‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 57 sur 131 · LE DISCOURS DU PRINCE NAPOLÉON A AJACGIO · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DU PRINCE NAPOLÉON A AJACGIO

culture et le capital s'y fait moins sentir ; le régime des baux de longue durée a quelque chance d'y être adopté ; la libre dispo^tion de leurs propriétés y a été rendue aux propriétaires ; enfia, le salaire du cultivateur n'y est plus aussi cruellement Xsproportionné à son travail.

if aïs la preuve que tout cela ne constitue pas un remède suffisant; la preuve que l'emplâtre est encore beaucoup trop petit pour la plaie, c'est le nombre prodigieux d'Irlandais, qui, chaque année, fuient, comme une terre homicide, une patrie que cependant ils adorent; et, s'il est vi^ai que cette émigration est un bien, en ce sens qu'elle diminue le nombre des affamés qui se disputent un lambeau de terre à cultiver, il est vrai aussi que des divers symptômes auxquels les Anglais feraient sagement de prendre garde, celui-là n'est pas le moins frappant.

Et qu'on ne prétende pas que ceux des Irlandais qui se condamnent â quitter leur patrie, y renoncent! Non, non : c'est la rage dans- le cœur qu'ils s'en éloignent; c'est animés de l'esprit de retour qu'ils s'embarquent. L'organisation de la société des fénians aux États-Unis le démontre; et, Icanchement, je ne cois pas qu^il y ait là, pour les Anglais, matière à plaisanteries.

CE ÛUE PENSEN^T "LES ANGLAIS DU DISCOURS 1»R0W0RC!É PA» LE iPHITiCE NAPOLÉON A J^JACCia

30 mai.

Grande fut la surprise, le jour oii l'on connut en Angleterre le fliscours prononcé à Ajaccîo par le prince ïîapoléon.

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Oh! certes, que le prince eût fait étalage d'idées libérales ; qu'il eût proclamé le respect des nationalités comme la base indispensable d'une paix permanente; qu'il se fût vivement prononcé pour l'indépendance de l'Italie et contre le pouvoir temporel du pape; qu'il eût tendu la main aux États-Unis; qu'il eût insisté sur la nécessité de ne pas compromettre l'Europe dans les affaires d'Amérique ; qu'il eût parlé du mariage de Napoléon I" avec une archiduchesse d'Autriche comme d'une faute, et dénoncé toute alliance avec Vienne comme contraire à la politique traditionnelle de la France ; qu'il eût enfin introduit dans son programme la liberté sous toutes ses formes, cela n'aurait étonné personne.

D'abord, ce n'est pas la première fois que le fils de Jérôme proteste de son ardent libéralisme; et ceux qui croient à la sincérité de ses professions de foi étaient préparés à Tenlendre s'exprimer ainsi qu'il vient de le faire.

Et puis, s'il est un pays au monde où l'on doive trouver tout simple que les princes du sang se rangent sous Fétendard populaire en attendant mieux, ce pays est l'Angleterre. On n'y a pas oublié comme quoi George IV, qui, une fois devenu le maître, aurait bien voulu s'essayer au rôle de tyran, avait commencé par être l'ami de Fox et l'âme de l'opposition des wighs.

Le discours du prince Napoléon à Ajaccio, malgré sa saveur révolutionnaire, ou plutôt à cause de cela, n'au- . rait donc fait ici dresser l'oreille à personne, s'il n eût été qu'un hymne chanté à la liberté.

Mais ce qui a étonné, c'est l'effort du prince pour faire croire à la terre entière que Napoléon V"" avait été un démocrate de bon aloi, un philanthrope pur sang, un ami des nationalités, un réformateur populaire.

Maintenant, il est très vrai que les Anglais ont leurs raisons pour ne pas aimer Napoléon P*^ ; mais, moi qui

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