‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 119 sur 131 · D'OU VENAIT LA FORCE DE LORD PALMBRSTON · texte numérisé non relu

D'OU VENAIT LA FORCE DE LORD PALMBRSTON

5 novembre.

Le cabinet que présidait lord Palmerston se maintiendra-t-ii avec lord Palmerston de moins? Les paris sont ouverts.

C'est impossible, assurent beaucoup de gens. Autant vaudrait dire — la comparaison est du Times — qu'une montre peut continuer d'aller quand le principal ressort est brisé. D'autres comparent le cabinet à un système planétaire qui aurait perdu le centre autour duquel il gravitait.

Quant k moi, je ne suis pas entièrement de cet avis. J'estime que l'importance de lord Palmerston, de même que sa capacité, a été surfaite. Mais, ceci entendu, je reconnais volontiers que sa mort est pour le ministère qui

marchait derrière lui une cause réelle d'affaiblissement. Voici pourquoi.

Ce qui constituait, à mon sens, la force de lord Palmerston, c'était l'absence des qualités qui font un graad ministre, savoir l'élévation des idées, la profondeur des conceptions, l'originalité des vues, l'ambition des vastes desseins, l'esprit de suite, l'initiative.

Quelque paradoxale que cette assertion puisse paraître, je la tiens pour parfaitement vraie, appliquée au génie de l'Angleterre et à sa situation actuelle. Lord Palmerston devait, en effet, à Tabsence des qualités que j'indique, de pouvoir grouper autour de lui tous les partis. Bien différent en cela de M. Gladstone, il n'effrayait personne. Son mdifférence en matière politique était si connue, que ni les hommes du parti libéral, ni même ceux du parti radical ne craignaient de trouver en lui un adversaire obstiné, une fois l'heure venue de réaliser leurs espérances. De leur côté, les conservalistes savaient à merveille qu'il n'avait qu'un fort médiocre souci du progrès et n'était nullement d'humeur à lui donner de l'aiguillon dans le flanc. Chose singulière! si lord Palmerston au pouvoir représentait plus particulièrement un parti, c'était justement celui de l'opposition. Chef d'un cabinet virhig, il plaisait aux tories, dont il se rapprochait, non certes par ses convictions — il n'en avait guère! — mais par ses tendances générales. Aussi n'avaient-ils garde de l'attaquer d'une trop rude façon, bien persuadés que leur place aux affaires, jusqu'au jour où ils seraient en mesure de l'occuper, ne pouvait être gardée par personne mieux que par lui.

De tout cela il résultait que, par suite d'un consentement tacite et mutuel, on ajournait les -questions embarrassantes, les débats orageux, et que l'opinion était re^ tenue dans un état de placidité voisin de la somnolence.

Sous ce rapport, on ne saurait nier que la mort de

dbyGoogk

Page 1