‹ Dix ans d'études historiques (volume 2)Chapitre 27 sur 30 · SCÈNES DU SIXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SCÈNES DU SIXIÈME SIÈCLE

SCÈNES m SIXIÈME SIÈCLE.

Itettre adressa an directeur 4e la Revue des Deux'Mondes i.

MoDsieur ,

GVst une assertion pour ainsi dire proverbiale , qu^aucline période de notre histoire n^égale en confusion et en aridité la période méroyingienne. Cette époque est celle qu^on abrège le plus volontiers, sur laquelle on glisse , à côté de laquelle on passe sans aucun scrupule. Il y a , selon moi , dans ce dédain pins de paresse que de réflexion , et si Phistoire de» Mérovingiens est un peu difficile à débrouiller , elle n^est point aride. Au contraire , elle abonde en faits singuliers , en personnages originaux , en incideqs dramatiques tellement variés , que le seul embarraa qu^on éprouve , est celui d^ mettre en ordre un si grand nombre de détails. G^est surtout la dernière moitié du sixième siècle , qui offre en ce genre , aux écrivains et aux lecteurs de nos jours , le plus de richesse et d^intérét, soit que cette époque, la première

I Août 1833. La Mcoode de eei noarellet lettres rar VBuloire de France > para dans la Revue des Deux Mondes , no du 15 décembre 1833 , et la troinème dans le nnméro du 15 juillet 1834.

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da mélange entre les indigènes et les conquérans de la Gaule , eût par cela même quelque chose de poétique , soit qu^elle doive cet air de vie au talent naïf de son historien Georgiu» Ftorentius Gregorius , connu sous le nom de Grégoire de Tours. En effet , il faut descendre jusqu'au siècle de Froissard pour trouver un narrateur qui Pégale dans Fart de mettre en scène les personnages et de peindre par le dialogue. Tout ce que la conquête de la €raule par les Franks avait mis en regard ou en opposition sur le même sol , les races , les classes , les condition»' di^mrsiss , figure pêle-mêle dans ses récits quelquefois plaisans , souvent tragîqtt«s , toujours vrais et animés» Ce«t comine une galerie mal ordonnée de tableaux et de figures en relief ; ce sont de vieux chants nationaux, rangés presque au hasard , éeourtés , se suivant Bans lîatson, mais dont une main habile pourrait composer nn grand poème. En un mot, je orois* qu^il y aurait à Ikire sur Grégoire de Tours et sur ses contemporains un beau travail d'art , en même temps que de science historique.

Si je n'ose entreprendre ce' travail dans toute son , étendue , si le poème entier est au-dessus de mes forces , je puis du moins vous eu promettre quelques épisodes , quelques fragmens capables de donner une idée vraie de cette étrange confusion d'hommes et de choses, qui remplit la période mérovingienne. La difficulté consistera pour moi à bien choisir et à prendre çà et là deê faits de détail épars et incohérens , pour les lier ensemble , les grouper et en former de grandes masses de récits. La manière de vivre des

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rois , Pintérieur de la maison royale , la Vie orageuse des seigneurs et des éréques , Pasurpuiion, les guerres civiles et Tes guerres privées, la turbulence intrigante des Gallo-Romains , et Pindiscipline brutale des barbares y. t^eaprît de révolte et de vialenee régnant jusque dans k* monaatères de feaunes ^ tels sont les fableftm diveis que je veaz essayer de tracer à Paide dea moBamans eoBten^ovaiiMy et doiU la réunion doit of&nr une we du aîxième siècle en Gaule. J'ap» porterai on soua uinutîewL à étudier et à suivre dana tMites aeapbaaea la destinée des personn^es bistori- <fMs y et je tâcherai de donner k ceux que rbîstoîve ■Mdfme a le plus négligea, de la réalité et do la vie. £afin entre tous ces personnages , célèbres ou obscnrs auîonrd'buî, doatineroni trois figures qui sont des t]fpes pour l«ir sîèele : Fredegonde , .£onius Muaameèua, et Grégoire de Tours lui-même; Fredegonde^ Fidéal de la barbarie élénentaîre , sans conseience «In bien et du nul \ Mnmnolns , rbonune civilisé qui •e £iit baybore et ae déprave à plaisir , pour être de son tcupa; Grégoire de Tours , PboouBe dn tempe peaaé ^ maia d^nn temps metUei» que le présent qni liM pèae y récb» fidèle dea regreta que fait naître dana qurifues amea élevées une civUisatien qui a^éteint >.

I Decedente , atqine imà polM» p«rmuiftt A urbilm* GiUioanù libcralinm

cultarft littcraram edm geatian famtaa dkHtnfct, rvgoHi iîiror acue-

retar Ingemiscebant stepiâs piflfîqne dieeAlu : V« £dra* nostris , qnia

pOTiit stiidian Ik te w wwn èuabii! ( fiwgeiii' Tnntawisis Hiatoria Francoram •cclMiastica; apnd lUram, ftllic. «I frncie. 8«(ipt., t. II , pag. 137.)

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LKg 420ATAK 'ILS DE CKLOTBBH 1*'. — tBDES CABAGTBRBS. — LBUBS MABUGB8. — BISTOIBE DB GALBSWINTHB.

 quelques lieues de Soissons , sur les bords d^une petite rîyiére , se trouve le village de Braine. G^était, au sixième siècle , une de ces tmmeBses fermes , où les rois des Franks tenaieut leur cour , et qn^ils préféraient aux plus belles villes de la Gaule: L'babitatkm royale n'avait rien de Paspect militaire des châteaux du moyen -âge; citait un vaste bâtiment entouré de portiques d'architecture romaine , quelquefois- eoastroit en bois poli avec soin , et orné de sculpturts qui ne manquaient pas d'élégance '. Autour du principal corps de logis , se trouvaient disposés par ordre les logemens des officiers du palais, soit barbares, soit Romains d'origine , et ceux des chefs de bande qui , selon la coutume germanique, s'étaient mis avec leurs guerriers dans la truste du roi, c'est-à-dire sous un engagement spécial de vasselage et de fidélité *. D'autres maisons de moindre apparence étaient occupées par un grand nombre de familles, qui exerçaient, hommes et femmes , toutes Bortes de métiers , depuis l'orfèvrerie et la fabrique des' armes jusqu'à

* ^thcra mole suH tabulata palatia pnlrant....

SÎBgnla sjIt* faTeni'ae^eant opot.

Altior.innîtitur quadrataqne porticiu amhit.

Et sculptanatâ losit in arte iaber.

( Venantii Fortanati eannina ; apnd BiUk>tli. patntm, tom. X, pag 583.) a y. pactum legû salica, apud ReAm francie. Seripl., t. IV, pag. 159; et ibidem, Maroalfi Fonmal. , pag. 475.

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rétat de tisserand et de corroyevur, depuis la broderie en soie et en or jusqu^à la plus grossière préparation de la laine et du lin. La plupart de ces familles étaient gauloises , nées sur la portion du sol que le roi's^était adjugée comme part de conquête, ou transportées yiolemment de quelque ville voisine pour coloniser le domaine royal ; mais si Ton en juge par la physionomie des noms propres , il y avait aussi parmi elles deê Germains et d^autres barbares, dont. les pères étaient venus en Gaule comme ouvriers ou gens de service , à la suite des bandes conquérantes ; d^ail^ leurs , quelle que fût leur origine ou leur genre d'industrie, ces familles étaient placées au même rai^ et désignées par le même nom , par celui de lites en langue tudesque , et en langue latine par celui de Jiscalins, c'est-à-dire attachés au fisc '. Des bàtimens d'exploitation agricole , .des haras , des étables , des bergeries et des granges , les masures des cultivateurs et les cabanes des serfs du domaine , complétaient le village royal , qui ressemblait parfaitement, quoique sur une plus grande échelle , aux villages de Fancienne Germanie. Dans le site même de ces résidences , il y avait quelque chose qui rappelait le souvenir des paysages d'outre-Rhin ; la plupart d'entre elles se trouvaient sur la lisière , et .quelques-unes au

s Fisealini, ZMi, Lidi, Laai. ( Script, rerom francic. tom.IVpAr/im.) Liie, oa iete, ou lase, selon les difiërens dialectes , devait lignifier simplement on honune de moindre condition , nn homme de rang inférieur , un homme dn dernier rang. En anglais moderne UttU, petit; Itss^r, moindre; Uut, dernier. En allemand y /eisie , dernier. Oto trouve dans les anciens actes Vexpreasion : miaor persona , debilior pertona , pour désigner l'homme qai n'était pas de condition libre.

jso acÉRts

centre des grandeê fiwéto mutilées per Im civilÎMlâon , et dent nous admiroiiê encore lea restes.

Braîne fut le séjour fiiTori de Chlother , le dernier des fils de Ghlodowîç , même après que la mort de ses trois frères lui eut douné la royauté daus toute Péteudue de la Gaule. C'éUit là qu'il faisait «garder, au fond d^itt appartement secret, les grands eofires à triple serrure qui contenaient ses richesses eu or monnayé , en rases et en bijoux précieux , là ans«i qu'il accomf^issait les principaux actes de sa puissance royale. Il y oonToquait en synode les évéques des villes gauloises, recerait les ambassadeurs des rois étrangers , et présidait les grandes assemblées de la nation franke , suiries de ces festins traditionuels parmi la race tentonique , où des sangliers et des daims entiers étaient servis tout embrochés^ et oA des tonneaux défoncés occupaient les quatre ooine de la salle >. Tant qu'il n'était pas appelé au loin par la gttwre contre les Saxons , les Bretons ou les Goths de la 8eptimanie, Chlother employait son temps à se promener d*un domaine à l'autre. Il allait de Braine à Attigny, d'Attigny à Gompiégne , de Compile à Verberie , consommant à tour de rôle , dans ses fermes royales , les provisions en nature qui s'y trouvaient rassemblées , se livrant , avec ses leudes de race franke , aux exercices de la chasse , de la pêche ou de la natation , et recrutant ses nombreuses maîtresses parmi

> GAm ergd âl« ad prandtam ioTitatas Teafatet, conspiat, gentfli rita, vus plaM eenrinadomi adatare. Qvod ttle sucitaiu quid aObi Tiaa in ai«dio poMte Tcllent.... ( Es TitI laneti Vcdaati, apnd Remm firancic. Script. , toa. Ifl , pag. 373. )

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les filles de^fiscalins, SouveDt, du rang de concnl>ine8 , ces femmes passaient à celui d^épouses et de reines avec une singulière facilité.

ChloCher, dont il a^est pas facile de compter et de classer les mariages , épousa de cette manière une jeune fille de la plus basse naissance , appelée Ingonde. Sans renoncer d^ailleurs à ses habitudes déréglées qn^elle tolérait, comme femme et comme esclave, arec une extrême soumission , il Taimait beaucoup , et vivait avec elle en parfaite inteIKgence. Un jour elle lui dit : « Le Roi mon Seigneur a fait de sa servante ce qu'il lui a plu et m^a appelée à son Ut ; il mettrait le comble à ses bonnes grâces en accueillant la reqaéte de sa servante. Fai une sœur nommé Âregonde et attachée à votre servie^ ; daignez lui procurer , je vous prie , un mari qui soit vaillant et qui ait du bien , afin que je n'éprouve pas d'humiliation h cause d'elle.» Cette demande, en piquant la curiosité du roi, éveilla son humeur libertine. Il partit le jour même pour le domaine sur lequel habitait Âregonde , et où elle e-xerçait quelques-uns des métiers alors dévolus aux femmes , comme le tissage et la teinture des étoffes de laine. Ghlother, trouvant que pour le moins elle égalait sa sœur en beauté , la prit avec lui , l'installa dans sa chambre royale , et lui donna le titre d'épouse. Au bout de quelques jours, il revint auprès d'Ingonde , et lui dit avec ce ton de bonhomie sournoise qui était l'un des traits de son caractère et du caractère germanique : « La grâce que ta douceur désirait de moi , j'ai songé à te l'accorder ; j'ai cherché pour ta sœur un homme riche et sage , et n'ai rien trouvé

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de mieux que moi-même. Apprends donc que j^ai fait dVlle mon épouse , ce qui , je pense , ne te déplaira pas. s — « Que mon Seigneur, répondit Ingonde , •ans paraître émue et sans se départir aucunement de son esprit de patience et d^abnégation conjugale , que mon Seigneur fasse ce qui lui semble à propos «^pourvu seulement que sa servante ne perde rien de ses bonnes grâces '. »

£n Tannée 561 , après une expédition contre Pun de ses fils , dont il punit la révolte en le faisant brûler avec sa femme et ses enfauis , Chlother , dans un calme parfait d^esprit et de conscience , revint à sa maison de Braine. Là , il fit ies préparatifs pour la grande chasse d^automne , qui était chez les Franks une espèce de solennité. Suivi d^une foule d^hommes, de chevaux et de chiens , le roi se rendit à la forêt de Cuise y dont celle de Compiègne , dans son état actuel , n^est qu^un mince et dernier débris. A.u milieu de cet exercice violent qui ne convenait plus à son âge , il fut pris de. la fièvre, et s^étant fait transporter sur son domaine le plus voisin, il y mourut, après cinquante ans de règne. Ses quatre fils, Haribert., Gonthramn , Hilperik et Sighèbert, suivirent son convoi jusqu^à Soissons , chantant des psaumes et portant à la main des flambeaux de cire.

I Tractarimerc^dem illam implere, qnam me toa dulcedo expeliït. Et nqnirens ytram diTÎtem atqne Mptentem , qaem tna toron ddiMnm adjuig«re f niliîl meliàa quèm me ipsam inToii. Itaqne norerù , qnia eam coningam aceept, quod tibi dûplicere non credo. Atilla : Quod bonnm, inqoil ridetor in ocolû domini mei, faciat: tantiun andlla tua cumgntiA ngu vivat. (Gre<gorii Toron. Hist. Francomm eccle«a«t., ia>. IV , pag. 205.)

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À peine les funérailles étaient-elles achevées , que le troisième des quatre frères , Hilperik , partit en grande hâte pour Braine , et força les gardiens de oe domaine royal à lui remettre les clefs du trésor. Maître de toutes les richesses que son père avait accumulées , il commença par en distribuer une partie aux chefs de bandes et aux guerriers qui avaient leurs logemens, soit à Braine , soit dans le voisinage. Tous lui jurèrent fidélité, en plaçant leurs mains entre les siennes , le saluèrent par acclamation du titre de Kaning ■ y et promirent de le suivre partout où il les conduirait. Alors", se mettant à leur tête , il marcha droit sur Paris , ancien séjour de Chlodowig !«' , et plus tard capitale du royaume de son fils aîné , Hildebert. Peut-être Hilperik altachait-il quelque idée de prééminence à la possession d^une ville habitée jadis par le conquérant de la Gaule \ peut-être n^avait-il d^autre envie que celle de s^approprier le palais impérial , dont les bàtimens et les jardins couvraient sur une vaste étendue la rive gauche de la Seine. Cette supposition n^a rien d^improbable \ car les vues ambitieuses des rois franks n^allaient guère au-delà de la perspective d^un ^gain immédiat et personnel : d^ailleurs , tout en conservant une forte teinte.de la barbarie germanique , des passions effrénées et une ame impitoyable, Hilperik avait pris quelques-uns des goûts de la civilisation romaine. Il aimait à bâtir, se plaisait aux spectacles donnés dans des cirques de

I Boi f dans le cUaiecle des Franlu. V. mes LeUrts sur VHistoite da France, 3« édition, lettre IX , page 151 , et ci-detsiiSf p. 257.

s 84 SCfcllES ,

bois, et p«r-deMus tout avait ta prétestîofi d^étre grammairiea , théologien et poète. Ses vers latîos , où les rè^s du mètre et de la prosodie étaient rarement observées, trouvaient à%h admirateurs parmi les évéqueset les nobles gaulois, qui applaudissaient en tremblant , et s'écriaient <;ue Illustre fils des Sieambres remportait en beau langage sur les enfans de Romulua , et que le fleuve du Wahal en remontrait au Tibre >.

Hilperik entra à Paris sans aucune opposition, et logea ses guerriers dans les toors qui défendaient les ponts de la ville , alors entourée par la Seine 5 mais , à la nouvelle de ce coup de main , les trois autres frères se réunirent contre celui qui voulait se faire à lui-même sa part de l'héritage paternel, et marchèrent sur Paris ji grandes journées , avec des forces aupérievres. Hilperik n'osa leur tenir tète , et, renonçant à son entreprise , il se soumit aux* chances d^un par* tage fait de gré à gré. Ce partage de la Gaule entière et d^une portion considérable de la (lermanies^eicécuta par un tirage au sort , comme celui qui avait eu lieu , un demi-siècle auparavant , entre les fils de Ghlodo-

' AdoiSrande mihi nimiùm rex, cujus opime

Pndia rohnr agit, otnaina liaM poUt,

(VeDantii Fortnpati carmin, lib. IX ^pa^. 580.) Cûm sis progenitus clarâ de gente Sygamber ,

Floret in eloqvio fiagna latina tuo. [Ihià. pag. SSO.) Erat emsa gui» 4cditiis, ctyos dena Tenter fiât; ii«Uv«M{ae le aaaerebftft esse prudentiorem : confecitque duos libros , quasi sednUam imitatns, quorum yersicnli débiles nuliis pedibns snbsistere possunt ; in qnibus dAm non intelllgebat , pro longis syllabas brèves posnit , et pro breTÎbus longaa statuébat ; et alla opuscnla , Tel hjmnos, siTe missas, qnœ nnlll ntione snscipi poasaat. ( Gn>gnr. Turon. Hist. Franc, ecclesiast., 4ib. VI , pag. 191. )

^ DU SDUftMI tiftCLI [l833]. 3S5

wîg. n y ent quatre loto correspondant, avec quelques Turîatîons , aux quatre parto de territoire détignéee par les noms de royaumes de Paris et d'Orléans , de Neastrie %t d'Austrasie. Haribert obtint , dans le tirage, la part de son oncle Hildebert, c'est-i-dire le royaume auquel Paris donnait son nom, et qui, s'étendant du nord au sud , tout en longueur, comprenait Senlis , Melun , Chartres , Tours , Poitiers , Saintes , Bordeaux et les villes des Pyrénées. Gonthramn eut pour lot, avec le royaume d'Orléans, part de son oncle CUodomir , tout le territoire des Burgondes, depuis la Sadne et les Vosges jusqu'aux Alpes et à la mér de Provence. La part de Hilperik fut celle de son père^ le royaume de Soissons, que les Franks, appelaient Neoster-Rike ou royaume d'Occident, et qui avait pour limites , au nord , l'Escaut , et an sud , le cours de la Loire. Enfin le royaume d'Orient, ou l'Opter- Bikej échut à Sighebert , qui réunit dans son partage l'Auvergne , tout le nord-est de la Gaule , et la Germanie jusqu'aux frontières des Saxons et des Slaves '. Il semUe , au reste , que les villes aient été comptées une à une , et que leur nombre seul ait servi de base pour la fixation de ces quatre loto ; car , indépendammentde la bizarrerie d'une pareille division territoriale, on trouve encore une foule d'enclaves dont il est impossible de se rendre compte. Rouen et Nantes sont du royaume de Hilperik , et Avranches du royaume de Haribert ; ce dernier possède Marseille , et Gonthramn Aix et Avignon : enfin Soissons, capitale de la

■ Lettres sur V Histoire de France , 3« ^itioB , 10« lettre , page 170.

3ft6 SCÈNES

I^eustrie, est €omme bloquée entre quatre villes, Senlîs et Meaux , Laon et Reims , qui appartiennent aux deux royaumes de Paris et d^Âustrasie.

Après que le sort eut assigné aux quiAre frères leur part de villes et de domaines, chacun d^eux jura, sur les reliques des saints , de se contenter de son propre lot, et de ne rien enyahir^ au-delà , soit par force, soit par ruse. Ce serment ne tarda pas à être violé : Hilperik , profitant de Tabsence de son frère Sighebert qui guerroyait en Germanie , attaqua Reims à Pimproviste , et s^empara de cette ville , ainsi que de plusieurs autres également à sa portée. Hais il ne jouit pas long-temps de cette conquête; Sighebert revint victorieux de sa campagne d^outre-Rhîn , reprit ses villes une à une , et , poursuivant son frère jusque sous les murs de Soissons, le défit dans une bataille , et entra de force dans la capitale de la Neustrie. Suivant le caractère des barbares dont la fougue est violente , mais de peu de durée , ils se réconcilièrent, en faisant de nouveau le serment de ne rien entreprendre Pun contre Pautre. Tous deux étaient d*un naturel turbulent, batailleur, et vindicatif à Pexcès.Haribert etGonthramn, moins jeunes et moins passionnés, avaient du goût pour la paix et le repos. Au lieu de Pair rude et guerrier de ses ancêtres , le roi Haribert affectait de prendre la contenance calme et un peu lourde des magistrats qui , dans les villes gauloises , rendaient la justice diaprés les lois romaines. Il avait même la prétention d'être savant en jurisprudence , et aucun genre de flatterie ne lui était plus agréable que Péloge de son habileté comme juge dans les causes

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embrouillées, et de la facilité avec laquelle, quoique Germain d^origiDe et de langage , il «^exprimait et dis-* courait en latin '. Chez le roi Gonthramn , par un singulier contraste , des manières habituellement douces et presque sacerdotales s'alliaient à des accès de fureur subite , dignes des forêts de la Germanie. Une fois , pour un cor de chasse qu'il avait égaré , il fit mettre plusieurs hommes libres à la torture ; une autre fois, il ordonna la mort d'un noble frank, soupçonné d'avoir tué un buffle sur le domaine royal. Dans ses heures de sang-froid , il avait un certain sentiment de l'ordre et de la règle, qui se manifestait par son zèle religieux et par sa soumission aux évéques , qui alors étaient la règle vivante.

Au contraire, le roi Hilperik, sorte d'esprit-fort à demi sauvage, n'écoutait que sa propre fantaisie, même lorsqu'il s'agissait du dogme et de la foi catholique. L'aiAorité du clergé lui semblait insupportable , et l'un de ses grands plaisirs était de casser les testamens faits au profit d'une église ou d'un monastère. Le caractère et la conduite des évéques étaient le principal texte de ses plaisanteries et de ses propos de table : il qualifiait l'un d'écervelé , l'autre d'insolent, celui-ci de bavard , cet autfe de luxurieux. Les grands biens dont jouissait l'Église et qui allaient tou-

Si Tcniimt aliqnae Tmato murarare caoNS ,

Pondéra moz legam régis ab oraflannt.

QnaiKTis confous référant certamina vocea,

Kodota Util aolTcre fila potaa.

Qnalia ea in propriâ doeto aernums loqnali ,

Qoi nos Romanes Tiaeia in eloqnio.

( y^nantii Fortnnati carmin, lili. YI , pag. 560. )

38» SdÙIBS

jour» eroÎMaM, finfiutoee des évéq[aesd»M les^villn, où, 4e{Miis le régne de« barbares, ils exerçaient le pè«pait des préro^tÎTeft de IVmcieinie MS^tarafcare ■MHMeîpale, lentes ces rtcbesses et cette paissmce, qiiMI eoTiait sans epereevoîr aucan moye» de les finre ▼emràlvi, exeitaieiitTiineiiieBt sa jalousie. Leaplaînies qn^il proférait dans sen dépit ae man^aâeat pas de bon sens , et souyeat on l*eBt«idait répétcv : « Yoilà que aoCre fisc est appauvri ; Toilà que soe biens sVa ▼ont anx égKses ; persome ne rè^e en vérité , si ee n*est les évéqves des yilles ■• »

Da reste, les fils de Cblotber h', à Texeeptios de Sfgbebert qui était le phis jeune , avaient tons à on très haut degré le yice de rincontinenee, ne se contentant presqne jamais d'une seule feame , qnittant sans le moindre scrupule celle qu'il venaât d'épouser, et la reprenant ensuite, selon le caprice du moment. Le pîenx Gontbramn changea d'épouses à peu près autant de fois que ses deux fvdres , et , comme ens, ii eut des concubines , dont l'une , appeMo Yénérande , était la fiNe d'un Gaulois attaché au fisc. Le roi Hari* bert prit en même temps pour maîtresses deox sœurs d'une grande beauté qui étaient au nombre des suivantes de sa lemme Ingobergbev L'^ne^ a^appelail Markowefe eC portait l'habit de reiigîense, l'autre avnil nom Meroflede : elles étaient filles d'un ouvrier en laine, barbare d'origine, etlitesdudamataft royal. la-

' Ecce paoper remantit fiacas watm; ecce diiitùe aostHi «i ccclesÎM sont trantlata; nuUi penitàs, aiai «oU> «fûcopit réglant r pariit kuMr aoster et translitiu eat ad epûcopoa chritabim. (GMg»ni TnioBCiiaw Hkt. Fmcomm «celesiaM. , lik. V I » pag. 2M. >

DU SIXIÈMB 8IÈCLK [iSSs]. 389

çoberçDe , jalouM de l'amour qne son mari avait pour eoa deux femmes , fit leut œ qa^elle put pour Ven détout»er et iï*j réuesit pa». N'osant eep^daat maltraiter ses rivales , ui les chasser, elle imagina une aorte de atratagème qn^elle croyait propre k dégoàter le roi d^une liaison indigne de lui. Elle. fit Tenir le père des deux jeunes filles , et lui donna des laines à carder 4^n9 la cour du palais. Pendant que eet homme était à Touvrage , travaillant de son mieux pour montrer duxèle, la reine, qui se tenait à une fenêtre, ap-> pela son mari : « Venez , lui dit-elle , ' venez ici voir quelque chose de nouveau. » Le roi vint, regarda de tous ses yeux , et ne voyant rien qn^un cardeur de laine , il se mit en eolère , trouvant la plaisanterie fort mauvaise '. L^explicationqoi suivit entre les deux époux lut violente , et produisit un effet tout contraire à odui qu'en attendait Ingobei^fae : ce fut elie que le roi répu^ pour épouser Meroflede. Bientàt, trou» vaut qn^inôe seule femme légitime ne lui suffisait pas , Haribert donna solennellement le titre d^éponse et de reine k une fille nommée Theodehilde , dont le père était gardeur de troupeaux. Quelques années aprdt, Meroflede mourut , et le roi se hâta dVpousersascrar Markowefe. 11 se trouva ainsi , d^aprôs les lois de TEgliee, coupable dHin double sacrilège , comme bigame et comme mari d'une femme qui avait reçu le voile de relîgieuee. Sommé de rompre son second mariage par

' QMopenato, Tocavit r«gem. Ilie aatem speraiM aXiqwA nowi viâw», adsplcit knnc eminàc lanaa regias componentem ; quod yidena , commolos ia ira, reliqait Ingobergam. ( Grcgorii Toronensis Hist. Franeomm ecclesiast., Hb. IV, pag. 215.)

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saint Gennain , alors évéque de Paris , il refusa obstinément , et fîit excommunié ; mais le temps n^é tait jpas ▼enu où rÉglise devait faire plier sous sa discipline Porgueil brutal des héritiers de la conquête : Harâ>ert ne s^émnt point d^une pareille sentence, et garda près de lui ses deux femmes ■.

Entre tous les fils de Clother, Hilperik est celui auquel les récits contemporains attribuent le plus grand nombre de reines , c^est-à-dire de fenmies épousées d'après la loi des Franks , par Fanneau et par le denier. L'une de ces reines , Andowere , avait à son service une jeune fille nommée Fredegonde , d'origine franke , et d'une beauté si remarquable , que le roi , dès qu'il Peut vue , se prit d'amour pour elle. Cet amour, quelque flatteur qu'il fût, n'était pas sans danger pour une servante que sa situation mettait à la merci de la jalousie et des vengeances de sa maitresse 'y mais Fredegonde ne s'en effraya point : aussi rusée qu'ambitieuse , elle entreprit d'amener, sans se compromettre , des motifs légaux de séparation entre le roi et la reine Audowere. Si l'on en croit une tradition qui avait cours moins d'un siècle après, elle y réussit, grâce à la connivence d'un évéque et à la simplicité de la reine. Hilperik venait de se joindre i son frère Sighebert pour marcher au-delà du Ahin contre les peuples de la confédération saxonne ; il avait laissé Audowere enceinte de plusieurs mois. Avant qu'il fût de retour, la reine accoucha d'une fille , et ne sachant si elle devait la faire baptiser en

» Gregorii TaroDcnnis lib. VI , pig. 215 et seq.

DU flIXIÈMB SIÈCLE '[l 83 3]. 391

Tabsence de son mari , elle conaultaFredegonde , qai , parTaitement habile à diasimuler , ne lui inspirait ni soupçon ni défiance : « Madame , répondit la suivante , lorsque le Roi mon seigneur reviendra victorieux , pourrait -il voir sa fille avec plaisir si elle n^était pas baptisée > ? » La reine prit ce conseil en bonne part , et Fredegonde se mit à préparer sourdement , à force d'intrigues , le piège qu'elle voulait lui dresser. Quand le jour du baptême fut venu , à-l'heure indiquée pour la cérémonie , le baptistaire était orné de tentures et de guirlandes ; Pévêque en habits pontificaux était présent ; mais la marraine , noble dame franke, n'arrivait pas , et on l'attendit en vain. La reine , surprise de ce contre-temps ne savait que résoudre , quand Fredegonde , qui se tenait près d'elle lui dit : « Qu'y a-t-il besoin de s'inquiéter d'ijine marraine ; aucune dame ne vous vaut pour tenir votre fille sur les fonts ; si vous m'en croyez , tenez-la vousmême '. * L'évêqne , probablement gagné d'avance , accomplit les rites du baptême , et la reine se retira , sans comprendre de quelle conséquence était pour elle Tac té religieux qu'elle venait de faire.

Au retour du roi Hilperik, toutes les jeunes filles du domaine royal allèrent à sa rencontre , portant des fleurs et chantant des vers à sa louange. Fredegonde , en l'abordant , lui dit : « Dieu soit loué de ce

. ■ Domina mea, ecce dominos rex vietor rerertitnr; qnomodô potest fiUam Miam grat««ter recipere non baptimUm ? (Gesla regam Fnmooram ; apnd Script, rerom francic, t. II , pag. 561. ) a Knmqnid similem tvi inveiÛK poterimas , qtae eam snseipiat ? Mode n. (Ibid,) . .

S91 SCÈlIKa

qoe le Ecm notfe «eigiMur a remporté la ▼î^joire sur ses enneinîs, et de ee qu^one fille lui est née. Mais ATec qui moDseîgneiir coiiehera-t-41 cetie nuit; ear la reine ma maîtresse est avgourd^hni ta commère et marraine de sa fille Hildeswinde? • — « £h Inen! répondit le roi d^un ton joTÎal , si je ne puîa coucher aTeeelle, je coucherai avec toi ^ » Sons le portique du palais , Hilperik trouva sa femme kuévwete , tenant entre ses bras son enfant quelle Tint loi présenter avec une joie mêlée d^orgueil ; mais le roi , affectant un air de regret, hii dit : « Femme, dam ta simplicité d^esprit , tu as fait une chose ^^mîœUe; désormais tu ne peux plus être mon épouse >. • £a ri^de observateur des lois ecclésiastiques, le roi punit par Pexil révéque qui avait baptisé sa fille, etU engagea Audowere à se séparer de lui sur-le-champ, et à prendre , comme veuve , le voile de religieuse. Pour la consoler, il lui fit don de plusieurs teires appartenant au fisc , et situées dans le voisinage du Mans. Hilperik épousa Fredegonde ; et ce fut an brait des fêtes de ce nouveau mariage que la reine répudiée partit pour sa retraite, où quinze ans plus tard elle fut mise à mort, par les ordres de son anci^ne servante.

Peddant que les trois fils aînés de Chlother vivaient ainsi dans la débauche , et se mariaient à des

■ Cam qaâ domiani m donaiet hic nacte, <pM AnaÔMi «Ma ngmm tom- ■uttartm eftdvfiliS tiiftClHUenndc?EftUI« ait; 6iciim9IÉd«ram«W(|M9, dormûim tecum. ( Geste regum Francoram , pag. 561. )

• aefandaai rem fecisCi per aimpUcitate» taam : jam aa non poteris ampliàs. {Ibidmn.)

BU SIXiftHI SlftOLB [l833]. t«3

£BflH»e$ de ftérrioe , Sighebert , le plvs jeune , loin de •«ûvre leur exemple , en cençut de la heate et du dé-> g9àu II réfteluk de n'avoir qu'une teule ^»oum , et d*en prendre une qui fût de race royale ^ Atiiam^^faM , rot dea Gotha établis en £apagne , avait deux fillea en %e d'être aMurîées , et dont la eadette , nommée Brunehilde, était fort admirée pour aa beauté. €e fut sur ^e que Sighebert arrêta son choix. Une ambaaaade noÉihreuae partit de Metz avec de riohea préaeoa , pour aller à Tolède fkire an roi dea Ooths la demande de aa main. Le ebef de cette ambaaaade , Gog j on plus correctement Godeghieel , maire du palais d'Aaatrasie , homme habile en toute aorte de négociationa, eut un plein succès dans celle-ci, et ramena d'fiapagne la fiancée du roi Sighebert. Partent «à passa Brunebilde , dans son long voyage vers le nord ^ elle se fit remarquer , disent les contemporains, par la grâce de ses manières $ la prudence de ses diseonrs et son agréable entretien *. Sighebert Paima , et , toute sa vie , conserva pour elle un attachement passionné*

Ce fut en Tannée 566 que la céi*émonie des noces eut lieu , avee un grand appareil , dans la ville royale de Metz. Tous les seigneurs du royaume d'Avstrasie étaient invitée par le tm à prendre part aux fêtes de ce

> Porrà Si^pb«rtH rex, cùm Tid«ret qnôd fratres ejns indignas sibimet U«ras xci f age n t, et per liiàtMmm anana elâain aneilkt siki ïb malrimoniam mimimt*,»,, (Grugera Taronansia Hiat. Fiancoram ecclcaiait., lib. IV., p.8.216.)

a Erat aaim pneUa al^gana opcn, Tanvala adipaeta, honaala mocibba alfMdacoM, ywMJmn conailio, et Manda eonloqwo. (Gragorii TaroMBflit- Hist. Franconrth eecl«riart. lib. IV, pag. 216.) .

394 SCfclllS

jour. On vît arriver à Meti , avec leur suite d^hammes et de chevaux , les comtes des villes et les gourerueurs des provinces septentrionales de la Gaule , les chefs patriarcaux des vieilles tribus frankes demeurées au-delà du Rhin , les ducs héréditaires des Alamans, des Baïwares et des Thorings on Thuringplens «. Dans cette bizarre assemblée, la civilisation et la barbarie s^offraient c6te à céte et à différens degrés. Il y avait des nobles gaulois polis et insinuans , des nobles franks orgueilleux et brusques , et de vrais sauvages , tout habillés de fourrures , aussi rudes de manières que d^aspect. Le festin nuptial fut splendide et animé par la joie; les tables étaient couvertes de plats d^or et dVgent ciselés , fruit des pillages de la conquête ; le vin et la bière coulaient sans interruption dans des coupes de jaspe ou dans des cornes de bufBe à rebords d^argent , doflt les Germains se servaient pour boire >• On entendait retentir , dans les vastes^ salles du palais , les santés et les défis que se portaient les buveurs , des acclamations , des éclats de rire , tout le bruit de la gaîté tndesque. Aux plaisirs du banquet nuptial succéda un genre de divertissement beaucoup plus raffiné , et de nature à n^étre goûté que du très petit nombre de convives.

Il Y avait alors , à la cour du roi d^Austrasie , un Italien que ses quatre noms sonores Venantius-Hono-

' lUe Tero CAiigregatis senioribas Mcan, prepcratis epalù, cnm inwp— rt iKtitift atque jocimdltate eam accepit azoron. (GreKorii TaroneBm Hiit. Fnuiconim ecclesiait. lib. IV, pag. 216.)

• Rez eaim càm inter prandendam qaoddam t>s lapiideaa , TÎtiei colori« , •ara gemmisqne mirabiliter ontalom jttl>«|ret aSern plénum mero. (Ex riti aancti Fridoltat, apad script, rvram francic, tom. III , pag. 88S.)

DU SIXIËIB SlàCLS [l833]. 895

rias-Clementianas Fortunatus contribuaient à faire accueillir en Gaule avec une grande distinction -, c'était un homme superficiel , et d'une instruction médiocre , mais qui apportait de son pays quelques restes de cette élégance romaine , déjà presque elTacée audelà des Alpes. Recommandé au roi Sighebert par ceux des évéques et des comtes d'Austrasie qui aimaient encore et qui regrettaient Pancienne politesse , Fortunatus obtint , à la cour barbare de Metz , une généreuse hospitalité. Le^ intendans du fisc royal avaient ordre de lui fournir un logement , des vivres et des chevaux'. Pour témoigner sa gratitude, il s'était fait le poète de la cour ; il adressait au roi et aux seigneurs des pièces de vers latins , qui , si elles n^étaient pas toujours parfaitement comprises, étaient au moins bien reçues et bien payées. Les fêtes du mariage ne pouvaient se passer d^un épithalame. Venantius-Fortunatus en composa un dans le goût classique , et il le récita devant l'étrange auditoire qui se pressait autour de lui , avec le même sérieux que s^ii eût fait une lecture publique à Rome sur la place de Trajan K

Dans cette pièce , qui n^a d'autre mérite que celui d'être un des derniers et pâles reflets du bel esprit

I Te mihi eonstitmt Rex Sigibertus opem ,

Tntior at graderer teciua.coiniUndo viator ,

AtqvM pararetur hinc eqaiu , indè ciboa.

(Venantii Fortunati carmin. , apad Script, remm. fraacic, tom. II,pag. 528.) * Vis modp tam nitido pompoaa poemata enltu

Audit Trajano Roma verenda foro

(Venantii Fortonati carmin, iàid. pag. 487.)

tM SCÈlflS

fomaîa , le» deux pei^eaiiAfes obligés de to«t épîtlialame , Yéttna et l'Amour , paraissent avec leur atdmB de flèches , de flambeaux et de roses. L^Âmour tire une Adcbe droit au cœur du roi Sighebert, et Ya coûter à sa mère ce grand triomphe. « Ma mère , ditil, j'ai terminé le combat! * Alors la déesse et son fils volent à travers les airs jusqu'à la cité de Metz , entrent dans le palais, et vont orner de fleurs la chambre nuptiale. Là , une dispute s'engage entre eux sur le mérite des deux époux. L'Amour tient pour Sighebert , qu'il appelle un nouTel Achille; mais Ténus préfère Brunehilde , dont elle fait ainsi le portrait :

* Vierge que j'admire et qu'adorera ton époux , Brunehilde , plus brillante, plus radieuse que la lampe étfaérée , le feu des pierreries cède à l'éclat de ton TÎsage. Tu es une autre Vénus , et ta dot est l'empire de la beauté. Parmi les Néréides qui nagent dans les mers d'Hibérie , aux sources de l'Océan , aucune ne peut se dire ton égale ; aucune Napée n'est plus belle ; et les Nyuiphes des fleuves s'inclinent devant toi ! La blancheur du lait et le rouge le plus vif sont les couleurs de ton teint ; les lis mêlés aux roses , la pourpre tissue avec l'or, n'oflrentrien qui lui soit comparable, et se retirent du combat. Le saphir, le diamant, le cristal, l'émeraude et le jaspe, sont vaincus ! L'Espagne a mis au monde une perle nouvelle '. »

< O ntffo , mirandft mihi , placitan jogali ,

Glarior tttherei , Hnmehfldb , Umpade , folgens»

Lamina gemmaram superasU lamine rultâs

Saphiras , alba adamas , crjstalla , amaragdus , iaspia , Cédant cnncta ; noram gênait Hispania gemmam.

( Venantii Fortanati carmin.. lib. VI , pag. 558.)

DU SIXIÈMI 8iiKU.B [l833]. 897

Cet lieniL communs mythojbgîques et ce cliquelî» de meto sonorefty maU à peu près yîdet de sens, plurent au roi Si^b«bert et à ceux des seigneurs franks qui , comme lui , comprenaient quelque peu la poésie latine. A vrai dire , il n^y avait , chez les principaux chefs barbares, aucun parti pris contre la civilisation : tout ce qu^ils étaient capables d^en recevoir, ils le laissaient volontiers venir à eux ; mais ce vernis de politesse rencontrait un tel fond d'habitudes sauvages, dés mcBurs si violentes, et des caractères si indisciplinables, qu'il ne pouvait pénétrer bien avant* D'ailleurs 9 après ces hmits personnages, les seuls à qui la vanité ou l'instinct aristocratique firent rechercher la compagnie et e^ier les manières des anciens nobles du pays , venait la foule des guerriers franks , pour lesquels tout homme sachant lire , è moins qu'il n'eût fait ses preuves devant eux , étmt suspect de là-» cheté. Sur le moindre prétexte de guerre , ils recommençaient à piller la Gaule ^ comme au temps de la première invasion; ils enlevaient, pour les faire fondre 9 les vases précieux des églises , et cherchaient de l'or jusque dans les tombeaux. En temps de paix, leur principale occupation était de machiner des ruses pour exproprier leurs voisins , Gaulois d'origine, et d'aller 9 sur les grands chemins, attaquer, à coups de lances ou d'épées , ceux dont ils voulaient se venger. Les plus pacifiques passaient le jour à fourbir ' leurs armes, à chasser ou à s'enivrer. En leur donnant à boire , on obtenait tout d'eux, jusqu'à la promesse de protéger de leur crédit , auprès du roi , tel ou tel candidat pour un évéché devenu vacant. Harcelés con-

39t 8CÈIVSS

tinaellement par de pareils hôtes , toojoars înquiitU pour leurs biens ou pour leur personne , les membres des riches faipilies indigènes perdaient le repos <Pesprit, sans lequel Tétude et les arts périssent; ou bien , entraînés eux-mêmes par Texemple , par un certain instinct dMndépendance brutale que la civilisation ne peut effacer du cœur de Thomme, ils se jetaient dans la vie barbare , méprisaient tout , hors la force physique , et devenaient querelleurs et turbnlens. Gomme les guerriers franks , ils allaient , de nuit, assaillir leurs ennemis dans leurs maisons , ou sur les routes , et ils ne sortaient jamais sans porter sur eux le poignard germanique , appelé Skrama-sax , couteau de sûreté. Yoilà comment , dans Tespace d*un siècle et demi , toute culture intellectuelle , toute élégance de mœurs , disparut de la Gaule , parla seule force des choses, sans que ce déplorable changement fût Pouvrage d^une volonté malfaisante et d^noe hostilité systématique contre la civilisation romaine '•

Le mariage de Sighebert , ses pompes et surtout Féclat que' lui prêtait le rang de la nouvelle épouse , firent , selon les chroniques du temps , une vive impression sur Pesprit du roi Hilperik. Au milieu de ses concubines et des femmes qu'il avait épousées à la manière des anciens chefs germains , sans beaucoup de cérémonie , il lui sembla quHi menait une vie moins noble , moins royale , que celle de son jeune frère. Il résolut de prendre , comme lui , une épouse' de hante

> V. Gregorii Toronensis Hist. FraBcorum eccletknUi pag. 227, de Andar- . chio et Urso. — Ibid , pag. 342 , de Sichario et Chramnisindo. — /6«l., pag. 210, de Cautino epûcopo et Catone presLjtero.

DU SIXlk» SifeCU [isas]. S99

naÎMance ; et , pour Pimiter en tout point , ii fit partii» une «mbastade chargée d^alier demander au roi des Gotha la main de Galeswinthe, sa fille aînée. Mais cette demande rencontra des obstacles qui ne s'étaient pas présentés pour les envoyés de Sighebert. Le bruit des débauches du roi de Neustrie avait pénétré jusqu'en Espagne j les Goths, plus civilisés que les Franks, et surtout plus soumis à la discipline de PEvangile, disaient hautement que le roi Hilperik menait la vie d'un païen. De son côté , la fille ainée d'Athanaghild, naturellement timide et d'un caractère doux et triste, tremblait à l'idée d'aller si loin et d'appartenir à un pareil homme. Sa mère Goîswinthe , qui l'aimait tendrement, partageait sa répugnance, ses craintes et ses pressentimens de malheur ; le roi était indécis , et différait de jour en jour sa réponse définitive. Enfin, pressé par les ambassadeurs , il refusa de rien conclure avec eux , si leur roi ne s'engageait par serment à congédier toutes ses femmes , et à vivre selon la loi de Dieu avec sa nouvelle épouse. Des courriers partirent pour la Gaule , et revinrent apportant , de la part du roi Hilperik , une promesse formelle d'abandonner tout ce qu'il avait de reines et de concubines, pourvu qu'il obtînt une femme digne de lui , et fille d'un roi '•

Une double alliance avec les roi des Franks , ses voisins et ses ennemis naturels, offrait tant d'avan-

s Qaod TuUni Cliilperieas r«z , càm jam plnret kalicret vzorcs , wnMwm ejua GaUnintlum ezpeliit , promitteiis fn legatM se alias relictarnni , UBtâia condignam sibi r^isque prolen mereretor accipere. (Gregorii Hist. Fran« c»ra» «ccleriait., lil). IV, pag. 217.)

!•• scàvss

4âges politiqttet «n roi A^aii«f|*liild, qa^il Bliétîta plns^ •k, sarcttle aMnnDoe,paMa aux artîclM du trtàîé de mâria^. De ce moMent, toute )a diaeoasîon ronla à*Bn eMé tnr la det qu'apportait la fotnre épouse , de ranlre tar le douaire qu'elle reoevrait de son mari , aprèa la première unît des noces , comme présent du lendemain. En effet d'après une coutume observée ehei tous les peuples d'origine germaine, il falkit qu'an réTeîl de la mariée, l'époux lui fît un don qu^ conque pour prix de sa vir^nité. Ce présent variait beaucoup de nature et de valeur : tantôt c'étdt une somme d'argent ou quelque meuble préeienx , tantôt des attelages de bœufs ou de cbevaux, du bétail, àe^ maisons on des terres; mais, quel que fût l'objet de cette donation , il n'y avait qu'un seul mot pour la désigner, on l'appelait don du matin , morgken^gabe <m morgane^gkiba y selon les diflérens dialectes de l'îdlome germanique. Les négociations relatives au raarkge da roi Hilperik avec la sœur de Bronékilde , ralenties par l'envoi des courriers , se prolongèrent ainsi jusqu'en l'année 967 ; elles n'étaient pas encore terminées,,]orsqn'un événement survenu dans la Gaule en rendit la conclusion phts facile.

L'ainé des quatre rots franks, Hartbert, avait quitté les environs de Paris , sa résidence habituelle, pour aller, près de Bordeaux , dans un de ses domaines , jouir du cHmat et des productions de la Gaule méridionale. Il y mourut presque subitement ; et sa mort amena, dans l'empire des Fraoks , une nouvelle révo< lulîon territoriale. Dès qu'il eut fermé les yeux, l'une de ses femmes, Theodehilde, qui était la fille d'uD

DU «IXIÈK» tAO.! [l8S3}. 401

heeytr , mit k ma» mn le trécor reyal , et, afin de eoDMrrer le Ûktm de reine , elle eoTeya proposer i Goallmimii de h. prendre pour épouse. Leroiacetteîllîl très bÎMi ce message, et répondit avee un air ^ parfiike sîneérité : « Dhes-hit qu'elle se hâte de Tenir avee ses trésevf ear je Tenx Pépouser et la rendre grande mmx yeux <dn peuple ; je Tem même qu'aoprès de moi , elfe jouisse de pins d^bonneur cpa^avec mon fiRèvequi vient de mourir '. » Rayie de eette réponse, TbeodeiMlde fit eharger sur plusieurs toitures les rnbessee de ssn mari , et partit pour Ghâkms-sur- Sndne, résidence du roi Gonthramn ; mais , à son «nrîvée, le roi, sans s'occuper d'elle, examina le bagage , eompta les chariots , fit peser les coffres ; puis il dit aux gens qui l'entouraient : « Ne Taut-il pee mieux [q«e ce trésor m'appartienne , plutôt qu'à cette femme , qui ne mMtait pas l'honneur que mon fréire lui a fait en la recevant dans son lit * ? » Tous fiurent de cet «?is ; le trésor de Haribert fut mis en lieu de sûreté, et le roi fit conduire sous escorte, au moaastôre d'Arles, celle qui, bien à regret, venait de lui faive mi si beau présent.

Aucun des deux frères de (rootbramn ne lui disputa In possession de l'argent et 49$ elfets précieux qu'tt venait de s^approprier |$ar cette ruse ; ils avaient à débattre, soit avec lui, soit entre eux, des intérêts d'uM bien aiitre impertanoe : il s'agissait de réduire

> Accedere ad me ei non pigeât cam thesanrif lais , ego enim accipiam eam , &rianqne magnam in popnlis....' (Grqorîi Turon. Hist. Francor., eccl. Ub. IV, pag. 216.)

* Reetiàs est enim nt hi thea auri penia me habeantur , (jnàm poit banc , qn« indigné gennani mei thoram adivit. (Gregorii Turon. Hiat., Aid. )

HIX Ans vi'ÉTOhtS msT. 34

403 Bcknu

à trob parte , au lien de quatre , la divisioiLdu teni* toire gaulois, et de faire, d'un commun accord, k partage des Tilles et des proTinces qui fonuuent le royaume de Haribert. Cette nouyelle distribution se fit d'une façon encore plus étrange et plus désordoBnëe que la premiôre. La yille de Paris fut divisée en trois, et chacun des frères en reçut une portion %ftle. Pour éyiter le danger d'une invasion, par surprise, aucun ne devait entrer dans la yille sans le consentement des deux autres, sous peine de perdre, dob seulement sa part de Paris, mais sa part entière du royaume de Haribert. Cette clause fut ratifiée par lu serment solennel sur les reliques de trois, saints jéaérés , Hiiaire , Martin et Polyeucte, dont Tinimitié dan^ ce monde et dans l'autre fut appelée sur la tète de celui qui manquerait à sa parole '. De même que Paris, les villes de Senlis et de Marseille furent divisées, mais en deux parts seulement; la première entre Hilperik et Sighebert, la seconde entre Sighebert et Gonthramn. Des autres villes, on forma trois lots, probablement d'après le calcul des. impôts qu'on y percevait , et sans aucuii égard à leur position respective. La confusion géographique devint encore plus grande, les esclaves se multiplièrent, les royaumes furent, pour ainsi dire, enchevêtrés l'un dans l'antre. Le roi Gonthramn obtint, parle tirage au sort. Melon, Saintes, Agen et Périgueux. Meaux, Vendôme, Avran-

I Et quûqnis line fratru rolnatate Pariiios urbem iogrederetnr, aouUeret partnn laam, eaaetqne Poljeuctos, martjr, cum Hilario atqae Hartiao, confeasoribus, jadez ac retributor ejua. (Grrgorii Toron. Hisl. Fraaeor. eccL, «b. IV , pag. 295.)

I DU 81XIÈKI 81ÈCLS [iSSS]. 4D3

ches , Tours , Poitiers , Albi , Gouserans et les yilles des Basses-Pyrénées, échurent à Sighebert. Enfin, dans la part de Hilperik, se trouvaient, avec plusieurs villes que les historiens ne désignent pas, Limoges , Gahors et Bordeaux , les cités* aujourd'hui détruites de Bigore et de Béam ^ et les cantons des Hautes-Pyrénées.

Les Pyrénées - Orientales se trouvaient, à cette époque , en dehors du territoire soumis aux Franks ; elles appartenaient aux Goths d'Espagne , qui , par ce passage , communiquaient avec le territoire quHls possédaient en Gaule , depuis le cours de l'Aude , jusqu'au Rhône. Ainsi, le roi dé Neustrie, qui n'avait pas eu jusque-là une seule ville au midi de la Loire , devint le plus proche voisin du roi des Golhs , son futur heau-père. Cette situation réciproque fournit an traité de mariage une nouvelle base , et en amena presque aussitôt la conclusion. Parmi les villes que Hilperik venait d'acquérir , plusieurs confinaient à la frontière du royaume d'Athanaghild ; d'autres étaient disséminées dans l'Aquitaine , province autrefois enlevée aux Goths par les victoires de Ghlodowig-le-^ Grand. Stipuler que ces villes , que ses ancêtres avaient perdues , seraient données pour douaire à sa fille , c'était faire un coup d'adroit politique , et le roi des Goths n'y manqua. pas. Soit défaut d'intelligence, pour des combinaisons supérieures à celles de l'intérêt du moment , soit désir de conclure à tout prix son mariage avec Galeswinthe , le roi Hilperik n'hésita point. à promettre, pour douaire et pour présent du matin , les villes de Limoges , Gahors et Bordeaux , et

sioii fui rigoait, 4an9)es idé^ft d^a nj^icpft g^r^ajuiqa0« , eAtre la drçU de poMeaffi^P^ t^rrîikomlo el le droit de (jroii,Teriieipeiifc, p<wv«ît qjueJque jpw oMUre ces Tilles^ kom de k donainatioA fraulMa ; «idisle Foà de Neustrie 119 préToyiù^ pai de «î Için* Tout eviâer 4 une seule pensée , il ne songea qu*à a^pu}oi;, en isotour de ce quUl abandonnerait , la remise entf ^ ses mains d'090 dot conaidéraWe 9a arg9DJ( et en olijei^ préçieax. Ce pplut cojvv^du , il n*f euA plus auicqa obstacle , et h mariage ftit décidéf

A travers, tous, les incidens de cette longue uégociatiou , Ciale^xiiiintbo n^ayait ces#é d^éppouver une grande répugnai^^Q pour Tbom^nç auquel on la destinaijt , et dc- vogues in^iétu4es siir PaTentr* Lespromessçs £»ites , an npm du roi HilpeJ^ik. , par les aiqbad* sad^u^s fraqks., n^ayaicnt pu, 1^ rasftftrcir. Qès qu'elle apprit qve son sort venait d^étr e û%é d^vn^ mawi^ve irrévocable, saisie d^un moMQmeut de i^rreni;qii'e& ne pouvait sumipo t^r , elle courut vers sa mère , et jetant ses bras atUour d^elle , comme un enfant qin cliercbe du secours , elle la tiot embraisée plus d'une heure en pleurant , et sans dire un mpt >• Les âmbaa*

I De cintatibns Terô , hoc est Bardegalft, LemovicS, Cadarco, BeBamoeC "Begorri, qnts Gailesaiadam , tâm in «kteqxâm in morgan* giha, lioc Mt matntiniU doqfi, in Fraociam Tenientcui certum ost ad<{wsine. (Gscforii Tttron. Hist. Francor. eccl., lib. IX^ pag. 3414.) a Hoc ubi virgo meta auditnque eiterrita senait,

Ci»rit ad aroplexBs , OojfsimtB t tvvos.

Brachia constriogens nectit aine fine catcoam , Et malrpin F.mplexn per sua membra ligat.

(VenaotulWtiiiiati camin-, IH:. VI, pag. 561.)

BU SIXUMB «IfcetB [l833]. 40S

sadêvrt fràilks tt préiëntèrent {K)ur Mhier la fiancée ée^ tsar m ei pinenidire éëè ordréè pôhr le départ ; amis, à la vue de ces déui femmes ftan^lotant sur le «èin roue de Tantrè , et se èérrattt si étroitement qli^téa |»ardiê«Aîént têtire Kéés ébsémble , tout irude« ^*ilB éOdMt i îl« fbtéét émus et n'oéérent parler dé TO^agëi 4lé laisbèt^nt petêèr deux jours ; et , lé troisième^ ils viutënt de âonteau éé priéètettter devant la fiàti»i ttk lui MttOiiçatat, cette fbis, (}u^U araietithâte d^ parUr^ lui parlant de l^inpatieiicls de leur rdi et de hi l0ii(;illsur du éhettili >. La téine pl^HM ^ et dematada pàmt sa fflie ^cMre «l j6lir de délai • ibàis lé lèUdemidll f qttabd 6ift tint Itli diire que tëtrt était prêt pour te ÛépéH : a Un seul jbur enèoré , répOiidit-elte , et j« Hé dëtoàttdierai pltts i^iéfi. SàTéx-TOiis qtie là 6û T<m9 esittlettès ma tille , il n^f attira plttài dé tàkè^t poulr efie *f* Mais tons les retards pbssibtéS étaient épuisés. Âthatiaghild interposa soâ aiitcvlté de rtfi et dte pHféi et Malgré les làrttlëS de k reiifé , Galeswiétfae fkH Iptfttiise èntf^e l'es maiiM de cens qtei «yaielit misssiMi de la ètfàdttlte auprêé de Sdtl ftttar épouit.

tTnéleiiguéâte de tavaliers, de vditoréà et de clîarkfis d« htt^tt^ , traversé les tûeë dé Tdlêâe et se dir

Instant I^ati geimanica régna reqoiri,

If arrantea loaga tempMé tarda vûa.

8ed matria moti faniità aoa yii a a rn aelvlmt...

Pralerannt dupliae»; «èrtia ^ quitta 4lw.

qtfdaapitU ? Bi&rto 4 dicff , «àita dbM dfttoraa ,

Solanaan^ «rfli ftl movar aob naai.

CarBOTatimp«taé, illà« lilii wmtÊomaiÊtf

(Ymaatii Fortnaati carmin., lib. VI, pag. 561.)

40* SCftHBS

rîgea Ter» la porte da Nord. Le roi enivit à cheTal le cortège de sa fille jusqu^à un pont jeté «ur le Tage , à quelque dîstaoce de la ville ; maît la reine ne pat se résoudre à retourner ai vite , et voulut aller au-delà. Quittant ton propre char, elle s^assit auprès de Galeewinthe , et d^étape en étape , de journée en journée , elle se laissa entraîner à plus de cent milles de distance. Chaque jour elle disait : a G^est jusque-là que je veux aller $ « et , parvenue à ce ternie , elle paasait outre '• A Papproche des montagnes , les chemins de> vinrent difficiles : elle ne s^en aperçut pas, et voulut encore aller plus loin ; mais , comme les gens qui la suivaient, grossissant beaucoup le cortège , augmentaient les embarras et les dangers du voyage , les seigneurs goths résolurent de ne pas permettre que leur reine fît un mille de plus : il fallut se résigner à une séparation inévitable ; et de nouvelles scènes de tendresse, mais plus calmes , eurent lieu entre la mère et la fille. La reine exprima en paroles douces sa tristesse et ses craintes maternelles : c Sois heureuse , dit-elle ; mais j^ai peur pour toi ; prends garde , ma

fille , prends bien garde ' » A ces mots qui s^ac-

cordaient trop bien avec ses propres sentimens , Galeswinthe pleura , et répondit : • Dieu le veut , il faut

I Dat eanttf ipatii genitriz , at longtàa ir«(;

Sed fait optanti temims ilerqne brev*.

Perrenit tfvA mater ait mm md« Mvwti, .

S«d qnod Telle priûa, poctea nolle fiât.

(Venaattt Fortnnati carmiii., Ub. YI , pag. Ml.) * Qnod snperMt gernebondus amor lioc aundat «îmli s

Sia , precor, 6 fisliz Md caTe raidi... Ttl*.

(/Aûf.)

DU 8IX1ÈM1 SlfeCLS [iSSS]. 407

<pie je mé sonmette. » Et la triste séparation s^accomplit.

Un partage se fit dans ce nombreux cortège ; cavaliers et chariots se divisèrent , les uns continuant à marcher en avant , les autres retournant vers Tolède. Ayant de monter sur le char qui devait la ramener en arrière , la reine des Goths s^arréta an bord de la route, en fixant »e» yeux vers le chariot de sa fille , elle ne cessa de le regarder , debout et immobile , jusqn^à ce quMl disparût dans Péloigneqient et dans les détours du chemin >. GalesWinthe , triste , mais réelgnée, continua sa route vers le nord. Son escorte, composée de seigneurs et de guerriers des deux nations , goths et franks , traversa les Pyrénées , puis les- villes de Narbonne et de Garcassonne , sans sortir du royaume des Goths , qui s^étendait jusque-là ; ensuite elle se dirigea , par là route de Poitiers et de Tours, vers la cité de Rouen , où devait avoir lieu la célébration du mariage. Aux portes de chaque grande vHle , le cortège faisait halte , et tout se disposait pour une entrée solennelle : les cavaliers jetaient bas leurs manteaux de route , découvraient les harnais de leurs chevaux , el s'armaient de leurs boucliers suspendus à Tarçon de la selle. La fiancée du roi de Neustrie quittait son lourd chariot de voyage , pour un char

E contra genîtrix port naUm lamina tendena ,

Une atante loco , pergit et ipia simnl , Tota Iremeni , agUea raperet ne mnla qnadr^a...

niàc mente seqoens , qnà ria flectit iter ; DoBM longi ocnlia spatioqae eranuit ample.

(Yenantii Fortnnati carmin.i lib. YI , pag. 562.)

40t 0ciim

de pande, élevé «d fomo 4e tour , et (ont c««^v«H de plaques dWgest. Le poète contemporain k 4jpA sont empruntés ces détails la vit entrer «naî à I\)itiers, où elle se reposa quelques jours : il dit qm^^n admirait la pompe de son équipage , mais ii ne pÊal» point de sa beauté >.

' Cependant Hilperik , fidâle k m promesse ^ «rail répudié ses femmes et eongédîé ses maitreasee.^ Fredegonde elle-même, la plus belle de toutes, le favorite entre celles qu^il avait décorées du nom de reine , ne put échapper à cette proscription générale ; elle a^y soumit ayee une résignation apparente, avee iMse bonne grâce qjak aurait trompé un homme baa— eap plus fin que le roi Hilperik* Il semblait qu'elle reoom* nût sincèrement que ce divorce était néœsaaîre , qne le mariage d'une femme- comme elle avee un roi ne pouvait être sérieux, et que son devoir était de céder la place à une reine vraiment digne de ce titre. Seidement elle demanda , pour dernière faveitr , de ne fine être éloignée du palaia, et de rentrer, comme autre» fois , parmi les femmes qu'employait le service royaL Sous ce masque d^humilité , il y avait une prolrnsdeiir d'astuce et d'ambition féminine contre laquelle le m de Neustric ne se tint nullement en gavde*- Depuis le jour où il s'était épris de l'idée d'épouser une fille de race royale , il croyait ne plus aimer Fredegonde , et

PoK aliquaf nrbes , Pictara» «ttigit arce« ,

Regali pompfl , pr»tereimdo Tiam.

Hanc ego nempè sonu <on>p«u pnBtereantem ,

Molliter argent! turre rotante t«U.

(Venantii FortunatacariMii., lib. VI,pag. 5d2.)

DU SlXlkMB MtOLI [l8S3]. «09

se rimarqiudl pkM •» be«aéf car TeaprU da Bk de Chlethdr , «omBie en féaéral reiprit des barbàrct , étaU peu ei^Mblede reoevoir à la fols des impressîoiis de luiHire diirarse. Ce fat donc sans amére^peasée ^ MÈBU |Hir faiblesse de eœiir^ mais par làiiple défaut de jMgfMneat, qa'ii permit à sou ancièime finrtoite de reeter près de loi « dans k maîsoii que détail faAbitei^ •a iHMiTeUs épooee»

Le* neoes de Galeswiilthe farent célébrées «veo

aaftaal d^appareîl et de aia^ifieèa^e tpf ceUeé de sa

seauv Brimebilde ; il y eat méaM cette foie , pe«r la

mariée» d#* beaii^ttri extraordinaires { et tous ke

Firaaibs da laNeUstri», seigneurs et simfrfes gilerriers»

loi jorèrent fidélité ooaune à un roi <• Rangea en demi*

«erele, ils tirèrest tous à la fois leurs ^léeé et les

brandirent en Pair, ea prononçant une tieiUe Ibntaule

paienae ^i dévouait aa tranchant du gkmre celai ^

violerait son serment* Ensuite le roi lui-^ménie renou*

▼sk éoleaneUement sa promesse de constaneê et de

fei eai^îogak ; pesant k main sar une châsse qtti cen-»

laaait des relt<|iies « il jura de ne jamais répudier k

filk du roi des Geths 9 et, tant <|u^eUe vivrait , de ne

prendre aucune autre femme. Galeswinthe se fit re»

«anyaep, durant ka fèlee de sen aurk^e » par la beafé

gneiévse fa^elle feésMgnait ailx tonvives, ette les

9san«IHait eeasme si eUeki eût d^ eonnus ; «as aria

Jangitar «rg& thoro rrgali enlmine TÎrgo ,

Et magno meniit plebis «more coli...

Utqne fiddis ai «t^BM ■ * ■■!■ ypcr «I«m

Jant , jure «no m iptoq/m legs Uf/àt.

iWmmii Va^tmnH mnuM.f Vh. VI, pag. 562.)

410 WtlIBS

elle offrait de» préseas , aoz antres elle adreMait des parolea douces et bienyeiHantes ; tous raesaraieiiC die lenr dérouement , et lui •oahaitaîent Bne lonipie et heureuse TÎe '• Ces vœux, «{ui ne devient point ae réaliser pour elle, raccompagnèrent jnsqu^à la chambre nuptiale , et le lendemain i son lever, oUe reçift le préêtnt du madn y avec le cérémonial prescrit par les coutumes germaniques. En présence de témoins choisis , le roi Hilperik prit dans sa main droite la main de sa nouvelle épouse , et de Pautre jeta sur elle un hrin de paille , en prononçant à haute voil^ les noms dos cinq villes qui devaient à l'avenir être la |Nroo priété de la reine. L'acte de cette donation perpë^ tnelle et irrévocable fut aussitôt dressé en langue latine : il ne s'est point conservé jusqu'à nous ; mais on peut aisément s'on figurer la teneur, d'après les formules consacrées et le style usité àÊXk% les aatrea monumens de l'époque mérovingienne :

«Puisque Dieu a commandé que l'homme abandoime père et mère pour s'attacher à sa femme , qu'ils soient deux en une même chair et qu'on ne sépare point ceux que le Seigneur a unis , moi, Hilperik , roi des Franks, homme illustre , à toi Galeswinthe , ma femme iMenaimée , que j'ai épousée suivant la loi saliqne , par le sou et le denier, je donne ai:gourd'hui par tendresse d'amour, soùs le nom de Dot et de Morgane-Ghiba, les cités de Bordeaux, Gahors, Limoges, Béam et

Ros qnoqae maneribiu , pertaoleeiiB nékm Oltti , Et licet îf^otM ne freit «m* «luii.

(Venantu Fortonati camu., Ub. VI, pag. 682.)

DU SEXiftU 8IÈGUI [iSSs]. 411

Bigore, avec leurs popnlatioiit et leurs territoires ^ Je veux qu'à compter de ce jour ta les tiennes et possèdes en propriété perpétuelle , et je te les liTre , taransfère et confirme par la présente charte , comme je Tai fait par le brin de paille et par le handelang >.» Les premiers mois de mariage furent, sinon heureux , du moins paisibles, pour la nouvelle reine f douce et patiente , elle supportait avec résignation ce qu^il y ayaît de brusquerie sauvage dans le caractère de son mari. D^ailleurs Hilperik eut quelque temps pour elle ime véritable affection ; il Paima dV bord par vanité , joyeux d^avoir en elle une épouse aussi noble que celle de son frère ; puis lorsquUl fut un peu blasé sur ce contentement d^ampur-propre , il Taimapar avarice à cause des grandes sommes d^argent et du grand nombre d^objets précieux quVlle avait apportés ^ * Mais , après s^étre complu quelque temps. dans le calcul de toutes ces richesses, il cessa d'y trouver du plaisir ; et dès-lors aucun attrait ne rattacha plus à Galeswinthe. Ce quUl y avait en elle

I Pàm DominiuaL initio pnecepH nt relinqast homo patrtm et matrem , et adiuereat suae uxori , ut sint duo in carne unâ , et qnod Dominus conjunzit homo non separef , ego enim in Dei nomine flli, dulebsinue conjugi me« Uli , dàm et ego te per solidam et denariam aecnadàm legem salkam vians fni aponiare, ideà in ipaâ amoris dnlcedine, dabo ergo tibi.... (Ex fonnniia Biponianis, apnd script, rernm franctc., t. IV, p. 539.) — Egô CUIpertcui rai Francoram, vir inloater. (Hitl., p. 022.) •— Cmm Umiùa et cnaeto popnb SUD. (Greg. Tumn. pag. 344*)

s Per liane chartulam libelli dotù , aire per festacam atqne per andelangum. (Ex formnlif Lindenkrogianis, apnd script, renua francic, tom. IV, p. 555.) — MmuUUmg, que lea conutteauteon n*exidiqa«nt paa, derait slgniier Mrrem$nt de main,

« A qno etiam magno anore diligebatar; detalerat enim «eeam magaoft thaNwos. (Oregorii Tnnm. Hiat. Fiuacor. ecd., Ub. IV, ptg. 217.)

«le bcaHlé flioniifr^ àmn fmï 4Nttpié\\ , m cbarilé cb»tert kt pauvre» > «^élaieiit paê dis ttalufe ft Ift eHa^^ mer ; caf il ii'avàk «le seM «l ^attie ^ite poâi^ Iab«atttë eùtfvt^Uti ÂkMÏ le ttofetteM àirtita bientôt où , éH tié^ pic 4é M» pi^«pM» téèettitiMÉa , Hllpei^k ne «inèMtft ati|i#èé Ile la fettiâe ^uë dé la frefidielii^ ël dé FettiÀii. G« àMtaieBt, épié pài^ Vteâ&gonàé^ fibt iilié i pfëftl pÉ#elle«Vttc «on aibeMe èMituiire. Il loi suffit «le i« m&ûii^t eeunnê pàk» kMaM ênr le pA«èàger en M y fkmt ipke la cotîîpitf aisoiîi de éa figuri» , aree èelle «té Galeâ^iUtlÉe , ftl reviWe , dans le éaékst de cet hdÉtaiM aenenel , ulle pasëioo mal étéhite par ^oelipiea botif" Itos «)^ttidtir«*ptrè]^i»ëk tredegmide fol i^prise poitf^ €<]iieiibine , et fit éelat de son noitfeati triomphé ; eHé alleeta même eoVers Pép^ùse dédaignée dés aîr» hau^ tlii&a et mépfftans. Dotiblenient blessée, comme hmtné et comme reine, Oaleswiothe pleara d^ètbord eu m»leiiee ; puis elle osa se plaindre et dire ati roi <pi*ll à^ aTait plus dans sa maison aiicùii honrieiir poui* elW, mais des injures et des afft^nts qtl^elte ne pov'Mii supporter. Elle demanda comme une grâce d^étre répudiée , et offrit cTabandonner tout ce qu^elte aràit apporté avec elle , pourvu seulement qu^tl lai fût permis de retourner dans son pays >.

L^abandon volontaire d^un ricbe trésor, le désintéressement par fierté d^ame , étaient des ehoses tncém* préhensibles pour le roi Hilperiky et û^én ayant péê

» QèÊBqm m ww^ <| i MW i rti «ndnè iaJÊtim fathtn^ àUÊÊtÊifUê M digiiitatam ewn eoden hdbere, peliit «t, reiictis tlMMMri» f*M aMdmty Ukumm rridira (Mnaiiiêr*! td pAiM. («Ngofll Tmw. Vraneor. -A., Ub. IV, ^|. 117.)

if SUUMV tlAGU ll%»%]. 413

l^m^^mAf^ î<]^9 i)a^ poivrait y oroife. Anm y mal^é l^iur «iai^Ué, 1^6 paroles de k tmteGa^swintbeae Uii il^pîliôr^Qt diantre affBtimentqii^fiiie défiance «pmbfQ^ eJi la OTimte de perdre , pAr «b« ruptuve ovk- T4|çl« • d|^ VKli#«»e$ c(u^i]. «^etlinnk h^vreux d^avoîr CM «i9(PQ»«MmB.rMaUrttaiH; $e« énotioM et dÎMioiii- ]Aflt^4^ pensée ayeo la ruse du aanyage, il changea V>ut d^iiA 9pup de manières , prit «ne yoix douce et çarf^aante 9 it des protestations de repentir et d'à* mfiur, 4}ai trompèrent la fiHe d'Atbanagfaild. llWne P9jrlait pins de séparation , et se flattait dfun setMur s^»eère , lorsqu'une nuit , par Tordre du roi, un ser- TÎIi^ur affidié fot introduit danasa chambre, et Tétrangla pendant qu'elle dormait. En la tfouTint. morte dans son lit , Hilperik joua de son mieux la surprise et TaffLiction \ il fit même semblant de yerser das larmes ; et, quelques jours après , il épousa Fredegonde *. Ainsi périt cette jeune femme , qu'une sorte de révélation intérieure semblait àyertir d'ayance du sort qui lui était réservé , figure mélancolique et douce qui traversa la barbarie mérovingienne , comme une apparition d'un autre siècle. Malgré la rudesse des mœurs et la dépravation générale , il y eut des âmes qui se sentirent émues en présence d'une infortune si peu méritée, et leurs sympathies prirent, selon l'esprit du temps, une couleur superstitieuse. On disait qu'une lampe de cristal, suspendue près du

> Qood ille per ingénia dintniiilana , rerliis etm Iraibuf demnisil. Ad cxfrtannm eam saggiiari joasit à poero, mortnamqne reperit in strato.... Rex antraa, cum ram mortnam drflesaet, post paucos dies Fredfgandam recuit in matrimonio. (Gregorit Turon. Hist. Francor. eccl. , lîb. IV, pag. 217.)

414 SCklflS m SIXitHB BTftCLB [fSSS^*

tombeau de Galeswinthe , le jonr de ses funér^Uet, s^élait détachée subitement, sans que pensnoe f portât la main, et qnVlie était tombée sur le ptTéde marbre , s^ns se briser et sans s^éteindre. On asraraît, pour compléter le miracle , que les assistans sTÛoit yn le marbre du pavé céder comme une matière molie, et la lampe ê*f enfoncer à demi ■• De semblables récits peuvent nous faire sourire , nous qui les lisons dan# de vieux livres, écrits pour des hommes d'an antre âge ; mais , au siiième siècle , quand ces légendes passaient de bouche en bouche , comme Teipression vivante et poétique des sentimens et de la foi populaires , on devenait pensif, et Ton pleurait en le$ entendant raconter.

* Ljehniu eiiim iUe« qui fane safpensas corim scpnlckro «jus «rdelMt, anilo UBfnU , Ame darapto , ia pavioMaUm cormit : «t tu^teateaalàeim doritiâ paTimenti , tanqaam in aliquod molle elementam deteeiKlit, alqne medittc eit snffiiMuf , n«c omninè contritas , qaod non sine gnaâi mincnlo naartOMu fait. (Gngorii Tarai. Hmi. Frtncor. eecl., Ixb. lY^n. 217-) — Forttmali carmin, lib. VI, pag. 563.

riîf.

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