‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 106 sur 131 · CE QUE PALMERSTON A PAIT PODR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

CE QUE PALMERSTON A PAIT PODR LA POLOGNE

« Le soussigné, en réponse à la note que lui a fMrésentée l'ambassadeiiT de France à Teffet d'engager le gouverne* ment britannique à interveuir, de concert avec la France, dans les affaires ée Pologne par une médiation qui aurait pour but d'arrêter Teffusion du sang et de procurer à la Pologne une existence politique et nationale, a l'honneur d'informer S. Exe. le prince de Talleyrand que mal- ^é tous les désirs que pourrait avoir le roi de la Grande- Bretagne de concourir avec le roi des Français à to^ute démarche qui pourrait consolider la paix de rEurope, surtout à celle qui aurait pour effet de faire cesser la guerre d'extermination dont la Pologne est aujourd'hui le théâtre^ S. M. se voit forcée de déclarer qu'une médiation tout officieuse, vu l'état actuel des événeienents, ne manquerait pas d'être refusée par la Russie, d'aatant ^lus que le cabinet de Saint-Pétersfaourg vient de rejeter les offres de ce genre qui lui ont été faites par la France; que, par conséquent, l'intervention des deux cours, pour être effective, devrait avoir lieu de manière à être appuyée en cas de refus. Le roi d'Angleterr« ne croit devoir adopter aucunement cette dernière alternative. L'in- Auenoe que peut avoir la guerre sur la tranquillité des autres États n'est pas telle qu'elle doive nécessiter ces démarches, et les relations franches et amicales qui existent entre la cour de Saint-Pétersbourg et S. M. ne lui permettent pas de les entreprendre. S. M. B. se voit donc forcée de décliner (to décliné) la proposition. que vient de ki transmettre S. Exe. le prince de Talleyrand par sa note du iiO juin, jugeant que le temps n'est pas encore venu de pouvoir l'entreprendre avec succès contre le gré d'un souverain d&nt les droits sont incontestables. Pourtant S, M. charge le soussigné de témoigner à S. Exe, Tambassadeur de France combien son cœur souffre de voir tous les ravages qui ont lieu en Pologne, et de lui assurer qu'elle fera tout ce que ses relations amicales

dbyGoogk

avec la Russie lui permettent pour y mettre fin, et que déjà des instructions ont été données à Tambassacleur de S. M. à Saint-Pétersbourg pour déclarer qu'elle tiendra à ce que l'existence politique de la Pologne établie en 1815, ainsi que ses institutions nationales, lui soient conservées.

» Signé : Palmerston. >

Ainsi, dans le temps même où, en ce qui touchait la Belgique, lord Palmerston regardait comme non avenus — en quoi il avait raison — les traités de 1815, il les proclamait inviolables, par une note destinée à rester secrète en ce qui touchait la Pologne! Dans le temps même où il violait le principe de non-intervention contre le faible roi de Hollande, il s'étudiait à empêcher qu'on ne le violât contre le puissant empereur de Russie! Dans le temps même où il agissait comme si les traités del815 n'eussent donné aucun droit au premier, il justifiait par ces traités l'affirmation des droits incontestables du second ! Dans le temps même où il se donnait, à Bruxelles, pour le protecteur des peuples qui revendiquent leur indépendance, il mettait secrètement obstacle aux bonnes dispositions de la France et de l'Autriche envers la Pologne; ce qui revenait à livrer la Pologne au couteau !

J'ai dit que l'Angleterre, bien qu'elle se vante d'être la terre classique de la publicité, fut très longtemps sans connaître le document qui vient d'être cité. Lord Palmerston, lorsqu'on Tattaqua dans la Chambre des communes, se garda bien de mettre en avant pour sa défense les raisons alléguées dans sa dépêche au prince de Talleyrand ; il se garda bien de parler des droits incontestables de l'empereur de Russie. L'ignorance générale lui permettant de dire avec impunité tout ce qu'il voulait, il ne se fit point scrupule d'assurer qu'en intervenant en faveur de la Pologne, l'Angleterre n'aurait fait que rendre la situation pire, attendu, osa-t-il affirmer, que, si la Pologne avait

Page 1