UN SCANDALE DANS LE MONDE OFFICIEL
même décrit comme ayant sa source dans un cœur naturellement miséricordieux. Ce pauvre M. Edmunds! Que ne donnait-il sa démission? le scandale avait été évité, une première fois, par ce moyen : il n'y en avait pas d'autre pour l'éviter une seconde fois. Voilà ce que le lord chancelier essaya de faire entendre à M. Edmunds. L'alternative n'était pas gaie. Que faire?
D'une part, M. Edmunds pouvait se dire qu'il n'y avait pas, après tout, nécessité absolue pour lui de donner sa démission ; que la Chambre des lords n'avait rien k voir dans ce qui avait eu lieu au bureau des patentes; qu'il avait servi cette Chambre fidèlement, pendant de nombreuses années, à la satisfaction de chacun ; qu'il s'y était fait beaucoup d'amis; qu'il y comptait des protecteurs puissants, et que ces protecteurs ne l'abandonneraient pas.
D'autre part, il avait à considérer s'il ne valait pas mieux battre prudemment en retraite qu'affronter un débat d'où il risquait de sortir tout meurtri.
C'est pour ce dernier parti qu'il se décida, et l'on suppose qu'il y fut conduit par l'espoir d'une bonne pension, rémunération ordinaire des services rendus dans une situation comme celle qu'il occupait à la Chambre des lords.
Mais cet espoir, par qui lui fut-il donné? Le lord chancelier, qui lui avait promis, pour prix d'une démission consentie à propos, le bénélice du silence, avait-il, en outre, fait briller à ses yeux la perspective d'une pension? Rien de tel, assure le lord chancelier; mais, hélas! on ne le croit pas.
Qu'il ait dit ou écrit à M. Edmunds : « Retirez-vous, afin que j'aie une place vacante à offrir à mon fils, et rien n'empêchera de ma part qu'une pension ne vous soit accordée, » c'est ce dont personne ne songe à accuser Richard Bethell, devenu lord Westbury et chancelier
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80 I>IX ^.nS VB L^VIS'TOIKE D'AN&LETrRHEl
d'Ai^leterre par on genre d-e mérite qui, en général, se ccNicilie mal avec nn exeès de naïveté r le yiee des bommes de loi n'es* pas d'être naïfs. On ne suppose dooc KQllement qu'enr ce cpii tosehe la petisiioiii, \e lord chancelier ait donné directement à M. Edmunds une assurance fort compromettante de sa nature; mais les esprits soupçonneux sont d'avis qu'il j a moyen de faire savoir aux gens ce qw'il y aurait incofirénient trop grave à leur dire ou à leur écrire.
Toujours est-il qnae M, EdMumds ayant kissé, par sa démission, une place vacante, et demandé une pension comme récompense de ses fidèles services, lord Westbnry, devant le comité, n'a soufflé mot des malversations qui étaient à sa connaissance, et a présenté lui-mêm« la pétition de M. Edmunds ; d'où il est résulté que l'octroi de cette pension, qui ne s'élève pas à moins de 800 liv. st., n'a fait aucune difriealté.
Non que le comité fut dans une igiK>rance complète des rumeurs qui avaient cours; mais condamne-t-on un homme sur de simples rameurs? Puis, comme je l'ai dit, M. Ëdmumés avait des amis dans la Cham>bre des lords. Et enfin, qui se serait pressé de parier, quand le lord chancelier se taisait?
Quoi qu'il en soit, le gardien de la conscience du scmvermn était arrivé à avoir sous la main une place vacante. Sans perdre de temps, en bon père, il y a installé monsieur son fils. Et voilà comment M. Slingsby Bethell est devenu « reading clerk i> de la Chambre des lords.
Vous devinez l'impression produite sur les esprits, quand cette étrange histoire, d'abord rhucbetée dans te salons et les clubs, puis racontée à mots couverts par quelques journaux, a enfin acquis par les débats du Parlement, par les interpellations de lord Stanley dans la Chambre des communes, et par les explications, plus humbles que satisfaisantes,, du Icund chancelier dans la
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ITN SCANDALE DANS- ËE JFONDE' OF^FCfEl^. 01
Chambre des- i<ovds, rij»po>irtaiice' d^nne révét)MDoo seandaleuse.
Qaoi ! il était possibte, en Angieterre, cpie la itèmination à un emploi public fût liée à des transactioiiâ secrètes dictées par rintérêt privé ! et que Farge»t dû au Trésor fût pendant nombre d'années dét<iurné de sa destination, sans que le Trésor s'ea doutât ! et qu'un fonctionnaire convaincu de péeulat reçût une pension de retraite de 800 liv. st. ! et que le ehef suprême de la magistrature se kissât aller, pour caiser les siens, à étouffer la vérité, à déjouer la justice, à manquer au plus impérieux des devoirs de sa charge! Quelle élasticité de conscience chez les habitants des hautes sphères, et quel désordre dans l'administration ne semblaient pais indiquer de pareilles découvertes ! Tel est le résumé des commentaires auxquels % donné Heu re déploi^able texte. Je ne dois pas oublier un détail curieux. Lord Derby ftn&e — et il s'en est ouvert avec abandon devant ses pairs — que M. Ëëniunds s'étant contenté de placer à son comEpte personnel l'argent de FÉtat et d'en toueber l'iulérêt, il n'est pas aussi coupable que s'il s'était approprié le capital pour en user à sa guise. La distinction est d'rane subtilité édifiante; elle mérite de trouver pkce dans le code de la moralité à l'usage des hommes d'État.
Quoi qu'il en seit^ une enquête se poursuit : il faut attendre.
En ce qui concerne lord Brougham, se hâter de con^ dure serait singulièrement téméraÎTe, -et risquerait d'être fort injuste. C'est le Times qui, pour faire diversion aux attaques dirigées de toutes parts contre le lord haut chancelier de 1864, s'est efforcé de mettre en cause le lord haut chancelier de 1833, — mouvement stratégique qui a eu pour effet d'émouvoir douloureusement l'opinion publique, sans avoir néanmoins le succès que le Times en attendait.
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Mais, quant à lord Westbury, sa réputation, quoi qu'il arrive, ne sortira probablement pas intacte de cette épreuve. Il était déjà connu pour sa façon de pratiquer en grand le népotisme : YEdmunds scandai, comme on dit ici, a fourni à ses adversaires Toccasion de rappeler avec quelle inépuisable tendresse de cœur il avait pourvu, aux frais du public, chacun de ses enfaats, et son beau-frère, et son gendre, et les Bethells, et les Abrahams. On cite un de ses fils, sous-gradué à Oxford, auquel il a donné, par anticipation, une place de 400 liv. st. ! C'est beaucoup se presser, et l'on n'est pas meilleur père que cela.
Le mal est que ces vertus de famille ne paraissent pas suffisamment appréciées par le public. Aussi rencontret-on des gens qui s'étonnent que lord Westbury n'ait pas donné sa démission, au moins provisoirement, et jusqu'à ce que toute cette affaire soit tirée au clair.
Mais en saura-t-on jamais beaucoup plus qu'on n'en sait déjà? A cet égard, j'ai entendu exprimer des doutes. Quelque contraire que soit au principe de la politique anglaise l'institution de tribunaux secrets, il est certain que ce n'est pas sous l'œil du public que le comité chargé d'approfondir YEdmunds scandai est appelé à faire sortir de son puits la vérité toute nue. Et puis, il y a la fable que vous savez : la fable des Animaux malades de la peste. Mais, je le répète, la presse est là, et chacun, en Angleterre, peut crier impunément : « Sentinelles, prenez garde à vous ! »
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