U6 SUR LE CARACTERE NATIONAL
fait point de grâce à l’ignorance du vieux temps, en faveur de ce qu’il a de poétique et même d’instructif. 11 semble qu’aux yeux de Robertson il n’y ait point d’histoire d’Écosse, ni même de nation écossaise avant le XIV e siècle; cette nation apparaît dans son livre toute formée, toute constituée, au moment précis où il la juge digne de figurer sur la scène historique. Les faits nombreux et incontestables qui se rapportent à l’origine de la population et aux races dont elle se compose, tous ces faits dont la trace est visiblement empreinte dans son organisation sociale , ces changements de destinée poli- , tique, ces partis à des époques postérieures , sont négligés par l’historien. Ne connaissant point la nature primitive du peuple écossais, on comprend mal comment il agit et comment sa conduite est d’accord avec sort caractère national ; l’on attribue à des causes fortuites , à de purs accidents du hasard, à des influences personnelles , ce qui a des racines profondes dans les instincts moraux et les passions héréditaires des grandes masses d’hommes.
Un fait domine toute l’histoire d’Écosse , c’est la différence primitive des races, non-seulement entre les Écossais et les Anglais , mais encore entre les deux branches principales de la population écossaise. Quoique les habitants des deux portions de la Grande-Bretagne, séparés par la rivière de la Tweed et le golfe du Solway, aient cessé depuis longtemps de former deux Etats distincts et hostiles l’un envers l’autre , ils se distinguent encore par des différences de mœurs et de caractère, qui sont le signe d’une origine différente. Au nord de la Tweed, une plus grande promptitude d’esprit, un goût plus vif pour la musique, la poésie et les travaux intellectuels, une disposition plus marquée à tous les genres d’enthousiasme.
indiquent une population originairement celtique; tandis que, sur la frontière anglaise, le caractère germanique domine dans les mœurs comme dans le langage.
Les nouvelles recherches physiologiques , d’accord avec un examen plus approfondi des grands événements qui ont changé l’état social des diverses nations, prouvent que la constitution physique et morale des peuples dépend bien plus de leur descendance et de la race primitive à laquelle ils appartiennent , que de l’influence du climat sous lequel le hasard les a placés. Il est impossible de ne pas reconnaître, dans ce qui subsiste aujourd’hui de l’ancienne population irlandaise , une race d’hommes de même origine que celles qui habitent les pays chauds du midi de l’Europe, quoique son émigration sous le ciel humide et froid de l’Irlande remonte à une époque incertaine. Il en est de même de la population des montagnes d’Écosse. Tout ce que les Français méridionaux ont de brusque et de passionné dans leur langage, dans leurs amitiés et dans leurs haines, tout, jusqu’à la danse rapide des paysans d’Auvergne, se trouve chez les montagnards écossais. Placés dans l’ordre d’ancienneté avant toutes les populations qui, en différents temps, sont venues occuper les plaines d’Écosse, et les peupler par leur mélange, ils portent au plus haut degré cette empreinte méridionale qui ne se trouve que fort affaiblie chez les Écossais du midi , quoiqu'elle suffise encore t distinguer ceux-ci de leurs voisins du nord de l’Angleterre. Enfin, et c’est ce qui donne à l’histoire d’Écosse une physionomie particulière, la race des montagnes, restée pure de tout mélange avec des races étrangères, a conservé jusqu’à ces derniers temps, contre la population des basses terres, dont le langage diffère du sien, une haine instinc-