DE CHOSES QU^ELLE ETABLIT. CET ORDRE DE CHOSES SE
DÉGRADE ET SE MODIFIE. — LUTTE DES CLASSES d'hOHMRS ET DES INTÉRÊTS OPPOSES. — GRANDE REACTION NATIONALE.
La terre qu^habite le peuple anglais fat envahie , dans lé onzième siècle , par une armée de Normands , qai en força Pentrée et s^y campa. Cette armée prit possession du sol et des hommes qui vivaient dessus, comme d^un champ et de machines propres à Pexploi^ ter. Elle se répandit dans la contrée, pour s^y nourrir plus aisément ; mais elle se partagea sans se dissoudre : on conserva les grades , la subordination militaire , et tous les moyens de ralliement d^une troupe en campagne.
Même , l^armée se continua dans les fils de ceux qui la composaient , et encore dans les fils de leurs fils. Plusieurs siècles après la conquête , les arrièreneveux des conquérans campaient dans le pays , organisés comme Pétaient leurs ancêtres : il y avait un capitaine - général , héritier de celui qui avait conduit Texpédition , des chefs secondaires et des soldats , issus des officiers et des soldats de la conquête.
Le nouveau capitaine , descendant du premier en ligne masculine ou féminine , se faisait donner le nom de roi. Les commandans en sous ordre avaient le titre de barons. On appelait le reste de la troupe, en latin ,
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les gens de guerre * , et en anglais , les chevaliers >.
Le partage primitif du sol s^étaît maintenu ayec la distinction des grades. Le capitaine possédait , en propre , plusieurs portions de terre que son prédécesseur s^était attribuées 5 et , de plus , il avait le pouvoir de disposer de la possession de tout le reste , selon de certaines lois établies par la discipline : privilège qu^il exprimait en ajoutant à son titre le nom dn pays , en se disant le roi de VAn^terre. De la mAne manière , les officiers qui , selon leur rang , occupaient des districts plus ou moins étendus , et les soldats qui s*y étaient eantonnés se fiaisaient distinguer par le nom éA leurs proyinoes on de leurs domaines.
Le chef de Parmée vietorieuse s^était dédaré propriétaire dtt sol et des hommes vaincus , au nom de Dieu et de son épée ; ses successeurs attestèrent Di&i et leur droit : leur droit , c'était Thérédité. Les lientenans avaient, pour titre de leurs possessions, leur droit , Tbéritage de leurs aïeux , avec le bon plaisir du chef. Mais lequel de ces deux titres était décisif de la propriété ? cela devait être souvent mis en doute ; et alors le chef faisait valoir sa volontéeonune suprême, et les officiers leur succession. C'était une cause de disputes fréquentes '. ^
I MilUes.
3 Knighls, onbûoi estfuires , écnyen.
3 Sons le commandement d'un des snccessenrs do conqii^rant , le comte de Vtrenne, qoi aTut en propre 28 TtUes et 288 manoirs, intevogë sur son ànit de propriété, iica m» é^fée en disant .• « Yoilâ mes tities. Guillaïune le B&tard n'était pas seul lorsqu'il s'est empare de cette terre ; mon aïeul ëlait de l'expédition. « (Hame*8 hbt. of England, vol. f, appendix ii.)
DES RÉYOLVTIOIfS 0*A1ieLKTSBRB [l817]. 61
Voilà quel était , en Angleterre , Pétat des fils des conquérans ; quant aux fils des yaineas , qu'on dési^ gnait par le nom de sujets c'est-à-dire subjugués ' , ils étaient aussi dans la même condition que leurs pères. Il leur fallait nourrir à discrétion cette multitude campée au milieu d'eux. Leur TÎe n'était quelque cliose, qu'autant qu'elle servait aux vainqueurs. IjO plus ou le moins de profit à tirer de l'homme était la mesure du bon et du mauvais traitement. Si l'industrie ne produisait pas assez , on vendait le corps. Les naturels de l'Angleterre étaient un article d'exportation pour l'Irlande et les pays étrangers >•
Chaque officier avait à ses ordres des agens chargés de ramasser les vivres qu'il tirait de son district , d'en jNrotéger le transport , de s'opposer à la résistance de ceux sur qui la contribution se levait; de punir les refus , de prévenir les soulèvemens , et même d'étouffer les querelles des sujets ; de réprimer toute offense , toute injure que l'un ferait à l'autre , soit dans sa personne , soit dans ses biens , afin que leur corps fût toujours propre à la fatigue , afin que le capital sur lequel ils travaillaient pour le maitre ^ ne di*
i Subjeeti , d« subjiter». Ce mot ne tignifiait point la anborainatimi politique 9 mais la aoomiMÎon aux Tainqnenra. Cinq cents ans apris la conquête, on en faisait encore la difôrrace. La reine Elisabeth , dans SM discours au parlement, n*appelatt pas sujets Ica hommes sur qm elle B*at«it que la pré^ mineDende raotonti, mais elle donnait ce nom aux membres des commîmes , pont exprimer qn*elle avait sur eux une autre sorte de pouToir. La formule ëuit : « My right loving lords, and you, my right faithfiil and obedient subJecU. Tris afieclionnÀ seigneurs on maîtres, et très ob^issans snjets. » ( Edwrd's hist. of England. )
* Clerke , Conp-d'onl aar la force de TAngletenne , qh. 1*'.
s Lord.