‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 83 sur 131 · A PROPOS DES FÊTES DE CHERBOURG · texte numérisé non relu

A PROPOS DES FÊTES DE CHERBOURG

Les fêtes de Cherbourg ont eu, en Angleterre, comme vous pensez bien, un grand retentissement, elles y ont ramené vivement l'attention sur les avantages et les ineonvénients d'une entente cordiale.

Est-il bon que l'Angleterre enchaîne étroitement sa fortune à celle de la France?

Si la France était, en ce moment, la France; si l'Empire n'avait pas eu pour effet de mettre un homme à la place d'un peuple; s'il s'agissait de décider jusqu'à quel point une alliance sincère entre la nation anglaise et la nation française est désirable, au double point de vue de leur intérêt et de celui du monde civilisé, la q«iestioa n'aurait pas même besoin d'être posée. Nul doute que la cause du progrès et celle de la paix ne gagnassent considérablement à une entente absolue entre l'Angleterre libre et la France redevenue libre. A cet égard, pas de disoussîon possible. Mais, tant que la France ne s'appartiendra pas, tant que sa politique extérieure dépendra uniquement de la volonté ^un seul, et d'une volonté incontrMable, la France et l'Empire, en ce qin concerne la vie générale de l'Europe, resteront deux choses très distinctes.

Voilà ce que sentent à merveille ceux qui, parmi les hommes politiques de ce pays, aiment la liberté d'un amour our de tout égoïsme national, c'est-à-dire d'un

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A PROPOS DBS FÉTB8 DB CHBKBOURG. 967

amour intelligent Ceux-là pensent que 1* Angleterre, qui a fait depuis longtemps divorce avec le miliCarisnie et le despotisme^ agit contre nature et joue un rôk de dupe en épaulant un despote militaire.

fille n'est allée que trop loin déjà dans cette ?oio. N'est«> ce pas elle qui, par la guerre de Grimée, a diplomatique ment sanctionné le coup d'État du 3 décembre et introduitrEmpire dans la famille des gouvernements constituést N'est-ce pas elle qui> en ménageant à Napoléon les honneurs d'une promenade triomphale le long des rues de Londres, et en envoyant la reine s'agenouiller, à Paris, devant le tombeau du captif de Sainte-Hélène, a donné à l'Empire la force morale dont il avait si grand besoin et qui lui manquait? N'est-ce pas grâce à l'humilité presque systématique de Sâ politique et aux génuflexions de ses hommes d'État, que le chauvmisme français a été amené à dire, dans un élan d'orgueil imbécile : c Nous avons les menottes aux mains, c'est Trai; mais nous faisons aujouiv d'hui trembler l'Angleterre? »

Le service que, sous ce rapport, l'Angleterre a rendu à . l'Empire est d'une portée incalculable. Oui, c'est elle qui a fait de Napoléon ce qu'il est. Elle en répond devant l'histoire!

Et quel profit a-t-eile retiré de cette adoption d'un rôle aussi peu conforme à son génie, aussi contraire au principe qu'elle représente dans le monde? Après la guerre de Crimée, terminée brusquement par Napoléon, au moment même où ses alliés désiraient le plus d'aller en avant, l'Angleterre s'est vue obligée de signer un traité par lequel elle abandonnait ce droit de visite, fondement essentiel de sa puissance. El de quel échec diplomatique l'a jamais préservée son mtente cordiale avec l'Empire? Son intervention en feveur de la Pologne, si insolemment repoussée par le prince Gortchakof, ne lui a-t-elle pas valu les risées de l'Europe? Ses vœux en faveur du Dane-

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mark, ses représentations, ses supplications, ses menaces, ont-ils un seul instant arrêté la marche des Prussiens et empêché M. de Bismark de sauver le Schleswig-Holstein à sa manière? Quand sir Charles Wyke et le commodore Dunlop se sont avisés que le tour donné par M. de Saligny à Texpédition du Mexique était une violation flagrante des engagements pris avec l'Angleterre, quel compte a-t-on tenu de leurs plaintes et de leurs protestations?

L'Angleterre a dû jusqu'ici à son alliance avec l'Empire d'être descendue au rang de puissance du second ordre. Voilà la vérité.

Elle a beaucoup donné à l'Empire, elle lui a tout donné; et qu'a-t-elle reçu de lui en échange?

De fait, que pouvait-elle recevoir en échange, d'un homme dont toutes les préoccupations sont subordonnées à celle de fonder sa dynastie, en confisquant toutes les libertés au dedans, et en trompant l'amertume des regrets de ceux à qui elles ont été ravies par le mirage des succès remportés au dehors?

Napoléon a besoin d'humilier l'Angleterre : c'est une des conditions de sa popularité dans la partie chauvine du peuple français et dans l'armée. L'Angleterre, quand elle se prête à ce jeu, est plus qu'aveugle, elle est ridicule.

D'autant qu'il y a ici pour elle une question de danger.

On comprend sans peine que Napoléon cherche à se rapprocher le plus possible des Anglais, dans un moment où sa conquête du Mexique est menacée par le gouvernement des Etats-Unis rendu à la liberté de ses mouvements; mais ce qui se comprend moins, c'est que, dans un pareil moment, l'Angleterre s'expose à envenimer des ressentiments que sa partialité en faveur du Sud n'a que trop excités. Le Spectalor assure que, si une guerre venait à éclater entre l'Amérique et la France, au sujet du Mexique, l'Angleterre ne s'y laisserait jamais entraîner à la suite de Napoléon, alors même que la majorité de la

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