LES ÉLECTIONS MÉTROPOLITAINES
proclamé là, d'une manière éclatante^ soyez sur qu'il le sera dans presque toutes les villes de province où la classe moyenne tient le haut du pavé.
Dans le district de Lambeth, la prédominance du principe d'association, comme moyen d'améliorer la condition morale et matérielle du travailleur, s'est révélée par la nomination de M. Hughes, de tous les défenseurs des droits du travail, de tous les amis de la classe ouvrière, le plus vigilant, le plus infatigable, le plus populaire. Sa victoire a eu cela de caractéristique, qu'ouvriers et bourgeois y ont travaillé avec la même ardeur et une entente parfaite.
C'était toute simple. H. Hughes, en effet, se trouve, si je puis parler ainsi, au point d'intersection des deux classes. A l'une, il tient par son éducation, la culture de son esprit, la nature de ses travaux et sa position sociale ; à l'autre, il appartient par la direction de ses idées, par le but qu'il s'est assigné, par la générosité de ses sympathies. Aussi son élection a-t-elle eu l'éclat d'un triomphe.
Moins bruyante, mais plus significative encore et d'une portée plus vaste, a été celle de M. John Stuart Mill dans le district de Westminster.
Combien, parmi les électeurs de ce district, y en avait-il qui connussent H. Mill, qui eussent lu ses ouvrages, qui fussent en état de dire pourquoi M. Mill est un des plus grands philosophes des temps modernes, et, très certainement, le plus grand penseur de l'Angleterre? De ceuxlà, il y en avait, en vérité, fort peu. Et puis M. Mill se pérsentait au combat armé de son seul mérite.
Trop fier pour descendre à mendier ou à payer des suffrages, il avait formellement déclaré qu'il n'entendait pas dépenser un farthing pour son élection, convaincu que c'était aux votants à courir après les candidats, et non aux candidats à courir après les votants.
Trop élevé par les habitudes de son esprit au-dessus
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des petites préoccupations et des petites passions, il avait averti les électeurs qu'ils n'avaient rien à attendre de lui pour Tavancement de leurs intérêts particuliers ou même de leurs affaires locales.
Enfin, trop adonné au culte austère de la vérité pour courtiser à ses dépens la faveur populaire, il s'était exprimé en homme libre sur toutes les questions, sans se demander si telle ou telle de ses idées cadrerait ou ne cadrerait pas avec les opinions du jour et les sentiments en vogue.
Ajoutez à cela que les bigots de toute nuance s'étaient ligués pour crier au scandale; que le journal du parti ultra-clérical, le Record, avait épuisé contre lui toutes les flèches empestées de son carquois, et que le Morning Advertiser lui-même, journal libéral mais infecté de puritanisme intolérant, avait dénoncé comme impie aux tavernes dont il manufacture l'opinion, un homme qui osait être un philosophe.
Et cependant, M. John Stuart Mill a été élu ; il a été élu, en opposition à M. W. H. Smith, que servaient son opulence, l'énergique appui des chefs les plus influents du parti conservatiste et le patronage de l'aristocratie ; il a été élu concurremment avec le capitaine Grosvenor, qui n'a eu sur lui que l'avantage de cinq voix.
Ici, vous allez vous écrier, sans doute : « Eh ! que peut-il donc y avoir de si glorieux à obtenir le même nombre de voix que le capitaine Grosvenor? Est-ce donc un homme si éminent que ce capitaine dont nous entendons parler aujourd'hui pour la première fois? » Eh bien non, ce n'est pas un homme éminent du tout que ce capitaine. Il est un proverbe qui dit : « Le chameau se connaît quand il passe sous une montagne. ^ Ce que le chameau est à la montagne, le capitaine Grosvenor l'est à John Stuart Mill. Mais il faut vivre en Angleterre pour savoir ce que c'est que d'appartenir à la famille des Gros-
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