L'ÉLU DU SOUTH-LANCASHIRB
21 juillet.
Repoussé par l'université d'Oxford, M. Gladstone vient d'être élu par le South-Lancashire. C'est là l'événement dujour.
Le dédommagement accordé au chancelier de l'Échiquier par son pays natal aurait pu être accusé sans doute d'une manière plus vive ; car, enfin, le nom qui figure le premier sur la liste des trois vainqueurs n'est pas le sien : c'est celui d'un conservatiste ; et quel conservatiste ? un homme dont le mérite le plus saillant est d'être le fils de son père, et d'avoir l'influence que donne ici la richesse territoriale. Le capitaine Grosvenor obtenant plus de voix dans le district de Westminster que M. John Stuart Mill, et M. Algernon Egerton obtenant plus de voix dans le South-Lancashire que M. Gladstone, quel jour cela jette sur la constitution de la société anglaise ! Cependant, si l'on songe que, dans le South-Lancashire, le sentiment conservatiste domine ; qu'aux dernières élections générales, ses trois représentants étaient des tories; que M. Gladstone, pour déplacer un d'eux, n'a eu qu'à se montrer ; que son élection n'a été le fruit d'aucune sollicitation, d'aucune obsession, d'aucune brigue ; qu'il lui a suffi de paraître, d'ouvrir la bouche, et d'être Gladstone, on devra reconnaître que son succès est un triomphe.
Mais la rupture violente, par l'université d'Oxford, du
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no DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
iien qui, pendant dix-huit ans, l'avait unie à un personnage aussi considérable, comment l'expliquer? Quel est le secret, quelle est la portée du vote étrange, quoique prévu, du vote désormais tristement fameux, qui, dans le grand centre intelleêtuel de l'Angleterre, a remplacé par «n homme d'une capacité ordinaire un des hommes les plus véritablement intellectuels qu'ait produits l'Angleterre de nos jours?
Oxford, vous le savez, n'est pas tout entier dans Oxford. "Qui dit Oxford ne dit pas seulement le corps enseignant qui constitue la gloire et Toriginalité de cette ville du savoir. L'université d'Oxford est comme répandue sur toute la surface du Royaume*Uni; elle embrasse dans son sein environ quatre mille membres, dont beaucoup sont ministres de paroisse, appartiennent eorps et âme à la section étroitement orthodoxe de la haute Église, sont animés de ses sentiments, asservis à ses préjugés, nourris du poison de son intolérance. C'est parmi les maîtres es arte de seconde main éparpillés nn peu partout et auxquels, s'il les avait vus rassemblés, M. de Sénaneour aurait ap^ pliqué son mot célèbre de ramas d'hommes de Dieu; oui, c'est parmi ceux-là que les émissaires du Garlton-Club ont réussi â recruter une majorité. Mais ceux qui sont La lumière d'Oxford, mais l'éiite du corps enseignant, mais les plus illustres éducateurs de la jeunesse, mais les professent; Conington et Smith; mais le doyen Stanley, mais révéque d'Oxford, voilà les électeurs qui, comme M. Gladstone l'a déclaré lui-même dans le meeting de Liverpool, sont restés jusqu^au bout fidèles à sa fortune.
Malheureusement, cela ne suffit pas pour sauver l'université d'Oxford, prise dans son ensemble, du stigmate qu'imprime à sa réputation la préférence donnée par elle à un homme tel que M. Hardy sur un homme tel que M. Gladstone.
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L*éLn DU 60UTH-LANGASHIRE. . 281
Le Times remarque qu'en ce qui regarde Tuniversité, 4e système d'élection n'est plus le même qu'en 1847, époque à laquelle fut contractée, entre H. Gladstone et Oxford, l'alliance qui, menacée déjà en 1859, vient enfin d'être rompue. C'est vrai. Avant le changement auquel le Times fait allusion, et qui date d'une motion de M. Dodson, adoptée par la Chambre des communes avec plus d'em^ pressement que de clairvoyance^ les membres de l'université devaient venir voter en personne au siège de la convocation. Or beaucoup s'en dispensaient. On avait beau tout mettre en œuvre pour briguer leurs suffrages, on avait beau leur faciliter les moyens de transport, c'est à peine si, sur les quatre mille membres de la convocation, l'on pouvaiten amener deux mille à voter selon la forme requise et dans ce dernier nombre se trouvaient naturellement compris les électeurs qui résidaient à Oxford, plus ceux que fournissait la métropole. Aujourd'hui, rien de semblable. En v«rta du changement introduit par la motion de M. Dodson, les membres de l'université d'Oxford peuvent voter par procuration, par bulletins, de loin, sans se déplacer, et la quantité l'emporte sur la qualité.
Tout cela est i^nrai, je le répète; mais en résulte-t-il qu'Oxford n'ait plus qu'à se laver les mains de la défaite de M. Gladstone ? Ceux qui ont si rudement condamné en lui la cause du progrès et de la liberté ne sont-ils pas, au bout du compte, des nourrissons d'Oxford? N'est-ce pas Oxford qui a les élevés? n'est-ce pas dans l'atmosphère d'Oxford qu'ils ont grandi? n'est-ce pas d'Oxford qu'ils tiennent, avec leur titre de maître es arts, le pouvoir de préférer l'immobilité au mouvement, le passé à l'avenir, l'obscurité à la lumière, M. Gathorne Hardy à l'illustre William Ewart Gladstone ?
Et pourquoi s'étonner d'un pareil résultat, quelque singulier qu'il paraisse au premier abord ?
M. Glastone semble avoir été crééet mis aumondepour
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représenter Oxford : il est docte, il est brillant, il est subtil ; il a une éloquence essentiellement classique, il a un style conforme à son éloquence, il a un talent universitaire, il professe pieusement le culte de l'intelligence, il aime la littérature peut-être plus encore que la politique ; il se plaît à faire un drame d'un rapport sur le budget, et, quand on le voit quitter volontiers la plume du publiciste pour écrire sur Homère ei Vàge homérique , comment ne pas reconnaître qu'il est resté l'élève de « Christ-Church » ?
C'est peu : M. Gladstone est et a toujours été attaché de cœur aux intérêts de cette Église anglicane qui a dans Oxford son palladium ; il se recommande aux orthodoxes non seulement par des principes religieux bien arrêtés, mais, si je puis m'exprimer ainsi, par un tour d'esprit théologique.
Quels gages n'a-t-il pas donnés à l'orthodoxie?
JN'est-ce pas lui qui, en 1838, lançait sous le titre de VÉtat dans ses rapports avec rÉglise^ un livre où il poussait le respect pour une religion d'État jusqu'à vou« loir qu'on décourageât les autres par l'exclusion de tous les emplois civils et de toutes les distinctions nationales?
En 1840, ne publiait-il pas un ouvrage intitulé les Principes de V Église considérés dans leurs résultats, ouvrage qui témoignait de la force de ses préoccupations religieuses?
En 1845, président du bureau de commerce sous Robert Peel, ne se retirait-il pas sans attendre la chute du ministère, parce que la dotation du collège catholique de Maynooth répugnait à son orthodoxie?
Après son adoption par l'université d'Oxford en 1847, ne justifiait-il pas d'une manière éclatante le choix qu'elle avait fait de lui par son ardeur à combattre le papisme et à repousser le ^ bill des titres ecclésiastiques :» ?
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