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suivant que nous sommes conservateurs üu non, et cependant les Canadiens ne laissent pas d’être respectueux envers l'autorité et enfants soumis de l'Eglise, ne professeht pas non plus la séparation de l'Eglise et de l’Etat. Nous sommes ultramontains en religion, libéraux en politique ; * de sorte que notre libéralisme ne doit pas être assimilé à celui d'Europe, et ne saurait être défini ‘ Ja négation de la liberté,’’ comme dit Donoso Cortès, ‘ Ja négation de Dieu,’ comme dit Ventura. C’est tout au plus à notre radicalisme que s'appliquerait cette définition. Mettons un terme à ce malentendu, à cette espèce de quiproquo, et nous aurons fait disparaître une grande cause de division ; car jeter des doutes sur l’orthodoxie du libéralisme en ce pays, ce serait éloigner de nous beaucoup de gens bien disposés, en donnant à comprendre que la doctrine de l'Eglise est incompatible avec la pratique du meilleur des gouvernements. Le
* Ces mots, cités isolément, ont été vivement critiqués. Mais rapprochés des paroles précédentes : ‘‘ la langue des partis en France ne nous convient pas... en usant des institutions parlementaires nous pratiquons tous le libéralisme,” et de celles qui suivent : ‘notre libéralisme ne doit pas être assimilé à celui &’ i'urope,” is ont un sens très-clair et qui ne prête à aucune équivoque. Je n'ai jamais justifié ni flatté l'espèce de libéralisme que réprouve l'Eglise ; j'ai fait une distinction expresse entre la société européenne et la nôtre, et j'ai appelé radicaux les rcpré:entants chez nous de l'école condamnée. Que l'on n'accepte pas cette manière de parler, je le eonçois ; mais les hommes politiques ont le droit d'adopter le langage qui leur paraît le mieux convenir aux circonstances et aux institutions nationales, et pourvu qu'ils définissent les mots qu’ils emploient, ia théologie me saurait incriminer leurs doctrines de par ses propres définitions. Quant à ériger en principe la séparation absolue de la religion et de la politique, je n’y ai pas pensé : l’étude précédente sur l’affaire Guibord en rend témoignage. Cependant j'avsais pu rendre ma pensée d’une manière plus frappante par l'hypothèse suivante :—Supposons que ie catholicisme soit la religion d’état en Angleterre. Les catholiques anglais partisans de l’ordre de choses établi seraient alors des ultramontains en religion, mais ne seraient-ils pas en même temps des libéraux en politique, eux qui aideraient au fonctionnement d’un régime que l’on regarde comme le type des institutions libérales en Europe ?
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parti catholique doit se composer d'hommes partagés d'opinions sur les questions politiques, unis sur les questions religieuses.
Mais on nous parle surtout de gc/canisme ; c'est la grande affaire du jour. Il paraîtrait que la plupart d’entre nous ont fait du gallicanisme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, et si l’on demande.à quels symptômes on reconnaît cette affection secrète, la réponse n’est pas bien facile. Tout ce qu’on peut dire, c’est que les électeurs qui nomment un député sans au préalable lui faire signer un certain passe-port, tombent dans ce détestable péché ; que les prêtres qui ne eonseillent pas à nos législateurs de soulever le préjugé protestant contre nous par des réclamations retentissantes, commettent la même faute impardonnable ; que nos prélats qui ont, comme feu l’archevèque Baillargeon, par suite des mauvaises leçons du collége, une certaine prédilection littéraire et artistique pour un auteur nommé Bossuet, sont malheureusement coupables de la même iniquité. On le voit, nous en sommes tous. Et dire que nous avons pu dormir tranquilles, étant couverts de cette lèpre !
Comment cette guerre à un gallicanisme imaginaire a-t-elle pu naître, si ce n’est, à part ies intérêts particuliers qui avaient besoin d’être abrités derrière un principe imposant, par la confusion constante de nos affaires avec celles des autres ? On a vu que Louis Veuillot criait fort contre les catholiques-libéraux et les gallicans, et comme M. Veuillot est un grand maître, on s'est mis à crier de même. Le rédacteur de l'Univers peut être un digne modèle, sa doctrine est très-pure,
mais ses procédés ne conviennent pas à tous les adversaires indistinctement dans un pays comme le nôtre où tout le monde est acquis «’avance aux idées religieuses, où il n’existe pas deux façons d’être catholique. Ses articles contre les libres-penseurs de Paris peuvent avoir ici leur utilité, mais il n’en est pas de même de ceux qu’il a écrits contre les Montalembert, les DeFalloux, les Dupanloup, qui n’offrent aucune application à nos luttes. Que l’école de ces derniers soit entachée d'erreur en matières religieuses, c’est possible ; mais ses doctrines politiques, en général, sont et doivent être celles d’un pays où le peuple souverain se gouverne lui-même. * Ces tempéraments qu’elle conseille, la nécessité nous les impose envers les protestants ; cette liberté qu'elle iadique comme devant sauver l'Eglise, nous l’avons : que nous importe le reste dans la pratique ? Et pourquoi nous donner tant de peine pour soulever des disputes qui n’ont pas leur raison d’être ? Car nots sommes unanimes dans la vérité, et les points douteux qui nous divisent ne sont pas et ne peuvent être, à cause des conditions spéciales de notre vie politique, les mêmes que ceux sur lesquels les catholiques d'Europe sont partagés. N'’oublions donc pas, de grâce, cette différence essentielle. Admirons tous ces hommes distingués, mais chez eux, et
* Les libertés modernes font partie de nos institutions. Etant admis ce fait, notre devise ne doit-elle pas être dans ce mot de Lacordaire : “Servir la liberté chrétienne sous le drapeau des libertés publiques.” —Tout le monde a lu les lignes suivantes de la Civilta Cattoliva, citées par Mgr. Duparloup dans ses discours sur la liberté de l’enseignement en 1875 et 1876 : “‘ Les libertés modernes, considérées ‘comme des institutions appropriées aux conditions et aux nécessités de tel ou tel ‘ peuple, les cathoïiques peuvent les aimer et les défendre, et ils font une œuvre ‘bonne et utile quand ils les emploient le plus efficacement qu'ils peuvent au ff service de la vérité et de la justice.”
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ne nous attachons, pour notre gouverne chez nous, aux idées d’aucun exclusivement. Le moindre inconvénient de cette imitation aveugle est de faire batailler, à la manière de Don Quichotte, contre des adversaires qui n'existent pas.
On dit qu’il y a des gens qui sont gallicans sans le savoir. Si tel est le cas, vous êtes maladroits en le leur apprenant ; car du même coup vous indiquez la source où ils pourront puiser des autorités nombreuses ct respectables à l’apoui de celles des erreurs gallicanes que Rome n'a pas encore formellement condamnéés. Vous auriez mieux fait de chercher à détruire ces erreurs par le travail lent, mais efficace, des conversations privées, de la prédication et de l’enseignement collégial.
En doublant cette dénonciation d’injures et d’atiaques personnelles, on devient plus coupable. Persécuter un honnête homme pour une opinion qu’il n’a pas, c’est le moyeu de la lui donner, surtout lorsqus le débat se poursuit par la voie des journaux. L’expérience du journalisme démontre qu'une manière de pousser un adversaire à commettre quelque erreur est d’exagérer la vérité contraire. Quand il s’agit d’une question nouvelle et complexe, il est facile à celui qui improvise des articles au jour le jour de tomber en faute, même s’il se défie d’une impression mal domptée, et la passion qu’engendre la lutte l'empêche parfois de reconnaître son erreur. Il la défend par amour-propre, puis il finit par croire vraiment de bonne foi tout ce qu’il a écrit. On doit compter avec cette infirmité de certaines natures. A tout contradicteur, on se hâte de donner un nom, d’assigner un parti sans plus y réfléchir ; on se sépare
ainsi des gens comme si toute contradiction équivalait à une hostilité.
Mais, au fait, pourquoi serions-nous gallicans ? sous quel prétexte ? Supposons que nous partagions toutes les doctrines du vieux gallicanisme français : quelles occasions, sous notre régime politique, aurions-nous de les enseigner et de les appliquer ? Un: seule, celle où les tribunaux seraient saisis de questions mixtes, tenant à la fois du spirituel et du tempore!, tel que l'affaire Guibord, par exemple. Et, certes! ce procès fameux est loin d’avoir révélé l'existence d’un parti gallican en dehors de l’Institut-Canadien. Mais alors prenez-vous-en donc à ces messieurs de l’Institut, et laissez-nous tranquilles.