‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 59 sur 131 · UNE PROCLAMATION DU PRÉSIDENT JOHNSON · texte numérisé non relu

UNE PROCLAMATION DU PRÉSIDENT JOHNSON

Et, d'abord, sur quoi s'appuie-t-elle pour affirmer ou supposer que Fintention du gouvernement des États-Unis est de frapper ceux qu'il s'abstient d'amnistier? N'est-il pas plus naturel de penser qu'il veut seulement retenir sur eux un pouvoir de contrôle qui les mette dans l'impossibilité de recommencer leurs machinations et d'user, pour ranimer les cendres de la guerre civile, de l'influence que donnent le rang, la réputation, la richesse?

Quoi ! le gouvernement sort à peine d'une lutte épour vantable qui a déchaîné sur l'Amérique tous les genres de fléaux, a coûté la vie à des millions d'hommes, a été sur le point de noyer dans son sang la plus florissante nation du monde, et Ton exige de ce gouvernement que, contre les promoteurs les plus connus, les instigateurs, les plus actifs, les agents les plus dangereux de la révolte la plus furieuse qui fut jamais, il ne prenne aucune garantie ! Et l'on se hâte de le déclarer barbare, avant qu'une seule tête soit tombée et sans savoir si une seule tète tombera, parce qu'à la générosité il croit devoir, dans l'intérêt même de l'humanité et «du maintien de la paix, associer la prudence?

Est-ce que les possesseurs d'esclaves ne formaient pas une aristocratie rendue formidable par l'énergie de ses préjugés, l'ardeur de ses passions, l'étendue de ses richesses? est-ce que ce n'est pas d'elle qu'est venue l'impulsion qui a précipité le Sud dans l'abîme sanglant? est-ce que ce n'est pas à elle que les populations qu'elle a entraînées et celles qui ont été forcées de la combattre ont du leurs malheurs? Et l'on s'étonne que le gouvernement des États-Unis se tienne sur ses gardes !

La victoire du Nord est complète, c'est vrai; mais une guerre comme celle qui vient de déchirer le nouveau inonde n'arrive pas à l'épuisement de ses fureurs, sans laisser derrière elle d'âpres rancunes, des ferments d agitation, l'amour des complots. Les sudistes de ce côté

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de l'Atlantique ne devraient pas Ignorer cela, enx qui^ lorsque la guerre éclata, déclaraient avec tant d'assurance, que, si iamais le Nord était vainqueur, ses plus grandi» embarras et ses plus sérieux périls eoramenceraient précisément le lendemain de sa victoire!

Sans doute il est à désirer que la vie de JefTerson Davis soit épai^née; et ceux qui, comme nous, ne veu-» lent en aucun cas la peine de mort, ne seraient certes pas les derniers à s'affliger de son supplice. Mais autant la politique qui consisterait à lui pardonner après l'avoîr jugé e^ condamné serait concevable, autant serait ab* surde celle qui consisterait à le traiter comme ayant e« parfaitement le droit d'attaquer TUnion Pépée au poing. Car il n'y a pas de milieu : si Jefferson fiavis est innocent, c'est alors le gouvernement des États-Unis qui est coupable; si la sécession n'a pas été une révolte, le Nord, en l'étoufifant comme telle, a commis un crime-* Lorg donc qu'on reproche au gouvernement des États- Unis de tenir Jeflferson Davis en prison et lui fâ;ire son procès, c'est comme si on reprochait au vainqueur de ne pas proclamer son triomphe inique; c*est comme si on lui demandait de tomber à genoux devant le vaincu î

Poussée jusque-tà, ce que les sudistes d'Angleterre appellent de la générosité ne serait plus de la générosité, ce serait une désertion de la justice et l'avilissement de la cause pour laquelle tant de citoyens dévoués, tant de braves soldats, ont combattu et sont morts.

Accuser Jefferson Davis de haute trahison, le juger pour ce genre d'attentat et le condaranerj c'est — dfe quelque indulgence qu'on use ensuite à son égard — obéir au plus évident de tous les intérêts de la république américaine. C'est dire en effet bien haut qu'aux États- Unis la souveraineté a eu toujours son siège à Washington et non ailleurs. C'est affirmer solennellement cette doctrine, que ce qui constitua le peuple des États-Unis

LORD BROUGHAlf. 19S-

le jour où se» représentants signèrent le paete fédéral, ce fut rUnion; c'est déclarer, à ia face de la terre entière, que la légitimité d'une insurrection dépend de sa valeur morale, de son principe, et non du degré de forée qu'elle déploie; c'est nier que la violation d'un contrat devianna permise quaad les violateurs sont paissants et nombreux; c'est nier qu'il suffise à une révolte, pour réclamer les immunités de la guerre, d'avoir amené des calamités immenses et fait répandre des torrents da sang!

LOBD BROUGHAM,

S4 juia.

Die« du succès, si jamais tu manques d'autels, ea ne sera pas en Ahglet^re! Quel efaangement d'idées autour de moi, jmie eiel, q«el interveitissement des sympathies, en ce qui toucàe l'Amérique, depuis que le Nord est décidément et irrévocablement victorieux !

Sur ce point, rien de plus curieux que le récent langage db lord BrougJham dans la Chambre des lords. Qui se fat jamais douté qu'un jour viendrait où Sa Seigneurie, de son tonde voix le f^lus solennel, dirait : « La conduite du gouvernement des États-Unis, concernant la question de l'esclavage, a été parfaite? » Est-ce donc ainsi que vous parliez, milord, au mois de septembre 1864? Mes souvenirs ne sauraient me tromper, car j'ai sous les yeux voire discours d'alors, et j'y lis :

< De bonnes gens se sont laissé prendre à ce prétexte que le Nord combattait pour affranchir les esclaves, tandis

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qu'en réalité l'édit d'émancipation n'a été qu'une mesure de guerre adoptée après coup, les Américains du Nord ne se souciant pas plus, comme disait l'évêque Wilberforce, de la liberté des noirs que de celle des blancs. De fait, nous étions destinés à voir, comme dernier acte de la tragédie, le gouvernement fédéral pousser à la mort, quand il s'est trouvé n'avoir plus d'autres soldats, des troupeaux de malheureux nègres, et cela avec la même insensibilité que mettent des chasseurs à tuer le gibier mis en réserve pour leur plaisir. }>

La conduite du Nord, qui était horrible il y a quelques mois à peine, est devenue par/'aff^, à dater du moment où le Nord s'est arrangé de manière à avoir le dessus !

Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici qu'en 1811, lord Broughamfit passer le billqui déclarait crime de félonie tout acte de participation au commercedes noirs; et que, lorsque, en 1815, il fut envoyé à la Chambre des communes par le bourg de Winchelsea, nul ne se prononça plus énergiquement que lui contre l'institution de l'esclavage; et qu'en 1833, ce fut lui qui conduisit le grand mouvement appelé « anti-slavery movement ». Un tel passé oblige ; mais c'est là par malheur ce que lord Brougham oublia tant qu'il fut donné au Sud de tenir bon, et ce qu'il n'a été capable de se rappeler que le lendemain de la défaite définitive du Sud.

Ah! si vous l'aviez entendu au mois d'octobre 1863, discourant comme président de VAssociation pour V avancement de la science sociale! Avec quelle ardeur il saluait la perspective du Sud triomphant, c'est-à-dire du Sud recevant de la victoire le pouvoir de maintenir l'esclavage, d'agrandir son domaine, de lui livrer, si besoin était, l'empire du nouveau monde! Pour pulvériser les fédéraux, il n'avait pas assez de foudres, ce Jupiter olympien de quatre-vingt-six ans. Jamais il ne lui était arrivé d'épancher en paroles une aussi grande quantité

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