‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 38 sur 131 · LES WHIGS ET LES TORIES · texte numérisé non relu

LES WHIGS ET LES TORIES

dersfield de sa glorieuse ardeur à meUre au-dessus de FÀRgleterre les intérêts de la justice, daus le fameux débal sur la guerre de Chine.

La Reform association avait naturellement pensé que, Gobden mort, l'honneur de lui succéder comme représeatant de Rochdale revenait de droit à M. Bright. Mais, quel que soit l'attachement de M. Bright pour sa irilie natale, il n'a pas cru devoir lui sacrifier, en cette occasion, ks liens qui l'unissent aux électeurs de Bir* mingham.

C'est donc pour appuyer, non sa propre candidature, maïs celle de M. T.-B. Potter, que le grand tribun s'est présenté dans l'arène, où, s' arrachant à sa douleur, il a disputé avec sa vigueur ordinaire, à des mains selon lui indignes de la posséder, la succession de son ami.

«Nous voyons en présence, a-t-il dit tout d'abord, deux hommes, deux croyances, deux systèmes de législation et de gouvernement. Il s'agit de choisir. » Faisant ensuite allusion à celte idée que, entre les tories et les whigs, il n'y a pas de différence, et déclarant que telle n'était pas tout à fait son opinion, il s'est mis à attaquer les premiers en termes d'une amère et puissante éloquence.

A vous dire vrai, je doute que M. Bright soit très frappé de la différence qui peut exister, au temps où nous sommes, entre les tories et les whigs. J'avoue, quant à moi, que je n'ai jamais réussi à m'en rendre bien compte. Autant qu'il m'est donné d'en juger, la lutte n'est guère plus qu'entre des familles et des familles, des aoms et des noms. Je vois bien face à face deux partis parfaitement distincts, mais je cherche, sans les trouver, les deux doctrines parfaitement distinctes qui devraient répondre à l'antagonisme de ces deux partis. Ni les dénominations de tories et de whigSy aujourd'hui tombées en désuétude, ou peu s'en faut, ni celles de conserva-

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tistes et de libéraux^ qu'on emploie maintenant de préférence, ne me paraissent se rapporter, en ce qui touche la politique intérieure, à rien de bien déterminé. Lord Palmerston n'est certes pas moins opposé à iine réforme électorale que lord Derby. Le ballot n'est pas plus du goût de lord Russell que de celui de M. Disraeli. Quand M. Bright tonne en faveur du droit de suffrage étendu à la classe ouvrière, il n'est pas un moindre sujet d'effroi pour ceux qui, dans la Chambre des communes, siègent à la gauche du speaker, que pour ceux qui siègent à sa droite. Essayer de prendre en main les affaires, disposer des emplois, gouverner, et, comme moyen, soit de conquérir le pouvoir, soit de le garder, satisfaire, lorsqu'elles se montrent impérieuses, les exigences de l'opinion puplique : voilà le but et le procédé commun aux deux partis.

Il est certain que cette rivalité d'ambitions sert, après tout, la cause du progrès, et que la liberté trouve son compte à être ainsi mise au concours; mais il n'en est pas moins vrai que celui-là serait fort embarrassé à qui Ton demanderait de tracer, à Theure qu'il est, entre la doctrine des tories et la doctrine des whigs, une ligne de démarcation bien nette, bien fixe et invariable.

Je ne me rappelle plus qui a dit : « Un gouvernement conservatiste, pour être bon, doit être tory quant aux personnes et whig quant aux mesures. i> On pourrait dire avec tout autant de raison : « Un gouvernement libéral, pour être bon, doit être whig quant aux personnes et tory quant aux mesures. i>

Entendons-nous, toutefois. Je ne prétends pas qu'il en ait toujours été de même. Les mots whig et tory ont une valeur historique qu'il y aurait ignorance profonde à nier. Depuis 1680, époque où ils commencèrent à être employés, jusqu'à l'expulsion de Jacques II en 1688, ils répondirent l'un et l'autre à quelque chose de très réel.

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En ce temps-là, les whigs étaient bien décidément pour la liberté, le gouvernement parlementaire, le droit de résistance à.la royauté quand elle violait les lois, la tolérance en matière religieuse; et les tories, eux, n'étaient pas moins décidément pour le droit divin des monarques, hnviolabilité de la prérogative, l'obéissance passive, l'absolutisme dans l'Église comme dans l'État.

La chute de Jacques II modifia cet antagonisme sans le détruire; et, jusqu'à la défaite du prétendant en 1745, on peut dire que la politique des whigs fut vraiment libérale, son objet étant d'établir et d'asseoir d'une manière solide un système de gouvernement parlementaire. Mais après raffermissement de la maison de Hanovre, la question entre tories et whigs fut de savoir, non pas jusqu'à quel point il fallait étendre les droits populaires, mais lequel valait mieux de ces deux systèmes : le système des tories, demandant qu'on laissât le roi choisir ses ministres, et celui des whigs, voulant qu'on laissât l'aristocratie choisir les siens. Or il n'est pas sûr que le peuple eût gagné plus à l'adoption du second qu'au triomphe du premier. Des ministres choisis par l'aristocratie sont assurément très propres à faire les affaires de l'aristocratie, mais c'est tout.

D'ailleurs, même dans l'intervalle dont je parle, ne vit-on pas les tories et les whigs changer entièrement de rôles, selon qu'ils étaient au pouvoir ou dans l'opposition? Ne vit-on pas, sous la reine Anne, Bolingbrokc et Windam vanter les parlements triennaux, dénoncer les « bourgs pourris "», se plaindre de l'influence trop grande de la couronne, signaler le danger des armées permanentes, alors que les whigs, au contraire, et pendant le règne d'Anne et après sa mort, se montraient pleins de tendresse pour les parlements septennaux, les tarifs protecteurs et le militarisme, comme il convenait à des gens en place?

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Sous George III, éleyé à l'éeole de rabsolutisme, les rôles changeai encore. Le roi, qui se souvient des services rendus jadis à la prérogative royale par les tories, n'est pas plus tôt installé sur le trône qu'il les appelle au pouvoir. Dès ce moment, volte-face complète. Les tories, maîtres du pavé, repoussent tout progrès, traitent la liberté en ennemie; et les whigs, rejetés dans l'opposition, ne manquent pas de revenir à leurs aneiens principes, quelque peu oubliés par eux sous les règnes précédents.

Rien de plus admirable à coup sûr que la vigueur et l'éloquence avec lesquelles lord Chatham, lord Camden, Fox, Burke, Sheridan, décrièrent les empiétements de la couronne, protestèrent en faveur de la publicité des débats, défendirent la liberté de la presse, flétrirent la corruption électorale. Mais il ne faut rien taire : ce fut^ au bout du compte, un whig, M. Grenville, qui, en ce qui concernait le droit des Américains de se taxer eux-mêmes, proposa le « Stamp Act » ; ce fut un whig, lord Rockingham, qui y ajouta le « Declaralory Acl ». La réforme parlementaire compta Burke au nombre de ses adversaires, et chacun sait que la masse du parti whig fut loin de par^ tager les sympathies de Fox pour la révolution française.

M. Bright, dans son discours de Rochdale, reproche avec raison aux tories d'avoir, à des dates plus récentes, combattu le a Reform Bill » et l'abolition des lois sur les céréales. Ce que M. Bright n'a pas dit, c'est qu'en 1833 plus d'un membre du parti whig, dans la Chambre des lordSy aurait bien voulu voir échouer la fameuse mesure proposée par lord Grey, mesure fort utile sans aucun doute, mais dont il convient de ne pas exagérer l'importance populaire : car le € Reform Bill » n'a pas coupé court à la corruption parlementaire, et s'il eut pour effet de balayer ceux des ^ bourgs pourris » dans lesquels Tinfluence des tories était dominante, il en laissa subsister

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beaucoup dans lesquels c'était TinQuence des whîgs qui dominait.

C'est aussi avec raison que M. Bright accuse les tories de s'être opposés à l'abolition des lois sur les céréales ; et, quand le Standard lui répond que c'est un ministre coDservatiste, sir Robert Peel, qui a proposé cette grande réforme, le SlcmdArd feint d'ignorer que sir Robert Peel, en cette circonstance, fut cerné par l'opinion, vaincu, forcé de mettre bas les armes; qu'il ne se rendit qu'après un combat désespéré; que, loin de le suivre, les tories le regardèrent comme un déserteur, l'appelèrent un traître, et que, par conséquent, ils seraient aujourd'hui fort mal venus à revendiquer pour leur parti l'honneur d'un acte dont le seul souvenir les fit si tongtemps frémir de colère. Mais ce qu'il est juste de reconnaître, et ce que M. Bright, à son tour, n'a pas voulu se rappeler, c'est que, sur la question du € Free Trade:»,à l'époque de cette lutte célèbre, le parti whig était fort divisé. Lord John Russell, par exemple, commença par combattre le principe du libre échange comme sir Robert Peel, et, comme sir Robert Peel, il ne céda que lorsque l'opinion publique devint assez forte pour l'entraîner.

Ainsi donc, même en remontant le cours de l'histoire, même en revenant par la pensée aux époques où il y avait à résoudre des questions de nature à expliquer la division de l'aristocratie en deux partis armés de deux doctrines opposées^ on a quelque peine, en fait de principes, à trouver toujours d'accord avec eux-mêmes, soit les tories, soit les whigs, bien qu'ils se distinguent les uns des autres, dans le passé, sinon par un ensemble d'opinions immuables, au moins par un ensemble assez marqué de tendances générales. Mais du passé, en tout cas, il n'y a pas à conclure au présent. Aujourd'hui, je le répète, la ligne de démarcation est effacée au point de n'être guère perceptible. Qu'il y ait certains whig» qui

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ressemblent beaucoup à certains tories, c'est ce dont M. Bright s'est cru obligé de convenir; et ceci n'exprime très probablement, sous une forme adoucie à dessein, qu'une partie de sa pensée. Ardent à soutenir la candidature de M. Potter, il aura craint, je le suppose, de la compromettre en ne circonscrivant pas ses attaques. Mais, au fond, il sait à quoi s'en tenir sur les deux partis qui se partagent les dépouilles opiraes du pouvoir; et il a ses raisons, lorsqu'il ménage l'un en s'étudiant à écraser l'autre.

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