n'ambitionna de choses plus élégantes.