LES FENIANS
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Savez- VOUS au juste ce que c'est que la société des fénlans?
Son origine, sa formation, son but, son organîsalion, rétendue de ses ressources, la nature de ses espérances, et ce qu'il y a de réel dans son pouvoir,, sont choses qu'il n'est pas sans intérêt de connaître ; car, en dé|Ht du ton railleur qu'affectent, lorsqu'ils en parlent, certaioff journaux de ce pays,, la société en question pourrait bien quelque jour causer de sérieux embams à l'Angteterns;
JMgnore si vos lecteurs ont jamais cnteoda parier de Robert Emmet, Irlandais que lord Clare conéamna aa supplice de la potence. On rapporte ^'aa moment de sabir la sentence, Robert Emmet exprima k vœu que ses concitoyens n'élevassent un monumeat à sa mémoke que lorsqu'ils auraient délivré llrlande du joug de la race saxonne. De là, le nom de Emmet montiment Associatiên ou E.M. A., donné, antérieurement à 1857, parte colonel Jean O'Mahony et le lieutenant-colonel Michel fiobeay, à l'organisation d'une société ayant pour bot de rendre l'Irl ande à l'Irlande.
Cette société fut l'embryon de celle qui, s'étant répandue aux États-Unis, au Canada et en Irlande, existe aujourd'hui dans ces trois contrées, sous le nom de c Société des fénians » ; — le mot Fénians signifiant, en langue irlandaise ou erse, Phéniciens, nom des premiers colonisateurs de llrlande.
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L'iaée mère remonte à 1848, et se ratacke à l'exécuttion des patriotes irlandais qui fut eni compromis dans les mouvements de cette époque.
La confraternité des fénians se divise en trois sections; indépendantes Fune de FauJtre, mais ayant un même aiBBour: l'Irlande; une même haine : l'Angleterre; un même but : le renversement, en Irlahde de la domination, anglaise.
La première de ces sections a son siège en Irlande; la seconde au Canada; la troisième aux États-Unis.
En Irlande, la société des fénians est organisée sur le pkn des sociétés secrètes dont la France fut le berceau. Peidant son séjour en France, où, frappé par la proscription, il avait été contraint de eherdter refuge, le colonel O'Mahony s'était fait une loi d'étudier Le système des conspirateurs français, et il l'importa en Irlande, dans, «une des visites secrètes qu'il fit à ce paysL La haute direction, en Irlande, est aux mains d'un gouvernement pro-*v lôsoire composé de quatre membres, représentant les provinces de Munster, de l'Ulster, de Leinster et de Con* nmtg^t. Cbacun de ces quatre chefs a choisi parmi ses plus intimes amis vingt ou trente colonels, dont chacun, à son tour^ s'est trouvé appelé à choisir parmi ceux dont il avait pu éprouver le p;4triolisme huit ou dis caipitaines^ et ainsi de suite. Les plus striictes précautions sont prises, pour que le ealonel ne soit connu que des capitaines, le capitaine que de sea lieutenaats, et le simple soMat que de <aeux dont le contaet a^Deeloi est absolument indispensable, tout cela, bien enfendu, pour déjouer la sutiveillaiiee â& la police et désarmer la trahison. Inutile d^ajouter que les réunions auxquelles, tes membres assistent se tiennent dans l'ombre, et que rien n'est épargna de ce qui est de ijature à assurer l'inviolabilité du secret.
Âii Canada,, où la latitude d'action est plus grande, la nécessité delà prudence est moins impérieuse. Là aussi^
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cependant, le mystère préside aux mouvements et couvre les réunions de son voile.
C'est seulementaux États-Unis, où elle n'est condamnée à éviter aucun regard, à craindre aucune dénonciation, que la société des fénians fonctionne librement et agit à la lumière du jour. Là, point de serment occulte, point de mot d'ordre mystérieux, point de signes de reconnaissance . Un chef; autour de lui, un conseil suprême: et au-dessous, des conseils d'État, dont chacun a sous sa juridiction le territoire d'un des États de l'Union ; voilà, en quelques mots, ce qui constitue l'organisation de la confraternité, de l'autre côté de l'Atlantique. Quant aux séances ténébreuses, aux scènes de coups de stylet, aux empoisonnements..., contes de croquemitaine !
Maintenant, n'y a-t-il rien dans l'existence d'un fait semblable dont il y ait lieu pour l'Angleterre de prendre souci? A en juger par le langage du Times et de quelques autres journaux, on pourrait la croire au-dessus de préoccupations de ce genre. C'est en effet le sourire du dédain et de l'ironie ;sur les lèvres, que le Times parle du manifeste des fénians que vient de publier le New- York Herald :
€ Le lecteur classique, dit-il ,se rappelle sans doute que ce fut sur une terre carthaginoise, c'est-à-dire phénicienne, qu'Énée fut rencontré par une dame qui eut la bonté de le conduire invisible, lui et tout l'équipage, en présence de la reine et de sa cour. Eh bien, les fénians irlandais ont hérité des Phéniciens^ leurs ancêtres, ce privilège de l'invisibilité. >
La plaisanterie, comme vous voyez, n'est pas très fine. Si les fénians irlandais sont constitués en société secrète, il est assez naturel que le voyageur anglais qui visite l'Ir* lande ait peine à les apercevoir. Pour comprendre cela, pas n'est besoin d'interroger les souvenirs classiques.
Que la puissance de la confraternité fénianeait été exa-
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gérée, soit. II est possible qu'elle ne compte pas en Irlande soixante-cinq mille adhérents, tous capables de porteries armes; il est possible qu'aux États-Unis, elle en compte moins de quatre-vingt mille. Une chose est sûre, néanmoins, c'est qu'en Amérique son influence est considérable; c'est que plusieurs de ses membres y occupent des positions éminentes dans Tarmée, dans la marine, dans les diverses administrations; c'est que, pendant les quatre dernières années, elle a fourni au gouvernement des États- Unis jusqu'à 28 000 combattants; c'est qu'à sa tête figurent des hommes influents et riches : des imprimeurs de premier ordre, tels que M. James Gibbons; des princes du commerce, tels que M. William Griffin; des directeurs de journaux, tels que M. Patrick J. Meehan, et des officiers supérieurs de grande distinction. Le brigadier général Thomas A. Smith, tué devant Richmond, était le dixième membre du conseil des Fénians; et ils comptaient dans leurs rangs le brave général Matthew Murphy, celui qui mourut de ses blessures à Gity-Point, quelques jours après avoir reçu la nouvelle de la mort de son frère d'armes le général Smith.
Les noms que je viens de citer font partie d'une liste publiée par le New-York Herald^ et, quelque sceptique qu'il puisse convenir au Times de se montrer, il ne supposera pas, j'espère, que des hommes en vue et occupant une position honorable soient gens à permettre qu'on les désigne publiquement comme directeurs d'une association à laquelle ils n'appartiendraient pas!
La vérité est qu'aux États-Unis, en tout cas, la société des fénians est une puissance. Le gouvernement fédéral, qui a toujours trouvé en elle un appui dévoué, non seulement la tolère, mais la protège. Il ta réprimerait sans doute, si, troublant la paix, elle songeait à attaquer le Canada ou à envahir l'Irlande : et là^ n'est pas le danger. Mais qu'arriverait-il, si entre les États-Unis et TAngle-
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terre une guerre venait à éclater? Graillon qu'une socièléqui s'appuie d'une main sur le Canada et de l'sxitre sur Tirlande n'aurait aucun rôle sérieux à jcMier dans la Itittef
Gela prête à rire au Times : fort bien ; mais, a je dois^ dire ma pensée^ je soupçonne le Time^ de rire jamne. Que voulez-vous ! il est ici des gens qui, toutes les ifois qu'ils parlent de rirlande, se croient obligés de le prendre de haut.  leurs yeux, la dignité de ce pays serait perdue le jour où il aurait l'air de tenir qvelqiie compte du i»éc<mtentement des Irlandais* Ils éprouvent je ne sais quelle jouissance brutale à affirmer par radopti«n d'un langage arrogant la supériorité de l'Angleterre sur l'Irlande. G'estbien mal comprendre la race celtique, celle de to«te& les races répandues sur le monda, qu'on gagne le ]»lus aisément par de douces paroles, qui ressent le plus vivement l'injure du dédain, qui «st la plus susceptible, lapins sensitive,et unedes plusfières.
On ne pourrait nier sans injustice l'impontanee et le salutaire effet de plusieurs réformes introduites en Irlande depuis cette terrible maladie des pommes de terre qui y causa la grande famine de 1845-1846. Ge furent des me* sures législatives d'une portée incontestablement bienfaisante, que le Land Improvement act, le Renewable Lm^ sehold acty et, surtout, le Eneumb&reiE$tate8 acU Parb première, l'aiiiélioration des terres fut rendue possible; la seconde coupa court, du moins en partie, au funeste régime des tenures dérivatives om superposées l'jam à l'autre et rapprocha ceux qui possédaient le sol de ceux qui l'occupaient, par la suppression des sous-propriétaires appelés middlemen. La troisième Êaicilita la vente des terres grevées d'hypothèques, et fut comme l'appUcatm au sol du principe d6 la liberté du commerce. A;ujourd'faQÎy l'Irlande est un peu mieux cultivée ; elle tend évidemtteot à sortir du système fui, dans tant de misérables cabines^ avait entassé tant de misérables; le Jivi»rce entre l'agni*
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