D'OU VENAIT LA FORCE DE LORD PALMERSTON
lord Palmerston n'apporte dans la situalion un changement notable. L'opposition va devenir beaucoup plus vive, et les réclamations du parti libéral devenant à leur tour plus impérieuses, le ministère va se sentir pressé de tous les côtés à la fois-. Uoe politique purement défensive serait désormais hors de saison ; elle conduirait, par la désorganisation du parti libéral, à une réaction conserva'tiste qui risquerait de durer longtemps. On attend du nouveau Premier qu'il reprenne son idée d'une réforme parlementaire, qu'il en poursuive le triomphe, et qu'il tienne à cet égard des engagements qu'on n'a pas oubliés. La violation du contrat avec l'opinion publique passé parle cabinet du mois de juin 4859, on s'était accoutumé à l'imputer à lord Palmerston'; mais ce qu'on lui pardonnait, à lui, on ne le pordonnerait pas à son successeur.
Or, c'est une question épineuse que cette question de la réforme parlementaire. L'extension du suffrage, que beaucoup demandent, beaucoup la redoutent. Â côté de ceux qui s'indignent de l'exclusion des classes ouvrières, il y a ceux qui tremblent de voir la domination absolue d'une classe se substituer à la domination absolue d'une autre classe, le despotisme du nombre remplacer la souveraineté du privilège^ et le flot de la démocratie submerger tout. Ainsi, c'est une lutte, et une lutte sérieuse, qui s'annonce. Il faut que le ministère s'y prépare, et, dès lors, il est naturel qu'amis et ennemis se préoccupent du degré de force qu'il y apportera.
Eh bien, il e&t au moins douteux que dans la Chambre des communes, redevenue un champ de balaille, le ministère actuel soit en état de tenir tête aux efforts, bien unis, de tous les hommes de talent que compte dans ses rangs l'opposition. M. Gladstone est sans contredit le pre*' mier orateur de la Chambre des communes, et sirR. Palmer est, dans les débats qui exigent une grande puissance
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35S DIX ANS DE L'HISTOIfiET D*ANGLETBRKE.
d'argumentation, un adversaire redoutable. Mais M. Gladtone et sir R. Palmer ne peuvent pas être continueUement sur la brèche. Le ministère aura nécessairement à compter avec M. Disraeli, sir Hugh Cairns^ sir Edouard Bulwer Lytton, le général Peel, lord Stanley, M. Whiteside, lord Cranborne, M. Walpole; et ce ne sera point tâche aisée que de leur fermer la bouche. Us trouveront à qui parler dans des hommes tels que M. Stansfeld, M. Forster,H. Goschen, M. Lowe, soit; mais, si Texisteoce do cabinet doit dépendre de l'appui que ces messieivs voudront bien lui prêter, ne sera-t-il pas indispensable de leur £aire place sur les bancs de la Trésorerie?
C'est là ce que le parti libéral désire. Le ministère, constitué comme il Test aujourd'hui, ne présente pas assez de surface. U a un caractère beaucoup trop exclusif. La prédominance de l'élément whig s'y révèle d'une manière irritante. La part faite dans sa formation à la Chambre des communes est si petite comparée à celle qui y est faite à la chambre des lords, que cela touche presque au scandale. Lord Ruf^sell, qui est le premier lord de la Trésorerie; lord Clarendon, qui est secrétaire d'État pour les affaires étrangères ; lord Grey, qui est secrétaire d'État pour la guerre ; le duc de Somerset, qui est premier lord de Famirauté, sont tous membres de la Chambre des pairs. Voilà donc les quatre postes les plus importants du royaume, à part celui de chancelier de l'échiquier, qui relèvent directement de l'aristocratie ! Franchement, c'est trop. Si le ministère veut se maintenir, il faut qu'il se retrempe dans l'élément populaire; qu'il s'ouvre à des hommes jeunes, d'un libéralisme éprouvé, d'un talent recannu : M. Stansfeld, par exemple, M. Goschen, M. Forster. Même dans ce cas, sa besogne, selon toute apparence, ne sera pas facile. C'est à quoi lord Russell ferait bien de songer.
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