‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 37 sur 131 · PRÉOCCUPATIONS DB L'ANGLETERRE. U · texte numérisé non relu

PRÉOCCUPATIONS DB L'ANGLETERRE. U

écrit que «et article, rien de plus fortement pensé. L'auteur, en qui une intelligence pénétrante s'unit évidein* ment à une âme élevée, refuse absolument d'admettre .qu'il y ait un principe réel de vitalité dans un gouvernement condamné à dire : a; Je serais perdu le jour où je serais discuté. »

£t, d'un autre côté, si, à la mort de Napoléon, TEm* pire s'affaissait sous son propre poids, qu'arriverait-il? L'article dont jje parle signale en termeâ d'une vigueur saisissante le danger d'un régime où le sort de plusieurs millions d'hommes «e trouve dépendre de la volonté et, par conséquent, de l'existence d'un seul homme. Dans féiat actuel du monde, et eu égard à Tinfluence incontestable que les mouvements de la France exercent sur les destinées des autres peuples, le danger a ici un carac* tère eurapéen, un caractère universel. Voilà ce qui éveille, et n(m sans raison, la sollicitude du Daily News.

Ce journal, vous le savez, n'a pas à sie reprocher, lui, d'avoir battu des mains au triomphe du système dont il signale aujourd'hui les périls. Organe accrédité de tous ceux qui, en Angleterre, envisagent la liberté sous son grand aspect, son aspect cosmopolite, et qui voient dans la victoire d'un principe quelque chose de plus que la satisfaction d'un intérêt particulier ou national, le Daily News n'a jamais pactisé avec le despotisme au dehors, tout en vantant les bienSaits du constitutionnalisme au dedans; il n'a jamais prétendu que la liberté fût une plante impossible à acclimater ailleurs qu'en Angleterre; il n'a jamais méconnu l'intérêt puissant qu'a l'Angleterre libre à l'existence d'une France libre ; il n'a jamais fait aux Français cette mortelle injure de les comparer à des enfants qu'il faut mener par des lisières, sans espoir qu'ils atteignent l'âge de maturité; il n'a jamais, en un moty endossé la livrée impériale, dans ses appréciations de l'état des choses en France. Il est donc aujourd'hui

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dans son r6le, lorsqu'il montre que le despotisme, fatal quand il est debout, risque d'être encore fatal quand il est par terre.

Mais il y a cela de remarquable dans la situation de» esprits de ce côté du détroit, que ce n'est pas uniquement le Daily News et le public sérieux, le public vraiment libéral, dont il est l'organe, qu'inquiète ce qui se passe en France. Ceux-là aussi commencent à mettre en doute la sagesse de leur égoisme, qui s'étaient imaginés que l'ordre européen exigeait le sacrifice momentané des libertés du peuple français. Ils sont, en effet, obligés maintenant de reconnaître que ce qu'ils croyaient une nécessité purement transitoire est donné pour une nécessite permanente. Qu'est-ce que la Vie de César, sinon la déclaration faite à l'Europe par Napoléon lui-même que le despotisme impérial est regardé par lui, non pas comme un expédient, mais comme un système ; que le césarisme est, à ses yeux, la réalisation d'un principe ; que le couronnement, promis, de Tédiflce est tout simplement une phrase de rhétorique ; et que l'Empire doit rester ce qu'il est, dût-il produire ce que produisit à Rome la dictature de César continuée par Auguste, c'est-à-dire le règne d'un Tibère, le règne d'un Caligula, le règne d'un Néron?

Eh bien, il y a dans cette déclaration de quoi effrayer, non seulement la France, mais l'Angleterre, parce que, de la part du potentat qui a risqué une pareille théorie sous forme historique, elle semble indiquer une ignorance profonde des conditions de la vie moderne, conditions qui ne sauraient être jusqu'au bout méconnues sans amener des convulsions et troubler le repos universel.

Il n'échappe à aucun des hommes politiques de ce pays que la lutte où l'Empire s'obstine contre le génie de la France et les tendances de notre époque est une lutte désespérée, une lutte aveugle, une lutte impossible. La persistance avec laquelle les journaux indépendants ré^

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clament la liberté; l'espèce d'effroi causé aux partisans de Tempire par la mort du duc de Morny; la publicatioa de cette éloquente, véhémente et audacieuse satire : les Propos de Labiénm ;Y9iTdeuv du public à se la procurer; la remarque faite généralement par la presse française, àroccasioa de la mort de Richard Gobden, que, si Richard Cobden eût essayé en France ce qu'il a accompli en Angleterre, le sol se serait dérobé sous lui, tout enfin conduit les Anglais à penser qu'entre l'Empire et la France il y a, pour ne rien dire de plus, un malentendu terrible. Il n'est pas jusqu'à la préférence que l'Académie vient d'accorder à M. Prévost-Paradol sur Jules Janin qui ne soit considérée par les Anglais comme une protestation des droits de l'esprit contre la puissance du glaive, de l'intelligence contre la force. Voici ce que le Times dit à ce sujet : « L'Académie a survécu à deux monarchies, à deux républiques, à un empire, et continuera de vivre, à moins qu'elle ne soit violemment supprimée, car la littérature aura toujours des autels ; mais les empereurs sont mortels, et ils auraient beau avoir les meilleurs instruments imaginables pour faire leur besogne, ceux-ci, à leur tour, sont destinés à périr. Est-il donc impossible au gouvernement de France de s'assurer, par une concession prudente, l'appui de ces solides influences sans lesquelles rien ne saurait durer? t>

Inutiles conseils! Les principes ont leur logique, logique qui meneau salut ou à l'abîme, selon qu'on est parti de la vérité ou de l'erreur. Si la liberté était de nature à être donnée à un peuple par le despotisme et pouvait être donnée au peuple français par l'Empire, croit-on de bonne foi qu'après tant d'années de calme, de résignation silencieuse, de soumission non interrompue, la France en serait encore à attendre? Et si l'Empire estime que ce calme est trompeur ; s'il se défie de cette résignation ; s'il a peur de ce silence; s'il croit que cette soumission

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n'a rien de volontaire, à quels signes reconnaîtra-t-il jamais que le moment est venu de rendre la* France à elle-même? Voilà ce qu'on se dit en Angleterre, et ce qui inquiète les Anglais, parce qu'une siloation semblable ne présente qu'une issue, et que la France, quand elle se meut, invprime une secousse aa monde.

SI LES WHIGS DIFFÈRENT BEAtJCODP DÉS TORIES.

iS avril.

Qui remplacera Richard Cobden à la Chambre des communes? Telle e&t ici la question politique du œo- <ment.

Il semble que, le lendemain même de la mort d'un tel homme et au moment où toute l'Angleterre le pleure, il ne devrait y avoir qu'une voix sur ta convenance, sur la nécessité de lui donner pour successeur un homme appartenant à l'école dont il était la gloire, professant les opinions qu'il professait, et marchant dans la voie tracée par lui. Il n'en est rien, cependant. A M. Potier, le disciple, l'intime ami de M. Cobden; à M. Polter, dont la candidature a pour patrons des hommes tels que M. John Stuart Mill, M. Brighl, M. Goldwin Smith, les tories, avec une assurance caractéristique, opposent M. Brett, partisan déclaré de la politique de lord Derby.

Le fait est d'autant plus surprenant, que les suffrages à conquérir sont ceux des électeurs de Rochdale, le berceau de M. Bright, le centre lumineux du mouvement coopératif, la ville qui, en 1857, s'empressa d'élire Cobden, scandaleusement puni par les électeurs de Hud-

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