VIII AVANT-PROPOS
et ceux de nos artistes parvenus à la maturité du g-énie, tels MM. Rodin et Besnard, Jacques Blanche et Bartholomé, Raffaëlli et Bourdelle, Rocheg'rosse et Landowski, Monet, d'autres^ cette exposition comparative montrerait, à mon avis, que ce xx^ siècle débute parmi la plus belle efflorescence d'esprits plasticiens. A tout prendre, si cet opuscule paraît saugrenu, ne se trouve-t-il pas excusé d'avance par la maxime : « C'est devant un tableau que l'on dit le plus de bêtises. »
li'flpt et la flation
Pour tant de paroles éloquentes (i) et venues des bouches les plus illustres en faveur d'un humble ouvrier assidu seulement à Tœuvre commune, je ne saurais, comme il convient, manifester ma gratitude extrême, si je ne transmettais ces approbations à l'ensemble de la pensée française qui demeure l'être unique et véritable parlant, depuis quinze siècles, par les lèvres de nos aïeux et par les vôtres, créant par leurs mains et par les vôtres.
Je suis sûr de rendre leur signification à vos discours si je vous remercie au nom des idées que les élites civilisatrices, jadis, engendrèrent sur les bords
(i) Ce discours fut prononcé en remerciement aux toasts portés par MM. Aug-uste Rodin, Albert Besnard, CamiHe Mauclair, Binet-Valmer, Gampanchi, Jean Soudan, lors d'un banquet offert à M. Paul Adam, le ii décembre 1906.
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de la Méditerranée et qu'elles fixèrent par le moyen des arts, en construisant les villes, en les parant de statues et de fresques, en nourrissant leurs échos avec les rythmes de leurs poètes, avec le verbe de leurs orateurs, avec les récits de leurs annalistes.
Souffrez, Messieurs, qu'un pieux admirateur de cette pensée helléno-latine, éducatrice des barbares septentrionaux et des barbares orientaux accourus avidement, un jour, vers les palais de marbre et les tièdes orangers de Tusculum, souffrez que ce pieux admirateur recueille vos phrases bienveillantes pour en faire, ici, la dédicace aux idées mères de son effort trop imparfait.
C'est, il me semble, la seule manière de paraître à la fois modeste et respectueux devant la générosité de votre indulgence.
L'œuvre commune, à laquelle vous consacrez vos existences, ce n'est rien moins que la France ellemême. En effets si nous admettons le témoignage des meilleurs historiens étrangers, elle prit conscience de son être à Theure où les corporations du Nord s'armèrent autour de Philippe Auguste pour repousser, dans les champs de Bouvines, Finvasion d'Othon IV. Depuis l'effacement des municipalités gallo-romaines sous la suprématie du vainqueur mérovingien, il ne
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subsistait que des intérêts féodaux ou bien ecclésiastiques. A partir du jour où les communes s'unirent pour sauvegarder le bien des villes contre la cupidité des conquérants germains, la vie d'un peuple créateur se révéla tout entière.
Chacune de ces corporations voulut défendre son métier, ses privilèges. Brodeurs et orfèvres, architectes et ferronniers, tous ceux qui collaboraient à la splendeur de Thomme et de la ville, tous ceux qui, déjà, cherchaient une esthétique en appariant les laines des tapisseries, en ciselant les hanaps des festins, en peignant les portraits des donateurs pour les églises, en sculptant les effigies des saintes sous le portail, tous ceux qui pourvoyaient à Tentretien de ces artisans, de ces marchands en qui naissait le génie de nos races, tous ceux-là comprirent, soudain, quel trésor infiniment précieux ils portaient dans leurs cerveaux analogues.
Ils se sentirent frères, parce qu'ils s'estimèrent artisans, ce qui est l'autre nom de l'artiste, s'il vise à l'utilité du beau. Ils devinèrent que, de leur cohésion, de leurs rapports et de leurs antagonismes, une force se dégageait quotidiennement, qu'elle grandirait et féconderait un jour l'intelligence du monde.
Ils eurent le besoin de se sacrifier individuellement
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pour assurer Texistence totale de la société laborieuse éclose à Tabri des murailles et des tours protégeant les cités pensives.
Le g-oût de l'art. Messieurs, avait créé la Nation. Donc elle alla, toute retentissante de sa foi nouvelle, au-devant de l'étranger. Sous les corsets de fer, ses cœurs battirent pour espérer le triomphe de ses croyances particulières et fertiles dans les siècles.
Elle accourut à la rescousse lorsque le choc des cavaleries adversaires eut désarçonné son prince, et elle paracheva, en toute vaillance, la victoire qui lui valait la certitude de persévérer dans son désir de beauté.
Presque aussitôt. Messieurs, les communes acquièrent leur vie politique et préparent la liberté.
Moins d'un siècle après Bouvines, Philippe le Bel invitera leur esprit à trancher le différend surgi entre le pape et lui. Ce sont les premiers États généraux. Les derniers rassembleront, dans la salle du Jeu de Paume, les députés du Tiers convaincus par Mirabeau. L'évolution de l'idée ne s'est point arrêtée entre ces deux dates.
En chaque ville la construction des cathédrales a été la cause des esthétiques inventées afin de parfaire la magnificence de ces édifices, véritables maisons du
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peuple, où riait la fête de l'Ane, où pleurait le drame des mystères, où bruyait le carnaval^ où se développait la musique, où les corporations siég'eaient, où les échevins discutaient, où les docteurs enseignaient.
A Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève, la jeunesse, venue du fond de l'Europe, écouta, couchée dans la paille de la rue du Fouarre, la parole des nominalistes et des réalistes. Toutes les races apprennent de nous la philosophie scolastique. Les universités de l'Allemagne sont fondées par ceux qui remportent là-bas les souvenirs des vérités acquises à l'ombre de Saint-Étienne-du-Mont, dans la compagnie de François Villon.
En cet art gothique, et qu'on appellera plus justement français, en cet art communal, la pensée de la Nation se connut. Autour des clochers, les querelles religieuses de la Réforme se succédèrent, obligeant chacun à méditer sur les origines de la foi. Parmi ces ardentes querelles, Etienne de la Boëtie composa son traité du Contre un qui renferme les principes inscrits plus tard dans la Déclaration des Droits de l'Homme ; Montaigne écrivit ses immortels ^'^^a/^, où il associa l'esprit des aïeux grecs et romains au doute spirituel suscité par les arguments huguenots et ligueurs ! « Que sais-je? », dit-il.