‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 49 sur 131 · LE SPECTRE DE LA RÉFORME ÉLECTORALE DANS LA CHAMBRE DES COMMUNES · texte numérisé non relu

LE SPECTRE DE LA RÉFORME ÉLECTORALE DANS LA CHAMBRE DES COMMUNES

9 mai.

Hier au soir, un événement considérable, quoique prévu, a eu lieu. A la majorité de 288 contre 214, la Chambre des communes, qui prétend représenter la nation anglaise, toute la nation anglaise, a rejeté un bill tendant à admettre dans le sein de la Constitution une partie de ceux qui en sont aujourd'hui exclus, lesquels forment les trois quarts de la nation!

Ce bill avait été présenté, dans la séance de jour de mercredi dernier, par l'infatigable M. Baines, que M. Horsman a grande raison d'appeler € le spectre de la réforme ». Parmi les adversaires du « spectre de la réforme », ou plutôt au premier rang de ses plus amers contradicteurs, on avait vu figurer, non sans quelque surprise, un homme que l'armée libérale aimait à regarder comme des siens, un M. Lowe; et l'enthousiasme avec lequel la majorité de la Chambre des communes avait accueilli le discours de M. Lowe était d'autant plus frappant, que ce discours, plein de lieux communs formulés avec impertinence, plein de banalités relevées par une habile affectation de dédain, concluait à déclarer irrévocable ce défi jeté à la démocratie : « Tu ne passeras pas! i^

dbyGoogk

îm DIX ANS DB L*HIST0I1IB S'AIIGLETEARE:.

Le résultat da débat d'hier au soir étaiC donc prévu, je le répète. En était-il moins grave? non certes; et ce qui est plus grave encore que le vote négatif dont il s'agit, c'est la nature des considérations sur lesquelles il s'appuie.

La population de l'Angleterre et du pays de Galles s'élevait, en 1861, à 20000 000. Sur cette population, le droit de suffrage, c'est-à-dire en réalité le titre de citoyen, n'appartient qu'à 800 000 individus environ.

Quatre millions d'Anglais adultes, — on est convenu de ne pas compter lés femmes, comme si elles ne concouraient pas à constituer l'être humain ! — sont tenus d'obéir avec einpressement, avec respect, et sont censés obéir avec amour à des lois faites sans eux, quelquefois contre eux.

Ces quatre millions d'Anglais, composant seuls, ou avec leurs familles, les trois quarts de la population totale, sont pour la plupart des hommes qui pensent, qui lisent, qui suivent d'un œil attentif, en silence, mais l'émotion dans le cœur, la marche des affaires publiques. Les innombrables sociétés d'assurances mutuelles qu'ils ont instituées, le succès des sociétés coopératives qui ont pris naissance parmi eux, le développement prodigieux des « Trades'unions i>, sous l'étendard desquelles beaucoup d'entre eux se trouvent déjà enrégimentés, l'important budget du travail qui se grossit chaque jour de leurs épargnes, l'ensemble et la fermeté virile qu'ils (mt en mainte occasion apportés dans leurs luttes contre des prétentions oppressives, ou qu'ils jugeaient telles : tout atteste leur intelligence, et témoigne en eux une puissance d'organisation, qui devient de jour en jour plus caractéristique.

Ils ont, en outre, le calme de la force et le culte de l'ordre, ces hommes qui sont souvent en proie à des privations terribles, et qu'on pourrait croire accessibles à des

dbyGoogk

Page 1