UN SCANDALE DANS LE MONDE OFFICIEL
14 mars.
Un scandale affreux, dans lequel se trouvent mêlés le nom du lord chancelier, c'est-à-dire du gardien de la conscience du souverain (keeper of the sovereign's con-
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m DIX Airs DE L'HfSTOIRB D'ANGLETERRE.
science), et le nom de bré Brangbam^ fait depuis quelques jours le sajet de toutes les canversations en Angleterre,
Voici riiistoire, ou du rasoins ce qu'o^n en connaît, à l'heure où je vous écris.
En 1833, un M. Léonard Edraunds fut préposé au bureau des patentes. La place rapportait comme appointements fixes, 400 Hy. st; mais, par suite de transactions dont le mystère reste à approfondir, le titulaire dut s'engager à abandonner les trois quarts de ses appointements. Il fut convenu que, des 400 liv. st., il en donnerait chaque année 100 à M. William Brougbam, frère de lord Brougham, et en abandonnerait 200, qui furent des* tinés à payer Tintérêt d'une hypothèque de 5 000 liv. st.^ qui pesait sur la propriété territoriale de ce dernier.
Ce marché fut-il conclu sans la participation de lord Brougbam, à son insu? C'est sur quoi une enquête qui se poursuit en ce moment jettera, ïI faut l'espérer, la lumière désirable. Ce qui est donné pour certain, c'est que lord Brougham était, à cette époque, lord haut chancelier; que la nomination vient de lui; que le marché qui s'y rattache était profitable, et que ce marché a été fidèlement exécuté depuis par M. Edmunds.
De 1833 à 1852, M. Edmunds, paraît-il, n'eut point à rendre compte de sa gestion, quoique tenu de verser au Trésor le montant des droits perçus par lui sur les patentes.
Chose étrange, inconcevable même! La nécessité d'un examen des comptes n'avait pas été prévue! En 1852, cette lacune fut comblée, à l'occasion d'un nouveau statut qui regardait spécialement les brevets d'invention. Cette fois, des commissaires furent désignés pour la vérification des comptes, et l'agent choisi de la commission fut M. Edmunds lui-même, dont les appointements furent fixés à 600 liv. st., sans préjudice des appointements de 400 liv. st. attachés au premier emploi, qu'il conservait.
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UN SGAI«I>A£E l^ANS LE VONIVEr OrFICIEL. 97
L'eau contimiattt de coeler au moiilîii, jVL Edinunds, en 1847 ou 1848, devint c reading elerk » de la Chambre des iords, etaossi € clerk » ducomilé des lords, aux appointements de î 500 liv* st*
n se trouva de la sorte pourvu de quatre emplois; et il jouissait de tous les avantages que eomporte un cumul lucratif, lorsque, l'année dernière, des rumeurs fort désagréabiies commeacèrent à circuler touchant ce qui se passait au bureau des patentes. On partait de sommes importantes qui, au lieu d'avoir été versées au Trésor publie, avaient été placées dans une banque par M. Ëdmunds, comme lui appartenant à lui ; si bien qu'il en to»diait les intérêts.
Au pain de l'État que mangeait le fonctionnaire s'ajoutait celui dans lequel il mordait en qualité de dépositaire non surveillé. Voilà ce que se disaient l'un à l'autre, à voix basse, les gens bien informés.
Si la presse ici était muette, condamnée à faire la sourde, ou forcée d'être aveugle, il est probable que les choses auraient pu suivre tout doucemenl leur cours. Mais, fort heureusement pour FAngleterre, la presse est là, sentinelle qui a l'œil perçant, l'oreille fine, et qui, sans qu'il y ait puissance au monde capable de l'en empêcher, finit toujours, un peu plus tôt, un peu plus tard, par crier à la fraude : c On ne passe pas ! ^
M. Edmunds fut amené à demander une enquête. Elle eut lieu, et tourna mal pour lui. Un premier rapport le déclara concussionnaire jusqu'à concurrence de 2 681 liv. st. Un procès criminel pouvait et devait s'ensuivre : M. Edmunds réussit à détourner le coup, d'abord en offrant de tenir compte au Trésor de l'argent qui lui était dû, et ensuite en donnant sa démission des emplois qu'il occupait au bureau des patentes.
Cette démission laissait donc deux places vacantes. Le lord chancelier (lord Westbury) voulut bien s'abstenir
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provisoirement de remplir celle dont les appointements étaient de 600 liv. st; mais, par un choix qui fait honneur à ses sentiments de famille, il s'empressa de pourvoir de l'emploi de 400 liv. st. son gendre, M. Carter.
Restait la question de savoir si l'on permettrait à M. Edmunds de garder ses fonctions à la Chambre des lords.
Le lord chancelier montrait à cet égard des dispositions peu rassurantes. Il consulta les lords Cranworth et Kinsdown, et le résultat de la consultation fut qu'à la Chambre des lords seule appartenait le droit de disposer du sort de ses employés.
L'afiTaire en était là quand, au mois de septembre, M. Edmunds, sentant sa situation très menacée, versa au Trésor une somme de 7 872 liv. st., somme plus forte conséquemment que celle que le premier rapport des commissaires avait signalée comme constituant le déficit. C'était s'exécuter bravement, ce semble. Par malheur, un second rapport parut en janvier dernier, lequel déclarait M. Edmunds débiteur de 9 100 liv. st. en sus, un examen plus attentif ayant amené la constatation d'un plus grand vide.
Ce plus grand vide, M. Edmunds en niait l'existence; mais avait-il raison? C'était à prouver.
Or, ceci se passait au moment où le Parlement devait se réunir. Lord Westbury, après en avoir conféré avec les autres membres du cabinet, avertit M. Edmunds qu'il déposerait sur la table de la Chambre des lords tout ce qui avait trait à cette affaire, et demanderait la formation d'un comité d'enquête.
A cette communication menaçante, M. Edmunds répondit par son « soliciter » qu'il conjurait le lord chancelier de lui accorder du temps, attendu qu'il avait à recevoir avis du dehors {from abroad). Lord Westbury, qui avait déjà le bras levé, céda à un mouvement qu'il a lui-
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