‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 53 sur 131 · SCANDALE EDMUNDS. 17S · texte numérisé non relu

SCANDALE EDMUNDS. 17S

moment, lord Westbury, pour lui faire connaître son intention. Celui-ci, étonné, écrivit à son tour au maître des rôles, pour savoir s'il y avait dans le rapport de MM. Greenwood el Hindmarch quelque chose qui rendît nécessaire la résolution prise par M. Edmunds. Le maître des rôles ayant répondu c que le mieux était de laisser M. Edmunds donner sa démission », le lord chancelier était prêt à accepter cette démission, qui sauvait le démissionnaire, lorsqu'il fut averti par M. Greenwood que le rapport contenait le récit de « circonstances d*un caractère très pénible ».

Le rapport parut, en effet, rédigé de telle sorte, qu'il imposait au lord chancelier l'obligation morale de refuser la démission offerte, de laisser l'enquête suivre son cours, et, dans le cas où elle aurait prouvé que des malversations avaient été commises, de frapper le coupable.

Au lieu de cela, que fit lord Westbury ! Après avoir consulté le maître des rôles et l'atlorney général, qui l'un et l'autre, paraît-il, se prononcèrent pour l'indulgence, il permit à M. Edmunds de battre en retraite sans tambour ni trompette, et s'empressa de donner à son gendre, à lui, l'un des deux emplois que la démission de M. Edmunds laissait vacants.

En ce qui concerne lord Westbury, lord chancelier d'Angleterre, gardien de la comcience de la Reine y ceci n'était que le premier acte d'une comédie en deux actes qu'on pourrait intituler le Népotisme. Voyons la suite.

Le cumul fleurit en Angleterre. L'exemple de M. Ed* munds »le prouve assez. Indépendamment de ses deux places au bureau des patentes, il en avait deux à la Chambre des lords, celle de « reading clerck » et une autre rapportant ensemble 1 500 liv. st. par an. La question se présentait naturellement de savoir si un homme

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contre lequel s'élevaient des ekarges si terriMes» défait conserver sa position à la Chambre des lords.

C'était à elle, à elle seule ^qu'appartenait le droit de 1» casser aux gages; mais, drconstanee singulière parmi tant de circonstances singulières, c'est ce que lord Wes* bury se trouvait ignorer. Il croyait cette besogne sienne,. et lui qui n'avait pas jugé devoir chasser M. EdmuDd^ d'un poste qu'il remplissait fort mal, il se demanda s'il ne devait pas le chasser d'un poste que, selon tous lês témoignages, il remplissait fort bien. Toutefois, ne voulant, cette fois encore, rien prendre sur lui, il en référa aux lords Cranworth et Kingsdown ; sur quoi, leurs seigneuries furent d'avis « que le devoir du lord chancelier lui commandait de ne pas souffrir que M. Edmunds continuât à être employé à la Chambre des iords ».

L'affaire en était là, lorsque, au mois de novembre, lord Weslbury découvrit tout à coup que ce n'était pas à lui, mais à la Chambre des lords, qu'appartenait le droit d'enlever à M. Edmunds ses fonctions de « reading clerk ». Cest alors qu'il pensa devoir consulter l'opinion du cabinet dont il fait partie, opinion qui se trouva conforme à celle que les lords Cranworth et Kingsdown avaient exprimée.

Il semble, d'après cela, que lord Westbury, en sa qualité de gardien de la conscience de la Reine et de protecteur officiel de la morale publique, n'eût plus qu'à mettre la Chambre des lords au courant de tout ce qui était à sa connaissance. Eh bien, non : dans l'intervalle, il avait eu deux entrevues avec M. Léman, le soliciter de M. Edmunds, et, dans la seconde de ces entrevues, il avait dit en termes formels : a: Si M. Edmunds consent à donner sa démission, je ne mettrai aucun obstacle à ce qu'une pension de retraite lui soit accordée. i>

Évidemment tout ce que lord Weslbury voulait, c'est qu'il y eût une nouvelle vacance dont il pût disposer; moyennant quoi, il ne voyait pas d'inconvénient à ce

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qu'un concussionnaire, loin d*étre puni, se retirât de la scène avec un gage substantiel de la reconnaissance publique.

M. Ëdmunds répugnait beaucoup à lâcher prise. Mais lord Westbury avait parlé de provoquer, dans la Chambre des lords, la formation d'un comité d'enquête. Grave menace ! Il fallut céder. M. Ëdmunds envoya donc sa dénsssion des emplois qu'il remplissait auprès de la Chambre des lords, en y ajoutant, selon l'usage, la demande d'une pension de retraite.

Le comité des pensions (pension commiUee)^ qui avait à se prononcer sur cette demande, n'était pas sans avoir entendu quelque chose des circonstances qui devaient en motiver le rejet. Mais il ne lui était parvenu à cet égard que des rumeurs vagues, confuses, contradictoires même. L'homme qui était en état de renseigner le comité des penéons, et dont c^étaii le devoir, se taisait. Les lords qui composaient le CQmité des pensions regardèrent le silence de lord Westbury comme une preuve suffisante qu'il n'y avait rien à reprendre à la conduite de M. Ëdmunds. Une pension de 800 liv. st. fut donc accordée à ce dernier, pour prix de ses fidèles services ; la place de a readiog clerck » fut à donner, et le lord chancelier, en bon père (te famille, eut hâte de la donner à M. Slingsbey Bethell, son fils.

Il y a cela de bon, en Angleterre, que la lumière n'y reste jamais tout à fait sous le boisseau. Le moment devait venir où de pareils faits tomberaient dans le domaine de la discussion publique : ce moment arriva plus tôt que certaines gens n'avaient cru. Je vous laisse à penser les commentaires! Une investigation approfondie devenait indispensable. De là, constitution, dans la Chambre des lords, d'un « sélect commiltee », chargé de lever le voile. Le voile est aujourd'hui levé. Le « sélect commitlee j> a rendu son verdict ; et ce verdict absout lord Brougham

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pour cause d'ignorance, flétrit ses deux frères, blâme le lord chancelier en termes adoucis de n'avoir pas dit au comité des pensions ce qu'il savait, et, enfin, exprime le regret que, de son côté, le comité des pensions ait agi avec trop de précipitation.

C'est le reproche relatif à la précipitation de ce comité qui a donné lieu, dans la Chambre des lords, à la discussion dont je parlais au commencement de cette lettre. Lord Redesdale, qui avait présidé le « pension committee 3>, a protesté en ce qui le touchait, lui et les autres membres intéressés, contre l'arrêt rendu par le « sélect committee :>. Il a été soutenu, dans sa protestation, par lord Hardwicke, lord Everseley, le marquis de Bath, qui ont prétendu, soit qu'ils ignoraient les malversations commises par M. Edmunds, soit qu'ils n'avaient pas à s'en occuper. Le vote de la question préalable a coupé court au débat sur un point qui n'était, après tout, que secondaire. Toutefois, la séance n'aura pas été stérile. Sur la proposition de lord Granville, il a été décidé que la pension de retraite accordée à M. Edmunds serait annulée.

La maintenir eût été couronner une série de scandales par un scandale sans égal.

Vous serez, peut-être, curieux d'apprendre quelle était, pendant une discussion qui faisait de lui le point de mire de tous les regards, l'attitude de lord Westbury. Lord Westbury, se tenait nonchalamment appuyé sur les coussins rouges du sac de laine, les mains croisées, les yeux fixés au plafond, et aussi tranquille, aussi indifférent que si tout cela ne l'avait regardé en aucune façon...

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