SUR LES PARTIS POLITIQUES
fusillait les soldats qui s’avisaient de revendiquer leurs droits d’hommes libres 1 ; mais les royalistes étaient protégés et accueillis. Ludlow, emprisonné à la Tour, reçut la visite d’un noble irlandais, qui lui offrit ses recommandations auprès du lord, protecteur 2 . Le projet d’une réconciliation occupa à la fois le fds de Charles I er et la famille de Cromwell ; une duchesse fut médiatrice 3 : Cromwell daignait s’excuser auprès des anciens nobles de ce qu’il ne s’accommodait pas avec Charles , et il leur donnait à entendre que leur fortune n’y perdrait point; mais partout le cri public était : A bas les courtisans et les soldats * ! Les armes du protecteur, mises sur la porte de l’hôtel de Sommerset, furent couvertes de boue à sa mort.
Richard Cromwell n’eut pas le courage de continuer la tyrannie, et il déplut aux officiers; il fut déposé; l’armée se divisa, et les patriotes se rallièrent; des mouvements sc préparaient : alors les officiers songèrent à renouer le pacte déjà tenté en vain avec Charles II et les royalistes. Fleetwood, gendre de Cromwell, et plusieurs autres en eurent l’idée \ George Monck l’exécuta.
Monck, transfuge de l’armée royale, puis créature de Cromwell, réussit dans cette entreprise, à force de secret et de mensonges. « Sa politique, dit M. Villemain, fut une profusion de faux serments; on doit môme avouer qu’il poussa jusqu’à l’excès la précaution du parjure fi . Pendant qu’il conduisait ses manœuvres, il répétait à Ludlow : « Il faut vivre et mourir pour la république ; » et, mettant sa main dans celle de l’inflexible Haslerig, il
1 Histoire de Cromwell, tome I, p. 231-240. — • Ibid., tome II, p. (47.
— ^ ibid., tome I, p. 322. — * Ibid., tome II, p. 436. — 1 Ibid., p. 322.
- • Ibid., p 150.
jurait de s’opposer à l’élévation de Charles Stuart et de tout autre 1 .
On trouve, dans l’ouvrage de M. Villemain, une grande vérité de caractères, et le talent de faire ressortir à propos des faits encore inaperçus. Par exemple , on lui doit d’avoir remarqué le premier que les épithètes odieuses de factieux abominables , d’hommes capables de tous les crimes et dignes de tous les mépris, dont les historiens les plus philosophes ont qualifié le parti des nv-eleurs, sont des productions de l’esprit de Cromwell, et l’accompagnement ordinaire d’insultes dont il poursuivait ceux qui lui résistaient, en les envoyant à la mort. C’est de sa bouche que ces mots ont passé dans l’histoire 2 . M. Villemain a découvert encore que la dénomination d'insensés et de fanatiques , dont Hume et Voltaire ne craignent pas de flétrir les plus respectables patriotes, est proprement de l’invention de Monck; que ce fut lui qui la proféra le premier, et qui la mit à la mode pour aider à la restauration 3 .
L’Histoire de Cromwell est écrite d’un style grave, clair, élégant, sans aucune mollesse. Elle a le mérite entièrement neuf d’être composée d’après les mémoires et les documents originaux, et de reproduire la couleur de l’époque avec une parfaite exactitude. On pourrait y désirer plus de précision et d’unité dans les vues politiques, mais, à notre avis, il n’existe aucun ouvrage qui présente un tableau aussi complet et donne une idée aussi juste de la grande révolution de 1640.
1 llisto re de Cromwell, t. Il, p. 288. — * Ibid., p. 372. — 3 Ibid., p. 270.