‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 48 sur 131 · ENGORB L'ASSASSINAT DE LINCOLN · texte numérisé non relu

ENGORB L'ASSASSINAT DE LINCOLN

lion ne date pas d'hier; elle est l'ouvrage de trente années d'efforts dont ses concitoyens ont apprécié le mérite et de trente années de services dont ils ont reconnu l'importance. L'obscurité de sa naissance et son entrée taniive dans la vie deTintelligence, loin de le diminuer, le grandissent. Que ne portait pas en lui un homme qui, ne devant rien aux circonstances et obligé de tout tirer de son propre fonds, a su se frayer un chemin jusqu'au poste le plus élevé de TÉtat, dans un pays où l'instruction est universellement répandue, où nulle fonction n'est un privilège, et où la possession du pouvoir est le prix de la confiance qu'on inspire à ses concitoyens? Quant à l'état de surexcitation qui, le 4 mars, caractérisa si malencontreusement l'attitude d'Andrew Johnson, ce fut précisément l'effet, chose curieuse, des habitudes de sobriété qu'il avait contractées.

Il revenait malade du Tennessee. Son médecin, craignant que, dans la séance d'inauguration, ses forces ne l'abandonnassent, eut la malheureuse idée de lui faire boire, pour le ranimer, un petit verre d'eau-dc-vie qui lui porta tout de suite à la tête, — ce qui ne serait pas arrivé à un homme moins sobre. Voilà ce que le DaiUf News raconte et affirme, sur la foi des autorités les plus respectables; mais c'est ce que la presse sudiste est intéressée à ne pas laisser croire, et il faudra du temps, j'en ai petir, pour elDfacer dans l'esprit d'une partie notable du pnblic anglais la première impression reçue.

Ce qui est vrai, c'est que Johnson, en mainte circonstance, a parié de la conduite des Anglais à l'égard du Nord en termes empreints d'une violente amertume.

Ce qui est vrai encore, c'est que, né dans le Sud et frappé de bonne heure des excès engendrés par l'institution de l'esclavage, il a toujours Oguré, en Amérique^ aux premiers rangs du parti républicain. Il disait un jour, et le mot n'a pas été oublié, qu'il fallait pendre Jefferson

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Davis vingt pieds plus haut que Haman. Sa politique ne sera-t-elle pas une politique de rigueur, surtout après les meurtres qui viennent de jeter rAinériquedansle deuil et qui sonl, hélas! si propres à exaspérer les passions? Les sudistes d'Angleterre ont dû le craindre, et, pour cette raison aussi, l'assassinat de Lincoln a produit sur eux une impression douloureuse.

Enfin — et c'est peut-être là le motif le plus profond de leurs regrets, — ils ne peuvent se dissimuler qu'un coup terrible vient d'être porté à la cause qui leur est chère. Ils appartenaient à cette cause, ceux qui faillirent tuer M. Sumner dans le palais du Sénat; ceux qui massacrèrent de sang-froid les nègres à « Fort Pillow > et à <f Harpelh Shoals :» ; ceux qui pillèrent la Banque, et firent feu sur de paisibles citoyens, et les renversèrent sanglants sur le seuil même de leurs maisons à Saint- Albans ; ceux qui essayèrent d'incendier pendant la nuit une des plus opulentes et des plus populeuses villes du monde; Vol, incendie, assassinat, quel couronnement donné aux furieux efforts faits pour maintenir l'esclavage !

Ah! sans doute ce n'est pas sur le Sud tout entier qu'il serait juste de rejeter la responsabilité de ces crimes. Mais qu'il faille la rapporter à une conspiration ourdie par des sécessionnistes, sous l'empire des sentiments qui ont .amené la sécession, qui pourrait en douter? J'ai sous les yeux les nouvelles venues d'Amérique aujourd'hui même, et que disent-elles? Qu'à New-York l'assassinat d'Abraham Lincoln est regardé comme le résultat d'un complot; qu'un homme supposé être John Surrat du Maryland a été arrêté, et a été reconnu par les domestiques de M. Seward; qu'on a aussi arrêté comme son complice un habitant de Baltimore, dont on a les aveux; et qu'on croit Booth caché avec de nombreux compagnons dans le Maryland, où l'on s'attend à chaque instant qu'il sera découvert. Si tout cela est vrai, tout cela prouve, ce qui était déjà malheureuse-

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