MORT DU CARDINAL WISEMAN
-crut devoir porter de quatre à huit le nombre de ses vi- <caires apostoliques en Angleterre, le docteur Wisenian fut nommé coadjuteur du vicaire apostolique des districts du centre, puis président du collège de Sainte-Marie à Oscott, près Birmingham. C'est de cette époque que date, à vrai dire, Thisloire de son influence.
Dès 1833, une révolution religieuse avait été essayée à Oxford même, la citadelle de l'orthodoxie protestante. Le docteur Pusey et ses adhérents, tels que Newman, Palmyer, Keble, Perceval, avaient commencé la publication de ces petits traités, devenus fameux sous le nom de Tracts for the limes, traités où Ton demandait sans beaucoup d'ambages que la lecture de la Bible fût retirée aux laïques; que la consécration et l'ordination fussent réservées aux évêques; que la croyance au purgatoire cessât d'être regardée comme une superstition; que la confession auriculaire fût remise en honneur; que la messe fût rétablie, etc.. C'était un retour à peine déguisé au papisme. Mais, quoique les tendances du Tractarianisme fussent évidentes, quelques esprits, d'ailleurs distingués, aimèrent à s'y méprendre. Ils se persuadèrent qu'en se rapprochant des formes et des cérémonies de Rome, le protestantisme ne perdait rien, au fond, de son caractère distinctif, et que les concessions dont ou faisait tant de bruit étaient toutes superficielles. Le docteur "Wiseman, lui, ne s'y trompa point. Il jugea, au contraire, que le mouvement puseyiste avait lieu dans la direction de Rome, et qu'il était d'autant plus dangereux pour le protestantisme, qu'il s'abstenait de dire son dernier mot. Aussi prit-il à tâche de favoriser ce mouvement ; et, s'il valut au Vatican tant de recrues, si le docteur Newman, entre autres, descendit jusqu'au bout la pente qui conduisait au catholicisme, le président du collège de Sainte- Marie, par son empressement à tendre la main au Tractarianisme, contribua certainement à ce résultat.
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r2 DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
Jusque-là, tout allait à merveille, dans l'intérêt catholique. Mais il était réservé à Nicolas Wiseman de prouver une fois de plus combien il est difficile de servir Rome avec modération et sagesse. En 1848, il avait été nommé provicaire apostolique du district de Londres, et, Tannée suivante, il avait été appelé à la succession de Tévêque Walsh comme vicaire apostolique de ce même district : au mois d'août 1850, il est mandé à Rome par Pie IX, et, au mois de septembre, paraissait la fameuse Lettre apostolique, qui, traitant pour ainsi dire l'Angleterre protestante en pays conquis, y rétablissait la hiérarchie catholique.
Que cette démarche audacieuse ait été conseillée par le docteur Wiseman, il n'y a guère à en douter. Ce qui est sûr, c'est qu'il fut, à cette occasion, élevé à la dignité d'archevêque de Westminster, et, le lendemain, à celle de cardinal.
Il faut avoir été à Londres dans ce temps-là pour se faire une idée de la fureur dont les protestants furent saisis, à la nouvelle qu'on prétendait assimiler l'Angleterre à un pays catholique, qu'on le traitait comme un pays enfin ajouté au domaine de Rome. L'Angleterre, en ce moment, présenta un spectacle que ceux qui en ont été témoins n'oublieront de leur vie. Le cri No Popery /éveilla mille échos retentissants. On traîna dans le ruisseau, avec des imprécations et le rire de la colère, Timage du pape accouplée à celle du nouveau cardinal. Les dénonciations du Parlement s'unirent aux clameurs de la rue. Les salons s'émurent comme les ateliers. Contre les prétentions de Rome, aristocratie et classe moyenne, classe moyenne et peuple ne firent qu'un.
Ces transports étaient trop violents pour durer, et l'on ne tarda même pas à laisser sans application le bill comminatoire qui en avait été l'expression législative. Mais ce qui survécut, ce fut l'effet produit par cette démonstration
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sur le développement du Tractarianisme, Beaucoup, qui se laissaient conduire tout doucement vers Rome par ridée qu'on pouvait se rapprocher d'elle sans pour cela tourner tout à fait le dos au protestantisme, reculèrent lorsqu'ils s'aperçurent que Rome ne pouvait et ne voulait vivre en Angleterre qu'à la condition de tout dominer, de tout absorber. Beaucoup, qui allaient s'engager sur le pont que le docteur Pusey avait construit pour eux, perdirent courage et rebroussèrent chemin, dès qu'on leur dit que, pour aller à Rome, il y avait un torrent à franchir.
Et voilà comment le cardinal Wiseman, après avoir secondé habilement le Tradarianisme^ lui porla, sans le vouloir, un coup mortel
20 février.
J'ai parlé de l'ardeur des orthodoxes de la haute Église à disputer le jugement en dernier ressort des causes ecclésiastiques à la décision d'un tribunal composé en partie de laïques. Eh bien, ne voilà-t-il pas qu'une association s'est formée pour donner du corps à celte agitation, sous le nom, un peu long mais très explicite, de Lato of appeal amendmeM association? Et lequel, des hommes haut placés qui sont aujourd'hui le plus en vue, cette association a-t-elle songé, tout d'abord, à mettre en avant ? M. Gladstone.
Il se trouve, en effet, que M. Gladstone, en 1850, publia sur la suprématie royale une lettre adressée à l'évêque de
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Londres, et qui était le développement du thème : Lois ecclésiastiques y juges ecclésiastiques. Cet écrit était épuisé. Le remettre en lumière par la publication d'une édition nouvelle est une des mesures par lesquelles les membres de la pieuse association se font la main.
J'ignore jusqu'à quel point M. Gladstone professe aujourd'hui, sur la question dont il s'agit, l'opinion qu'il avait il y a quatorze ans. M. Gladstone a fait tant de chemin depuis! Mais, si l'autorité de M. Gladstone d'autrefois est souveraine en matière ecclésiastique, pourquoi s'arrêter rétrospectivement à 1850 ? pourquoi ne pas remonter à l'ouvrage qu'il publia en 4839 sous le titre de TEtat dans ses rapports avec-VÉglise, ouvrage que Macaulay soumit au scalpel d'une critique si pénétrante? Ou je me trompe fort, ou ce serait lui rendre un genre d'hommage dont il n'aurait guère lieu d'être reconnaissant à ses admirateurs de la Law of appeal amendment association.
Quoi qu'il en soit, voyons comment a été amenée Vagitation religieuse que j'ai signalée. C'est le seul moyen d'en bien préciser le caractère.
On se rappelle qu'en 1861 des professeurs d'Oxford, théologiens de grand savoir et de grand renom, publièrent, sous le titre de Essays and Reviews, un livre qui produisit en Angleterre une sensation énorme et que la majorité du clergé anglican regarda comme un scandale.
Parmi ces essais, qui, aux yeux des orthodoxes, étaient tous plus ou moins entachés d'hérésie, il y en avait deux surtout qui avaient ému l'opinion : c'était celui qui portait le titre de Recherches bibliques de Bunsen, et celui qui était intitulé Séances historiques de Genève; V Église nationale. Le docteur Williams, auteur du premier, et M. Wilson, auteur du second, furent traduits, en 1862, -devant la cour des Arches, c'est-à-dire devant la cour ec-
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clésiastique métropolitaine, ainsi nommée parce qu'elle se tenait autrefois dans l'église Sainte-Marie des Arches.
Vous savez que les juges des cours ecclésiastiques sont ordinairement des laïques, des hommes de loi, qui tiennent leur pouvoir, par délégation, du dignitaire ecclésiastique qui les désigne. Le jurisconsulte appelé à juger le docteur Williams et M. Wilson fut sir Slephen Lushington.
Les divers chefs d'accusation portés contre les auteurs mcriminés ayant été passés au crible, il n'en resta que deux contre le docteur Williams, et deux contre M. Wilson.
Le docteur Williams avait décrit la Bible comme « l'expression d'une raison pieuse », et il s'était, de plus, demandé si c'était bien réellement par la substitution des souffrances du Christ aux nôtres que l'œuvre de la rédemption s'accomplit.
M. Wilson, lui, avait jeté des doutes sur le caractère inspiré de certains passages de la Bible, d'une part, et, d'autre part, sur l'éternité des peines.
Y avait-il là contravention à la loi ecclésiastique, brèche faite aux croyances que les trente -neuf articles rendent obligatoires pour le clergé de l'Église établie? C'est de la sorte qu'en jugea le docteur Lushington, et sa sentence fut que chacun des deux écrivains serait suspendu pour un an de ses fonctions, et privé conséquemment, pendant une année, du traitement attaché à ses fonctions.
Appel du jugement fut porté devant le « comité judiciaire du conseil privé >, et, le 8 février 1864, ce comité fit connaître sa décision, par l'organe du lord chancelier.
De cette décision, brève, nettement formulée, et frappée au coin d'une haute sagesse, il résultait :
Que la cour suprême d'appel n'avait en aucune manière entendu exprimer son opinion sur le caractère général ou les tendances des deux essais soumis à son examen;
Qu'elle n'avait même pas considéré comme étant de
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son domaine de se prononcer pour ou contre les doctrines professées dans les passages sur lesquels l'accusation avait mis le doigt;
Qu'elle ne se reconnaissait pas le droit de déterminer quelles doivent être, en de telles questions, les principes de l'Église;
Que son rôle avait du se borner et s'était borné à examiner si les passages incriminés étaient ou n'étaient pas contraires aux articles et aux formulaires, interprétés à la lueur du flambeau de la loi ;
Qu'elle avait été de la sorte conduite à casser le jugement rendu contre le docteur Williams et M. Wilson, ceux-ci n'ayant rien écrit qui fût en opposition manifeste avec aucun des Trente-nexif articles^ et n'ayant point dépassé la limite légale que ce code des croyances anglicanes, légalement interprété, trace autour des ministres de l'Église établie.
Ce tribunal, duquel émane une décision qui marquera dans Thistoire du libre examen, se composait du lord chancelier, d'abord; puis des archevêques de Canlorbéry et d'York, de l'évêque de Londres, et enfin des lords Cranworth, Chelmsford etKingsdown.
Y eut-il unanimité parmi les juges? Oui, excepté sur un seul point. Les archevêques de Cantorbéry et d'York protestèrent conire cet»e doctrine, que le clergé n'est pas obligé par l'Église d'Angleterre de croire au caractère inspiré de toutes les parties de la Bible. Mais, même à cet égard, l'évêque de Londres, chose remarquable, fut de l'avis de ses collègues laïques.
Ainsi le « comité judiciaire du conseil privé » rejetait dans la sphère du libre examen trois points importants, savoir :
La nature de l'inspiration biblique ;
Le sens de la justification par la foi ;
La durée du châtiment réservé par Dieu au péché.
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Mais, en donnant, sur ces trois points, du jour et de Tair à la conscience des ministres de l'Église établie, il n'attentait à la foi d'aucun d'eux. Si parmi les membres du clergé, comme l'observa fort bien le Spectator, il en était qui voulussent absolument voir dans Joël, coupable d'un acte horrible de trahison et de cruauté, une femme inspirée par Dieu lui-même, libre à eux de la proclamer plus que jamais bénie entre toutes les femmes ; s'il en était qui eussent absolument besoin, pour leur tranquillité, de croire à Tenfer, le jugement de la cour suprême d'appel ne leur défendait nullement de s'abandonner aux douceurs de cette croyance. Seulement, ceux-là, parmi les membres du clergé, cessaient d'être exposés à porter la peine de leur infirmité intellectuelle, qui seraient impuissants à concilier leur idée d'un Dieu infiniment juste avec celle d'une perfidie inspirée, et leur idée d'un Dieu infiniment bon avec celle d'une damnation éternelle !
La décision fut accueilUe avec une joie très vive, non seulement par le monde laïque, mais encore par la portion la plus éclairée du monde clérical, celle qui compte dans «es rangs les Jowett, les Maurice, les Stanley.
Mais ceux qui forment la majorité du clergé ne sont pas ceiix qui veulent qu'on les laisse penser, ce sont ceux qui veulent qu'on les laisse dominer. Ces derniers poussèrent un grand cri de colère etd'eifroi.
De quoi s'avisaient des hommes qui n'avaient pas fait une étude particulière de la théologie dogmatique ? Fallait-il donc souffrir que les formules ecclésiastiques fussent interprétées d'après les mêmes règles qui servent à l'interprétation de la loi? Les représentants de Dieu sur la terre étaient-ils descendus si bas, qu'ils n'eussent plus qu'à être dirigés, en matière de foi, par des « lawyers » ? Ce fut un déchaînement qui aurait été risible s'il n'eût été lamentable.
Malheur à qui affronte des ressentiments de prêtre !
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La chaire de grec, à Oxford, était occupée par un homme d'une intelligence supérieure, qui, depuis son élévation à cette chaire, avait enseigné la langue et la littérature grecques, aux émoluments de 40 liv. st. par an (1 000 fr.). 40 liv. st. par an ! Le salaire du premier sommelier venu! C'était une honte. Et notez qu'Oxford n'avait pas de professeur plus savant, plus zélé, plus populaire, plus utile que M. Jowett.
Aussi avait-il été question d'ajouter à ses appointements, après l'avoir tirée des coffres de l'Université, la somme de 360 liv. st. La proposition en avait été faite maintes et maintes (ois par le docteur Stanley, aujourd'hui doyen de Westminster, et elle avait été appuyée par l'élite des membres de TUniversilé.
Mais quoi! c'était un hérétique que ce docteur Jowett; il avait trempé dans le crime connu sous le nom de Essays and Reviews; il osait, lui aussi, ne pas comprendre comment un être souverainement miséricordieux peut d'avance condamner ses créatures à une agonie effroyable, sans relâche et sans fin.
Déjà le docteur Pusey et les fanatiques à la suite avaient essayé de le faire chasser de TUniversité comme indigne. Vain effort! Il avait été reconnu que le professeur Jowett ne pouvait être légalement dépossédé. Lui, de son côté, tenait bon, ne voulant capituler, ni en ce qui concernait sa chaire, ni en ce qui concernait ses convictions. Il ne restait donc plus qu'à savoir s'il n'était pas possible de prendre la conscience de cet homme de bien par famine.
Mais une guerre de ce genre était si scandaleuse, si propre à augmenter la popularité et à reliausser l'éclat des services de celui qui en était victime, que le moment vint où un compromis parut nécessaire. Pourquoi ne consentirait-on pas à accorder à Téminent professeur un salaire de 400 liv. st. par an, avec stipulation formelle qu'un pareil vote n'entraînait pas la moindre approbation
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de ses doctrines théologiques? L'arrangement, suggéré par M. Keble, admis par le docteur Pusey, accepté par les amis de M. Jowett, donna lieu à un statut que le conseil hebdomadaire proposa, et qui fut voté par la congrégation, à la majorité de 105 contre 65.
Hélas! ce vote avait besoin d'une sanction. Il ne suffis sait pas que la mesure eût Tassentiment de la vaste majorité de ceux qui, à Oxford, gouvernent les collèges et rUniversité, qui y sont à demeure, qui y consacrent leurs soins au développement de Téducation : il fallait que rassemblée générale nommée <c Convocation > prononçât le oui défmitif.
C'était là que les bigots attendaient les libres penseurs» Recteurs, doyens ruraux, vicaires, furent appelés, de loin et de près, à venir en toute hâte se déclarer contre le bon sens et la justice. Les fanatiques, les ignorants, ne furent que trop exacts au rendez-vous ; et, le 8 mars 1864, une majorité de 467 contre 395 décida, en rejetant l'augmentation de salaire proposée, que, puisque la mode n'était plus de brûler les hérétiques, c'était bien le moins qu'on essayât de les faire mourir de faim *.
Telle fut leur manière de protester contre la décision rendue par le « comité judiciaire du conseil privé » en faveur du docteur Williams et de M. Wilson ! Protestation ignoble, s'il en fut jamais, et qui excita, parmi le parti libéral en Angleterre, un sentiment où le dégoût se mêlait. à l'indignation.
Mais il fallait aux orthodoxes une victoire qui eût quelque chose de plus substantiel, de plus permanent surtout. Deux mois s'étaient à peine écoulés que l'évéque deSalis-
i. Au moment même ou j'écris ces lignes, i*apprends que le doyen et le chapitre de « Christ Church », par un noble mouvement de générosité, viennent de doter convenablement, sur les fonds qui leur appartiennent en propre, la chaire de grec, et de tirer ainsi l'Université d'une position aussi embarrassante que peu honorable.
bury, vaincu dans ses efforts pour frapper les coupables des Essays and Reviews^ s'attaquait publiquement et directement à la juridiction d'appel elle-même^ et exprimait, dans une adresse à son clergé, l'espoir qu'on réviserait cette juridiction. N'était-il pas temps de revenir au principe du grand statut de 1532, établissant que la spiritualité de l'Église se suffît? Pourquoi cette cour suprême d'appel, composée de laïques si prompts à donner à l'hérésie ses coudées franches ? Le mot d'ordre de la piété désormais devait être : Lois ecclésiastiques y juges ecclésiastiques.
Vous avez maintenant la clef d'une agitation dont il importait de bien connaître l'origine pour en bien apprécier le caractère.
L'habitude d'interpréter la loi séculière et de l'administrer impartialement rend les « juges du peuple » beaucoup plus propres à résoudre d'une manière équitable les questions ecclésiastiques, quand leur solution dépend d'un formulaire, que l'habitude de discuter des points théologiques et de manier la scolastique.
Quelle est la tendance naturelle des juges ecclésiastiques? De proscrire comme criminelle toute croyance qui ne cadre pas exactement avec les leurs.
Quelle est la tendance naturelle des juges civils? D'assurer la protection de la loi à toutes les formes de la pensée humaine, en ce qui n'est pas contraire à l'ordre public.
Mais voilà justement ce qui désespère nos orthodoxes, et c'est à cause de cela que le « comité judiciaire du conseil privé », tel qu'il est composé aujourd'hui, les gêne.
C'est ainsi que le parti libénll en Angleterre se trouve amené à envisager momentanément sous un autre aspect que le parti libéral en France l'union de l'Église et de l'État; ce qui résulte, je le répète, de la diversité des circonstances, et n'implique aucune différence de sentiments.
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LE THACTAHIANISME. 61
LE TBACTARIANISME.
36 février.
Je vois bien qu'il n'est pas prudent d'avoir affaire à MM. les dévots. Ils prennent feu si vile, et les satisfaire est si difficile!
En vous parlant de la mort récente du cardinal AViseinan, j'ai osé toucher à l'arche sainte de sa renommée, mais le ciel m'est témoin que j'ai cru le faire avec tout le respect requis. Et même, je pensais m'êlre exprimé sur son compte en termes dont tout personnage pieux me saurait gré, fût-il rédacteur du Bien public, bedeau ou mar- ^uiller. N'ai-je pas dit que le cardinal défunt était un homme d'un grand mérite; qu'il avait du savoir; qu'il possédait une singulière variété de talents profanes ; que les grâces de l'homme du monde brillaient en lui ; que son langage ne présentait presque jamais rien d'agressif et d'amer; enfin — que son ultramontanisme était immaculé, son dévouement au saint-siège absolu?
Hélas ! il paraît que je ne m'entends pas à faire l'éloge des ministres, du Seigneur. A l'essayer, j'ai perdu mes peines. J'ai voulu, moi qui ne suis pas enfant de chœur, manier l'encensoir : mai m'en a pris. Dans une bulle d'excommunication lancée contre moi par le Bien public, je suis dénoncé comme coupable d'un article où, malgré quelques éloges superficiels, se manifeste un visible esprit de haine et de dénigrement. Je ne m'en serais V. 4
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ea DIX ANS DE L'HISTOIRETD'ANGLETERRE.
guère douté, et cela m'apprendra à ne pas désormais louer à la légère les hommes de Dieu.
Je remercie le Bien public de m'avertir que, quand il m'arrivera de dire d'un prélaV, comme je confesse l'avoir dit du cardinal Wiseman, « qu'il «vait la foi, une foi absolue, une foi bien décidée à fuir le contact de Tesprit de recherche », je me trouverai, par cela même, faire œuvre de haine et de dénigrement. Si le Bien public n'avait pris soin charitablement de m'éclairer, jamais je n'aurais compris qu'on insultât un prêtre catholique en disant qu'il a la foi.
Et non seulement cela montre que je suis guidé par un visible esprit de haine et de dénigrement, mais cela dénote, en outre, de ma part, une profonde ignorance, et prouve clair comme le jour que j'ai perdu le sens commun. Je m'incline, en toute humilité, devant cet arrêt d'hommes qui croient à l'infaillibilité du pape, et doivent, je suppose, avoir de bonnes raisons pour croire à la leur par-dessus le marché.
Toutefois, puisque me voilà en train de me convertir, je me hasarderai à demander quelques éclaircissements. Je pourrai faire alors pénitence en toute connaissance de cause.
J'ai écrit que « à l'exemple de tous ceux dont le catholicisme s'empare de bonne heure, le cardinal Wiseman s'était fait une loi d'endormir sa pensée, en matière religieuse, et que sa foi était une foi absolue, bien décidée à fuir le contact de Tesprit de recherche ». C'est à cause de cela, que je suis animé d'un n esprit de haine et de dénigrement », que je suis dans un état de «profonde ignorance », et que j'ai « perdu le sens commun ». C'est certain, dès que le Bien public l'affirme; mais, Tavouerai-je? je trouve que ce n'est pas tout à fait clair ; et ce qui Test moins encore, c'est l'explication que le Bien public en donne :
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LE TrAGTARIANISME. 63
« Si jamais, dit ce journal vénérable, 41 s'est trouvé un esprit investigateur qui ait scruté jusqu'aux fondements de l'édifice religieux ; s'il est un homme en qui la raison et la foi, l'érudition la plus éclairée et la soumission la plus humble se soient jamais rencontrées, c'est bien assurément le cardinal-archevêque de Westminster. »
Quand on scrute jusqu'aux fondements de l'édifice religieux, c'est, j'imagine, pour s'assurer de leur solidité. Il faut donc commencer par la mettre quelque peu en doute, et, tant que le doute existe, on n'a pas la foi. Le cardinal Wiseman avait-il la foi, oui ou non? Est-il un moment de sa vie où il ne l'ait pas eue? Sur son lit de mort il a déclaré lui-même que, durant tout le cours de sa vie, il ne lui était jamais arrivé de concevoir le moindre doute sur aucun des articles du catholicisme. Pourquoi dès lors se serait-il mis en peine de scruter jusqu'aux fondements de l'édifice religieux? On ne cherche pas ce qu'on est sûr d'avoir dans la main ; on ne s'étudie pas à résoudre les questions qu'on sait résolues; on n'examine pas ce qu'on tient pour absolument certain. La raison peut conduire à la foi, mais en passant par le doute; car, avant de se décider en faveur du pour ou du contre, il faut avoir pesé l'un et l'autre, et conséquemment avoir un moment hésité entre les deux. Or comment est-il possible qu'un homme qui, sur un point donné, n'a jamais eu un instant de doute, ait raisonné sur ce point? La « soumission la plus humble », qui est la grande vertu des ultramontains, était la grande vertu du cardinal Wise man : loin de le nier je l'ai dit bien haut; mais le mot même de « soumission la plus humble » implique l'habitude de sacrifier ses lumiè'res aux décisions d'une autorité supérieure, de subordonner sa raison à là foi. Lorsque le dogme de l'Immaculée Conception fut proclamé à Rome, le cardinal Wiseman le passa-t-il au crible du raisonnement? Non. Il dut l'admettre et l'admit comme article de
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foi. Éclairée ou non, son érudition n'avait rien à voir là. Le pape ayant parlé, lui n'avait qu'une chose à faire : se soumettre. A quoi lui aurait servi, en cette occurrence, son « esprit investigateur»? Il n'aurait pu en faire usage sans cesser du coup d'être bon ultramontain.
Il est vrai que, vivant dans un pays où, grince à Dieu, on a quelque respect pour la raison et la science, le cardinal Wiseman a beaucoup insisté, toutes les fois que l'occasion s'en est offerte, sur les « rapports entre la science et la religion révélée >. Mais dans quel sens, et de quelle manière?
J'ai précisément sous les yeux un volume qui vient d'être publié par M. E. Manning. Ce volume, intitulé Essais sur la religion et la littérature, contient, entre autres écrits du cardinal Wiseman, une adresse de lui, en date de 1861, par laquelle il invite un certain nombre de personnes — cléricaux ou laïques — à se former en « Académie de la religion catholique ». Eh bien, voici de quelle façon l'auteur s'y prend pour nier qu'il y ait antagonisme entre la science et la religion révélée :
« La science de nos jours s'avance, non seulement en reniant toute idée de coopération, de sympathie ou de bienvenue à l'égard de l'Église ou de la religion, mais en se présentant comme une puissance rivale, hostile, antagonistique... Lorsqu'on verra les gens aller les bras tendus au-devant du voleur qui déclare venir les dépouiller; lorsqu'on les verra conduire ce voleur dans leurs maisons, ou agir de la sorte envers l'incendiaire qui leur montre la torche avec laquelle il se propose de mettre le feu à leurs propriétés, alors, mais pas avant, on pourra s'attendre à nous voir fraterniser avec des hommes dont le but avoué est de voler et de détruire. Quand donc est-il arrivé à un seul catholique de chercher querelle aux recherches ou aux découvertes de Herschel, de Leverrier, ou de lord Ross? Quand donc a-t-on en-
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LE TRACTARIAN1S]ME. «5
tendu les autorités ecclésiastiques mettre le public eu garde contre les transmutations chimiques de Liebij^ ou de Faraday?... Non; ce n'est pas avec les découvertes des philosophes honnêtes que TÉglise est en guerre. »
Voilà la science bien avertie. Sa valeur dépend, non pas de ce qui la constitue comme science, mais de son plus ou moins d'accord avec les intérêts de l'Église. Quiconque se présente armé d'une vérité scientifique difficile à concilier avec les dogmes de l'Église est un voleur, un incendiaire. Mais, quant aux vérités scientiûques dont l'Église n'a rien à craindre, elle ne demande pas mieux que de leur signer leur visa. Parlez-moi des transmutations chimiques de Liebig et de Faraday; parlez-moi des découvertes de Leverrier ! La science qu'on peut laisser passer, c'est celle qui n'est en opposition avec rien de ce que l'Église enseigne. Si les livres saints n'avaient pas représenté Dieu arrêtant le soleil pour permettre à Josué d'achever sa victoire, est-ce qu'il serait jamais venu à l'esprit du Iribunal de l'Inquisition de forcer Galilée a abjurer à genoux sa théorie du mouvement de la terre? Mais on ne court pas à un voleur, les bras tendus; on n'introduit pas chez soi un incendiaire agitant sa torche.
Telles étaient les vues du cardinal Wiseman, touchant les rapports de la science et de la religion révélée. Il ne lui suffisait pas, pour se montrer prêt à faire bon ménage avec une vérité, qu'elle fût vraie, il fallait encore qu'elle ne gênât point l'Église dont il était membre. Faire la guerre aux philosophes, û donc! Ils n'avaient qu'à être honnêtes pour qu'on les traitât en amis. Mais, par ces mots « philosophes honnêtes »,le cardinal Wiseman fentendait-il des hommes intègres, sincères, entièrement dévoués à la science? Non: être un « philosophe honnête 3>, pour lui, c'était professer un genre de philosophie dont son Église n'eût pas sujet de se plaindre. La preuve,
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c'est que, dans l'écrit même que je vous signale, il ne parle qu'avec horreur des Essays and Reviews, dont les auteurs, cependant, sont des hommes d'une intégrité absolue, d'une sincérité à laquelle l'Angleterre entière rend hommage, et qui ont poussé jusqu'à l'immolation de leurs intérêts les plus chers le courage de dire ce qu'ils croyaient la vérité. Mais il est clair que le docteur Williams, M. Wilson, M. Jowett, ne sauraient être des « philosophes honnêtes i> dans le sens de l'orthodoxie, eux qui se sont montrés protestants jusqu'au point de faire usage, pour juger la Bible, de leur haute raison, de leurs vastes connaissances en histoire et de leur profonde élude de la théologie.
Et maintenant, quelques mots sur la question de savoir jusqu'à quel point l'action. du cardinal Wiseman a été favorable au développement du catholicisme en Angleterre.
J'ai dit qu'en tendant la main au Tractarianisnie îe cardinal Wiseman avait fait preuve d'une intelligence très pénétrante, et avait très efficacement servi la cause de son Église; mais que, plus tard, en conseillant le rétablissement de la hiérarchie catholique dans un pays qui est protestant jusqu'à la moelle des os, il avait détruit en partie son œuvre précédente, provoqué une violente réaction, et renversé le pont construit par le docteur Pusey sur le torrent qu'il faut passer pour aller de l'anglicanisme à l'ultramontanisme.
, En exprimant à cet égard mon opinion, j'ai^ selon les doux rédacteurs du Bien public, « méconnu l'évidence des faits impudemment ». Impudemment! L'expressioR est vive. Mais, depuis que M. Veuillot amis l'engueulement (pardon si je me sers de ce yilain mot) au service de la charité chrétienne, la sacristie n'a pas d'autre langage. Moi qui n'ai pas acquis par mon zèle le droit d'être fort en ueule, je répondrai au Bien public, avec l'urbanité qui
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LE TRACTARIANISME. 67
sied à de^ écrivains profanes, qu'en affirmant le contraire (le mon dire, il a émis une assertion^ non pas impudente, mais imprudente. On ne peut pas être plus poli, j'espère.
Or donc, que nous enseigne l'évidence des faits? Elle nous enseigne que, lorsque la tentative d' établir en Angleterre une hiérarchie épiscopale fut risquée, les affaires du catholicisme, ici, étaient en assez bon train. Les fameux traités connus sous le nom de Tracts for the limes se trouvaient avoir singulièrement aplani la route qui, par une pente insensible, menait à Rome. Au sein même de l'Université, beaucoup d'étudiants, sans bien savoir jusqu'où cela les conduirait, se laissaient aller peu à peu à croire, sur la foi du docteur Pusey et de ses adhérents, qu'il n'y avait pas grand mal, après tout, à admettre la croyance au purgatoire, l'invocation des saints, la confession auriculaire, le culte de la Vierge, la liturgie romaine, et même l'organisation monacale. La maxime des meneurs du Tractarianisme : « Point de salut dans une Eglise sans traditions et asservie à l'État » se propageait. Dès 1845, le catholicisme avait fait, dans la personne de John Henry Newman, une acquisition considérable. On annonçait d'autres conversions importantes. De riches héritières protestantes avaient pris le voile et donné leur fortune aux couvents. Une cathédrale catholique avait été construite à Londres. Bref, l'état des choses était tel que lord John Russell, dans sa lettre à l'évêque de Durham, le décrivit avec tant d'amertume.-
Mais qu'arriva-t-il, lorsqu'on 1850 Pie IX, conseillé par le cardinal Wiseman, s'avisa de pourvoir au gouvernement ecclésiastique de l'Angleterre, comme à celui d'une contrée désormais réunie au domaine de Rome?
Esfc-ce que l'Angleterre ne se tint pas pour insultée? Est-ce qu'elle n'éprouva pas une sorte de tressaillement formidable? Est-ce que lord John Russell, alors premier ministre, ne qualifia pas officiellement d'insidieuse et
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insolente une tentative dénoncée d'une commane voix sous le nom d'agression papale?
Est-ce que le comte d'Effingham ne s'écria pas que V Angleterre ne pouvait tolérer cette insolence, même pendant une heure?
Est-ce que lord Stanley ne déclara pas que le Parlement verrait à ce que la légitime indignation du pays ne fût point déjouée par des demi-moyens dérisoires?
Est-ce que, d'un bout à l'autre de l'Angleterre, la presse ne se répandit pas en imprécations ?
Est-ce que le pape et le cardinal ne furent pas brûlés en effigie au milieu des plus fougueux transports?
Est-ce que les feux de joie du 5 novembre, qui ne servaient plus depuis longtemps qu'à amuser les gamins de Londres, n'eurent pas, en cette occasion, le caractère d'une démonstration nationale?
Esl-ce qu'enfin r«Ecclesiastic Titles Bill » fut autre chose que la sanction législative donnée par le Parlement à une des plus ardentes protestations populaires dont l'histoire ait conservé le souvenir?
Oui, voilà comment l'Angleterre répondit à ces mots du cardinal Wiseman, si caractéristiques de l'esprit envahissant de Rome : « Nous gouvernons et nous continuerons de gouverner les comtés de Middlesex, de Herlbrd et d'Essex )>; voilà comment elle répondit à cette audacieuse vanterie du docteur Newman : « Le peuple d'Angleterre, si longtemps séparé de Rome, va, de son propre consentement, lui être rendu. »
Avouez qu'il serait bien étrange qu'une réaction aussi violente et aussi témérairement provoquée eût eu pour effet d'affermir le catholicisme en Angleterre. Aussi me permettrai-je de répéter, en demandant grâce au Bieti public pour cet excès « d'impudence », que rien de semblable n'eut lieu. Voici de quelle manière un éminent historien de nos jours, M. Thomas Erskine May, apprécie
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LE TRACTARIANISME. 69
les résultats de ce que le Bien public appelle « celte grande pensée du cardinal Wiseman, et cet acte injinense ». M. May a, lui aussi, « l'impudence » d'écrire :
(( L'excitation du peuple et les acrimonieuses discussions du Parlement firent revivre des animosités qu'une législation récente avait tendu à modérer; toutefois, ces événements ne furent pas sans porter de bons fruits (c'est, nolez bien, un protestant qui parle) : ils dissipèrent les absurdes visions du parti ultramontain; ils coupèrent court, dans l'Église d'Angleterre, au mouvement « tractarien »; ils démontrèrent combien le peuple était ferme dans son protestantisme! Et certes, les hommes du parti ultramontain n'eurent pas sujet de se féliciter de leur triomphe apparent sur TÉtat. Ils avaient oiTensé les champions les plus avancés de la cause catholique; leur conduite fut déplorée par les laïques de leur propre Église; et ils se trouvèrent avoir accru la répugnance qu'inspirait au peuple une religion qu'il avait à peine appris à tolérera »
La vérité est que le protestantisme semblait s'assoupir, lorsque l'agression papale de 1850 vint tout à coup le réveiller. Depuis, il s'est tenu sur ses gardes. Il n'est pas jusqu'au docteur Pusey qui n'ait dû revenir sur ses pas. Le Tractarianisme est mort. Le cardinal Wiseman l'a tué. Et quel danger plus grand pouvait menacer l'Angleterre protestante? Elle puisa tant de force et un sentiment si profond de sécurité dans l'agression papale de 1850, que, le premier moment d'émotion passé, elle ne se donna même pas la peine de tenir la main à l'exécution stricte de TcEcclesiastic Titles Bill ». Elle laissa le cardinal Wiseman s'intituler tout à son aise, sinon archevêque de Westminster, du moins archevêque dans Westminster. Il lui suffisait d'avoir montré que l'ultra-