POLITIQUE SUPPOSÉE DU NOUVEAU MINISTÈRE
'S noveoa/bre.
La grande question du joar en Angleterre est, comme on le pense bien, celle qui se rapporte à la formation, à h composition et à la politique supposée <lu nwiveau ministère. Je dis nouveau, parce qu'il est tel en effet, avec lord Palmerston de moins et lord Clarendon de plus.
Qu'il n*y ait pas eu reHianiement da cabinet à la mort de lord Palmerston, on le conçoit de reste. Battus dans les dernières élections, les conservatistes n'étaient pas prêts pour le pouvoir. Il n'y avait guère de possible en ce moment qu'un ministère vdiig, et le seul chef possible d'un semblable ministère, c'était lord RosseW.
Non que lord Russell soit, par la hauteur de son intelligence ou l'éclat de sa popularité, l'homme nécessaire de la situation : loin de là. En fait de talent, M. Gladstone lui est très supérieur; et, quant à sa f)opcilarité, elle ne consiste que dans le respect sincère, mais froid, qu'inspir^ généralement son caractère.
Il n'est pas, d'ailleurs, sans avoir commis de grandes fautes, sans avoir encouru de graves reproches. On n'a pas oublié de quelle manière, abandonnant ses collègues et presque trahissant ses amis, il renversa le cabinet de lord Aberdeen par cette déclaration que la guerre de Crimée avait été mal conduite et que c'était un tort injustifiable. On se rappelle les tristes résultat^ de sa mission à Vienne. On ne sait jusqu'à quel point on peut compter sur son zèle pour la réforme parlementaire, zèle de-
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POLITIQUE SUPPOSÉE DU NÔtVEAU MINISTÈRE. 8«
pnis si longteiïips endormi. Enfin l'on se demâ^ée avee quelque inquiétude si l'honneur de l'Angleterre est tout à fait sauf, sôiis U gfâfde d'un ministre qui, dâtis k question de Polegvie et dans i^elle du Danemark, a si peu agi aptes avoif tatit parlé.
Et puis lord Russell n'a rien de ce naturel aimable, de cette grâce attirante, de cette tolérance politique, de ces qualités de l'homme dtt monde qui avaient vaiu à Ibrd PalmerstoA une influence tonte personnelle. ïl est sec, raide, exclusif, enclin au népotisme, et porté à ne voir dans l'Hitat que le patrimoine de son parti, fidèle représentant sous ce rapport, comme s&tts beaucoup d'autres, de celle aristocralii^ des whigs qui a toujours trouvé moyen de marier à certaines tendanees libérales le gèôt d'une domination sans partage, des allures hautaines et un intraitable esprit de caste.
Voilà bien des raisons contre; mais, je îfte hâte de le reconnaître, les raisons pour abondent. On ne saurait nier que lord Russoll n^ait poussé de son mieux à la roue sur le chemin du progrès. Son nom est associé à la plupart des victoires remportées dans l'Angleterre contemporaine par le génie de la liberté. Si ses manières sont raides, du moins ses convictions sont fermes; si son libéralisme est étroit, du moins H est consistant. On n'a pas à craindre que, dirigée par lui, l'Angleterre en vienne jamais à pactiser avec les gouvernements absolutistes. Pendant la guerre d'Amérique, il était du très petit nombre des hommes d'État qui, de ce côté de l'Atlantique, ne perdirent jamais de vue que le triomphe du Sud eût été celui de l'esclavage. S'il se montra intolérant à l'égard des catholiques, lorsque le cardinal Wisemann afficha la prétention de se parer du titre d'archevêque de Westminster et d'établir au sein de l'Angleterre protestante une hiérarchie catholique, ce fut en haine de l'intolérance papiste. La lettre qu'il écrivit à cette occasion.
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à révêque de Durham et son bill des titres ecclésiastiques, témoignent de Fâpreté, mais aussi de la bonne foi de son libéralisnie. Que dire encore ? Sa naissance — et ce n'est pas un médiocre avantage en Angleterre — sa position sociale, Timportance des fonctions qu'il a remplies, son expérience des affaires, sa familiarité avec le pouvoir, son habitude de traiter avec l'Europe au nom de son pays, tout concourt à faire de lui un personnage considérable. En réalité, il est aujourd'hui le seul sous qui un homme de la taille de H. Gladstone puisse servir sans paraître déroger.
Quelques-uns auraient voulu voir le poste de premier ministre confié à lord Granville. Le choix n'aurait pas été mauvais si, pour occuper la première place du royaume, il suffisait d'avoir de grandes relations de famille, des manières conciliantes, un tact politique parfait, et les qualités qui constituent un courtisan d'élite.
Mais pourquoi, demanderez-vous peut-être, ne pas livrer les rênes à M. Gladstone? Parce que M. Gladstone inquiète un peu tout le monde, même ses amis. Ce brillant esprit a tant de facettes, il réfléchit tant d'idées et de nuances d'idées, il sympathise par certains côtés avec tant de causes diverses, il est doué d'une clairvoyance si tourmentante et pressé par un besoin d'initiative si impérieux, que la direction qu'il peut prendre à tel moment donné échappe à toutes les prévisions. On le croyait profondément imbu des doctrines d'Oxford, lorsqu'un beau jour il proposa de taxer les institutions charitables. On le croyait entièrement revenu des idées qu'il avait pu puiser dans le camp des tories, lorsqu'un beau jour il se déclara pour le Sud. On le croyait, en économie politique, de l'école de M. Milner Gibson, lorsqu'un beau jour, plagiaire instinctif des socialistes français et du Luxembourg, il demanda que l'État fût admis à faire concurrence, dans l'intérêt des pauvres et des ignorants, aux compa-
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