‹ Dix ans d'enseignement historique à la Faculté des lettres de NancyChapitre 2 sur 14 · VIU · texte numérisé non relu

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dehors qui se disputent ses préférences. Le plus grand effort de riiisloire consiste à démêler dans les événements, dont elle nous déroule le tableau, l'action de ces diverses influences, afln de remonter des effets aux causes et de pénétrer le secret des luttes morales où l'homme est ici-bas engagé. Mais, pour atteindre la solution du problème, il ne faut supj)rimer aucun des termes dont il se compose, et toute philosophie de l'histoire qui ne voit rien au-delà de la nature et de Thomme, et qui pose en principe, qu'en dehors des lois de l'une et de la liberté de l'autre, il n'y a rien dont la science doive tenir compte, ne peut aboutir qu'à des conclusions incomplètes et erronées. Voilà pourtant le système qui renaît de nos jours et que s'efforce, en ce moment, de faire prévaloir une école qui s'attache à abolir la notion du surnaturel dans l'esprit humain, et même à en effacer jusqu'à l'idée de Dieu. Pour réagir contre une pareille tentative et conjurer les funestes effets qu'elle entraînerait inévitablement après elle, il faut affirmer avec persévérance la vérité que l'on nie avec acharnement, en replaçant Dieu dans l'histoire, d'où on lient surtout à le bannir, parce qu'elle est le théâtre le plus éclatant de ses manifestations. 11 faut protester sans cesse contre ce préjugé si faux et si funeste d'un antagonisme fondamental et nécessaire entre la raison et la foi, et contre la pratique d'un séparatisme intellectuel, qui ne peut avoir |)our effet que de discré-

— I\ — diler la religion , sans profiler à la science , el qui n'est qu'une maladresse chez ceux pour qui il n'est pas une lactique et un stratagème.

Pour moi, j'ai tenu à me garder de ces erreurs de doctrine et de méthode, et à les combattre par un enseignement qui en fut comme la contradiction continuelle. Ma philosophie de l'iiisloire, je l'ai empruntée au christianisme, parce que le christianisme possède seul une philosophie de l'histoire qui rende raison des destinées de l'humanité tout entière, parce que ce n'est qu'en lui qu'on voit clairement les rapports réciproques de Dieu, de l'homme et du monde, et que ces trois termes du grand problème sont mis en leur vrai jour et maintenus à la place qui leur convient. Celte supériorité des solutions chrétiennes ressort tellement de leur seul énoncé, que j'aurais pu me contenter de les mettre on lumière par une exposition simplement affirmative et dogmalique. Mais comme Tobjeclion est toujours là qui vient sans cesse vous assaillir et qu'il faut sans cesse repousser, on ne peut avancer dans une telle œuvre qu'à travers la mêlée de discussions continuelles, assujéli à la double lâche de travailler et de combattre à la fois, comme ces fidèles Israélites qui, la truelle d'une main, l'épée de l'autre, reconstruisaient le temple de Jérusalem, au retour de la captivité de Babylone. Vivante image de la situation du chrétien qui défend l'édifice de ses croyances, et dont le souvenir m'a plus d'une fois sou-

tenu au milieu des alternatives de cette vie de travail et de combat, où se trouve engagé tout homme qui prend parti dans les luttes d'ici-bas ! On trouvera donc dans ce livre plus d'une page de polémique contre les adversaires, ou plutôt contre les théories qui entraînent la négation des vérités du christianisme. Mais on reconnaîtra sans peine qu'elles ne m'ont été inspirées que par les nécessités les plus impérieuses de la défense et non par l'amour de la dispute ; et de toutes les pages qui composent ce recueil, celles que j'ai écrites le plus volontiers et que je soumets avec le plus de confiance à l'appréciation de chacun , ce sont celles qui contiennent la partie doctrinale et positive de mon enseignement.

Peu sensible au plaisir de paraître triompher des adversaires que je combats, je ne demande à mes lecteurs que de comparer les théories décevantes qui ont peut-être commencé à les séduire , avec la doctrine dont je me suis efforcé de renouveler la tradition dans ces discours. Ce n'est pas, en effet, dans sa partie critique que consiste la valeur et l'efficacité d'un enseignement ; c'est surtout dans ses affirmations qu'il faut chercher ce qu'il est et ce qu'il vaut. On n'a rien fait tant qu'on s'est borné à montrer l'erreur d'autrui, si l'on n'établit à la place une vérité satisfaisante, qui réponde à toutes les exigences légitimes de l'esprit et du cœur de Thomme. II ne suffit donc pas en histoire, par exemple, de réfuter les systèmes

qui nient Taction divine dans le monde el qui prétendent résoudre , par le pur naturalisme , le problème des destinées de l'homme et du genre humain tout entier. Il faut encore monter soi-même dans une sphère plus haute et y découvrir, pour les signaler à autrui, et les opposer à ses adversaires, les vérités qui échappent à leurs regards. Dans l'ordre moral surtout, on n'est jamais qu'à moitié chemin de la science, tant qu'on s'arrête aux causes secondes, et tout homme qui veut aller jusqu'au bout de sa raison se trouve entraîné, par la force ascensionnelle qu'il sent en lui, jusqu'à cette cause première qui est Dieu, et dans la possession de laquelle l'esprit se repose sans rien chercher au-delà , parce qu'il sent qu'elle est le dernier terme qu'il puisse atteindre. Aussi dans ces discours, où je prends à lâche de me placer une fois, au début de chaque année, au sommet du sujet que je traite, c'est toujours à ce point suprême que je suis venu aboulir, et c'est toujours dans les vérités, dans les lois manifestées historiquement à l'homme par la révélation , que j'ai trouvé la lumière qui m'a éclairé sur les vicissitudes du sort des peuples à tra-^ vers les âges.

Ce n'est pas que cette considération dominanle m'ait fait perdre de vue toutes les autres et que, par suite d'une préoccupation qui serait alors devenue comme une idée fixe, j'aie commis la faute de donner une théorie purement ihéocralique de riiisloire, où

l'honinic ne serait plus compté pour rien, et où les questions politiques, économiques et sociales seraient sacrifiées à la question religieuse. Loin de là, une fois la vérité la plus haute établie et mise à sa place, toutes les autres se coordonnent naturellement autour d'elle et, dans les développements de mes cours, je n'ai jamais eu à lui faire de ces sacrifices qui entravent et mutilent la science , en renfermant dans le cercle étroit d'un dogmatisme impérieux et exclusif. Et c'est ici qu'apparaît dans toute son évidence cette supériorité de la philosophie chrétienne sur toutes les interprétations des systèmes hostiles ou simplement séparés. En effet. Dieu n usurpe sur personne, puisqu'il a un droit souverain et absolu sur tout ce qui est. La doctrine qui reconnaît ce droit et le pose en principe est nécessairement large et équitable, parce que le respect du droit de Dieu entraine toujours le respect du droit de toutes ses créatures. Elle n'a donc aucune élimination arbitraire à opérer, et il ne lui reste que le souci, assez léger d'ailleurs, de coordonner les choses et de reconnaître la place et le rang de chacune d'elles. Au contraire, le rationalisme, le naturalisme, le positivisme, qui veulent affranchir riiommc et la nature de leur dépendance envers le créateur, et qui transforment des sujets en souverains, sont entraînés logiquement à faire la guerre au surnaturel en toutes choses, et à exclure l'idée de Dieu de toutes les positions qu'elle a occupées jusqu'ici, à commen-

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