MORT DU CARDINAL WISEMAN. W
solue, une foi bien décidée à fuir le contact de l'esprit de recherche, tel était le commode oreiller sur lequel la conscience du cardinal s'était assoupie, dès l'enfance. Pourquoi ceux-là chercheraient-ils la vérité, qui s'imaginent l'avoir trouvée ou, plutôt, qui s'imaginent qu'on Ta trouvée pour eux?
Mais, quoique très intoléran-t au fond, le cardinal Wiseman avait quelque chose des formes attractives de la tolérance. Le style de ses c lettres pastorales "» était toujours exempt d'amertume et de violence. Aucun de ses sermons ne manquait de cette faconde onctueuse, espèce d'huile qui facilite si bien le jeu des ressorts auxquels Rome imprime le mouvement. Il résultait de là que les protestants pouvaient le lire ou aller l'entendre, sans craindre de se sentir offensés. Son langage ne brillait certainement pas par la vigueur ; il était trop complaisamment soigné, trop fleuri, pour être énergique; mais ce qu'il n'avait pas en force, il l'avait en souplesse, et cette dernière qualité était plus nécessaire dans un pays où Rome a tant de convictions contre elle.
El puis, je le répète, le cardinal était homme du monde. On le disait bon musicien. Il passait pour aimer les plaisirs de la société. Il y avait en lui du journaliste : témoin son active collaboration à la Revue de Dublin, dont il fut, en 1836, un des fondateurs. Il se plaisait à écrire et à discourir sur des sujets purement politiques ou littéaires. En 1855, par exemple, il publia une brochure reative à la guerre de Crimé'e. Plus tard, il donna ce qu'on nomme ici des leclureSy où il traitait de Rome ancienne et de Rome moderne; du Sentiment de la beauté naturelle chez les anciens et chez les modernes; de V Influence des mots sur la pensée et la civilisation. Tout cela constituait une propngande indirecte, plus puissante, peut-être, que n'eût été une propagande à bout portant. Après avoir écouté le lecturer avec plaisir, on était dis-
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posé à grossir Tauditoire du prédicateur. Quand on ayait applaudi l'homme, la doctrine qu'il représentait inspirait aux protestants moins de répugnance. D'autant que le cardinal Wiseman avait une stature imposante, un aimable sourire, et une expression de physionomie dont le caractère jovial démentait ce qu'on pense généralement en Angleterre de l'air sombre qui, dans la croyance populaire, est l'accompagnement obligé du fanatisme ultramontain. Ajoutez à cela que le prélat défunt avait ce genre d'esprit qui fait les délices de l'Anglais : Yhumour.
Est-ce tout? non. Ce qui rendait le cardinal Wiseman éminemment propre à l'œuvre de la propagande catholique en Angleterre, c'est qu'il était Anglais de cœur et d'àme. Il aimait l'Angleterre, absolument comme si elle n'eût pas été protestante, et comme si elle était destinée à redevenir catholique. Quand il avait à la quitter, il s'en attristait, A Rome, auprès du pape, au milieu des cardinaux ses collègues, sa préoccupation dominante était celle du retour. On le savait, et Ton était charmé de trouver un aussi bon Anglais dans un aussi bon catholique.
Toutefois, il est permis de douter que l'action du cardinal Wiseman ait été, tout bien compté, favorable aux progrès du catholicisme en Angleterre. Mais pourquoi? Uniquement parce que ses qualités de propagandiste se sont trouvées paralysées par l'esprit envahissant de ce pouvoir papal qu'il avait charge de représenter.
En 1840, Nicolas Wiseman n'était pas encore au nombre des grands dignitaires de l'Église ; il n'avait pas encore revêtu la pourpre. Mais l'éclat avec lequel il avait défendu dans Londres, en 1836, les doctrines de l'Église catholique romaine, et prêché dans Rome, en 1837, sur les cérémonies de la semaine sainte, le désignait à l'attention du Vatican. Lors donc que Grégoire XVI, en 1840,
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