‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 54 sur 131 · SYMPATHIE DE L'ANGLETERRE POUR JEFFERSON · texte numérisé non relu

SYMPATHIE DE L'ANGLETERRE POUR JEFFERSON

SYMPATHIE DE L'ANGLETERRE POUR JEFFEUSON DAVIS» DÉNONCÉE PAR ANDREW JOHNSON.

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Les partisans du Sud en Angleterre sont consternés. La proclamation dans laquelle le président des États-Unis Andrew Johnson, dénonce Jefferson Davis, comme complice de Booth est un dernier coup porté à la cause de Tes* clavage, et le plus terrible de tous. Qui donc osera désormais parler de la chevalerie des planteurs? Qui donc osera faire revivre, en le leur appliquant, le fameux mot inexactement appliqué à François P' : Tout est perdu fors r honneur?

Le Daily Telegraph d'aujourd'hui, dans un article plein d'émotion, appelle ladernière proclamation de Johnson monstrueuse; il refuse absolument de croire qu'un homme de la trempe de Jefferson Davis ait pu descendre à l'assassinat; il afûrme que, de la partdu chef des sécessionnistes, c'eût été folie. On a peut-être trouvé sur Booth des documents révélateurs en apparence de la complicité de Jefferson Davis. Qu'en conclure, sinon que Tassassin avait cherché à donner à son crime une sorte de caractère officiel? Booth, d'ailleurs, n'a-t-il pas été tué? ne l'a-t-on pas enterré secrètement? quel preuve a-t-on que les pièces qui accusent Jefferson Davis, s'il en existe de telles, n'ont pas éié forgées par ceux qui ont soif de son sang?

Ainsi s'exprime le Daily Telegraph, combattant, vous le voyez, ce qu'il se hâte d'appeler une calomnie par une supposition calomnieuse.

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\n DIX ÂN& I>« L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Le Standard^ lui, éclate en cris de rage. A l'entendre, le gouvernement fédéral en a menti par la gorge. Le but de M. Johnson est celui que se proposèrent les whigs lorsqu'ils inventèrent le «complot papiste ]^9 et leurs adversaires lorsqu'ils mirent en avant le complot, réel cette fois, de « Rey house » ; ce que veut le président des États- Unis, c'est un prétexte qui lui permette de mettre à mort des victimes aussi innocentes que Russell. Malheur au nouveau iBDnde ! l'ère de la terreur pour lui a commencé.

C'est aussi l'inauguration du règne de la terreur que le Morning Advertiser voit dans la proclamation dont il s'agit. Le sang va couler par torrents, versé non plus par la main des soldats, mais par celle des bourreaux. Le spectre de Marat se dresse devant le Daily Télégraphe épouvanté ; et le Morning Advertiser recule d'effroi devant le spectre de Robespierre,

En vérité, c'est à n'y pas croire.

Oh ! certes, pour ceux qui, en Angleterre, n'ont cessé de représenter les auteurs d'une guerre affreuse comme autant de chevaliers sans peur et sans reproche, il est fâcheux sans nui doute que les noms de Jefferson Davis, Jacob Thompson, Clément C Clay, Clary, Béverley Tucker, George Sanders, se trouvent figurer à côté de ceux de Booth, de Payne, d'Atzeroth; mais qu'y faire? S'il est vrai que l'assassinat de Lincoln, au lieu d'être un attentat isolé, ait été le résultat d'un noir complot à ramifications étendues et profondes, faut-il donc que, pour justifier le» pompeux éloges si libéralement prodigués jusqu'à ce jour à leurs protégés par les journaux sudistes d'Angleterre, M. Johnson jette au feules pièces « déposées dans lesbareaux de la Justice militaire »? Il est possible que les hommes désignés dans la proclamation soient innocmits du crime qu*on leur impute; mais où le Daily Télégraphe le Standard,\e Morning Advertiser pmsenUih le droit dft

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SYMPATHIE DE Ï/AIÏGLETËRHE POUR JEPPERSON. m

rafïirraer, avant tout examen des preuves dont on parle? Ont-ils lu les documents accusateurs? ont-ils la moindre connaissance des faits sur lesquels le gouvernement fédAral se propose de baser Taccusalion? En vertu de quel prindpe d'équité s'empressent-ils de supposer que Tuitique but d'une dénonciation aussi grave est de mettre ^ms le coup du traité d'extradition les rebelles auxquels le Canada sert en ce moment d'asile? Et par quel oubli dô toutes les règles de la prudence appellent-ils un metl'-' songe infâme — ce sont les mots que le Standard emploie — ce que demain l'instruction de cette ténébreuse affaire peut démontrer sans réplique n'avoir été qu'une vérité lamentable? Serait-ce qneleschevâlierseïgentlemen qui ont trempé dans les meurtres et les vols de Saint-Albans sont, comme la femme de César, au-dessus du soupçon?

J'ai sous les yeux une lettre qui m'est adressée d'Amérique ; et, des détails qu'elle contient, il résulte que, de l'autre côté de l'Atlantique, le fait de la complicité de Jefferson Davis, dans l'attentat du 15 avril, ne rencontre pas tout à fait la même incrédulité dont on se plaît ici à accorder au Sud le bénéfice. Les dépositions recueillies par le conseil de guerre de Colombie établissent l'exis^ teaee d'une conspiration dont le but était de tuer le président, le vice-président et le secrétaire d*État. C'était At2eroth, paraît-il, qui s'était chargé d'assassiner M. Johnsoû. Il devait lui porter le coup mortel à « Kirkwood house », pendant la soirée du 14; mais, au moment de frapper, il hésita et alla rejoindre Booth.

Les personnages nommés dans la proclamation faisaient-ils partie de cette abominable machination? L'équité nous défend de l'affirmer, tant que la preuve n'en eètpas fournie; mais que penser de ceux qui, sans attendre la preuve, affirment brutalement le contraire eP accusent le gouvernement fédéral de mentir pour tuer?

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Au moins serait-il juste de se demander quels sont les antécédents de ceux contre lesquels le président des États- Unis assure avoir des preuves.

Jacob Thompson, qui était secrétaire de l'intérieur sous l'administration Buchanan, et qui sortit du cabinet en 1861 avec M. Floyd, n'eut pas plus tôt pris du service dans l'armée rebelle, qu'il fut envoyé au Canada, en qualité d'agent confidentiel de Jeiferson Davis. Ce fut lui qui organisa la conspiration de Chicago en 1864, formula le projet d'attaquer Johnson-Island pour relâcher les prisonniers rebelles, et arma en grande partie les chevaliers du Cercle d'or.

Cleary, qui est aujourd'hui sous les verrous à Toronto, et Bcverley Tucker, étaient, il n'y a pas longtemps, poursuivis par la justice canadienne comme coupables d'avoir violé la neutralité des provinces anglaises.

George Sanders a été un des instigateurs les plus actifs, les plus audacieux de la guerre civile. Je me souviens de l'avoir vu à Londres à l'époque où M. Buchanan y était ambassadeur des États-Unis. M. Sanders était alors ici comme consul. J'eus occasion de causer plusieurs fois avec lui, et je ne fus pas longtemps sans me convaincre que c'était une nature dont l'énergie touchait à la violence. Je ne dirai pas qu'il me fit l'impression d'un homme capable de tremper dans un complot d'assassinat : non, certainement; mais qu'il eût un penchant décidé pour la doctrine de la souveraineté du buty c'est ce qu'il proclamait lui-même. Bien qu'il fît profession de sentiments démocratiques, entendus dans le sens qu'on attache à ce mot en Europe, il plaidait avec passion la cause des planteurs, et estimait l'institution de 1 esclavage une chose admirable, le nègre, s'appelât-il Toussaint- Louverture, n'étant à ses yeux qu'un singe qui parle. Il me dit un jour : c Le Nord est plus hostile aux nègres que le Sud. Dans le Nord, la liberté les affame ; dans le Sud , l'esclavage les

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