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Dix ans d'enseignement historique à la Faculté des lettres de Nancy

A l'imilation des meilleurs écrivains de nos jours, qui ont adopté Tusage de réunir en volumes des essais déjà publiés dans des revues périodiques, j'ai pensé qu'il me serait permis de composer un recueil des discours d'ouverture que j'ai prononcés, depuis dix ans , dans la chaire d'histoire de la Faculté des lettres de Nancy. JN'aurais-jc d'autre motif, en publiant ce livre, que le désir de laisser âmes auditeurs un souvenir durable des heures que nous avons passées ensemble; ne serait-ce, pour eux et pour moi, qu'un moyen de justifier l'emploi de notre temps auprès de ceux qui s'interrogent à ce sujet et qui ne trouvent pas toujours de réponse ; ne voudrais-je que combattre et dissiper les doutes de quelques-uns , en soumettant à l'appréciation de tous, les principaux résultats d'un enseignement qui, à défaut d'autre mérite, a eu celui d'être consciencieux et sincère, que ce seraient déjà, à mon sens, des raisons suffisantes pour réunir ces différents morceaux et en risquer la publication.

Mais à ces motifs s'ajoute encore une considération plus grave, qui est surtout ce qui m'a déterminé à

celte démarche. Nous voyons recommencer sous nos yeux une de ces crises inlellecluelles et morales que suscite de temps en temps l'inquiétude naturelle à l'esprit humain , jointe à la fermentation intérieure des âmes, et dont le dénouement, qui réagit toujours dans l'ordre politique et social , ne peut pas ne pas être longtemps à l'avance l'ohjet des préoccupations les plus vives. Depuis plusieurs années, il y a une reprise d'hostilité contre le christianisme et contre les doctrines spiritualistcs qui partagent ordinairement sa fortune. Toutes les vérités religieuses et philosophiques que la première moitié de ce siècle paraissait avoir ralTermies et placées hors d'atteinte, sont de nouveau contestées et battues en brèche. On remet en crédit l'idée Irès-fausse et très-funeste que la religion et la science sont opposées l'une à l'autre, et qu'elles sont de leur nature condamnées à un irréconciable antagonisme. Or, comme je suis convaincu qu'il n'y a de vérité et de salut que dans l'alliance de la foi et de la raison , que TefTort de ceux qui les divisent ne peut aboutir qu'à les ruiner infailliblement toutes deux , et comme la thèse de l'union de la science et de la religion fait le fond de tous mes discours et a été l'àme de tout mon enseignement, il m'a semblé qu'il était de mon devoir, dans la crise présente, de défendre auprès de tous, en publiant ce livre, la cause que je soutiens depuis dix ans devant le public de la Faculté des lettres de Nancy.

Ce n'est pas que je me fasse illusion sur la valeur de chacun des morceaux qui composent ce recueil, et sur rimportance du secours que j'apporte à la cause qui m'est chère. Je sais trop combien tous ces discours sont restés, malgré mon désir de bien faire, au-dessous des questions que j'y traite et loin du but que j'y veux atteindre. Mais enfin, si faibles et insuffisants qu'ils soient, pris isolément, j'ai pensé que leur rapprochement leur permettrait de se prêter un mutuel appui, et que, rassemblés en un volume, ils formeraient un ensemble de quelque force, semblables à ces frêles baguettes que l'on peut rompre du doigt et qui résistent à toute la vigueur de la main, quand elles sont réunies en faisceau.

Assurément, je n'ose me flatter d'obtenir l'adhésion de ceux-là même que je combats, et de provoquer des retours qui seraient pour moi les plus désirés de tous les triomphes et l'occasion de la joie la plus douce. Mais au moins ai-je lieu de croire, et c'est cette espérance qui m'a soutenu dans mon enseignement, que j'aurai réussi à trouver accès auprès des esprits encore libres d'opinions contraires, et à leur faire goûter la doctrine développée dans ce recueil à l'occasion des questions historiques successivement traitées dans mes cours. A mes yeux, les événements de l'histoire sont le résultat d'actes humains accomplis par la liberté de l'homme, agissant sous l'impulsion des mobiles intérieurs qui le sollicitent et des puissances (\[i

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