LE ROI
Ce jour-là le seigneur Lez-Breiz allait à l’encontre du roi luimème ;
A l’encontre du roi pour le combattre, suivi de cinq mille hommes d’armes à cheval.
Or, comme il allait partir, voilà un coup de tonnerre , de tonnerre des plus épouvantables !
Son doux écuyer, y prenant garde, en augura mal. — Au nom du ciel 1 maître, restez à la maison; ce jour s’annonce sous de fâcheux auspices 1
— Rester à la maison 1 mon écuyer ; c’est impossible : j’en ai donné l’ordre, il faut marcher !
* Les-Breit signifie à la lettre : Hanche de la Bretagne ; de les, hanche, figurément soutien, et de Breis, Bretagne. Voyez plus haut, p. 3<5 et suiv.
2 Le poème populaire dont Lez-Breiz est le héros est divisé en six parties qui se chantent séparément, et dont les quatre premières ont pour titre : le Départ, le Retour le Chevalier du roi et le Maure du roi.
Et je marcherai tant, que la vie, que la vie sera allumée dans ma poitrine,
Jusqu’à ce que je tienne le cœur du roi du pays des forêts entre la terre et mon talon.
La sœur de Lez-Breiz voyant cela, sauta k la bride du cheval de son frere :
— Mon frère, mon cher frère, si vous m’aimez, vous n’irez point aujourd’hui combattre;
Ce serait aller à la mort ! et que deviendrons-nous après?
Je vois sur le rivage le blanc cheval -de mer*; un serpent monstrueux l’enlace ;
Enlace scs deux jambes de derrière de deux anneaux terribles, et ses flancs de trois autres anneaux,
Et ses jambes de devant et son cou de deux autres encore, et il monte le long de son poitrail, il le brûle, il l’étouffe.
Et le malheureux cheval se dresse debout sur ses pieds, et renversant la tète de côté, il mord la gorge du monstre :
Le monstre bâille ; il agite son triple dard rouge comme du sang, et déroule ses anneaux en sifflant;
Mais ses petits l’ont entendu, ils accourent : fuis 1 la lutte est inégale, tu es seul. Oh ! fuis, sain et sauf î
— Qu’il y ait des Franks par milliers ! je ne fuis pas devant la mort !
11 n’avait pas fini de parler qu’il était déjà loin, bien loin de sa demeure.