‹ Dix ans d'études historiquesChapitre 10 sur 86 · SUR LES PARTIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES PARTIS POLITIQUES

queurs commencèrent à stipuler avec lui les conditions de la paix. Voilà la première époque de la révolution d’Angleterre.

Mais, durant les distractions de la guerre, la liberté fut oubliée par ceux même qui combattaient pour elle. Ils voulurent rester armés et se foire obéir des citoyens. On s’indigna, et, pour seule réponse, ils proposèrent leur secours à l’ennemi , ils offrirent au roi de le relever de ses défaites et de lui rendre la puissance, sous la condition d’un partage. Les débats produits par ce complot remplissent la seconde époque. L’armée voulait se vendre cher; le roi voulait l’acheter à bas prix. Le roi tenta sous main d’autres alliances; mais il était faible, l’armée était forte : l’armée résolut de le punir; et, prenant sur elle seule le soin de ruiner la liberté naissante, elle sacrifia à sa fortune celui qu’elle avait voulu s’allier.

Depuis ce temps, l’armée régna comme avait régné la cour; elle régna avec des chances diverses de licence pour les soldats et de despotisme pour les chefs ; mais, l’oppression des citoyens fut uniforme et constante : telle fut la troisième époque.

La quatrième époque s’ouvrit à la mort du général Cromwell , par des divisions dans l’armée : l’esprit de liberté reparut dans le peuple, mais l’armée, à cette résur rection menaçante , se reporta vers le vieux projet d’une ligue avec les royalistes; un chef eut l’honneur de l’accomplir, et il eut aussi l’honneur de ne comprendre que lui-ntême dans le traité, et de vendre ses compagnons d’armes en même temps qu’il vendit le peuple. Voilà les faits dont la suite remplit les vingt ans de la révolution d’Angleterre, depuis l’année 16-10 jusqu’au 29 mai 1600, jour de l’entrée de Charles II.

C’est dans le cercle de ces événements qu’ont agi les partis divers que l’histoire a distingués, savoir : les déistes, les presbytériens, les indépendants, les royalistes, les militaires, et enfin le peuple, parti composé du vulgaire des autres, espèce de centre commun où ils aboutissaient tous, et se rencontraient par leurs nuances les plus faibles. La secte des déistes fut la moins nombreuse, la plus pure en raison, et non la moins énergique; elle comptait Sidney dans ses rangs. L’idée qu’elle se faisait de la liberté était haute et vaste. La liberté lui apparaissait comme simple et universelle à la fois , comme n’appartenant à aucun régime , mais pouvant être sous plusieurs ; comme le résultat de la raison et de la volonté humaines, non d’un arrangement fortuit et passager. Les presbytériens croyaient la liberté nécessairement éloignée d’un peuple par la présence de la discipline épiscopale, et surtout par le culte catholique ; hors de ces exclusions, ils la reconnaissaient compatible avec diverses formes, soit politiques, soit religieuses. Mais les puritains ou les indépendants ne lui accordaient d’asile que dans une seule forme, la religion sans sacerdoce, et le gouvernement sans chef unique. De ces trois sectes, la première fut toujours également calme et ferme; il ne pouvait y avoir de fanatisme pour ceux qui n’excluaient rien. La doctrine des presbytériens, au contraire, n’était pas sans péril pour la raison : sa proscription de l’épiscopat la rendait haineuse et passionnée; sa tolérance sur tous les autres points, peu philosophique parce qu’elle n’était pas universelle, dégénérait facilement dans un scepticisme indolent, et dans une tendance lâche à suivre la fortune. Whitelocke déserta vers Cromwell, Hollis déserta vers Charles II; tandis que

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Sidney, placé plus haut, n’espéra et ne craignit rien du hasard qui dispose du pouvoir : ni les parlements, ni le dictateur, ni les conseils militaires, ni le roi, ne purent arrêter un moment ses yeux fixés vers la liberté. Les puritains, qui resserraient l’idée de l’indépendance dans le cercle étroit d’une formule précise , et l’y retenaient pour ainsi dire captive, devaient faire trop facilement l’équation fausse de la liberté avec le symbole exclusif où ils la localisaient. Il est vrai qu’aspirant sans cesse à un objet fixe et sensible, l’esprit de la plupart de ces hommes contracta une habitude remarquable de détermination et d’énergie. Ils furent dupes de la confusion de leurs idées; mais ils acceptèrent noblement les persécutions sous la république, et l’échafaud sous Charles II.

Les royalistes, ennemis de tous ces partis, les combattaient, soit en haine de la liberté , soit par la crainte d’une concurrence d’ambition, soit par affection pour la personne et la famille de Charles Stuart. Cette dernière espèce de royalistes parut être la plus rare. Ce que la plupart aimaient, ce n’était pas le roi, c’était la royauté , c’était le pouvoir de signer des brevets et de donner des pensions. Leur culte intérieur était pour ce pouvoir; leur idolâtrie adorait la couronne qui en était le signe visible. « Mon fils , disait le vieux Windham , « soyez fidèle à la couronne; je vous recommande de « ne jamais abandonner la couronne, quand même vous « la verriez suspendue à un buisson. »

Voilà quels furent les partis; quant au peuple, que nous avons compté parmi eux, et qui participait à la fois de la nature de chacun, il parut successivement, et selon les chances de la fortune, tout presbytérien, tout indépendant, tout royaliste. Le besoin de faire des aeclama-

tions lui fit célébrer toutes les victoires; mais si chaque formule figura dans son langage, aucune ne pénétra jusque dans sa conviction. Le peuple fut égoïste, comme il devait l’être. Il n’eut d’attachement que pour son intérêt; en revanche, son intérêt fut également méprisé par tous ceux qui gouvernèrent, et qu’il applaudit tour à tour.

Revenons à l’histoire de Cromwell. L’indication de quelques passages du livre qui fait l’objet de cet article rendra plus frappantes les quatre époques que nous avons distinguées dans les vingt années de la révolution anglaise. Au moment de la défaite des royalistes et de la reddition de Charles 1 er , M. Villemain montre l’armée parlementaire déshabituée de la vie civile, et ne voulant plus que la guerre et des grades. Quand le roi fut enlevé par l’armée, le parlement réclama son prisonnier, legénéral Fairfax engagea Charles à retourner de lui-même ; le roi refusa : «Monsieur le général, dit-il, j’ai dans l’armée « autant de crédit que vous'.» Le roi trouvait en effet dans le camp et de l’amitié et des égards. Les officiers lui faisaient leur cour, et il faisait sa cour aux soldats a . 11 traitait presque d’égal à égal : « Je dois jouer mon jeu « autant que je puis, » dit-il 3 . Mais il joua si mal son jeu, qu’il souleva contre lui ses alliés futurs; ce fut la cause de sa perte.

Après la mort de Charles I", l’oppression de l’armée se fit sentir au peuple, et l’oppression du chef à l’armée. Des pamphlets dénonçaient aux citoyens les secondes chaînes de la Grande-Bretagne, tandis que Cromwell

1 Histoire de Cromwell , lomc I, p. 130. — * Ibid-, p. 143 - 1*6. — 3 Ibid., p. ISO.

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